‹ L'élévation et la chute de l'empereur MaximilienChapitre 10 sur 22 · ID · texte numérisé non relu

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11 ne faut donc pas chercher d'autres causes que les réell e dans les événements derniers, et ces causes sont bien connues de Sa Majesté, puisque nos rapports les lui ont détinies.

Votre Excellence doit les connaître aussi; je m'abstiendrai de les énumérer à nouveau. En résumé, le gouvernement impérial peut disposer, comme parle passé, de tous les éléments de l'armée nationale ; mais il est de ma loyauté de dire que si l'administration, le recrutement, ne sont pas mieux assurés que par le passé; si, d'un autre côté, il n'y a pas plus de fidélité, d'énergie et de dévouement de la part desdites troupes, le gouvernement impérial fera sagement de ne pas compter d'une manière absolue sur son appui.

Le maréchal de France,

Bazaine.

Dans le camp libéral de Portirio Diaz, on était mieux renseigné, qu'au quartier général français, sur les démarches de notre gouvernement. Le journal républicain s'exprimait ainsi, au moment même où l'envoyé de ?>apoléon gravissait les hauts plateaux : « Le Packett de Saint-Nazaire vient d'amener le général Castelnau et le marquis de Galliflet, tous

deux aides-de-camp de Napoléon III

Castelnau ne fait pas mystère de son importante mission : il dit apporter l'ordre de faire abdiquer Maximilien. On prétend que, à la chute du prince autrichien, surgira une convention conclue d'avance entre les cabinetsde Washington et des Tuileries sur la dette française. On comprendra que l'abdication volontaire ou /orcee de Maximilien est inévitable ; les démarches de la Frar.ce sont bien connues, et le soleil de la nouvelle année verra briller les armes triomphantes de la République sur tout le territoire mexicain. »

Nos troupes continuaient à se replier sur le centre du pays. D'après les derniers ordres reçus de Paris, leur mouvement rétrograde allait s'accentuer plus fortement encore, et le quartier général porta ces dispositions militaires à la connaissance de Maximilien, laissant à l'envoyé de Napoléon le soin de traiter le côté politique de la mission dont il était seul chargé, et dont seul encore il connaissait la dernière portée. Quel drame compliqué que celui dont les différentes scènes, v.raiment émouvantes, se jouaient à Paris, à Rome, à Washington et à Mexico ! Tout le poids en incombait aux deux principaux personnages, Maximilien et le maréchal. L'empereur du Mexique sentit bientôt son énergie brisée, et au moment de renoncer à la lutte, il lança cette dernière protestation contre les actes de notre politique :

Mexico, i8 octobre 1866.

Mon cher maréchal,

C'est avec le plus grand regret que j'ai appris, par votre estimable lettre en date d'hier, que nous sommes prochainement menacés de voir abandonner Matehuala, qui est un des points stratégiques de la plus haute importance par rapport aux dissidents.

J'ai donné immédiatement les ordres pour qu'on fasse parvenir les fonds nécessaires pour solder intégralement les troupes. J'ai la ferme persuasion qu'une seule attaque vigoureuse suffirait pour mettre en fuite les forces mal organisées des dissidents ; tandis que si les'forces franco-mexicaines se retirent, non-seulement le nombre de l'ennemi ne diminuera pas, mais les communications entre le Tamaulipas et San- Luis seront coupées en même temps que les ressources de ce territoire nous échappe-

ront. Ce sera donner artificiellement à la révolution des proportions qu'elle n'a jamais atteintes jusqu'à ce jour.

Vous savez bien, mon cher maréchal, que le gouvernement ne peut réunir asse^ de forces en si peu de temps pour faire face seules à l'ennemi, et, par conséquent, la proposition de s'appuyer sur les ressources locales est uniquement illusoire. J'espère, mon cher maréchal, que, d'accord avec l'article 4 du traité de Miramar, en vertu duquel vous disposez de toutes les forces de l'empire, vous aurez la bonté de prendre toutes les mesures propres à empêcher un désastre militaire et politique, plus considérable que tous ceux éprouvés jusqu'ici.

Votre très affectionné,

Maximilien.

Maximilien songeait encore à invoquer le traité de Miram:M-, déchiré depuis trois mois, et lorsque l'Empereur Napoléon avait déclaré à M. Bigelow qu'il ne voulait plus entreprendre d'expédition pour réduire les dissidents !

La mission française venait d'être signalée à deux journées de marclie de la capitale. Résolu de l'éviter, l'empereur fit hâter les préparatifs pour descendre, comme il l'annonçait à ses ministres, à la rencontre de l'impératrice Charlotte. Mais l'envoi des bagages de sa maison et de son entourage, en destination du port de la Vera-Cruz, s'était déjà ébruité, et l'on savait que les trois escadrons de hussards autrichiens, rappelés à Mexico, sous le prétexte de se reposer de leurs fatigues, avaient déjà reçu l'ordre de se tenir prêts à monter à cheval. La nouvelle de l'éloignement probable du souverain produisit une vive sensation dans la population de Mexico.

L'histoire exclut le roman; pourtant ici l'historien ne peut retracer sans émotion cette scène de deuil, qui voila les derniers moments passés par l'Empereur, au palais de Chapultepec.

L'heure du départ approchait : le souverain, épuisé par la fièvre et vaincu par les événements, songeait à ses espé-

rances brisées et rêvait à son pavs natal, qu'il avait maintes fois regretté, en tressaillant aux échos lointains du canon de Sadowa et de Lissa. Une dépêche télégraphique, expédiée des États-Unis, lui fut remise : elle annonçait que la raison de l'impératrice Charlotte avait reçu un ébranlement. Il y a des déchirements, des révoltes d'une âme meurtrie contre la destinée, des luttes de désespoir que la plume ne peut rendre.

La ville entière, où l'impératrice était adorée, resta frappée de désolation. Maximilien donna l'ordre du départ pour la nuit, et, dans la matinée du 20 octobre, annonça au maréchal qu'il s'éloignait de Mexico.

Alcazar de Chapultepcc, 20 octobre iSGG.

Mon cher maréchal,

J'ai été profondément touché des paroles de consolation et de deuil, que vous venez de m'envover en votre nom et en celui de la maréchale. Je tiens à vous exprimer ma plus vive et profonde reconnaissance. Le terrible coup de ces dernières nouvelles, qui ont si grièvement blessé mon cœur, et le mauvais état de ma santé causé par les fièvres intermittentes qui durent depuis si longtemps, et qui, ces jours derniers, ont naturellement augmenté, ont nécessité, d'après la volonté expresse de mes médecins, un séjour momentané sous un climat plus doux.

Pour me rencontrer avec le courrier extraordinaire qui m'est annoncé de Miramar, dont j'attends les nouvelles avec une anxiété facile à comprendre, j'ai l'intention de partir pour Orizaba.

C'est avec la plus grande confiance que je remets à votre tact le maintien de la tranquillité de la capitale et des points les plus

importants qui sont, à cette heure, occupés par les troupes de votre commandement.

Dans ces circonstances douloureuses et difficiles, je compte plus que jamais sur la loyauté et l'amitié que vous m'avez toujours témoignées.

Je suivrai l'itinéraire ci-joint, et je prendrai avec moi les trois escadrons de hussards du corps des volontaires autrichiens et les hommes disponibles de la gendarmerie.

Cette lettre vous sera remise par le conseiller d'État Herzfeld, mon ancien compagnon de mer, que je mets à votre disposition, pour vous donner tous les éclaircissements.

Je vous réitère, ainsi qu'à la maréchale, ma vive gratitude pour les tendres sentiments qui ont fait tant de bien à mon pauvre cœur.

Recevez, mon cher maréchal, les assurances de toute ma sincère amitié.

Maximilien.

A ce moment critique oti le dévouement pouvait devenir périlleux, M. Larès se présenta au palais et déclara, au nom de ses collègues, que tout le ministère se retirerait si l'empereur quittait Mexico. M. Herzfeld en avisa immédiatement le quartier général.

Mexico, le 20 octobre 1866.

Excellence,

M. Larès vient de présenter la démission de tout le ministère, et a déclaré qu'aussitôt que l'empereur sortirait de la capitale, 2'/ n'j' aurait plus de gouvernement. Sa Majesté étant dans un état de faiblesse extrême et insistant pour partir, il faudra pren-

dre des mesures. Je supplie Votre Excellence de vouloir conseiller l'empereur encore ce soir.

Je suis, etc.

Herzfeld.

Instruit de ce grave incident, le maréchal Bazaine écrivit aussitôt au président du conseil, que c'était manquer de lovauté et de générosité que d'abandonner l'empereur à pareille heure, après avoir recherché toute sa confiance, et qu'il se verrait forcé de prendre certaines mesures vis-à-vis des ministres, s'ils persistaient dans leur résolution.

Sans cette décision énergique et commandée par les circonstances, tout le gouvernement du pavs incombait brusquement au commandement français, au moment même où des renseignements précis, déjà reçus par le quartier général, prouvaient que tous les partis étaient sur le point de se lever en masse contre les étrangers, et de massacrer les petits corps français, encore très disséminés sur le territoire, dans une nouvelle nuit des Vêpres siciliennes. A la tombée du jour, M. Herzfeld venait au quartier de Buena-Vista demander conseil sur la situation, de- la part de Maximilien. Sur ces entrefaites, les ministres intimidés répondaient qu'ils seraient trop heureux de continuer à s'acquitter de leur mission. Le maréchal, à qui l'envoyé de Maximilien s'ouvrit confidentiellement sur le projet définitif de son souverain, décidé à l'abdication, répondit que Sa Majesté pouvait partir et voyager en toute sécurité, et qu'il se chargeait de tout. Le général en chef pensait, en effet, que les chances de la monarchie ne pouvaient que s'amoindrir, et il ne se sentait pas le courage de retenir Maximilien qu'il laissait libre de suivre

ses propres inspirations. Toutefois, il fallait avant tout gagner du temps, pour permettre à des détachements français, exilés encore, à cette date, à six cents lieues de Mexico, de se masser et de se replier sur le gros de l'armée. Une abdication brusque devait déchaîner l'insurrection de tout le pays; pour y obvier, il fiillait que Maximilien prétextât une absence provisoire, qui permît d'installer une régence, de façon à conduire doucement le pavs à une autre forme gouvernementale. Une abdication, datée de l'Europe, pouvait seule prévenir une grande secousse et sauvegarder notre armée. Tel était le plan auquel le maréchal désirait rallier Maximilien. A sept heures du soir, le prince attendait avec impatience dans son palais la réponse du quartier général. Au moment où il la reçut, il se promenait de long en large en proie à une grande agitation ; après sa lecture, il parut soulagé. Les dernières paroles qu'il prononça, avant de s'éloigner de Chapultepec, révélaient toutes ses pensées : 'c Je ne puis plus en douter, ma femme est folle. Ces gens-là me tuent à petit feu. Je suis épuisé Je m'en vais. Remerciez bien le maréchal de cette nouvelle preuve de dévouement. Je pars cette nuit, et s'il désire mécrire, voici mon itinéraire. »

A deux heures du matin, le 21 octobre, trois voitures escortées par trois escadrons de hussards autrichiens et par des gendarmes hongrois roulaient sur la chaussée de la Piedad. Le père Fischer, le ministre Arroyo, le colonel de Kodolich et le docteur Bash. accompagnaient l'empereur à Orizaba, où une résolution publique et définitive, déjà pressentie par l'opinion, devait être prise par le souverain. Le même soir, Maximilien. qui était venu coucher à Vhacicnda

de Zoquiapa, traçait une missive toute confidentielle qu'un officier autrichien apportait dans la nuit au quartier général français. Cette lettre n'était que le corollaire de l'entrevue du maréchal et de M. Herzfeld.

Hacienda de Zoquiapn, 21 octobre 1S66, au soir.

.Mon cher maréchal,

Demain, je me propose de déposer entre vos mains les documents nécessaires pour mettre un terme à la situation violente dans laquelle se trouvent non-seulement ma personne, mais aussi le Mexique entier. Ces documents devront rester réservés jusqu'au jour que je vous indiquerai par le télégraphe.

Trois choses me préoccupent, et d'une fois je veux dégager la responsabilité qui m'incombe.

La première : que les cours martiales cessent d'intervenir dans les délits politiques ;

La seconde : que la loi du 3 octobre soit révoquée de fait ;

La troisième : que, pour aucun motif, il n'y ait de persécutions politiques, et que toutes espèces d'hostilités cessent.

Je désire que vous appeliez les ministres Larès, Marin et Tavera, afin de convenir des mesures indispensables pour assurer ces trois points, sans nécessité que mes intentions exprimées dans le pt emier paragraphe transpirent tant soit peu.

Je ne doute pas que vous n'ajoutiez cette nouvelle preuve de véritable amitié à toutes celles que vous m'avez données, et, par avance, je vous donne mes sentiments de gratitude en mènie temps que j; vous renouvelle les assurances de considération et d'amitié avec lesquelles je suis.

Votre très affectionné,

Maximilien.

Comme on le voit, Maximilien recommandait instamment de ne pas laisser transpirer, même vis-à-vis de son propre conseil, son projet d'abdication; en second lieu, il priait le maréchal de réunir ses ministres pour leur communiquer ses ordres, d'autant plus importants, que la loi du 3 octobre était révoquée. Au moment où il allait quitter le pays, le souverain ne voulait plus que le sang coulât inutilement. Le lendemain même, le 22 au matin, le général en chef, quoique le gouvernement français lui eût recommandé de ne pas s'immiscer dans la politique, s'empressait, par dévouement pour l'empereur Maximilien, de convoquer et de réunir MM. Larès, président du conseil, Marin, ministre de l'intérieur, et Tavera, ministre de la guerre. Il leur signifiait officiellement les volontés de leur souverain, et donnait l'ordre de les mettre à exécution. Il faut ajouter que les ministres Larès et Marin se déclarèrent peu disposés à accéder aux idées généreuses de Maximilien. Le maréchal répondit de son côté à l'empereur, en linformant de la mise à exécution de ses ordres, qu'il ne pouvait cesser les hostilités là où les dissidents et les partis qui n'avaient pas reconnu l'empire viendraient attaquer les troupes françaises. En effet, le quartier général n'avait pas pouvoir pour signer un armistice avec les libéraux. Il ne lui appartenait pas de modifier de son autorité privée le programme militaire du corps expéditionnaire, dont la mission était de défendre l'empire. L'évacuation du reste suivait son cours, et le nombre des places occupées par nos armes diminuait de jour en jour.

Maximilien changea encore cette fois de projet; car jamais il n'adressa au maréchal ni les graves documents ni la dépêche télégraphique annoncés dans sa lettre confidentielle

du 2 1 octobre. Un incident, important à relater, marqua les débuts du voyage du jeune souverain. Les relais du cortège impérial avaient été disposés à dessein, de façon à ce que le général Castelnau ne pût approcher Maximilien. Pourtant, les deux voyageurs se rencontrèrent un instant dans le village d'Ayotla, à l'heure du déjeuner, et quoique l'envoyé de Napoléon III eût cherché accès auprès du jeune empereur, il dut se résigner à partir sans pouvoir obtenir une audience.

Le voyage de l'Empereur s'accomplit rapidement, sans être inquiété par les guérillas qui, si elles n'eussent été tenues en respect par le déploiement de nos troupes, avaient l'intention de s'emparer de sa personne. Un gros mouvement de contingents juaristes s'était accusé du côté d'Oajaca, que Porfîrio-Diaz venait menacer. Pendant tout le trajet, Maximilien ne s'arrêta que chez le clergé mexicain. Le 24 octobre, il couchait déjà dans le presbytère d'Acacingo. Le chemin qui sépare ce gros village de la Caiîada est raviné par les pluies d'hivernage et plein de sables pendant les sécheresses. Le pays est tourmenté, et couvert de bois, où il fallut redoubler de surveillance contre les bandes. Il y eut un instant où le trouble s'empara de l'entourage du souverain.

En avant sur la route, un gros tourbillon de poussière venait de se soulever sous les pas d'une troupe de cavaliers rouges. C'était un des escadrons de la contre-guerilla française qui venait flanquer la marche de Sa Majesté. Maximilien s'enquit des différents postes que les contre-guerillas occupaient dans les Terres-Chaudes ; puis il retomba dans

le silence obstiné qu'il avait conservé depuis son départ de

Chapultepec. En mettant pied à terre à la Canada, il demanda l'hospitalité à la cure ruinée de ce petit bourg. La nuit s'écoula tristement dans une chambre glaciale, et le lendemain matin, vers sept heures, le cortège s'ébranla dans la direction d'Orizaba. Un brouillard épais s'étendait sur les défilés des Cumbres et voilait au loin la vallée. Pendant toute la marche, Maximilien fut éprouvé par la fièvre : il quitta sa voiture pour descendre à pied les nombreux lacets de la grande chaîne de montagnes qui domine les Terres- Chaudes. Enveloppé d'un long vêtement gris et coiffé d'un sombrero blanchâtre à petits bords, l'empereur marchait rapidement, la tète penchée, suivi de son fidèle compagnon, le docteur allemand Bash. Parfois, aux détours du chemin, il faisait halte pour attendre son escorte et pour jeter un dernier regard aux horizons qu'il ne comptait plus revoir. Vers onze heures, le curé d'Aculcingo, misérable hameau situé au pied des Cumbres, offrit un maigre repas à Maximilien. Quand on voulut se remettre en route, on s'aperçut que les huit mules blanches qui traînaient les voitures de la cour venaient d'être volées ; et on dut attendre deux longues heures avant de se procurer d'autres animaux, par voie de réquisition. Le soleil disparaissait déjà à l'horizon quand on arriva au gracieux village d'Ingenio noyé dans la verdure. Là, sur le chemin, une foule nombreuse de cavaliers, de piétons, de curés à cheval suivis d'Indiens et d'habitants d'Orizaba , attendaient l'empereur pour l'acclamer à son passage et l'escorter jusqu'à la ville, encore éloignée de deux kilomètres. En apercevant les clochers d'Orizaba , le colonel de Kodolich donna l'ordre à la cavalerie française de ralentir sa marche, Sa Majesté désirant entrer seule

dans les rues où elie se savait attendue par la population. Une des tendances' marquées de Maximilien, qui s'est accusée nettement pendant tout son règne, était de se montrer à son peuple le plus rarement possible entouré des Français, pour qui il ressentait en général une profonde antipathie. Un savant critique, M. Dubois, qui a publié dans le journal le Temps une consciencieuse analyse des « Souvenirs de voyage » tracés par l'archiduc autrichien pendant sa première jeunesse, y constate l'expression de ces sentiments défavorables à la France. Il conclut même en avouant que l'étude du caractère du prince a diminué à ses veux le descendant de Charles Quint. « Il faut bien reconnaître, ajoute cet écrivain, que lorsque Maximilien accepta la couronne mexicaine, d'autres avaient brandi l'épée pour lui, et ces autres, il ne paraît pas les avoir aimés beaucoup. Il se montre, en effet, dans ses écrits, plein de préventions contre la France et les Français. L'empereur Napoléon III est presque seul excepté de cette défaveur, qui contraste si fort avec le fanatisme du prince pour les Espagnols. Dès i852, quelques mois après le 2 décembre, avant la proclamation de l'empire, le futur empereur du Mexique reconnaît au futur empereur des Français « l'esprit puissant d'un homme d'État qui domine son siècle. » Nul doute que cette impression n'ait subsisté, et qu'elle n'ait, au moment décisif, justifié chez le prince la confiance en lui-même et en son étoile, à laquelle il était naturellement tout disposé. Mais îl faut répéter qu'en général le prince nous refuse ses sympathies : nous ne sommes ni assez catholiques, ni assez romantiques. Peut-être aussi les préventions qu'il manifeste proviennent-elles de ce ressentiment intime et profond contre la France, sur lequel

les nécessités politiques peuvent bien parfois jeter un voile, mais qui, pour de bonnes et de mauvaises raisons, doit être héréditaire dans la maison de Hapsbourg. Quoi qu'il en soit, le prince n'aime pas notre langue, et il félicite l'empereur François-Joseph de l'avoir autant que possible proscrite de sa cour; il n'aime pas nos modes, et il félicite les Espagnols de ne pas les avoir adoptées ; mais ce qu'il déteste surtout, ce sont nos idées et notre esprit. «

Bien des questions eussent pu être résolues par le maréchal, d'une façon plus conciliante dans'des conversations intimes que par correspondance ; mais Maximilien lui avait souvent recommandé de ne venir que rarement au palais de Mexico, où les visites du général en chef français pouvaient, prétendait l'Empereur, être interprétées défavorablement par les Mexicains. Lorsqu'il résidait au palais retiré de Chapultepec, il lui exprimait le désir contraire. Cette même règle de conduite se retrouve dans les derniers écrits de Maximilien à son ministre de la guerre, datés de la ville de Queretaro : il y a exprimé toute son impatience du joug français et sa joie du départ de l'intervention, à laquelle pourtant il devait son trône. Cette attitude, prise dès le début de son règne, manquait de logique.

Maximilien fit son entrée dans la ville d'Orizaba, pleine d'enthousiasme, à travers une haie d'infanterie française et de gardes nationaux échelonnés dans les rues, au bruit des pétards et des carillons sonnant à toutes volées. Il se retira aussitôt dans la maison de Topulente famille Bringas. Le salon de Bringas, le plus grand contrebandier du Mexique, était le rendez-vous connu de tous les ennemis de l'Intervention, et, tout récemment, plusieurs conciliabules secrets s'y étaient tenus, lors du passage et sous la présidence du général Uraga, descendant s'embarquer au port de la Vera-Cruz. Pendant son court séjour d'une semaine à Orizaba, le Jeune empereur ne se montra en public que pour se rendre à l'établissement de bains. Dès qu'il eut reçu le courrier d'Europe qui lui apportait des nouvelles navrantes de la santé de l'impératrice, il se retira dans l'hacienda la Jalapilîa, voisine de la ville et perdue à travers les caféiers et les cannes à sucre. Il hésitait encore à abdiquer; le père Fischer, profitant de son influence sur le jeune empereur, sous prétexte que son

■corps et son esprit avaient besoin d'un grand repos, Tentraîna dans cette solitude. Les intrigues du parti réactionnaire, qui sentait bien que la ruine du clergé et son dépouillement définitif allaient suivre la chute de la monarchie, déguisaient aux yeux du souverain Timportance et la rapidité des succès des libéraux. Les visites des agents cléricaux, qui travaillaient dans le but de retenir Maximilien sur le sol du Mexique et sous leur seul drapeau, avaient besoin de l'ombre et du mystère ; aussi se succédèrent-elles sans interruption dans cette hacienda.

Cependant, une partie des bagages de la couronne était déjà embarquée sur la frégate autrichienne le Dandolo , mouillée dans le port de la Vera-Cruz, et l'entourage allemand du prince, tout en regrettant amèrement de voir s'écrouler le trône auquel était attachée sa propre fortune, reconnaissait lui-même que la partie était perdue. En effet, la nouvelle d'un grave désastre, subi le i8 octobre par les iroupes autrichiennes, venait de fondre sur Orizaba. Une colonne, forte de quinze cents hommes environ, qui venait porter secours au général mexicain Oronoz et aux ca\adores bloqués par Portirio Diaz dans la ville de Oajaca, avait été attaquée par les bandes juaristes sur les collines de la Carbonera et mise en complète déroute , après avoir subi de grosses pertes tant en hommes qu'en matériel de guerre. La situation intérieure s'annonçait d'autant plus mauvaise que le moment approchait d'appliquer la convention du 3o juillet et de remettre aux commissaires français la moitié des recettes journalières du port de la Vera-Cruz. Toutes les ressources s'évanouissaient à la fois. Cependant, le maréchal était obligé de mettre \^ doigt sur cette plaie sensible.

Mexico, 2 5-octobre 1866.

Sire,

, Le moment approche d'appliquer la convention sur les douanes, qui a été établie entre le gouvernement de Votre Majesté et celui de la France. M. Dano n'ayant encore reçu aucune réponse à la notification qu'il a faite à ce sujet, m'a informé que son intention était de m'en référer pour la mise à exécution.

J'ai l'honneur d'en rendre compte à Votre Majesté et de la supplier de vouloir bien donner ses ordres pour l'exécution de ladite convention.

Votre Majesté connaît certainement le désastre survenu à la colonne qui se portait au secours de Oajaca ; j'aurai l'honneur de lui en faire connaître les détails aussitôt que les documents officiels me seront parvenus.

Le général Douay est en ce moment au-delà de Matehuala, poursuivant un parti assez considérable de cavalerie.

C'est avec le plus profond respect, Sire, etc.

Bazaine.

Quelques jours après, la ville de Oajaca elle-même, dont toute la garnison était contrainte de mettre bas les armes, malgré la défense héroïque du chef des ca:{adores, le brave commandant Testard, tué pendant l'action, capitulait et ouvrait ses portes au vainqueur Portirio Diaz. Ce double fait d'armes des troupes libérales eut un grand retentissement dans tout le Mexique. En Terres-Chaudes, les chefs des guérillas s'enhardissant recommencèrent des démonstrations menaçantes, et se groupèrent dans les environs de Médellin, de Tehuacan et de Pérote. A cette heure critique, Maximilien, circonvenu par le clergé, n'osait pas encore prendre un parti décisif, telles étaient la versatilité de son caractère et la gran-

deur de ses regrets. Il lui en coûtait de renoncer à cette couronne qu'il avait rêvée depuis l'enfance. On est frappé de cette ambition précoce dont s'inspiraient les « souvenirs de voyage » qu'il écrivait après qu'il eut contemplé sous le dôme de Grenade les insignes royaux de Ferdinand le Catholique.

« Je touchai, disait Maximilien, le cercle d'or et l'épée, autrefois si puissante, avec un sentiment mêlé d'orgueil, de convoitise et de mélancolie. Quel beau, quel brillant rêve pour le neveu de Hapsbourg d'Espagne, de brandir l'épée de Ferdinand pour conquérir la couronne ! »

Ces quelques lignes expliquent bien les douloureuses incertitudes, les dernières angoisses auxquelles l'ambition de Maximilien était en proie dans Vhacienda de la Jalapilla.

Voici une lettre du 3i octobre, écrite sous l'impression du désastre subi par les Autrichiens, dont la valeur a été si malheureuse, et où il oublie généreusement ses griefs contre les Belges. Elle atteste assez qu'au moment solennel d'une abdication arrêtée dans son esprit, il veut tenter encore une dernière chance avant de laisser tomber un sceptre qui coûte déjà si cher à son cœur et à son orgueil.

Mon cher maréchal, Dans les circonstances difficiles dans lesquelles je me trouve, et qui, si les négociations que je viens d'entamer n'aboutissent pas à un heureux résultat^ me forceront de rendre le pouvoir que la nation m'a confié, il me tient avant tout à cœur de fixer le sort des corps volontaires autrichien et belge, et de leur garantir l'accomplissement entier des conditions contractées avec ces corps.

Pour arriver à ce but, je vous envoie mon aide de camp, le colonel de Kodolich, auquel je viens de remettre le commandement du corps des volontaires autrichiens, et que je munis des pleins pouvoirs nécessaires pour régler cette question, qui m'intéresse plus que toute autre.

Cet officier jouit de mon entière confiance, et en mettant entre vos mains, entre celles de la France, si sensibles pour tout dévouement, le sort de ces corps si braves et si dévoués, j'attends avec une entière sécurité le dénouement satisfaisant de cet arrangement.

Recevez, mon cher maréchal, l'assurance des sentiments de sincère amitié, avec lesquels je suis, Votre très affectionné,

Maximilien.

Orizaba, 3i octobre 1866.

A l'heure où il faisait partir le colonel de Kodolich pour le quartier général de Mexico, Maximilien connaissait exactement le but de la mission du général Castelnau. L'envoyé de Napoléon III venait s'enquérir de ses propres yeux, en interrogeant les faits et l'opinion publique, si la monarchie était capable de se maintenir seule. Dans l'alternative contraire, que les Tuileries savaient certaine par avance, il devait provoquer l'abdication immédiate de l'empereur, et, en cas de refus du jeune souverain de rentrer en Europe, il avait Tordre de le prévenir du rappel de tout le corps expéditionnaire en bloc et à bref délai. Ces instructions de son allié Napoléon III, dont Maximilien ignorait encore le dernier mot, n'étaient pas faites pour l'encourager à se rejeter seul dans la mêlée; il ne conservait plus d'ailleurs de grandes illusions sur la puissance des ressorts de l'élément mexicain. Son es-

prit flottait, partagé d'un côté entre riiumiliation d'un retour en Autriclie après un éclatant écliec qui compromettait son avenir politique, de l'autre entre la crainte bien fondée de poursuivre une œuvre impossible et le légitime désir de revoir une compagne, victime de son dévouement à sa mauvaise fortune.

C'est ici qu'intervient une péripétie douloureuse, ignorée, qui a eu tant d'influence sur les destinées du malheureux prince, qu'elle a conduit au fossé de Queretaro. Maximilien avait échoué dans ses négociations avec les chefs libéraux et les Etats-Unis auprès de qui, aveuglément encore, il avait essayé une seconde tentative. La santé de l'impératrice Charlotte, qu'on croyait presque perdue, le rappelait plus que jamais au château de Miramar. Déjà il s'apprêtait à faire voile pour l'Europe, sans esprit de retour, lorsqu'une lettre de M. Eloin, le conseiller belge, datée de Bruxelles, lui parvint, mais non sans avoir été soumise, à son passage aux Etats-Unis, au cabinet noir de Washington.

Sire, L'article du Moniteur français désavouant l'entrée aux ministères de la guerre et des finances des généraux français Osmont et Priant, prouve que désormais, et sans pudeur, le masque est jeté. La mission du général Castelnau, aide de camp et homme de confiance de l'Empereur, bien que secrète, ne peut avoir d'autre but, selon moi, que de chercher à provoquer au plus tôt une solution. Pour chercher à expliquer sa conduite, que l'histoire jugera, le gouvernement français voudrait qu'une abdication précédât le retour de l'armée, et qu'ainsi il lui fût possible de procéder seul à réorganiser un nouvel état de choses capable d'assurer ses intérêts et ceux de ses nationaux. J'ai l'intime con-

viction que Votre Majesté ne voudra pas donner cette satisfaction à une politique qui doit répondre tôt ou tard de ses

actes et des conséquences fatales qui en seront la suite.

Le discours de M. Seward, le toast à Romero, l'attitude du

président, résultat de du cabinet français, sont des faits

graves destinés à accroître les difficultés et à décourager les plus braves. Cependant, j'ai l'intime conviction que l'abandon de la partie avant le retour de l'armée française serait interprété comme un acte de faiblesse, et l'empereur tenant son mandat d'un vote populaire, c'est au peuple mexicain, dégagé de la pression d'une intervention étrangère^ qu'il doit faire un nouvel appel, et c'est à lui qu'il faut demander l'appui matériel et financier indispensable pour subsister et grandir.

Si cet appel n'est pas entendu, alors Votre Majesté ayant accompli sa noble mission jusqu'à la fin, reviendra en Europe avec tout le prestige qui l'accompagnait au départ, et au milieu des événements importants qui ne manqueront de surgir^ Elle pourra jouer le rôle qui lui appartient à tous égards.

Parti de Miramar le 4 de ce mois avec la résolution de m'embarquer à Saint-Nazaire, après avoir pris les ordres de Sa Majesté l'impératrice, j'ai été entraîné à ajourner de nouveau mon départ. II fallait cette haute influence pour changer une détermination que mon dévouement me conseillait comme l'accomplissement d'un devoir.

J'ai été vivement désappointé en apprenant que mes nombreuses dépêches de juin et de juillet ne sont pas parvenues à Votre Majesté en temps opportun. Mises sous le couvert de Bombelles et accompagnées de longues lettres écrites à cet ami dévoué, pour être communiquées à Votre Majesté, j'étais loin de prévoir son départ de Mexico. Elles ont perdu aujourd'hui tout l'intérêt qu'elles empruntaient aux événements si imprévus qui se succédaient si rapidement alors. Je regrette surtout ce

fâcheux incident, s'il a pu un instant éveiller dans l'esprit de Votre Majesté des doutes sur mon incessant désir de remplir fidèlement mon devoir.

En traversant l'Autriche, j'ai pu constater le mécontentement général qui y règne. Rien ne se fait encore. L'empereur est découragé; le peuple s'impatiente et demande publiquement son abdication. Les sympathies pour Votre Majesté se communiquent ostensiblement à tout le territoire de l'Empire. En Vénétie, tout un parti veut acclamer son ancien gouverneur; mais quand un gouvernement dispose des élections sous le régime du suffrage universel, il est facile de prévoir le résultat.

D'après les derniers ordres de Votre Majesté, j'expédie par ce courrier un télégramme chiffré à Roccas, pour avertir Votre Majesté de l'arrivée du général Castelnau et du désaveu donné à Osmont et Priant.

J'ai appris par G*** que l'attitude douteuse prise à Paris par 2,146 devenait chaque jour plus publique. Depuis quelque temps il comble d'égards et d'argent le jeune Salvador (Hurbide), qui, lui-même, ne comprend rien à ce changement. Je crois nécessaire de reprendre le jeune homme près de moi en attendant la fin de ses vacances. L'état de santé de l'Empereur préoccupe vivement l'Eupore entière

Eloin.

Bruxelles, le 17 septembre 1866.

Est-il croyable qu'un conseiller du trône eût osé tenir un pareil langage, s'il n'y eût été autorisé par les secrètes aspirations et les confidences de son souverain? Ainsi donc, Maximilien rêvait de nouvelles aventures, et son regard ambitieux s'était déjà détaché de la couronne du Mexique pour

se reporter sur celles de l'Autriche et de la Vénétie, erdevenue province italienne ; à moins qu'à l'image de Charles- Quint, son aïeul, qu'il appelait l'empereur poète et qu'il prétendait imiter, il n'eût entrevu dans l'avenir les deux sceptres confondus dans sa main. * A chaque pas qu'on fait à travers les dédales de cette lamentable histoire, issue d'une double politique, on vient se heurter aux intrigues et à la conspiration.

En présence de ces sourdes menées que Sadowa avait ravivées, il ne faut plus s'étonner si la cour d'Autriche prenait ombrage, même du titre porté par le frère de François-Joseph, et adressait au baron de Lago, son ambassadeur à Mexico, une dépêche qui interdisait à l'archiduc le sol autrichien, s'il voulait rentrer en Europe avec son titre d'empereur. De plus, une lettre de l'impératrice-mère, qui ressentait pour son fils cadet une prédilection marquée (l'attitude de François-Joseph étant très réservée à son égard), encourageait Maximilien à s'enterrer sous les murs de Mexico^ plutôt que de se laisser diminuer par la politique française.

Après avoir médité la lettre de M. Eloin, Maximilien, oubliant les périls pour n'écouter que la voix d'une folle ambition, ressaisissait les rênes du pouvoir, et résolu à se livrer au parti clérical qui lui promettait trésor et armée, préparait un appel au peuple mexicain.

* Il avait c'té même question un instant de restaurer la couronne polonaise pour Maximilien. Lors de la dernière insurrection, qui désola ce malheureux pays, on avait même vu M. Pouilly-MensJ.orff, vice-roi de Galicie, remercier publiquement, du balcon de son palais de Cracovie, la populace assemblée sous ses fenêtres et criant : « Vive Maximilien, roi de Pologne. » L'Autriche n'était pas étrangère à cette manifestation.

Après avoir croisé l'empereur Maximilien dans le village d'Ayotla, le général Castelnau, qui n'avait pu approcher le souverain quiitani sa capitale, était entré le 21 octobre 1866 à Mexico.

A dater de cette heure grave pour les destinées du Mexique, la responsabilité morale du maréchal Bazaine cessait totalement. L'opinion publique a été égarée à dessein quand on a prétendu faire peser sur le général en chef le poids d'une seule résolution prise, d'un seul acte commis dans ce pays lointain, à partir de l'arrivée de l'aide de camp de Napoléon III. Et, en effet, les instructions émanées des Tuileries, à la date du 12 septembre 1866, enjoignaient au quartier général de n'arrêter et de n'exécuter aucune mesure ni politique, ni militaire, au milieu des événements importants qui s'annonçaient, sans l'avoir soumise préalablement à l'assentiment du général Castelnau, doublé de la personne de M. Dano, ministre de France, dont le rôle bien effacé jusqu'ici acquérait alors une nouvelle autorité.

En conséquence, le maréchal ne restait plus qu'un chef militaire, entièrement subordonné aux pleins pouvoirs discrétionnaires de l'envoyé de Napoléon III, au contrôle du simple général de brigade investi par le souverain d'une confiance illimitée en prévision de toutes les éventualités. Le général en chef continuait de parler et d'agir en son propre nom, mais il ne conservait plus qu"une liberté d'action illusoire. Car son initiative s'effaçait au moment de l'action. Seulement, une fois les faits accomplis, il devait en endosser forcément la responsabilité, puisque le général Castelnau restait la pensée secrète, tandis que lui était le bras apparent. Eh bien ! nous n'hésitons pas à le dire, du Jour où la politique du gouvernement français s'est annoncée équivoque, où les instruiftions officielles se sont heurtées contre les instructions officieuses, où cette politique ne s'est plus inspirée que de sous-entendus; à l'heure où^ en un mot, la pleine confiance de l'empereur des Français s'est reportée avec éclat de la tête du général en chef sur celle de l'aide de camp impérial, le maréchal Bazaine a commis une grosse faute dont il porte la peine; car il s'est fait responsable, devant le tribunal de la France et de l'Europe, des actes qu'il n'a pas conçus, mais auxquels il a paru s'associer en obéissant militairement. A notre avis, pour le général en chef, à qui il répugnait de renverser brutalement le trône qu'il avait aidé lui-même à élever depuis quatre années, le jour était venu de briser son épée.

Cette protestation, d'un caractère purement politique, eût été une grande leçon ; nous comprenons pourtant qu'à cette époque de crise, le sentiment du devoir ait prévalu dans l'esprit du général en chef. L'armée française était encore disse-

minée au loin. Une retraite concertée et opérée à travers dix-huit cents lieues de territoire, dont il avait lui-même marqué d'avance toutes les étapes, avait besoin, pour être menée à bonne fin, de l'expérience d'un homme connaissant à fond le pays, ses éléments et ses résistances. Notre gouvernement, d'ailleurs, avait fait appel au dévouement du maréchal, pour qu'il préservât lui-même le drapeau français de toute insulte avant de quitter le sol mexicain. Or, si la monarchie était précipitée, on pouvait s'attendre à voir se lever contre nous les deux grands partis de la nation. En l'absence des deux généraux divisionnaires, Douay et de Castagny, encore éloignés de Mexico et nécessaires euxmêmes à la concentration de leurs troupes, à qui le commandement suprême eû^il pu être remis sans danger? Le général' Castelnau, débarqué d'hier, ignorant la topographie comme le monde mexicains, inférieur en grade aux divisionnaires, était incapable, malgré sa haute autorité et son caractère d'envoyé impérial, de se saisir de la direction du corps expéditionnaire. Sous l'empire de ces préoccupations, le maréchal résolut, malgré cet effacement de lui-même, et par attachement à l'armée, de poursuivre jusqu'au bout l'œuvre qu'il avait entreprise. Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons expliquer le mobile de la conduite du maréchal.

Une des raisons qui avait déterminé Maximilien à ne pas recevoir à Ayotla l'aide de camp de Napoléon, dont le but de la mission avait déjà transpiré, c'est que le général Castelnau n'était pas accrédité auprès du jeune souverain, mais seulement auprès de notre quartier général, auquel il venait donner l'impulsion voulue et prévue par les Tuileries, selon les différentes phases qu'allaient subir les événements.

Au premier plan des instructions du cabinet français, se dessinait un programme très net, l'abdication de Maximilien. L'attitude de notre gouvernement, en enlevant tout appui à la cause impérialiste, avait déjà préparé de longue main et devait faire espérer le succès de ce projet. S'il eût réussi, il est certain qu'il eût prévenu cette longue agonie qui a ensanglanté Queretaro. « Si Maximilien vient à abdiquer, mandait-on de Paris, on devra réunir un congrès, surexciter l'ambition des différents chefs dissidents qui tiennent la campagne, et faire décerner la présidence républicaine à celui d'entre eux, Juarez seul excepté, qui consentira le plus d'avantages sérieux à l'intervention. » Aussi, malgré le mauvais accueil du jeune empereur, le général Castelnau dut fort se réjouir de la tournure déjà imprimée aux choses par la volonté de Maximilien lui-même, qui s'éloignait spontanément du territoire , car les difficultés de sa mission se trouvaient singulièrement diminuées. La chute prochaine du trône laissait la place libre à toutes les combinaisons gouvernementales et au prompt rapatriement du corps expéditionnaire, que rien n'allait plus retenir, une fois les intérêts de nos nationaux garantis. Or, pour obtenir cette garantie, on avait pensé à Paris que le meilleur moyen, conseillé par la longue lutte et les succès des libéraux, était d'aider à la restauration du fauteuil présidentiel, dont l'essai de renversement nous avait coûté tant d'or et de sang inutiles.

Les autorités françaises attendaient donc avec une vive impatience à Mexico la nouvelle définitive de l'embarquement de Maximilien. Cet événement était d'autant plus désirable que le pays était en proie à une sourde émotion qui pouvait éclater d'un moment à l'autre. Le gouvernement

mexicain, quoique le ministère restât passivement à son poste, n'existait plus que de nom , et il y avait gros péril à laisser prolonger une crise qui pouvait se dénouer par un mouveinent insurrectionnel de toutes les factions liguées à la fois contre l'étranger. Ces symptômes, développés par les ministres eux-mêmes à l'heure où Maximilien, encore incertain, avait quitté Orizaba pour se retirer à ï/iacienda la Jalapilla^ avaient pris un caractère si menaçant dans la capitale même, que le quartier général dut concerter des mesures cie précaution, comme l'atteste la lettre du maréchal au général français chargé du commandement de la place.

Mexico, 2 novembre 1866.

Mon cher général,

Compte m'a été rendu des désordres qui se sont produits hier soir au théâtre forain étabh sur la place d'Armes. J'ai écrit à S. E. le ministre président du conseil, pour l'inviter à faire fermer dès aujourd'hui cet établissement public.

Dans le cas où le gouvernement mexicain ne jugerait pas à propos de faire fermer ledit théâtre, comme S. M. l'empereur Napoléon y a été insulté par le public, et que des huées, des cris de mort et de mépris ont accueilli la présentation de son image, vous voudrez bien donner des ordres au capitaine Oudriot et à la gendarmerie, pour qu'en vertu de l'état de guerre, ce théâtre soit fermé ce soir et cesse ses représentations.

Vous prendrez les mesures nécessaires pour que la tranquillité publique ne soit pas troublée et que tout perturbateur soit immédiatement arrêté.

Le maréchal commandant en chef.

Bazaine.

On insultait déjà le souverain de la France : les Italiens nous avaient payé de pareille gratitude après Villafranca.

Le cabinet des Tuileries avait par anticipation une telle certitude de l'écroulement prochain du trône mexicain, que, sans perdre de temps, il avait déjà secrètement invité ses diplomates à nouer des relations avec Ortéga, l'ancien défenseur de Puebla, qui s'était échappé de nos mains en i863, malgré sa parole donnée, et qui, depuis cette époque, nous faisait une guerre acharnée, guerre d'ambition toute personnelle. Ce général mexicain avait paru le compétiteur le plus redoutable à opposer à Juarez, tant à cause de son influence que de son droit légal à recueillir provisoirement la succession de l'ancien président, dont les pouvoirs eussent dû déjà expirer d'après la constitution républicaine, en état de paix.

Telle n'était pas, avec raison, la façon de voir des États- Unis, qui n'avaient reconnu et n'entendaient reconnaître, jusqu'à la pacification du pays, que le vieil Indien, comme chef réel de la nation. A peine était-il avisé de la mission du général Castelnau, que le cabinet de Washington organisait l'ambassade du plénipotentiaire Campbell et du général Sherman. Cette députation, conçue parle président Johnson, qui avait songé à raffermir sa position très-compromise à l'intérieur par quelques actes de politique étrangère susceptibles de flatter l'orgueil américain, avait pour but de rallier à Juarez les principaux chefs, et d'annihiler les efforts d'Ortéga. L'homme véritablement important de cette mission était le général Sherman , d'un esprit élevé et conciliant. Campbell ne jouait que le second rôle : on leur avait adjoint un secrétaire de légation qui avait longtemps séjourné au Mexique, d'un caractère ardent, disposî aux partis violents.

Il suffira de reproduire les instructions données par la Maison-Blanche à ces deux personnages principaux, pour comprendre l'attitude que prenait alors le gouvernement américain, tant envers le Mexique qu'à l'égard de la France.

Note de M. Sen'ard à Campbell, pour lui envoyer ses instructions en date de Washington, le 11 octobre 1866.

Monsieur,

Vous savez qu'un arrangement amical et explicite existe entre notre gouvernement et l'empereur des Français , par lequel celui-ci s'est engagé à retirer ses forces militaires du Mexique en trois détachements, dont le premier partira du Mexique en novembre prochain, le second au mois de mars suivant et le troisième en novembre 1867, et qu'une fois l'évacuation accomplie, le gouvernement français adoptera immédiatement, vis-à-vis du Mexique, une politique de non-intervention, pareille à celle qui est pratiquée par les Etats-Unis. Des doutes ont été conçus et exprimés en certains cercles sur la bonne foi qu'apportera le gouvernement français à l'exécution de cette mesure. De pareils doutes n'ont pas été admis par le président, qui a reçu des assurances réitérées, et même récentes, que la complète évacuation du Mexique par les Français sera consommée aux époques convenues, ou même plutôt, suivant les convenances climatériques, militaires et autres.

Il y a des motifs de supposer que deux questions incidentes ont déjà engagé le gouvernement français, savoir : premièrement, si le départ du prince Maximilien pour l'Autriche ne devrait pas avoir lieu avant la retraite de l'expédition française; secondement, s'il ne serait pas préférable, à cause des convenances climatériques, militaires et autres ci-dessus mentionnées, de retirer toutes les forces expéditionnaires en une seule fois, au lieu de

les retirer en trois détachements successifs et à diverses périodes.

Néanmoins, l'empereur Napoléon n"a pas fait de communication formelle à ce sujet au gouvernement des Etats-Unis. Lorsque la question s'est incidemment produite, le département d'Etat a répondu, par l'ordre du président, que les États-Unis attendent l'exécution de la convention pour l'évacuation dans les délais fixés par le gouvernement français, et qu'ils se réjouiraient de voir cette évacuation s'opérer encore plus promptement qu'il n'a été convenu. Dans ces circonstances, le président s'attend à ce que, dans le courant du mois prochain (novembre', une partie au moins des forces expéditionnaires françaises quittera le Mexique, et il pense qu'il n'est pas improbable que le gros des forces expéditionnaires se retire en même temps ou presque en même temps.

Un pareil événement ne peut manquer de produire une crise d'un grand intérêt politique dans la république du Mexique. Il importe que vous vous trouviez soit sur le territoire de la république, soit dans une résidence à proximité, afin de pouvoir prendre l'exercice de vos fonctions comrne ministre plénipotentiaire des Etats-Unis auprès de la république du Mexique. On ne peut savoir d'une manière positive le parti auquel s'arrêtera le prmce Maximilien, en cas d'une évacuation complète et partielle du Mexique. On ne peut non plus définir par anticipation le parti que prendra, au même cas, M. Juarez, président de la république du Mexique.

Nous sommes prévenus de l'existence, à Mexico, de divers partis politiques autres que ceux à la tête desquels sont le président Juarez et le prince Maximilien; ces divers partis sont en conflit de sentmients touchant les moyens les plus prompts et les plus convenables de restaurer la paix, l'ordre et le gouvernement civil de la république.

Nous ignorons ce que feront ces partis après l'évacuation française. Enfin, il est impossible de prévoir la conduite du peuple mexicain quand cet événement se produira.

Par ces motifs, il est impossible de vous donner des instructions précises sur la ligne de conduite que vous .devez tenir dans l'accomplissement de la haute mission que le gouvernement des Etats-Unis vous a confiée. On doit laisser beaucoup à votre appréciation personnelle, et on devra se baser sur les mouvements politiques qui se produiront dans l'avenir. Il est cependant certains principes qui, à notre jugement, devront régir la conduite politique que le gouvernement des États-Unis attend de vous. Le premier de ces principes est que, comme représentant des États-Unis, vous êtes accrédité auprès du gouvernement républicain du Mexique, dont M. Juarez est le président.

Vos communications, comme représentant, devront être adressées à lui, en quelque endroit qu'il se trouve; et, dans aucun cas, vous ne pourrez reconnaître officiellement soit le prince Maximilien, qui prétend être empereur du Mexique, soit tout autre personne, chef ou commission exerçant le pouvoir exécutif à Mexico, sans en avoir préalablement référé à mon département, sans avoir reçu les instructions du président des États-Unis.

Secondement, en supposant que les commandements de l'armée et de la manne française exécutent de bonne foi la convention de l'évacuation du Mexique avant le terme fixé, l'engagement qui vous incombe, dans cette hypothèse, est que les États- Unis ou leur représentant n'apportent aucune entrave ni aucun obstacle au départ des Français.

Troisièmement, ce que le gouvernement des États-Unis désire pour l'avenir du Mexique, ce n'est pas la conquête de ce pays ni d'aucune de ses portions, ni l'agrandissement des États-Unis par des achats de terre ou de domaines; mais, au contraire, il désire voir le Mexicain délivré de toute intervention militaire étrangère,

afin qu'il puisse régler la conduite de ses propres affaires avec le gouvernement républicain existant ou tout autre forme de gouvernement que, jouissant d'une liberté parfaite, il aura résolu d'adopter de son propre mouvement, à l'abri de toute influence de pays étrangers et aussi des États-Unis.

Il découle de ces principes que vous ne devez pas faire de stipulations avec les commandants français, ni avec le prince Maximilien, ni avec tout autre parti qui aurait une tendance à contrecarrer ou à s'opposer à l'administration du président Juarez, ou à retarder et à ajourner la restauration de l'autorité de la république. D'un autre côté, il peut arriver que le président de la république du Mexique réclame les bons offices des Etats-Unis, ou quelque acte efficace de notre part pour favoriser et hâter la paci- - fication d'un pays si longtemps déchiré par la guerre civile et étrangère, et activer ainsi le rétablissement de l'autorité nationale sur des principes concordant avec un système républicain et domestique du gouvernement.

Il est possible encore que l'on fasse quelques mouvements des forces de terre ou de mer des États-Unis, sans intervenir dans les limites de la juridiction du Mexique, ni violer les lois de la neutralité, mais pour favoriser la restauration de la loi, de l'ordre et du gouvernement républicain de ce pays.

Vous êtes autorisé à conférer à ce sujet avec le gouvernement républicam du Mexique et ses agents, et même de conférer à titre d'informations, si vous le jugez nécessaire, avec tous autres partis ou agents, dans le cas où une conférence exceptionnelle deviendrait absolument nécessaire; mais dans ce cas seulement.

Vous pourrez ainsi obtenir les informations qu'il importe à notre gouvernement de connaître, et vous les transmettrez à mon département avec vos suggestions et avis sur toutes autres mesures de notre part qui pourraient être adoptées en conformité des principes ci-dessus développés. Vous vous bornerez à référer

ainsi toute proposition importante qui pourrait s'élever au sujet de la réorganisation et de la restauration du gouvernement républicain du Mexique, à mon département, pour l'information du président.

Le lieutenant général des États-Unis possède déjà une autorité discrétionnaire touchant la disposition des forces des Etats-Unis dans le voisinage du Mexique; son expérience militaire le rend apte à vous donner des conseils sur les questions de ce genre, qui peuvent s'élever pendant la période transitoire qui fera passer le Mexique de l'état de siège militaire maintenu par un ennemi étranger à la condition politique de « selfgouvcrnement. »

En même temps, il aurait le pouvoir, étant près de la scène de l'action, de lancer tous les ordres qui lui paraîtront convenables ou nécessaires pour maintenir les obligations des Etats-Unis relativement à ce qui se passerait sur les frontières du Mexique. Pour ces motifs, il a été requis et a reçu l'ordre du président de vous accompagner à votre destination et de remplir, à votre égard, l'office d'un conseiller officiel, reconnu par le département de l'Etat, en ce qui touche les matières qui viennent d'être indiquées.

Après vous être entendu avec lui, veus pourrez vous rendre dans la ville de Chihuahuâ ou tout autre endroit du Mexique où le président Juarez pourra résider, ou dans tout autre lieu du Mexique, à votre choix, qui ne sera pas tenu ou occupé au moment de votre arrivée par les ennemis de la république du Mexique; vous pourrez aussi vous arrêter dans tout endroit des Etats-Unis, à proximité de la frontière ou des côtes du Mexique, pour y attendre le moment d'entrer dans telle partie du Mexique qui sera occupée, par la suite, par le gouvernement républicain du Mexique.

William H. Seward.

Note du président Johnson à M. E. Stanton, ministre de la guerre, pour adjoindre le général Grant à M Campbell, ministre des Etats-Unis au Mexique, datée de Washington le 2 0 octobre 1866,

Monsieur,

Des avis récents annonçant l'évacuation prochaine du Mexique par les troupes françaises, le temps est venu, pour notre ministre au Mexique, de se mettre en rapport avec cette république. Pour l'aider dans sa mission, |et pour donner une preuve du vif désir des États-Unis de régler les questions pendantes, je crois important de faire accompagner notre ministre par le général Grant. Je vous demande donc d"inviter le général Grant à se rendre sur quelque point de notre frontière mexicaine, le plus convenable pour communiquer avec notre ministre, ou, si le général Grant le trouve préférable, qu'il l'accompagne jusqu'à destination et lui donne l'aide de ses conseils pour exécuter les instructions du secrétaire d'État, dont je vous envoie copie pour l'usage du général. Le général Grant fera au secrétaire de la guerre son rapport sur tout sujet qui, dans sa pensée, devra être communiqué au département.

A. Johnson.

Le général Grant ayant décliné ce mandat, le lieutenant général Sherman, qui l'accepta à sa place, reçut l'ordre de partir sans retard pour sa destination. Comme on l'a vu, par leur langage aussi bien que par leurs démonstrations militaires, les Etats-Unis, écartant sur l'heure tout autre candidat à la présidence, affirmaient plus haut que jamais l'autorité de Juarez; mais ils n'exigeaient pas que l'empereur Napoléon modifiât sa décision connue d'évacuer le Mexique en trois termes. Cette fois donc, la cour des Tuileries avait

bien résolu, de son plein gré, d'accélérer la chute de la monarchie mexicaine, en devançant l'époque fixée du rapatriement de nos troupes et en modifiant une retraite par échelons qui eût laissé le temps à Maximilien d'ouvrir les yeux et de se retirer honorablement, ce qu'il eût fait sans nul doute avec le dernier détachement de notre arrière-garde.

Le 1 1 novembre, les envoyés américains, montés sur la frégate de guerre la Susquehanah, sortirent de New- York et prirent le large, le cap sur les ports de Matamoros, et plus tard de Tampico, tombés déjà au pouvoir des dissidents. De ce dernier point ils comptaient pouvoir entrer en relations avec Juarez. Ils avaient pour but réel de réclamer un navire chargé d'armes pour les libéraux, capturé par les impérialistes. Mais le général Pavon, qui tenait la place, s'était récemment rallié, avec les siens, à la fortune d'Ortéga. Ces libéraux, maîtres à leur tour du navire, déclarèrent à leur profit la capture de bonne prise. Cependant, la frégate resta plusieurs jours mouillée devant la barre de Tampico.

Au moment où la mission américaine s'organisait dans le cabinet de M. Seward, les événements se pressaient à l'hacienda de la Jalapilla. S'inspirant de la lettre de M. Eloin. on se le rappelle, Maximilien avait arrêté dans sa pensée le projet de réunir un congrès national, projet qu'il caressait depuis longtemps déjà. Il se flattait que la convocation de ce congrès trancherait pacifiquement, aussitôt le départ des Français consommé, le duel engagé entre la monarchie et la république. Si alors le principe qu'il représentait venait à succomber devant un vote populaire, dénoûment qu'il prévoyait d'ailleurs, il recouvrerait la liberté de rentrer la tète haute en Europe, comme un prince descendu noblement des marches du trône et digne encore de jouer un rôle dans sa patrie. Mais, pour se maintenir au pouvoir jusqu'au terme de l'occupation française, il fallait s'appuyer sur un parti qui contînt l'insurrection en respect et lui permit de traiter au moins d'égal à égal avec les différents chefs libéraux, dans le but d'assurer l'exécution de son plan, c'est-à-dire la libre as-

semblée à Mexico de tous les notables du territoire appelés à se prononcer. Or, le père Fischer tenait dans sa main tous les fils de la trame cléricale, et ne cessait de faire miroiter sous les yeux de Maximilien, qui ne se prononçait pas encore, les prétendues ressources du parti dont il se disait la tête. A ce moment décisif, le confesseur de la cour reçut un puissant renfort. Les généraux Marquez et M iramon, que la couronne avait écartés en Europe depuis deux ans environ, venaient de débarquer à la Vera-Cruz ; quelq'jes heures après, leur passage mystérieux était signalé à la Soledad. Le lendemain du jour où ils avaient touché terre, oublieux de leur disgrâce et n'ayant pu rester sourds à l'appel de leur faction, ils entraient à la Jalapilla, tout prêts à jeter leurs épées dans la balance, et si Maximilien consentait à se donner aux cléricaux, à ouvrir une seconde fois la campagne sous la bannière impériale. Maximilien n'hésita plus; il donna parole au parti clérical qu'il s'engageait à réintégrer dans ses biens et dans ses dignités. Miramon, fort de la promesse impériale qui devait encore être tenue secrète quelques jours, monta en toute hâte à Mexico pour porter cette grande nouvelle au ministère et au conseil d'Etat, réchauffer le zèle de tous les partisans de l'Eglise et arrêter toutes les mesures nécessaires à la mise d'une nouvelle armée sur pied et à la concentration de vingt millions de francs dans le trésor de la monarchie.

A partir de cet instant, Maximilien, ne se sentant plus isolé, engagea une partie serrée avec les autorités françaises. Le bruit des négociations ouvertes par notre diplomatie avec les chefs libéraux, et de la mission Campbell destinée à Juarez par le président Johnson , avait pénétré à la Jalapilla. Le souverain apprenait successivement , par ses créatures de

Washington, ce qui était fondé d'ailleurs, que plusieurs agents avaient été expédiés de Paris pour préparer sa chute. Un second secrétaire de légation avait été dépéché par le marquis de Moustier au marquis de Montholon, et à son retour d'Amérique obtenait un avancement de grade.

Certains envoyés secrets, tels que le colonel Estvan, reçu à cette époque par l'Empereur en audience à Saint-Cloud, et un Français du nom de Moreau, avaient été signalés à Washington. Entin, M. Marcus Otterbourg, consul américain, précédant la frégate la Siisquehanah^ venait de débarquer à la Vera-Cruz et de remonter précipitamment à Mexico. Convaincu dès lors que le général Castelnau était l'âme de l'action, il résolut de démasquer d'un seul coup les intentions de la politique française pour la forcer à se prononcer ouvertement dans un sens ou dans un autre. Maximilien avait à ses côtés, dans la personne de son confesseur Fischer, un diplomate des plus exercés, rompu à toutes les finesses du métier, et qui dirigeait la pensée du souverain comme sa plume et sa conscience. Sous son empire, le jeune monarque se repentait déjà de ne pas avoir fijit accueil au général Castelnau; car il eût été intéressant d'entendre par sa bouche les dernières volontés des Tuileries. Le président du conseil, M. Larès, fut chargé à Mexico d'inviter l'aide de camp de Napoléon à s'expliquer. Cette tentative échoua; le général Castelnau, fidèle à son rôle, répondit à M. Larès que la présence du maréchal qui avait qualité pour traiter les affaires était nécessaire. MM. Larès et Arroyo durent se rendre au quartier général où les attendaient les trois autorités françaises. A la suite de cette entrevue, les deux ministres mexicains rédigèrent une note qui était le résumé fidèle des expli-

cations échangées, et l'adressèrent au maréchal, en date du 4 novembre iS66.

Tout d'abord, ils entendaient bien constater que le général Castelnau avait déclaré n'avoir d'autre mission que celle de confirmer les lettres du 1 5 janvier et les suivantes, par lesquelles l'empereur Napoléon avait signifié à Maximilien qu'il ne pouvait continuer à aider l'empire ni avec les troupes françaises ni avec de l'argent. La question ainsi posée, restait à Maximilien toute liberté de prendre une décision. En même temps, les ministres réclamaient la remise entre les mains de la couronne de tous les arsenaux, de l'artillerie, des munitions de guerre et la pleine disposition des troupes mexicaines, pour entreprendre les opérations militaires que le gouvernement national jugerait opportunes. Ils demandaient que les places fortes leur fussent confiées en temps opportun. Les deux dernières phrases de ce document révélaient surtout la pensée qui l'avait dicté : elles s'exprimaient ainsi : « Nous désirerions faire savoir à notre souverain quelle est l'époque la plus reculée du départ de l'armée française , et quel secours elle entend prêter encore au gouvernement de Sa Majesté pour la pacification du pays.

« Enfin, dans le cas où la décision de l'empereur serait de ne pas gouverner, nous devons lui faire connaître ce queM. le maréchal et M. le général Castelnau auront arrêté de faire, d'après les instructions de l'empereur Napoléon^ pour éviter l'anarchie et les désordres qui auraient lieu par suite du manque de gouvernement. »

Quatorze jours auparavant, MM. Larès et Arroyo se montraient moins soucieux de l'avenir de leur pays lorsqu'ils déclaraient, en apportant leur démission au palais de Cha-

pultepec, que si Maximilien quittait Mexico, il n'y aurait plus de gouvernement!

Les trois autorités françaises confirmèrent, le 7 novembre, les résolutions de l'empereur Napoléon. Toutes les forces et le matériel de guerre mexicains devaient être confiés aux généraux impérialistes, déjà maîtres de tous les établissements militaires. Comme par le passé, toutes les places de l'empire seraient remises aux autorités mexicaines, prévenues en temps opportun de leur abandon par nos détachements. Les troupes françaises continueraient à protéger les fonctionnaires et les populations dans les zones occupées par nos soldats, mais sans entrepreUvire d'expéditions.

« Quant au dernier article, était-il répondu, il est pour ainsi dire impossible di'exposer les mesures qui seraient prises le cas échéant ; mais nous pouvons assurer qu'elles auraient surtout pour but le maintien de l'ordre, le respect des vœux des populations, ainsi que la sauvegarde des intérêts français. »

Ce langage, qui n'était pas dépouillé d'artifice, fut loin de satisfaire le père Fischer. Maximilien rédigea aussitôt une lettre qui, tout en étant adressée au maréchal, réclamait une réponse collective des représentants de la France. Sous prétexte de régler certaines questions, et entre autres le rapatriement de la légion austro-belge, dont les intérêts avaient été déjà pleinement confiés par le trône à la sollici tude du colonel de Kodolich, il chercha à provoquer une déclaration plus explicite.

Orizaba, 12 novembre 1866.

Mon cher maréchal,

Avant de résoudre définitivement ce que je dois faire, et pour

le cas où ma résolution serait d'abandonner ce pays, je dois laisser assurés certains points, qui sont à la fois de'stricte justice et qui méritent de ma part une attention particulière. A cet effet, je ne doute pas de votre bonté pour m'envoyer un acte signé collectivement par vous, par le ministre de France et par le général Castelnau, et dans lequel document se trouveraient stipulés les points suivants :

1° Que le gouvernement français fera rentrer dans leurs pays respectifs les individus qui forment la légion austro-belge, en leur accordant le passage et les ressources nécessaires pour effectuer leur rapatriement. Les individus de la légion austro-belge devront être les premiers à évacuer le territoire mexicain.

2° Les autorités françaises au Mexique prendront les dispositions nécessaires pour qu'aux frais du Mexique soit déterminée la somme indispensable à l'établissement d'une pension à vie, pour chacun des mutilés et des invalides du corps austro-belge, au cas où ne suffirait pas à cette opération le produit de la vente des canons de la légion autrichienne, qui sont ma propriété particulière.

Les pensions dont parle cet article devront être liquidées par une commission nommée par vous, et dont feront partie les colonels Kodolich et van der Smissen, qui, chacun pour leur part, se chargeront d'envoyer ces sommes à qui de droit parmi les intéressés.

3° Les autorités françaises à Mexico prendront toutes dispositions pour que le trésor mexicain paie io,ooo piastres, que vous ferez remettre à la princesse Iturbide, à compte de sa pension.

En même temps, vous ordonnerez d'envoyer dans une ville de France io,ooo piastres au prince D. Salvador d'Iturbide, à compte de ce qui lui est dû. et on devra stipuler en même temps, sur les actes, que le jeune prince seul pourra disposer des intérêts du capital pendant sa minorité.

4° Les mêmes autorités françaises prendront leurs dispositions pour qu'au compte du gouvernement mexicain il soit compté à Don Carlos Sanchez Navarro la somme de 45,000 piastres, destinée à payer les dettes de la liste civile.

En même temps, on fera remettre audit Sanchez Navarro les sommes nécessaires pour liquider les comptes de la grande chancellerie, en comprenant que ces comptes, ainsi que ceux de la liste civile, seront payés avec ce que l'État reste devoir à la liste civile.

5° Les paiements compris aux articles 2, 3 et 4 devront être intégralement exécutés le jour où sortira de Mexico la dernière fraction des troupes du corps expéditionnaire.

Ma propriété particulière restera confiée à votre propre sauvegarde, mon cher maréchal, et, avec ses produits, je vous prierai, d'accord avec Sanchez Navarro, de vous conformer à la teneur de mes instructions.

Recevez les assurances des sentiments de ma sincère amitié, avec lesquels je suis votre très affectionné,

Maximiliex.

Le souverain, en donnant une nouvelle preuve de confiance au maréchal, sous la sauvegarde de qui il plaçait sa propriété particulière , semblait annoncer nettement son abdication. Les représentants de la France accueillirent avec joie cette tardive manifestation qui devait mettre un prompt terme au désarroi toujours croissant du royaume, et à la panique de la capitale. Ils s'empressèrent de souscrire à tous les désirs de l'empereur dont il convenait de remplir au moins les engagements contractés par la couronne, et l'acte collectif, destiné à faire tomber les derniers scrupules de Maximilien, fut expédié à Orizaba.

Mexico, i6 novembre 1866.

S. M. l'empereur xMaximilien ayant manifesté le désir d'obtenir un document signé collectivement par le maréchal de France, commandant en chef le corps expéditionnaire, par l'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de France, et par le général, aide de camp de l'Empereur des Français, en mission, concernant la solution de plusieurs questions exposées dans une lettre unpériale datée d'Orizaba, 12 du courant;

Les soussignés, heureux de trouver une occasion de témoigner, autant qu'il dépend d'eux, de leur bon vouloir, sont convenus de transmettre à sadite Majesté la déclaration suivante :

Le gouvernement français s'engage à effectuer le rapatriement de tous les hommes qui composent la légion austro-belge. Cette opération s'exécutera aussi vite que les circonstances le permettront, et, en tout cas, de telle sorte que les Austro-Belges aient complètement évacué le Mexique avant le départ de la dernière brigade française.

Les conditions de détail relatives à ce rapatriement seront réglées entre deux personnes, dont l'une sera désignée par l'empereur Maximilien, l'autre par le maréchal Bazaine.

Les soussignés s'engagent à faire payer une gratification de réforme aux mutilés et invalides de la légion austro-belge, et à 'faire accorder aux officiers et soldats de cette légion une indemnité payable au port de débarquement.

La liquidation des gratifications de réforme et des indemnités ci-dessus spécifiées sera confiée à une commission dont feront partie les colonels Kodolich et van der Smissen.

Les soussignés s'engagent, en outre, à employer toute leur influence pour qu'une avance soit faite à la princesse dofia Josefa, et au jeune prince don Salvador de Iturbide sur la pension qui leur est due.

Enfin, conformément au vœu exprimé par S. M. l'empereur

Maximilien, M. Carlos Sanchez Navarro sera chargé du payement des dettes de la liste civile et de la liquidation des comptes de la grande chancellerie. Les sommes provenant de la vente des effets mobiliers appartenant à la liste civile, seront affectés à cet usage, et, dans le cas d'insuffisance, les soussignés s'efforceront d'obtenir que le complément en soit fourni par le nouveau gouvernement du Mexique.

En foi de quoi, les soussignés ont signé la présente déclaration,

Bazaine. — Dano. — Castelnau.

Les représentants de la France étaient tombés dans le piège que leur avait tendu Maximilien. Le dernier énoncé de l'acte collectif trahissait l'approche d'un nouveau gouvernement déjà prêt à succéder à la monarchie. Les trois cosignataires avaient manqué Je perspicacité : ils n'eussent certes pas commis cette faute contre la diplomatie, s'ils se fussent éclairés en comparant les termes des deux lettres impériales, qui traitaient du rapatriement de la légion belge et espacées seulement de douze jours. La première, datée du 3i octobre 1866, commençait ainsi :

« Dans les circonstances difficiles dans lesquelles je me trouve, et qui, si les négociations que je viens d'entamer n'aboutissent pas à un heureux résultat, me forceront de rendre le pouvoir que la nation m'a confié... »

On savait que ces négociations avaient échoué, et au lieu de rendre le pouvoir, Maximilien disait à cette heure, en termes très dubitatifs, qui indiquaient bien une révolution dans ses idées :

« Avant de résoudre définitivement ce que je dois faire,

et pour le cas où ma résolution serait d'abandonner ce

pays »

Toujours est-il que la lecture du document français ne laissa plus de doute à Maximilien : il venait d'acquérir la certitude que la politique française, l'ayant complètement sacrifié, sans l'ombre d'un regret, au salut de ses propres intérêts, avait définitivement séparé sa fortune de la sienne, et que toutes les mesures étaient prises par le commandement français pour substituer un nouvel ordre de choses à l'empire. Les prédictions de M. Eloin s'étaient donc réalisées ! Impatient d'en finir avec la France, avisé d'un autre côté par Miramon du revirement favorable qui s'était opéré dans les corps de l'Etat, puisqu'ils se préparaient à descendre à la Jalapilla sur l'appel du souverain, Maximilien envoya une dépêche au maréchal Bazaine pour l'inviter à une entrevue particulière. Dans un entretien confidentiel, il espérait que le général en chef laisserait échapper le dernier mot de la politique des Tuileries.

Orizaba, i8 novembre i8C6.

Très confidentielle et urgente.

Au maréchal Bazaine,

Je vous remercie, ainsi que le général Castelnau, ainsi que M. Dano, d'avoir réglé ]es points qui me touchaient de si près. Mais il reste à régler le définitif : un gouvernement stable pour protéger les intérêts compromis. Ces points ne peuvent être traités sans une entrevue directe avec vous. La continuation de mes fièvres ne me permet pas de monter à Mexico. Je vous invite donc à venir un de ces jours ici, et en peu de paroles nous pour-

rons tout arranger d'une manière satisfaisante. J'ai appelé ici, pour samedi, mon conseil d'État et mon président du conseil des

ministres.

Maximilien.

Jamais ces fonctionnaires mexicains n'eussent consenti, eux qui tout à l'heure craignaient de se compromettre dans Mexico, à traverser soixante lieues d'un pays prêt à se soulever, pour venir enregistrer une abdication. Ils connaissaient donc le véritable but de leur réunion à la Jalapilla. Quand cette dépêche parvint au quartier général, l'arrivée et les démarches de Miramon dans la capitale avaient déjà fait pressentir la réaction qui s'était opérée dans les résolutions de Maximilien ; l'attitude du ministère, devenue presque provocatrice, en était un indice certain. Néanmoins, le général en chef, obéissant à la lettre aux instructions officielles de son gouvernement, qui prescrivait de respecter la liberté d'action du jeune empereur, crut devoir se rendre à son appel. Le général Castelnau et le ministre de France, réunis en conseil, s'y opposèrent. Forcé de se soumettre à cette décision, le maréchal expédia à la Jalapilla sa réponse.

Mexico, i8 novembre 1866.

A S. M. l'empereur Maximilien.

J'ai pris connaissance de la dépêche télégraphique de Votre Majesté, datée de ce jour. Malgré mon grand désir de me rendre auprès d'elle, il me paraît bien difficile de quitter la capitale dont "Votre Majesté m'a confié la garde avant l'arrivée du général Douay, et sans que je sois tranquilMsé sur les mouvements militaires ordonnés.

Bazaine.

Ce ne fut que plusieurs jours après avoir tracé cette réponse, que le maréchal fut pour la première fois éclairé sur les véritables intentions du cabinet français, en recevant une missive du marquis de Montholon, dont pourtant, au premier abord, le sens lui parut assez énigmatique; car il n'était nullement au courant de la marche politique suivie à Washington.

Washington, 9 novembre 1866.

Monsieur et cher maréchal.

Je ne puis que vous annoncer le départ de M. Campbell et du général Shermann pour le Mexique sur la frégate la Susquehanah^ et vous prier de lire la dépêche chiffrée que j'adresse, par ce courrier, à M. Dano. Dans quelques jours, je pourrai vous en dire davantage. Les dispositions ici sont bonnes ; s'il y avait à craindre quelque incident, ce ne serait que sur des questions de détail.

Les nouvelles d'Europe de ce matin ne signalent aucune amélioration dans l'état sanitaire de l'impératrice. Quelle fatalité! La nouvelle du départ de l'empereur de Mexico a été accueillie avec joie, et l'on considère son éloignement comme le signal d'une solution amicale et définitive du différend avec la France au sujet du Mexique.

La (\\iesl\on feniane au Canada va désormais faire les frais de la politique extérieure. Le résultat des élections est tout entier en faveur de l'opposition et passe condamnation sur la politique présidentielle pour la reconstruction de l'Union. Le parti républicain et radical est, du reste, en ce qui nous concerne, très nettement opposé à tout conflit extérieur.

Montholon.

Washington, S novembre 186G.

Frégate Siisquehanah porte au Mexique M. Campbell et le général Shermann pour rencontrer Juarez. Instructions d'aider à l'établissement d'un gouvernement républicain régulier et d'éviter tout prétexte ce conflit avec les autorités françaises. Nulle amélioration dans l'état de l'impératrice.

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