CHAPITRE IT
Vitalité des races civilisées. — Rôle de l'affinilé élective au point de vue de la sélection. — Descendance des unions sans amour. — Opposition entre l'intérêt de la race et l'individualisme. — Le célibat de l'homme et celui de la femme. — Amour et chasteté.
Le cycle de développement des races civilisées tend à décrire depuis quelque temps une courbe descendante. Comme les individus, les races naissent à un moment déterminé, grandissent, atteignent la maturité, tombent en décadence et meurent. Les lois de la vie suivent le même parallélisme chez l'individu et chez l'espèce.
L'égoïsme et la solidarité sont les deux mesures certaines de la capacité de vie d'une société. Quand l'égoïsme se substitue à tout idéal, le terme de l'évolution sociale est proche. Lorsqu'au contraire, les individus placent l'héroïsme, le désintéressement et le sacrifice personnels au-dessus des idées égoïstes, la puissance vitale de la nation qu'ils forment est grande.
Quelques symptômes précurseurs de la prépondérance prochaine de l'égoïsme, au moins parmi les sociétés contemporaines les plus civilisées, se sont montrés. Le nombre des hommes qui renon^ cent au mariage, trouvant incommode de fonder j une famille, s'est accru. Quant à celui des fem- j mes mariées qui craignent les désagréments de la maternité et recourent aux moyens les plus immoraux pour n'avoir pas d'enfants, il est immense. L'acte d'accouplement s'est abaissé à n'être plus qu'un geste de volupté. **
Le mariage a trop souvent cessé de consacrer l'épanouissement d'une yie isolée et stérile en une double vie féconde, prolongée à l'infini par la postérité. Il sanctionne de plus en plus fréquemment l'association de deux égoïsmes, de deux vies individuelles qui ne font rien pour élargir la large vie de l'espèce.
L'amour, lui-même, n'est plus qu'une distraction. Les hommes civilisés d'une certaine culture, qui ont souvent une mauvaise conscience à l'égard de leur vie sexuelle, se montrent en public d'une pruderie extrême. Ils évitent, avec l'angoisse des criminels surpris en flagrant délit, d'effleurer ce sujet, dans leurs conversations et dans leurs écrits. Ils ont perdu la notion de l'amiour sain. Ce sentiment n'est plus que rêverie, hj^stérie, réminiscence de choses lues ou apprises, fantaisie sentimentale ou demi-folie, et sous ces formes étranges, il devient impossible de l'apaiser. De sorte qu'il représente une cause d'usure nouvelle, essentiellement nuisible à l'espèce humaine.
Cette conception de l'amour est malheureuse-
ment celle des éléments les plus affinés de la socété contemporaine. Les instincts naturels qui doivent assurer la conservation et l'amélioration de la race sont surtout faussés et détournés de leur but dans les milieux où régnent l'opulence et le luxe. C'est là que les générations future>s sont le plus cyniquement sacrifiées à l'hypocrisie et à l'égoïsme régnants.
Pourtant, dans notre haute civilisation, comme au temps des tribus errantes, l'amour occupe toujours la plus large place dans les préoccupations. L'union d'un jeune homme et d'une jeune fille demeure, ainsi qu'autrefois, entourée d'une solennité que justifie la haute importance publique de cet événement qui retentit directement sur l'avenir d'un peuple.
Qu'est devenu le mariage dans les classes les plus élevées de la société? Un arrangement, un contrat de deux capitalistes entreprenant une affaire en vue de leur intérêt personnel. De l'attraction réciproque, de l'amour, de la génération future, il n'est pas question. Une existence égoïste, commode, exempte de responsabilités, une meilleure situation de fortune, un échelon social franchi, une vanité parfois démesurément enflée et satisfaite, l'octroi des libertés, des privilèges réservés aux époux et refusés par la société aux célibataires: voilà les effets les plus tangibles du mariage. Il se peut que d'un hasard non désiré, ou pour le moins indifférent, naisse l'enfant. C'est une conséquence accessoire.
Chez les peuples civilisés, où. par suite d'innombrables sélections, les individus diffèrent beau-
coup physiquement et intellectuellement, où les caractères sont de plus en plus tranchés, il n'est pas sans importance que les parents soient ou non assortis.
Les sujets bien doués qui se montrent difficiles sur le choix d'un époux, ont généralement une descendance vigoureuse et apte à la vie. Lorsque le hasard ou des intérêts égoïstes déterminent l'appariement des parents que sépare une importante dissemblance, le produit du croisement est, au contraire, médiocre ou mauvais. Seuls, les couples que l'instinct amoureux a unis, conservent eti améliorent la race.
Chez les peuples à l'état de nature, où, pour des raisons anthropologiques, les individus diffèrent peu physiquement et intellectuellement, où prédomine un type unique dans les tribus, où tous les vivants sont comme sortis du même moule et semblables les uns aux autres, il importe peu que l'homme choisisse sa compagne. Dans un semblable milieu, l'amour pour un être déterminé est exceptionnel. Il n'éclate que pour des individus que des qualités physiques ou intellectuelles commencent à différencier des autres membres de la tribu. Alors, la grande loi de la sélection apparaît avec une puissance invincible. Un amour de cette espèce grandit rapidement, est ressenti avec une violence dont nous autres, civilisés, nous pouvons difficilement nous faire une idée et se change enfin en une passion orageuse capable de conduire ceux qui l'éprouvent aux actes extrêmes.
Le temps et les moeurs ont modifié les rapports
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primitifs entre homme et femme. Un cas fréquent est celui d'un homme qui, sans éprouver pour elle le moindre amour, courtise par intérêt bas l'héritière ou la fille de l'homme influent. Un autre cas est celui de celle chaste fiancée qui marche à l'aulel avec un individu qu'elle n'aime pas, mais qui lui assurera un certain rang social, des toilettes, ou seulement le pain quotidien.
Les mères entremetteuses qui exhortent leurs filles à jouer le rôle de gibier, les élégants prétendants qui chassent le riche parti peuvent légalement conclure des alliances avec le concours d'un employé de l'état civil : les uns et les autres ne réalisent qu'une opération arithmétique, l'addition de deux fortunes, la m.esure de deux influences, la juxtaposition de deux situations.
Dans certains pays, c'est l'épouseur qui fait largesse. Il prend une femme pour ses beaux yeux et prétend subvenir seul aux besoins du foyer. Dans le nôtre, le soupirant soupèse d'abord le sac et suppute les espérances.
Les fiancés latins que l'amour ne tient pas et qui ont déjà connu la dureté de la vie, s'aperçoivent que le goût du luxe est croissant; ils éprouvent le besoin de paraître et d'éblouir; ils sentent la nécessité de feindre le succès pour avoir peutêtre une chance de réussir: ils savent enfin que le mariage d'argent qu'ils font est laid, mais ils ont la conviction que, dans une société bâtie sur le modèle de la nôtre, le mariage sans argent est tragique.
Dans les couches supérieures de cette société, l'égoïsme qui a détourné le mariage de son but es-
sentiel, reconnaît implicitement quel devrait être le véritable mobile de cet acte, puisqu'il fait à la nature la concession de prendre, au cours de ses intrigues, le masque de l'amour.
La vérité nous force à reconnaître qu'il résulte de pareilles unions une race dégénérée, sans harmonie et vouée à une rapide extinction. Engendrés sans amour, élevés sans une véritable tendresse, les fils ont définitivement perdu la faculté d'aimer. Ils vivent, angoissés par la pauvreté intérieure de leur vie.
Le père soignait son logis, son estomac, ses chevaux, sa chasse, son club ; il est mort riche d'honneurs. La mère suivait passionnément la mode, nouait des intrigues, surpassait ses rivales en folles prodigalités; elle a laissé derrière elle une large trace vide. Tous les deux ont maintenu leur rang et leur fortune. Mais leurs enfants périront.
La suppression de l'amour achemine les hautes classes à une disparition rapide. Car tout être privé d'élan, de force pour voler ou bondir, tout ce qui n'aime pas, tout ce qui est égoïste doit disparaître. C'est la loi de l'impitoyable sélection qui l'exige.
Nombreux sont ceux qui méconnaissent cette loi, prennent le parti de se cantonner dans les froides conventions sociales. Ils contractent un mariage de raison, c'est-à-dire une union sans amour. Ils mènent une existence à deux, en apparence correcte, et fort paisible. Mais un jour, les hasards de la vie les mettent en présence d'un être pour lequel ils éprouvent soudain une affinité élective. Alors, ils s'aperçoivent que l'instinct de l'amour
est toujours vivace en eux et la catastrophe est inévitable. Un conflit violent s'élève entre le devoir conjugal et l'aspiration ardente qui les pousse à la possession de l'individu électivement apparié. Les natures vulgaires succombent sans lutter. Les autres s'essaient à un impossible renoncement. Finalement, l'amour se fraye sa voie et triomphe, hélas, au sein du mensonge, du parjure et de la dissimulation. A cause des idées reçues, il faut d'abord ne pas faire de scandale.
Ainsi, les meilleurs d'entre nous, ceux qui représenteraient pour la race une valeur, comme agents de sélection, finissent eux-mêmes par se prêter à des compromis vulgaires. Un jour, ils en^| viennent à mettre en balance les devoirs jurés iW et l'inextirpable amour. C'est bien rarement ce dernier qui succombe. Au lieu d'être pour l'espèce un moyen de rajeunissement, le mariage de raison n'est, en réalité, pour elle qu'un moyen de lent suicide, car les enfants issus d'une union sans amour sont de misérables créatures. Mais qu'importe, si les parents ont trouvé dans ce mariage leur intérêt!
Nous éprouvons plus vivement que nos pères la violence de la lutte pour l'existence. Nous ne comptons que sur nous-mêmes et si nous sommes vraiment de notre temps, nous envisageons tous les actes de la vie, — et parmi eux l'acte sacré de la conservation et du développement de l'humanité, — en nous plaçant au point de vue strictement utilitaire. Le mariage doit être une source de ren-
tes. Aujourd'hui comme aux temps bibliques, le riche prend place au banquet, tandis que Lazare attend au seuil de la salle du festin, assis dans la poussière.
Si nous écoutions les conseils de l'amour dans le choix de nos compagnes, la race huip.aine y gagnerait sans doute en vigueur et en beauté. Mais les qualités de notre race ne nous intéressent guère. Nous ne pensons qu'à nous assurer une belle part des biens terrestres.
Il est indiscutable que le secret de l'élévation ou de la décadence des collectivités réside, partielle menft au moins, dans la formation du couple con jugal.
L'humanité a-t-elle vraiment tendance à se surpasser elle-même par l'élection des meilleurs éléments? Je ne le crois pas. Ce ne sont pas, je le répète, les qualités intrinsèques des personnes qui décident des unions. Les qualités extrinsèques de fortune, de position sociale, de nom, ont usurpé la première place et elles ne garantissent ni la valeur morale, ni la valeur intellectuelle ou physique des jeunes époux. Dès lors tombe cette barrière que l'élection des mieux doués mettrait à la dégradation des espèces. C'est là que réside tout entière la raison de l'abâtardissement des grandes familles. Plus on occupe un rang élevé, moins on peut choisir, car moins on a de choix. Et il répugne à l'aristocratie de s'unir à la plèbe.
Cette conception est une des causes les plus actives de la dégénérescence de l'humanité civilisée. Elle a, en outre, l'inconvénient de créer un état anormal qui maintient beaucoup d'hommes dans le
célibat. Ces derniers prétendent que les soins qu'ils apportent à leur propre personne suffisent à emplir leur vie. La responsabilité de fonder une famille les effraye. Mais ils ne renoncent pas pour cela aux agréments des relations féminines. La société se plaît d'ailleurs à entourer leurs plaisirs égoïstes d'une auréole presque sympathique.
Quelle est la victime de cet état de choses? La femme, que notre civilisation a réduite à voir dans le mariage son unique destinée. Une union légitime consacre seule la maternité et seule aussi dans bien des cas, met à l'abri de la misère.
Les jeunes filles riches pourraient, du moins' épouser des hommes de leur choix, et, parmi eux, les meilleurs et les plus dignes. Mais les chasseurs de dot les guettent; elles n'échappent pas à la séduction des plus habiles et des plus patients. De sorte que les héritières jeunes et inexpérimentées choisissent les prétendants qui ont seulement le mieux joué leur rôle. Elles s'aperçoivent trop tard qu'elles ont épousé des forbans avides. Elles renoncent alors à l'amour, à moins qu'elles ne prennent le parti de le chercher en dehors du mariage.
Je disais tout à l'heure que l'homme ne souffrait pas trop du célibat. Mais quel sort est celui de la f(^mmc, au foyer de qui nul compagnon ne s'assied? Ses sœurs d'infortune ou ses amies, — si elle en a, — lui apportent plus d'amertume que de gaieté. Elle est dans le monde comme une étrangère que gueltent la médisance et la calomnie. Si elle possède quelques ressources, elle ne souffre que du vide intérieur de sa vie. Sans for-
tune — c'est le cas le plus fréquent — elle est condamnée à mourir de faim. Le travail manuel r.épuise rapidement; son gain est moindre que celui de l'homme, quoiqu'elle ait les mêmes besoins naturels. Est-elle instruite? Elle peut s'essayer au moderne esclavage des gouvernantes. Comptet-elle dans le petit groupe des filles énergiques et bien douées auxquelles on ouvre des situations publiques subalternes? Elle ne connaîtra pas lai détresse, mais elle n'aura pas davantage 'le sentiment de suivre une vocation intérieure, le seul qui | rende la pauvreté supportable.
Et cette femme qui a froid, qui a faim, qui végète dans le plus cruel des abandons ne peut ])as, sans imprudence, s'abandonner à l'instinct le plus puissant de sa nature. Sa sagacité en éveil doit lui faire éviter les pièges raffinés que lui tend partout l'égoïsme de l'homme. Misère, solitude, lutte incessante contre un adversaire infatigable et résolu, domination permanente de ses instincts et de ses inclinations: voilà son destin.
Quelle est la récompense à tant d'efforts? Il n'y en a pas. La vieille fille a lutté pour obéir aux préceptes impitoyables d'une société égoïste. Bien plus, elle a résisté à une grande loi de la nature.
Ainsi, notre société civilisée apparaît comme de plus en plus étroitement liée à des principes qui la conduisent à la décadence. L'homme et la femme ne cherchent plus dans le mariage que la sécurité matérielle. L'un pourchasse la dot, l'autre le mari qui la nourrira ou fera d'elle une bête de luxe, une vivante réclame. De telles unions détournent beaucoup d'hommes du mariage. Un
nombre égal de filles demeurent célibataires. Si, du moins, l'humanité trouvait, à ce jeu le bonheur!... Mais combien d'hommes sont heureux?
L'organisation contemporaine du mariage repose sur la surveillance de Tinstinct sexuel par les lois et par les religions. Nous avons vu que les lois établies et les coutumes permettent une fréquente opposition entre le mariage et l'amour. Elles font naître de graves conflits entre les sentiments naturels et la contrainte conventionnelle qu'elles exercent sur les hommes.
Mais la civilisation latine fait plus- elle entretient autour de tout ce qui concerne la vie sexuelle, la conspiration du silence. Sans qu'il ait jamais été possible de justifier cette attitude par des raisons humaines, la fonction qui a pour but la conservation de la race est considérée comme la moins morale. Manger et dormir sont des actes légitimes que chacun peut librement et publiquement pratiquer et dont il a le droit de s'entretenir. Aimer est, aux yeux de beaucoup, un acte que les hommes ne doivent accomplir qu'en secret!
Bien plus, lavant-dernier concile œcuménique a déclaré expressément : <( Si quelqu'un dit que <■ l'état de mariage doit être préféré à celui de la u virginité et du célibat, et que ce n'est pas quel- « que chose de meilleur et de plus heureux de « demeurer dans la virginité et le célibat que de « se marier, qu'il soit anathème! » (Concile de Trente, sess. xxiv, can. x.) Bien des hommes sont
donc anathèmes... Ils s'en consolent en songeant qu'il leur appartient de poursuivre le perfectionnement et non le renversement de la nature.
Nous ne pouvons plus contempler la nudité avec des regards chastes et sans arrière-pensée corrompue. La réunion de personnes de sexe différent éveille souvent dans les esprits des associations d'idées indignes. Par une conséquence logique d'un tel état d'âme, l'un des buts principaux de notre éducation est de maintenir nos enfants dans l'ignorance. De sorte qu'ils sont obligés de puiser leurs enseignements aux sources les plus impures.
D'un côté, la parole divine nous prêche d'aimer notre prochain comme nous-mêmes. De l'autre, nos moralistes déclarent que le plaisir de la chair est méprisable. D'un côté, on nous commande de favoriser la durée et la prospérité de l'espèce; mais en même temps les sages détruisent l'effet de ces commandements et conduisent l'humanité à sa ruine.
Le dogme d'amour devait forcément conquérir l'humanité, car il s'adressait à son instinct de conservation qui est le plus puissant. En proclamant que la chasteté est l'état le plus désirable pour l'homme, l'Eglise répondait aux débordements de la société païenne par une exagération de vertu. Aujourd'hui, nous professons encore à regard de la vie sexuelle, des idées qui remontent à quinze siècles. Souhaitons que l'amour cesse de régner en secret. Le jour où cela sera, au lieu de demander à la femme si elle consent à prendre tel homme comme époux et à lui obéir comme
* à un maître, on lui demandera d'abord si elle
iJ'aime. Alors seulement sera légitimé officielle-
n'ent et consacré par une déclaration publique, le
sentiment qui pousse deux êtres l'un vers l'autre
ei les attache l'un à l'autre.
En fait, la société contemporaine feint de respecter ouvertement la chasteté, mais elle se moque d'elle secrètement. Le père de famille déclare que c'est une faute d'obéir aux élans de son cœur, mais il obéit avec joie à ceux qu'il ressent. Une telle morale ne subsiste encore au vingtième siècle que parce que, pratiquement, personne ne s'y conforme. A l'église, flans la rue, dans les salons, dans les clubs, on s'incline devant le dogme, mais dans l'alcôve, on sacrifie passionnément à Vénus. Il est de bon ton de juger avec sévérité l'homme indépendant et sincère qui ose adorer ouvertement les divinités que chacun vénère en cachette. Le mariage, pour être utile à l'espèce, doit être basé sur les instincts fondamentaux et vitaux de l'humanité. L'instinct d'aimer est plus puissant que toutes les lois établies. Quel adolescent n'a pas obéi aux suggestions des sens sans attendre l'immixtion d'un agent de l'état civil? Par contre, la société ne pardonne pas à la jeune fille qui s'est permis d'aimer hors du mariage ! Nous avons accumulé les préjugés. Nous avons oublié que notre destin est de vivre en connexion avec le reste de la nature.
Le mariage n'est plus un état naturel de l'hommc. D'un côté, la dureté de l'existence moderne, les conditions économiques de notre société et notre égoïsme nous poussent à ne contracter que des
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unions d'intérêt; de l'autre, la morale latine se refuse à reconnaître la légitimité de l'amour. Bien rares sont les unions de deux époux fondées sur la solidarité intérieure et sur l'affinité élective.
On pourra m'objecter cent exemples de relations qui se sont nouées très passionnément et qui ont fort mal fini, et cent autres, d'unions intéressées qui ont été exemplairement tendres et n'ont cessé qu'avec la vie de l'un des époux. Il faut, en eiTet, tenir compte, dans beaucoup de cas, des circonstances, de la puissance de l'habitude, de l'absence de tentations, en un mot des influences indépendantes de la volonté des conjoints.
Nombreux sont ceux qui, après avoir cru aimer sérieusement, s'aperçoivent un jour qu'ils se sont trompés. Cette remarque n'a d'intérêt que si l'on sie place au point de vue du bonheur égoïste des époux. Elle ne mérite pas d'être prise en considération, si l'on n'envisage que le développement de l'espèce. Nombreux aussi sont les hommes et les femîïies qui, même au paroxysme d'un jeune amour, gardent au fond de leur cœur, en des recoins obscurs que n'illumine pas la passion du moment, les germes de sympathie et de désirs secrets: les germes existent, ils sont là. prêts à se développer, si les circonstances sont favorables. L'attraction naturelle exercée par le sexe entier devient souvent le point de départ de nouvelles inclinations, différentes do celles qui caractérisent un amour actuel. D'ailleurs, celui-ci n'a été sansi doute, lorsqu'il est né. que la concentration sur^ une seule personne d'une inclinati§!i générale pour l'autre sexe.
Mais qu'importe! Aussi longtemps que la femme sera réduite au mariage comme à sa seule destinée morale, elle raceeptera toujours sans s'inquiéter des inclinations qu'elle éprouve. Le mariage est devenu pour elle une nécessité. Il ne faut donc point nous étonner si nos enfants ne naissent pas toujours doués de la force et de l'aptitude à la vie que seuls transmettent à leurs rejetons les couples qui se sont rencontrés dans une affinité élective.