DIVORCÉES
20 à 24 ans
25 à 29 ans
30 à 34 ans
35 à 39 ans
40 à 44 ans
45 à 49 ans
50 à 54 ans
55 à 59 ans
60 à 64 ans
65 à 69 ans
70 à 74 ans
75 à 79 ans
80 à 84 ans
Évaluation des décès en une année pour 1.000 individus du sexe féminin (D'après Jacques Berlillon).
J'arrive à l'influence du mariage sur la santé proprement dite. Il existe dans tous les pays un rapport constant entre l'état de santé et le tribut mortuaire payé par la race humaine. Partout, ce sont les gens mariés qui offrent la moindre mortalité et généralement les veufs qui présentent la plus élevée.
L'association conjugale, on le voit, diminue notablement les chances de mort.
Arrivons aux conditions qui doivent être réu-
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nies pour qu'un mariage comporte excellemment des résultats aussi utiles aux conjoints qu'à la race. L'infraction à ces conditions comporte toujours des sanctions terribles et méritées. Ceux qui pensent s'en affranchir, ne s'affranchiront pas des amertumes qui rendront intolérable leur vie intime. C'est vers 25 ans que l'homme atteint son développement physique complet. C'est à cet âge qu'il doit se marier. La loi permet le mariage beaucoup plus tôt. Mais les statistiques sont là qui nous apprennent que les jeunes hommes mariés avant 20 ou 21 ans, sont décimés par une mortalité considérable qui égale presque le lourd tribut funèbre de la sénilité. (( L'usage prématuré des organes génitaux est le plus sûr moyen de sïnoculer la vieillesse », disait Hufeland. Le plaisir génésique trop précocement goûté diminue, en un temps très court, la résistance vitale que seul, devrait user le long effort des années. Nos jeunes maris de vingt ans succombent comme des hommes de 65 et 70 ans, parce que les voluptés hâtives dont ils se sont trop tôt rassasiés les ont débilités et qu'ils n'offrent à l'attaque vive des maladies graves que les résistances infimes de l'âge sénile.
Quant aux jeunes filles, il faut admettre que bien peu d'entre elles peuvent être sainement mariées avant 17 ans révolus et que la dix-neuvième ou la vingtième année est pour elles l'âge d'élection. Les femmes jeunes possèdent au plus haut degré cette aimable et gracieuse souplesse de caractère et d'idées qui rend singulièrement facile, pour peu que le veuille l'époux, non seulement la
communauté de chair, ainsi que le dit la Genèse, mais aussi l'unité de vues et de conscience.
C'est dès le malin de la vie qu'il convient de fonder la famille, élément primordial de l'organisme social qui oppose la barrière la plus forte aux suggestions criminelles, à la folie, au désespoir, à l'emprise des maladies, aux arrêts même de la mort.
Ce qui précède conoern'e les époux. Mais leur bonheur me peut trouver un;e assise durable ([ue dans la personne des enfants. Ceux-ci représentent le but même de l'union, ils sont les aboutissants de toute une lignée. Ils tiennent de tel ancêtre la taille; de tel autre, la chevelure; de oelui-ci, les yeux; de celui-là, l'esprit: d'un troisième, le caractère ; d'un quatrième, une tendance passionnelle... Ces donateurs disparus ne sont pas tous également généreux et l'on voit quelquefois un ancêtre éloigné, faire revivre dans l'arrièrepelit-fils, — nul ne sait par quelle mystérieuse et magnifique puissance, — une partie de lui-même plus importante que celle à laquelle son éloignement lui donnait légalement droit.
Il n'est pas un père qui, sachant quelle est la condition première de tout bonheur, ne tienne pardessus tout à une bonne santé pour ses enfants. La grâce peut masquer la laideur, l'éducation peut compenser la faiblesse intellectuelle; mais rien ne change une mauvaise santé ou des tares héréditaires; la médecine ne fait que les amender dans une faible mesure. Il est donc élémentaire que les jeunes gens étudient avec soin leur ascendance et celle de leur fiancée. Bertillon avait
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proposé jadis que chaque famille tînt un registre où seraient inscrits les principaux traits de santé et les mailadieis des ancêtres. C'est déjà de l'eugénique. C'était, en tout cas, un excellent moyen indiqué à l'homme pour se rendre de plus en plus maître de ses destinées.
Nous devons donc, bon gré mal gré. apporter la plus grande attention à la constitution physique des époux et de leurs ascendants. Depuis le moment où il se forme dans le sein maternel, jusqu'à la naissance, l'être humain vit de la même vie que sa mère. Il n'est pas une maladie, pas une intoxication qui n'atteigne cette dernière sans retentir directement sur le précieux fardeau qu'elle porte. Depuis longtemps on a remarqué l'influence néfaste que la tuberculose des parents exerçait sur le développement des enfants. Les médecins du siècle dernier avaient notamment observé la coïncidence de cette maladie chez les parents avec l'infantilisme chez les rejetons. Ils avaient, de plus, signalé la disparition par la phtisie pulmonaire des êtres avortés et stériles héréditairement imprégnés de tuberculose. Stériles... pas toujours, car on rencontre assez souvent des tuberculeux prolifiques. Ils ressemblent à ces arbres qu'une blessure mortelle a meurtris et qui, pour leur dernière année de vie, multiplient leurs fleurs et leurs fruits.
Ce que je viens de dire de la tuberculose des parents s'applique de tous points à la grande avarie. Le retard du développement physique et intellectuel des enfants d'avariés gravement atteints est indéniable. « Ils ont fait leurs dents trop
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« tard, a écrit le docteur Fournier; ils ont marché (( tard; ils n'ont grandi que lentement; ils ont été « en retard pour parler; ils n'ont appris à lire et à « écrire — mais à lire plus spécialement encore — « qu'avec une difficulté singulière. Toujours leur c< mémoire s'est montrée défectueuse, débile, pa- « resseuse, infidèle. Ils deviennent de mauvais « écoliers, inintelligents, mal doués, rebelles à la (( culture et au développement, bornés en un mot, « et constituant le type de ce qu'on appeille par « euphémisme « des enfants arriérés ». Inutile « d'ajouter que tels ils restent plus tard, avec « des aptitudes intellectuelles très inférieures au « niveau moyen. »
La tuberculose et la syphilis sont les maladies qu'il faut le plus redouter dans le mariage, mais elles ne sont pas les seules. Je le répète, toute souffrance atteignant la mère retentit plus ou moins directement sur l'enfant. C'est ainsi que dans les pays où le paludisme est endémique, le sang des nouveau-nés, issus de mères paludéennes, contient l'hématozoaire découvert par Laveran et considéré comme l'agent causal du paludisme. De tels enfants demeurent chétifs: leur développement est tardif et parfois incomplet. La Sologne autrefois, la Campagne romaine aujourd'hui, ont illustré d'exemples mémorables cette dégénérescence de la race en pays palustre.
Il est superflu d'ajouter l'alcoolisme aux maladies précédentes et d'évoquer le triste tableau de la descendance des buveurs: enfants frêles à poitrine étroite et plate, sans muscles, de petite taille, et qui portent le sceau de l'infantilisme.
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Nous savons aujourd'hui que la lignée des alcooliques est, par surcroît, vouée à l'impuissance et à la stérilité et qu'elle ne tcirde pas à disparaître.
Les ouvriers et les ouvrières de nos manufactures qui manipulent les sels de plomb, le mercure, le sulfure de carbone, le tabac, n'ont plus d'enfant?, ou ceux qu'ils ont sont des dégénérés et des chétifs. Une alimentation vicieuse ou insuffisante, l'abus des mets toxiques, une mauvaise hygiène générale, des souffrances physiques ou morales du père ou de la mère à l'époque de la conception et de la mère pendant la grossesse, ont également pour conséquence la déchéance de l'individu et de la race.
Fort heureusement, il n'y a pas que les maladies ou les vices qui soient transmissibles. Le courage, la délicatesse d'âme, la bonté, toutes les vertus le sont aussi. Les lois physiologiques de l'hérédité et de l'atavisme ont leurs tristesses sans doute, mais elles comportent aussi des faits consolants. Annulons dans la mesure du possible, la fatalité de l'ancêtre en faisant acquérir à l'enfant, par une longue éducation, des vertus et des habitudes qui, bien qu'acquises, n'en sont pas moins transmissibles. Domptons le destin par notre application à nous élever sans cesse vers le bien comme vers le beau.
C'est de la notion du retentissement exercé sur la descendance par la santé des parents qu'est née l'eugénique. Dans les pays neufs, oii les passions sont violentes et les engouements subits, les pratiques eugéniques ont trouvé des apôtres et des adeptes.
Au Congrès international d'eugénique qui se tint en 1912 à Y Impérial Institutç de l'Université de Londres, sous la présidence de sir Léonard Darwin, les causes susceptibles de modifier les qualités de race des générations futures furent recherchées. La question primordiale, dans cette science, est celle de la transmission héréditaire des qualités physiques et morales.
Les promoteurs de la science nouvelle ont orienté leurs observations de ce côté. C'est presque uniquement à recueillir de nombreuses généalogies familiales qu'ont été consacrés jusqu'à ce jour les eiïorts du laboratoire fondé par sir Galton. le Sir Franris Galton's Eiigenic's lahoratory. Les magnifiques publications sorties de ce laboratoire, le Treasury of human inheritance et les ouvrages analogues, donnent une idée de l'immensité du labeur accompli. L'aptitude aux diverses professions, les particularités physiques, physiologiques, mentales, pathologiques, la tendance à l'alcoolisme, à la tuberculose, au vol, ou au contraire, les facultés mathématiques, artistiques, philosophiques, pédagogiques, etc., ont été suivies dans d'innombrables familles., et les pedigrees ainsi recueillis portent sur de nombreai^cs générations. Mais un tel labeur n'a pas encore fourni des documents suffisants pour permettre de formuler les lois de l'hérédité chez l'homme, ou tout au moins, pour voir dans quelle mesure les lois expérimentales, établies dans de nombreuses espèces animales et végétales, sont susceptibles de s'appliquer à l'espèce humaine.
Les Etats-Unis qui nous ont donné de si reten-
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tissants exemples de leurs tendances novatrices, sont conquis en partie par la nouvelle religion. Le clergé américain la favorise. Il n'y a pas longtemps qu'à Chicago, l'évêque Anderson et le doyen Summer refusaient de laisser célébrer des mariages dans les cathédrales de Saint-Pierre et de Saint-Paul, parce que les couples s'avançaient à l'autel sans s'être préalablement munis de l'indispensable certificat attestant qu'ils jouissaient d'une parfaite santé.
Les deux prélats ont eu des imitateurs. Le révérend Mabel R. Witham, pasteur de l'église de rimmortalisme, à Boslon, incitait tous ses confrères à refuser d'unir les couples qui ne produiraient pas un certificat médical. Les autorités ont suivi le mouvement. Dès le 1" janvier 1914, l'Etat de Wisconsin promulguait une loi stipulant que la licence de mariage ne serait accordée qu'aux indivitlus qui joindraient aux pièces ordinaires de l'état civil, un certificat de bonne santé.
Le législateur avait même songé à limiter à trois dollars le prix du certificat. Les médecins se récî'ièrent, alléguant que telle réaction — celle de Wassermann — indispensable dans certains cas. était couramment payée vingt dollars. Comme l'Etat persistait dans ses exigences, les médecins se mirent en grève, et pendant plusieurs semaines, les pauvres fiancés de l'Etat de Wisconsin furent les victimes de cette abstention d'un genre si nouveau, puisque, faute de certificats, ils ne purent convoler.
Sous d'autres cieux. le Conseil mixte du patriarcat arménien, au cours d'une séance mémorable,
prit jadis la résolution suivante: « II conviendra « de préparer dès maintenant un règlement spé- « cial d'après lequel les Arméniens des deux « sexes devant contracter mariage, seront tenus « désormais de présenter au patriarcat, en vue (' de l'obtention du permis de mariage, un certi- « ficat médical établissant leur parfaite santé. Le « projet de ce règlem.enl sera présenté à l'appro- « bation de l'assemblée nationale arménienne. »
En 1913, la fédération allemande des Monistes avait adressé une pétition au Reichstag, pour modifier, dans la loi d'empire du 6 février 1875, les conditions à remplir par les personnes en instance de mariage. Une de ces modifications se rapporte à l'obligation pour les futurs conjoints de produire un certificat délivré par un médecin en exercice et datant de six mois au plus. Ce certificat devra attester qu'il n'existe aucun motif de craindre que l'union projetée puisse nuire à la santé de l'un des conjoints ou h la descendance.
En France, le Conseil général du Doubs a émis, sur la proposition du docteur Collard, le vœu suivant :
« Dans un but patriotique et pour conserver la « vigueur et la solidité de notre race, pour com- « battre le trio effroyable de l'avarie, de la tu- « berculose et de l'alcoolisme, le Conseil général (« émet le vœu que le Parlement élabore une loi « exigeant au moment du mrtriage légal la produc- « tion d'un certificat de santé de la part des deux (' futurs époux, le mariage ne pouvant être célé- (' bré que si les certificats sont formels au point « de vue de la santé des deux fiancés. »
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C'est en s'appuyant sur les idées eugéniques que les législateurs de plusieurs Etats de l'Amérique du Nord ont préconisé et fait adopter par les parlements locaux le principe de rendre chirurgicalement stériles les criminels invétérés, les aliénés incurables, les épileptiques et les rachiliques.
Les promoteurs de l'eugénique obligatoire auraient vraisemblablement moins de succès en France. Combien de parents, d'amis et même de fiancés déclareraient la loi eugénique inconstitutionnelle et déraisonnable et se passeraient du certificat exigé par les eugénistes trop fervents! Au demeurant, la méthode pourrait avoir des conséquences imprévues. Je n'en veux pour preuve que l'incident soulevé récemment par cette Mrs Jenny Moore qui attaquait les docteurs chargés de l'examen médical des fiancés, sous prétexte qu'ils avaient déclaré son mari sain de corps et d'esprit, et qu'en trois ans d'union, celui-ci n'avait pas été capable de la féconder. Elle réclamait dix mille dollars de dommages et intérêts, sans compter le divorce. Les juges de Washington, après mûre délibération, firent droit à sa requête.
A côté des causes de dégénérescence .que je signalais lout à l'heure, une place à part doit être réservée à une redoutable et néfaste coutume: celle du voyage de noces. Elle impose généralement des fatigues excessives aux jeunes époux, alors qu'ils devraient plutôt se recueillir dans une existence paisible, exempte de surmenage. Elle explique que des gens sains aient parfois un enfant débile dont
la coiislitulion conlraste singulièrement avec la leur.
Le nombre des maladies causées par les voyages de noces dépasse de beaucoup le nombre de celles qui sont amenées par les autres moyens. Si les médecins se préoccupaient de la santé publique, il y a longtemps qu'ils auraient prévenu les familles du danger que cette mode funeste fait courir aux jeunes couples et à leur descendance. Rien n'est plus pernicieux. On meurt fort bien de celle petite fête-là. Quel statisticien nous dira le chiffre des infortunés ainsi enlevés au lendemain du mariage ou, pour le moins, rendus infirmes à jamais? On parle des ravages de la fièvre typhoïde et de l'appendicite, maladies assez bien cotées. Que sont-ils en comparaison des ravages qui relèvent du voyage de noces quand celui-ci est accompli pai des gens que dépriment déjà des sacrifices incessants à Vénus? Les jeunes époux seraient fort tranquilles dans leur demeure, en robe de chambre et en bon paletot ouaté. Mais non, il faut aller coucher à Lyon, déjeuner à Nice, souper à Monte- Carlo, visiter Florence, revenir par Milan et Nice, remplacer le vêtement douillet par un habit incommode, le home intime et tiède par la chambre anonyme du palace cosmopolite, s'exposer tour à tour au soleil el à l'air glacé. Tous et toutes en rapportent quelque chose; celui-ci a une mauvaise grippe, celle-là une métrite, cet autre la mort. Mais il vient rarement à l'idée des jeunes gens de rester chez eux le soir du mariage et d'envoyer promener la coutume en renonçant au voyage, parce que cela est passé dans les mœurs.
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La question de la consanguinité mérite d'être envisagée ici. Les physiologistes qui s'en sont occupés sont divisés en deux camps professant des opinions opposées et produisant à l'appui de leur thèse, il faut le reconnaître, des faits aussi nombreux que probants. Il est indiscutable que la consanguinité la plus étroite a présidé à la naissance de l'humanité. Dans l'antiquité, le mariage était permis et fréquent entre frère et sœur. A Athènes, on épousait couramment sa demi-sœur paternelle et à Spaite, sa demi-sœur maternelle. L'Eglise et le Code proscrivent aujourd'hui l'union entre oncle et nièce, tante et neveu. Mais la loi civile autorise les mariages collatéraux entre cousins germains ou issus de germains et l'Eglise aussi, moyennant rétribution.
A notre époque, la masse des unions consanguines est constituée précisément par les mariages entre cousins germains et issus de germains. Les uns soutiennent que ces sortes de mariages sont néfastes, et les autres qu'ils sont innocents. Ce qu'il y a de singulier, c'est que chez les animaux où règne l'inceste et où il semble que l'expérience doive être facile, la solution du. problème n'est pas plus avancée qu'en ce qui concerne la race humaine. Les observations des éleveurs sont contradictoires.
Tandis que quelques médecins ont cité des exemples de mariages humains consanguins qui furent d'une nocuité extrême, on observe couramment le contraire chez des animaux dont Ja
consanguinité a été cependant infiniment plus rapprochée. Dans le monde des bêtes, il n'y a aucun souci de la consanguinité. Les frères et les sœurs sont, au contraire, les époux naturels et ordinaires. Dans un milieu où les instincts sont si sûrs, il semble que Ihabitude des amours incestueuses ne se serait ni développée, ni même conservée, si elle avait été une cause de dégénérescence.
En vérité, l'accord très général des peuples civilisés pour apporter des empêchements législatifs plus ou moins formels aux mariages entre parents n'a pas été inspiré aux législateurs par le souci de se conformer à une loi physiologique. C'est la pureté du foyer qu'ils avaient en vue quand ils décrétaient ces empêchements. Il importait à tout prix d'éviter une communauté sexuelle déréglée des personnes vivant sous le même toit. Ce qui le prouve, c'est qu'e le législateur ne distingue pas toujours entre les parents vraiment consanguins et les parents par alliance. C'est ainsi que Moïse formule treize interdictions dont cinq seulement ont trait à des unions véritablement consanguines. L'homme ne doit épouser ni sa mère, ni sa fille, ni sa sœur, ni sa tante paternelle ou maternelle. Mais il lui est également interdit de s'unir aux femmes qui, par le fait des alliances, peuvent habiter sous le même toit que lui: helle-mère, belle-sœur (soit sœur de l'épouse, soit veuve du frère), belle- fille (fille de l'épouse d'un autre lit), tante par alliance et bru. Mahomet a ajouté à ces interdictions, le mariage avec la nourrice, avec la sœur de lait et la pupille. En
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réalité, pour les dernières de ces défenses, il s'agit moins de la véritable communauté de sang que de la communauté de domicile.
D'ailleurs, le législateur dérogeait sans hésiter à sa propre loi quand un intérêt de fortune l'exigeait: c'est ainsi qu'afin d'éviter l'évasion de la dot des filles hors des familles, on épousait fort bien à Athènes, sa sœur de père et à Sparte sa sœur de mère. L'intérêt de santé fléchissait devant un intérêt de fortune.
On le voit, le point de vue hautement moral de la législation antique est fort différent de celui auquel se placent aujourd'hui ceux qui accusent les mariages consanguins d'être redoutables pour la descendance.
Il est vrai que lorsque l'observation contemporaine eut découvert des faits de consanguinité morbide, certains philosophes en tirèrent argument en faveur de la sagesse des législations religieuses du passé. Mais il apparaît clairement qu'une telle conclusion faite a posteriori est abusive et en désaccord évident avec les véritables mobiles des défenses formulées par Moïse et ses imitateurs.
Tenons-nous donc aux seuls faits d'observation, quelque inai tendus qu'ils soient., Notons, en passant, que les Juifs, obligés pendant des centaines d'années de vivre par petits groupes et de se marier entre eux, sortis en quelque sorte de la consanguinité, sont en pleine prospérité démographique. La même constatation pourrait être faite pour de nombreuses populations insulaires. Voilà des exemples favorables. Ajoutons qu'on
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n'a pas encore trouvé, sauf dans les colonies d'inlirmes (crétins goitreux; qui doivent leur état pathologique à des intluences locales ou extérieures, un seul exemple néfaste de consanguinité collective.
Dans le milieu familial se présentent des faits troublants. Telles familles, dont les membres, à plusieurs degrés, sont sortis de la consanguinité la plus rapprochée, légalement possible, non seulement ne présentent pas des dégénérés, mais encore sont composées de membres dont la santé est excellente et la fécondité remarquable. Telles autres ont, au contraire, une descendance composée de véritables infirmes et aboutissent promptement à l'extinction. Tout en constatant que les adversaires de la consanguinité ont bien souvent puisé leurs convictions à une autre source, selon eux plus infaillible que l'observation, il faut néanmoins reconnaître qu'ils ont réuni un faisceau de faits terribles et nombreux qui s'imposent à un examen impartial.
Pour ma part, j'ai observé plusieurs fois que deux cousins germains issus de parents indemnes de tares physiques, engendraient des enfants parfaitement beaux et bien constitués. Par contre, j'ai constaté que de même que l'hérédité saine se transmet, l'hérédité morbide se transmet également dans les unions consanguines, d'une manière peut-être plus certaine et plus énergique. Les qualités, comme les tendances morbides s'additionnent plus sûrement dans les mariages consanguins. Mais ces derniers n'ont pas, comme on l'a dit, le privilège exclusif de donner nais-
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sance à des produits imparfaits ou monstrueux.
Tandis que la consanguinité provoque la prompte disparition de quelques familles, elle infuse, au contraire, aux autres une énergie nouvelle. Il y a des familles bien ou mal douées pour la mettre en pratique. Elle est la pierre de touche redoutable qui signale de suite la pureté ou l'impureté du sang.
C'est la seule connaissance de l'hérédité de ses membres qui nous dira quelle probabilité une famille saine qui affronte la consanguinité, a de s'anéantir ou d'y prospérer.
Il y aurait encore bien des questions à aborder. Le sujet prête aux développements. Mais je veux me maintenir dans les limites que je me suis assignées. Je passe sous silence les vices de conformation physique, plus fréquents qu'on ne croit, et qui sont incompatibles avec le mariage. Ils relèvent de la médecine et de la chirui'gie pures. Ce n'est pas ici le lieu d'en parler. Les infortunés qui en sont porteurs n'ont pas le droit de jouer avec le bonheur d'autrui. Ils doivent s'astreindre au célibat. S'ils ne peuvent se résoudre à un si grand sacrifice, il convient qu'ils ne contractent que des unions passagères, moins indissolubles que le mariage.
Puisque j'en suis au chapitre de l'aptitude corporelle au mariage, je noterai, en passant, une remarque que je crois importante. Une des beautés féminines qui émeut le plus nos sens est certainement l'ample développement des hanches et celui des seins. La première perfection assure l'accouchement normal; la seconde réserve au
nouveau-né une nourriture abondante. Il importe, pour l'humanité, que se développe le bassin de la femme. Par une fatalité congénitale, le cerveau humain tend à un accroissement continu; son volume est une condition de sa puissance. Or. le développement de la tête doit être continuellement proportionné à la capacité du bassin qu'elle doit traverser au neuvième mois de son développement. Tout crâne volumineux développé dans des hanches étroites, est condamné à l'écrasement ciiirurgical, à moins qu'on ne préfère mutiler la mère.
Quand on compare les œuvres de nos sculpteurs modernes aux statues antiques, on constate que le goût s'est accentué en faveur de l'ampleur des formes féminines. Le crâne humain se développe et les hanches de nos contemporaines doivent nécessairement suivre un accroissement parallèle. Il est vrai que la mode actuelle s'efforce de nous persuader du contraire.
Mais l'aptitude physique au mariage n'est pas une condition eugénique si elle ne se double d'une aptitude morale. La brusquerie, la brutalité, la parade de sa force, l'impossibilité de maîtriser sa luxure sont, pour le mari, des défauts inexcusables. Ils inspireront à la femme, dès la nuit de noces, une invincible aversion, pleine Cm périls pour l'avenir. Dirai-je enfin qu'il est nécessaire, dans quelques cas rares, que les jeunes époux surmontent leur répugnance naturelle pour les constatations de l'art? Souvent un examen médical peut remettre sur la voie de la santé et de la fécondité, c'est-à-dire du bonheur.
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Il est superflu d'ajouter que les quotidiennes ablutions sont aussi nécessaires à la santé qu'à la dignité du corps humain. Aucune pratique n'est plus propre à en maintenir l'éclat et la beauté. La coquetterie et le désir de plaire obligent à ces soins salutaires qui trouveront surtout leur récompense dans le mystère de l'alcôve, où l'épouse est en quelque sorte le grand maître des cérémonies.
I Ceux qui se laissent troubler par les exigences de la sexualité, qui n'ont d'autre but que le plaisir, d'autre horizon que les perspectives changeantes de l'idéal, d'autre mobile de leurs actions que les alternatives du sentiment, se heurteront toujours douloureusement aux réalités de la vie.
Le bonheur conjugal est le 'plus puissant élément de santé et de longévité actuellement connu. Que le lit soit commun, peu importe. Mais que les préoccupations journalières, les plaisirs, les soucis, les chagrins, les souffrances le soient! Les liens moraux se resserrent plus éti'oitement par la communauté des pleurs que des rires, de la douleur que de la volupté. Le mariage est une association véritable de perfectionnement mutuel.
On trouve quelquefois naturel de faire de ce salubre sanctuaire du foyer une sorte de refuge pour les épuisés de corps ou d'esprit, pour les moroses, pour les hypocondriaques. Le mariage n'est pas un mode de traitement. On voit des valétudinaires usés par une vie excessive, considérer le mariage comme un tonique et « faire une fin » en s'unissant à une jeune fille qui. elle, en est à son commencement! C'est là commettre une
sorte d'assassinat! Que les séniles et les tabescents acliètent les soins d'une garde-malade, mais non ceux d'une épouse!
En dernière analyse, l'eugénique matrimoniale tend à la rallipédie, qui est l'art d'avoir de beaux enfants. On admet aujourd'iuii que le moment de la conception décide, sinon en totalité, du moins en grande partie, des qualités du produit. L'influence funeste de l'ivresse sur la conception en est une preuve. Les enfants conçus par des parents en état d'ébriété, sont frappés de déchéance physique et intellectuelle. Pendant la grossesse, la santé physique et morale de la mère, exerce sur l'enfant une inlluence moins grande qu'on jîourrait le croire. Elle n'est, dans celte période, que la nourrice de l'enfant, rien de plus. Elle ne peut ni modifier les formes, ni déterminer les aptitudes intellectueries. Le père, qui n'est intervenu qu'un instant dans la créalion de l'être nouveau, a exercé dans ce court instant une influence au moins égale à celle de la mère.
Le devenir de l'enfant est déterminé par l'état organique des parents, au moment de la conception. Les produits de nos embrassements portent, suivant le cas, l'empreinte de notre dignité, ou de notre bassesse. Ces considérations devraient être assez fortes pour déterminer les époux à mettre toutes les heureuses chances de leur côté.
Une cause de dégénérescence de l'espèce, à laquelle on n'attribue pas l'importance qu'elle comporte, est le surmenage génésique. Il est infiniment moins nuisible de manger .sans faim et de boire sans soif que de s'exciter à la volupté sans
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désir. Nous avons vu jusqu'à quel point les plaisirs hâtifs étaient redoutables aux jeunes époux. Tout laisse à penser que les voluptés tardives ne sont pas moins funestes. Passé soixante ans, le sage doit renoncer aux plaisirs de l'amour. D'ailleurs, à tous les âges, il ne faut sacrifier à Vénus que lorsque nous y invitent les appétences spontanées et manifestes de notre organisme. Ces préceptes s'appliquent, d'une manière particulièrement impérieuse, aux sujets soupçonnés d'être porteurs de quelque lésion organique, soit du cœur, soit des gros vaisseaux, soit des voies urinaircs, soit du système nerveux. Dans tous ces cas, on agit fort prudemment en s'éloignant des champs clos où se livrent les joutes de l'amour.