‹ L'élévation et la chute de l'empereur MaximilienChapitre 12 sur 22 · MONTHOLON · texte numérisé non relu

MONTHOLON

Général Ortega arrêté à Brazos par les Américains

Tout s'expliqua pour le maréchal dans une visite qu'il reçut sur ces entrefaites de M. Marcus Otterbourg. Ce consul américain, qui arrivait en toute hâte des Etats-Unis oti l'on croyait Maximilien déjà embarqué pour l'Europe, était chargé de préparer le terrain aux deux plénipotentiaires accrédités auprès de Juarez. Dans cet entretien, M. Otterbourg annonça au général en chef la prochaine visite de ses deux compatriotes et le but de leur voyage, cherchant à le pressentir sur l'impulsion qu'il comptait donner aux événements. Plus tard, dans une conversation tout officieuse, il manifesta qu'il avait été chargé par son gouvernement.

agissant d'accord avec la cour des Tuileries, de restaurer de concert avec le général en chef la république mexicaine.

« Il était temps, disait-il, de jeter les yeux sur le général juariste à qui devrait être remise la ville de Mexico pour éviter les désordres qui pourraient éclater d'un moment à l'autre. Porfirio Diaz semblait, à son avis, digne du choix français. Il était donc prudent, en prévision des événements, de l'inviter à se rapprocher de la capitale: d'ailleurs, il prévenait le quartier général qu'il avait déjà obtenu des banquiers de la ville les fonds nécessaires pour assurer la solde d'un mois aux troupes de Porfirio Diaz. »

Le maréchal marqua tout son étonnement de voir les choses aussi avancées, et déclara nettement à M. Otterbourg que « tant que Maximilien conserverait le pied sur le sol mexicain et n'aurait pas abdiqué, il restait à ses yeux le seul chef légal du pays ayant droit à la protection française; que jusqu'à ce moment suprême, il n'y avait donc aucune mesure à prendre, tout général dissident conservant forcément le caractère de rebelle et devant être poursuivi comme tel. Plus tard, ajoutait-il, une fois l'archiduc embarqué, il ne verrait pas d'inconvénient à organiser un gouvernement avec le concours de Porfirio Diaz, pour lequel il avouait professer plus d'estime que pour le général Ortega, dont il ne pouvait oublier la forfaiture à sa parole, quoique ce dernier fût le candidat recommandé de Paris. Si cette éventualité de restauration se présentait, continua le maréchal, nous n'accepterons et nous n'appuierons comme prétendant au fauteuil de la présidence que le chef républicain qui nous garantira la reconnaissance de la dette française, en nous donnant des garanties sérieuses. Si nous tombons d'accord,

et en cela je suivrai les instructions de mon souverain, nous traiterons régulièrement, quand le moment sera venu, de gouvernement à gouvernement, et à ce titre nous remettrons naturellement au nouveau président les places de la république, ainsi que l'armement et l'artillerie mexicains. »

Sur une observation spéciale, relative à la livraison de six mille fusils, dont la commande avait été faite d'après la demande de Maximilien, ces armes furent comprises dans le matériel qui pouvait être remis, sauf remboursement, au futur chef de l'Etat légalement reconnu. La propre déclaration de M. Otterbourg suffirait pour attester l'authenticité de cette conversation dans la forme comme dans le fond, puisque c'est elle qui a donné naissance à la fameuse lettre de Porfirio Diaz adressée au ministre de Juarez, Romero, et publiée récemment par le cabinet de Washington. La tierce personne à laquelle Porfirio a fait allusion est précisément ce consul américain qui n'avait été nullement autorisé à se faire l'interprète officieux ou officiel du quartier général français auprès de ce chef dissident, comme il peut l'attester lui-même. La proposition que Porfirio entend avoir repoussée comme peu honorable a trait à la reconnaissance de la dette et des emprunts français. Quant à la cession éventuelle de canons et de fusils, elle trouve son explication dans le récit qui précède. Reste le dessein prêté au maréchal d'avoir voulu livrer secrètement à Porfirio des armes, les places de l'empire, l'empereur et ses généraux ; cette calomnie ne lardera pas à retomber sur son auteur, quel qu'il soit.

Jamais le maréchal n'a revu le général Porfirio depuis le jour où il l'a fait prisonnier cà Oajaca avec tout son corps d'armée ; il est bon de rappeler que ce chef, remis par les

Français aux Autrichiens sur l'ordre de Maximilien, s'est échappé des mains de la légion austro-belge. Le quartier général, comme les documents le prouveront tout à l'heure, a négocié plus tard l'échange de prisonniers avec ce chef mexicain, dont la loyauté a égalé l'humanité; mais tout cela s'est passé au grand jour et à distance par les soins 'des officiers français commandant à Tehuacan et à Puebla. Porfirio, dont on ne peut qu'honorer l'énergique revendication des droits de son pays, avait donc cédé à un conseil perfide ou à un sentiment coupable qu'il ne pouvait manquer de désavouer, lorsqu'il a tracé cette lettre dont M. Seward a fait naître lui-même et a réclamé l'envoi, comme pièce à l'appui de sa politique étrangère. Ce document inséré au livre jaune, avait pour but de prouver qu'il avait fait agir à Mexico le représentant américain en faveur de la doctrine de Monroë et de calmer la mauvaise humeur du congrès irrité de l'échec de la mission de ses deux envoyés, MM. Campbell et Sherman. La question mexicaine, qu'on ne s'y trompe pas, a été depuis cinq ans, pour le cabinet des Etats-Unis, un moyen calculé de popularité et un instrument dont il a su jouer avec autant de hardiesse que d'habileté, pour imposer silence aux cris des mécontents ou des ennemis du successeur de Lincoln.

En effet, la mission des plénipotentiaires américains avait complètement échoué. Le consul des Etats-Unis à la Vera- Cruz avait fait demander le 2 5 novembre à Mexico, par voie télégraphique, si la frégate la Susqiiehanah, encore à l'ancre devant Tampico, pouvait venir à la Vera-Cruz, et si elle y serait bien reçue, le ministre Campbell et le général Sherman désirant s'aboucher avec les autorités françaises. Le quartier général répondit : « que la frégate américaine serait

reçue comme tout autre bâtiment de guerre d'une nation amie, et que les personnages en question seraient bien accueillis à Mexico, s'ils désiraient y venir. « Le consul s'empressa d'expédier cette réponse à Tampico par \q packett anglais qui était de passage. Le 29 novembre, par gros temps, la Siisquehanah, arborant fièrement le pavillon étoile, contournait les grandes dunes derrière lesquelles se détache tristement la ville de Vera-Cruz. A peine en vue de la rade, elle aperçut un canot qui s'éloignait du port à force de rames et qui se dirigeait dans ses eaux ; elle stoppa bientôt au large du fort Saint-Jean-d'Ulloa, pour recevoir à son bord le personnage qui montait l'embarcation signalée : c'était le consul américain de Vera-Cruz. Il était porteur de graves nouvelles qui frappèrent de surprise MM. Campbell et Sherman. La ville était en fête: on apercevait déjà les guirlandes de feux dont s'illuminaient ses principaux édifices, et le vent apportait en rade le bruit des détonations des pétards. Tout ce mouvement avait pour cause la résolution de Maximilien, qui allait apprendre au Mexique que le souverain renonçait à son départ pour l'Europe, et que, cédant aux instances des grands corps de l'Etat, il remontait à Mexico retremper sa souveraineté dans le suffrage populaire. Le ministre et le général américain, qui s'étaient flattés de voira leur arrivée la bannière républicaine flotter sur les bâtiments de la douane du port, donnèrent l'ordre à la frégate de virer de bord, et s'en allèrent mouiller devant l'île Verte, à quelques milles de la Vera-Cruz, dans l'attente des événements. Le lendemain matin, un otfficier de la marine française allait complimenter le commandant de la frégate américaine, selon le cérémonial ordinaire. Le lieutenant général Sher-

man, avisé de Mexico par M. Otterbourg, que le maréchal le recevrait avec toute la distinction due à son grade et avec la plus franche cordialité ; qu'il serait même heureux de le faire assister à une revue des troupes françaises, répondit qu'il n'irait à Mexico que sur une invitation pressante du quartier général. Il est certain que le spectacle d'un défilé de nos troupes n'était pas le but de la mission américaine.

Cette invitation pressante ne fut pas envovée à la Susquehanah , et la frégate reprit la mer, comme le faisait pressentir la dépêche du consul américain, à Vera-Cruz.

A M. Marins Otterbourg-. Mexico.

{Confidentielle .)

Heureux d'apprendre que vous êtes arrivé, tout allant bien. J'ai passé la nuit à bord de la Susquehanah, attendant avec patience Je vos nouvelles. Si ce n'est tout de suite, aller à Tampico, ne voulant pas aller à Mexico sans être invités. Mais vous savez tout ce qui concerne la chose, et écrivez promptement.

Lanes.

Que s'était-U donc passé dans les derniers temps à la Jalapilla? Le ministère et le conseil d'État, descendus de Mexico à Orizaba sous escorte française et sous la conduite de Miramon, étaient entrés en conférence et s'étaient constitués en permanence du samedi au lundi , pendant trois jours, à la résidence impériale. M. Larès, chargé de porter la parole par tous les membres de la commission, avait supplié l'empereur de ne pas s'éloigner du territoire, affirmant, au nom du clergé dont l'abbé Fischer se portait garant, que Sa Majesté pouvait compter sans délai sur quatre millions de piastres et sur une armée prête à commencer les opérations. Marquez et Miramon acceptaient des commandements. Pendant que le premier de ces généraux occuperait la capitale et protégerait la vallée de Mexico, ainsi que les plateaux de l'Anahuac contre les tentatives de Porfirio Diaz, le second devait courir au nord livrer bataille aux troupes d'Escobedo. La victoire ne pouvait être douteuse, surtout avec le concours dans l'intérieur du brave Mejia, dont le

crédit militaire était encore tout puissant dans la Sierra comme dans l'Etat de Queretaro, témoin jadis de ses triomphes. Au besoin, aussitôt après la déroute des bandes du nord, les forces victorieuses de la monarchie se retourneraient contre les rebelles d'Oajaca dont elles obtiendraient facilement raison. Quant aux millions nécessaires, le président du conseil s'était borné à déclarer qu'on les trouverait : c'était le secret de son parti.

Ce plan était bien séduisant sur le papier; Maximilien l'avait pleinement adopté. Pour mettre un terme à l'état d'incertitude dans lequel vivait le pays depuis un mois, l'empereur faisait volte-face complète et lançait une dépêche télégraphique qui contredisait tous les événements accomplis. Le passage à Orizaba du diplomate anglais, M. Scarlett. rentrant alors en Europe , n'avait pas peu contribué à brusquer la prise d'une mesureviolente par le jeune empereur, qu'il avait fortement conseillé de ne pas abandonner le trône, dans le but de contrecarrer les vues de la politique française.

Le quartier général recevait immédiatement communication du cabinet impérial de la dépêche télégraphique partie d'Orizaba le 20 novembre 1866.

Cabinet impérial.

Aucun des pas que j'ai faits n'autorise personne à croire que j'ai l'intention d'abdiquer en faveur d'aucun parti. L'appel du conseil d'État et des ministres a été précisément pour qu'unis à eux, on dépose entre les mains de qui on doit le laisser le pouvoir intérimaire, quand arrivera l'heure d'abdiquer, et en attendant que le vote de la nation règle le reste. L'appel fait au maréchal Bazaine n'avait d'autre but que de régler ces points, d'accord avec le général en chef de l'armée.

La prétention de ce qu'un gouvernement provisoire sera reconnu par les États-Unis est plus que hasardée. Pourquoi? Qui garantit cette reconnaissance." Qui ira la solliciter? Je crois devoir remettre les pouvoirs que j'ai reçus à la même nation qui me les a donnés, et laisser les autres questions d'origine et d'élection du nouveau gouvernement au libre choix de la nation.

Mon unique devoir consiste à nommer une régence provisoire en attendant que la nation soit appelée, et de faire les démarches convenables pour la convoquer; enfin, de chercher protection pour les impérialistes, mais sans me mêler en rien quant au reste.

iMaximilien.

Telle était la réponse de l'empereur , s'appuyant désormais sur la note collective du 7 novembre, à la mission Campbell qu'il savait déjà moHillée devant Tampico. Elle s'adressait en même temps aux manœuvres du cabinet des Tuileries , qti'il savait engagées tant à Washington que dans le camp des libéraux. En présence de la manifestation de ce nouveau coup d'Etat, il n'y avait plus à espérer l'abdication du prince pour le moment. Cette dépêche fut bientôt suivie d'un document plus officiel et plus explicite. Le i'^'" décembre, paraissait le manifeste impérial d'Orizaba qui annonçait au pays la réunion du congrès national.

Manifeste de l'Empereur.

Mexicains, Les circonstances si graves, qui touchent au bien-être de notre patrie et qui disparaissent devant nos malheurs dômes-

tiques, ont provoqué dans notre esprit la conviction que nous devions vous rendre le pouvoir que vous nous aviez confié.

Nos conseils des ministres et de l'Etat convoqués par nous ont été d'avis que le bien du Mexique exigeait que nous restassions au pouvoir. Nous avons cru de notre devoir d'accéder à leurs instances, en vous annonçant tout à la fois notre intention de réunir un congrès national sur les bases les plus larges et les plus libérales, auquel participeront tous les partis. Ce congrès déterminera si l'empire doit continuer dans l'avenir, et, au cas affirmatif, concourra à la formation des lois vitales pour la consolidation des institutions publiques du pays. Dans ce but, nos conseils se préoccupent actuellement de nous proposer toutes les mesures opportunes, et, en même temps, font les démarches nécessaires pour que tous les partis se prêtent à un arrangement sur cette base.

En conséquence, Mexicains, en comptant sur vous tous sans exclusion d'aucune couleur politique, nous nous efforcerons de poursuivre avec courage et constance l'œuvre de régénération que vous avez confiée à votre compatriote.

Maximilien.

Deux jours après, le président du conseil, au nom de l'Empereur, signifiait aux autorités françaises la résolution prise par Maximilien de ne s'appuyer que sur ses propres forces. Toutefois il était établi que le corps expéditionnaire devrait continuer sa protection à la monarchie pendant son séjour au Mexique, limité au printemps 1867, et sur tous les points qu'il occuperait, sans pourtant entreprendre d'expéditions lointaines.

A. S. E. le ministre de France à Mexico^ Al/. Dano, S.E. le maréchal Baxaine et M. le général Castelnau.

Orizaba, 3 décembre 1866.

Les soussignés désignés par l'empereur Maximilien dans le but de décider les mesures que rendait nécessaires la mission du général Castelnau, mission que celui-ci nous a déclaré remplir de concert avec LL. EE. MM. le ministre plénipotentiaire Dano et le maréchal Bazaine, avons l'honneur de porter à leur connaissance qu'ayant communiqué à S. M. l'Empereur la note du 7 du mois dernier, note signée par le maréchal Bazaine et le général Castelnau en réponse à celle que nous avons eu l'honneur de leur adresser le 4 du même mois, Sa Majesté, après un sérieux et long examen, de l'avis de ses ministres et de son conseil d'Etat, a décidé de prolonger^ appuyé sur le pouvoir que lui a conféré la nation, et de maintenir son gouvernement avec les seules ressources du pays, l'empereur des Français déclarant qu'il ne lui est plus possible de soutenir l'empire ni par ses troupes, ni par son argent, et persévérant dans la décision qu'il a prise de retirer celles-ci dans les premiers mois de 1867.

S. M. l'empereur, poussant jusqu'au bout l'exécution de ses desseins, s'occupe des mesures nécessaires à la formation de l'armée mexicaine et à l'organisation des forces qui doivent soutenir l'empire. Il espère que M. le maréchal Bazaine voudra bien donner ses ordres, en ce qui le concerne, aux commandants supérieurs français, ainsi qu'il l'annonce dans la note citée plus haut, pour que les troupes mexicaines, les établissements, les magasins militaires restent dès maintenant à la disposition exclusive de Sa Majesté; comptant toujours que les troupes françaises, pendant leur séjour au Mexique, protégeront les autorités et les populations dans les zones qu'elles occupent sans entreprendre d'expéditions lointaines.

Ce concours, dont les termes sont spécifiés dans la note du 7 novembre déjà citée, est accepté avec reconnaissance par Sa Majesté.

S. M. l'Empereur nous ordonne, en outre, de déclarer que toute question relative aux matières qui font l'objet de cette note, ou motivées par la résolution qu'il a prise, pourra être traitée par le président du conseil d'Etat qui, en cette qualité, a signé le premier :

Le président du conseil des ministres, Teodosio Larès.

Le ministre de la maison de l'Empereur, Luis de Arroyo.

La rupture était consommée de fait avec le gouvernement français : à partir de ce jour, Maximilien ne communiqua plus directement avec le quartier général. Le président du conseil avait mandat pour traiter toutes les questions intérieures et étrangères, et s'adresser collectivement aux trois représentants de la France. Maximilien avait bien compris que la personne du général en chef s'était effacée avec son autorité, et que le trône mexicain devait compter désormais avec l'aide de camp de Napoléon III comme avec le souverain lui-même.

Le revirement soudain de l'empereur du Mexique provoqua un mécontentement profond à Mexico dans le camp français. Le plan des Tuileries était détruit de fond en comble. Pourtant les illusions avaient été bien fortes à Paris, à ne consulter que les dépêches de notre gouvernement datées du 3 [ octobre, qui arrivaient alors d'Europe. « Le ministère Larès, écrivait-on. n'a pas de chance de durée; la mission du général Castelnau ne saurait être plus opportune,

et le désir de l'Empereur est de voir Maximilien quitter le Mexique. » Deux des représentants de la France pensèrent qu'une note énergique, ne déguisant pas la vérité sur l'impossibilité de l'entreprise qu'il tentait, ouvrirait peut-être les yeux à Maximilien et le ferait renoncer à son dessein.

Le maréchal persistait à croire, dans sa conscience de soldat, qu'avec le secours certain de la légion étrangère et des Autrichiens, appuyé d'autre part sur des places bien fortifiées, Maximilien conservait encore des éléments de durée qui permettraient de se retirer un jour plus honorablement et en toute sécurité. Toutefois il dut se ranger à l'avis du général Castelnau et de M. Dano.

Le général Castelnau avait déjà informé l'empereur Napoléon des irrésolutions de Maximilien, et le 7 décembre il lui fit part du nouveau coup d'Etat, où la monarchie, déployant le drapeau clérical, faisait évanouir tout espoir de solution amicale. Toutefois il fallait promptement arriver à mettre un terme à cette situation compromettante pour les intérêts français. Le même jour et le lendemain de la réception de la missive de M. Larès, une note rédigée en commun par les trois signataires fut adressée au président du conseil. C'était tenter un dernier effort contre le parti réactionnaire.

Mexico, le 8 décembre 1866.

A. S. E. M. Teodosio Larès, président du conseil des ministres, etc.

Les soussignés ont reçu la note que LL. EE. MM. Teodosio Larès et Luis de Arroyo leur ont fait l'honneur de leur adresser à la date du 3 courant.

M. le président du conseil étant chargé de traiter des affaires qui font l'objet de cette note, les soussignés ont à lui faire connaître quelle est leur opinion au sujet de la détermination prise par S. M. l'empereur Maximilien de conserver le pouvoir que la nation mexicaine lui a conféré, et de soutenir son gouvernement avec les seules ressources du pavs.

Les sacrifices du gouvernement des soussignés et leurs efforts personnels pour établir la forme monarchique au Mexique, n'ont pas besoin d'être rappelés. Les agents de la France regrettent profondément une crise qu'ils eussent voulu rendre impossible. Toutefois, après avoir mûrement examiné la situation, ils sont arrivés à cette conviction, que le gouvernement impérial serait impuissant à se soutenir avec ses seules ressources.

Si pénible que cela soit, et sans prétendre influencer en rien la décision finale, ils considèrent comme un devoir de le déclarer, en ajoutant qu'en l'état actuel des choses, la résolution suprême et généreuse à laquelle l'empereur Maximilien paraissait vouloir s'arrêter, il y a un mois, eût seule permis de chercher une solution propre à sauvegarder tous les intérêts.

Pour ce qui a trait à la question militaire et tout ce qui s'y rapporte, il a déjà été répondu par les agents français compétents. De nouvelles explications seraient fournies par eux, si elles devenaient nécessaires.

Bazaine. — .Alph. Dano. — Castelnau.

La réplique du ministère ne se fit pas attendre : le lo décembre, il lançait une longue circulaire résumant les efforts de la monarchie dans le passé, ses espérances dans l'avenir, et révélant en même temps les défections du gouvernement français.

Circulaire. — {Extrait).

Au milieu de cette lamentable crise, on exploitait

l'attitude des États-Unis, toujours contraires à la forme monarchique et à une intervention européenne. On faisait savoir à Sa Majesté l'Empereur qu'entre le gouvernement français et celui des États-Unis, s'étaient nouées des négociations pour assurer une médiation franco-américaine, en vertu de laquelle on se promettait d'apporter un terme à la guerre civile qui désolait ce pays, et, pour arriver à ce but, on considérait comme indispensable que le gouvernement qui s'établirait sous cette médiation reprît la forme républicaine et s'inspirât des libéraux. Les espérances de notre gouvernement qui étaient basées en partie sur une loyale et ferme alliance avec la France pour la consolidation de l'ordre actuel, se voyaient ainsi trompées.

Cette circulaire restera en opposition formelle avec une assertion de M. Berthemy, notre ministre de France à Washington, qui, lors d'un entretien avec M. Seward, consigné dans la correspondance diplomatique, avait affirmé, que « l'empereur Maximilien était prêt à accepter toutes les combinaisons que le gouvernement français pourrait proposer d'accord avec les Etats-Unis. »

Le gouvernement français n'était poutant pas encore arrivé au terme de ses défections. La frégate américaine, après plusieurs jours de vaine attente dans le golfe, avait repris le large pour rallier les Etats-Unis, remportant à son bord les deux plénipotentiaires qui n'avaient même pas débarqué. Les nouvelles de Mexico et d'Orizaba étaient venues ruiner les espérances des Tuileries, qui cette fois ne craignirent pas de démasquer toute leur politique hostile à Maximilien, en violant encore la parole donnée et consignée dans les traités.

L Empereur à Castelnau.

Compiègne, i3 décembre iSGG.

Rapatriez la légion étrangère et tous les Français, soldats ou autres qui veulent revenir et les légions autrichienne et belge, si elles le désirent.

Les promesses solennelles du palais des Tuileries n'avaient donc plus aucune valeur pour la couronne du Mexique ; car, cette dépêche que rien ne devait faire prévoir, mais qui, nous sommes fondé à le supposer, était encore inspirée par la politique impérieuse du cabinet américain, venait enlever à Maximilien son dernier appui, au mépris de l'article 3 du

traité de Miramar, article formellement respecté par la convention du 3o juillet, et ainsi conçu, comme on se le rappelle:

«La légion étrangère au service de la France, composée de « huit mille hommes, demeurera encore six années au Mexi- « que, après que toutes les autres forces françaises auront « été rappelées, conformément à l'article 2. A dater de ce « moment, ladite légion devra passer au service et à la solde « du gouvernement mexicain. Ce dernier gouvernement se « réserve la faculté d'abréger la durée et l'emploi au Mexique « de ce corps étranger. »

Il n'était pas douteux que la dissolution de la légion devait entraîner la retraite de la légion austro-belge incapable de soutenir à elle seule la monarchie, même provisoirement. De plus, devait s'ensuivre la défection des volontaires français engagés dans les rangs de l'armée mexicaine ; car ils comptaient avant tout sur le voisinage de cet élément presque français. Cet oubli de la foi jurée, de la part de notre gouvernement, a d'autant plus lieu de surprendre que, dans une conversation échangée avec M. Bigelow le 7 novembre 1866, r empereur Napoléon avait déclaré à ce ministre américain que si Maximilien prétendait pouvoir se soutenir seul, la France ne retirerait pas ses troupes plus vite que Jie l'avait stipulé M. Drouyn de Lhuys, si tel était le désir du jeune souverain. C'était dire clairement que le rapatriement du corps expéditionnaire n'aurait lieu qu'en trois échelons et que par conséquent la protection française serait acquise au Mexique, pendant une année encore. Le même jour où M. Bigelow recevait ces assurances à Saint-Cloud de la bouche impériale, le général Castelnau faisait exactement le contraire à Mexico. Car on a vu que la note collective des

trois signataires français annonçait à Maximilien, que l'empereur Napoléon s'était résolu à retirer ses troupes en bloc, dès les premiers mois de 1867. Qu'y avait-il donc de changé dans la situation admise par notre gouvernement? Rien absolument. Mais tandis que Maximilien déclarait pouvoir se soutenir avec ses seules ressources, on essayait près de lui un dernier moyen d'intimidation, qui, par son refus définitif d'abandonner le trône, se changeait forcément en réalité :'car le général Castelnau ne pouvait plus se rétracter. L'empereur Napoléon qui avait cru à l'infaillibilité de ce stratagème, et qui était convaincu que l'abdication de Maximilien dénouerait tout à sa satisfaction, avait sans doute trouvé préférable de tan-e une dernière mesure comminatoire sur laquelle il espérait bientôt voir tomber le voile de l'oubli. Nous saurons tout à l'heure quel langage menaçant ce silence provoqua de la part de Seward. Toujours est-il que le général Castelnau retirait à Maximilien les troupes que l'empereur des Français déclarait lui laisser, si on s'en réfère aux termes de l'entrevue de Saint-Cloud, rapportée par le ministre américain lui-même et dont il convient de citer les principaux passages.

Dépêche de M, Bigelow à M. Sen'ard, au sujet du rapatriement en bloc des troupes expéditionnaires du Mexique au printemps, en date de Paris, le 8 novembre.

Monsieur,

Le ministre des affaires étrangères m'a informe jeudi dernier, en réponse à une question que certaines rumeurs de journaux m'ont engagé à lui adresser, que l'Empereur avait le dessein de

retirer ses troupes du Mexique au printemps, mais qu'il ne rappellerait aucun corps avant cette époque.

J'exprimais ma surprise et mon regret de cette détermination, si clairement contraire aux assurances données par le prédécesseur de Son Excellence, soit à vous, par l'intermédiaire du marquis de Montholon, soit à moi personnellement.

Le ministre s'est rejeté sur les considérations d'un caractère purement militaire, ne voulant pas voir ou n'appréciant pas à sa valeur^ à ce qu'il m'a semblé, l'importance que ce changement pourrait peut-être avoir sur les relations de la France avec les États-Unis.

Mon premier mouvement a été de lui envoyer une note le jour suivant, en demandant une constatation formelle des motifs de l'Empereur pour n'avoir aucun égard aux stipulations de son ministre des affaires étrangères, relativement au rappel d'un détachement de son armée du Mexique dans le courant du mois de novembre.

J'arrivais cependant à conclure qu'il serait plus satisfaisant pour le Président, que je visse l'Empereur lui-même à ce sujet.

Je me suis donc rendu hier chez Sa Majesté à Saint-Cloud; je lui répétai ce que le marquis de Moustier m'avait dit et lui exprimai le désir de savoir si je pourrais faire quelque chose pour prévenir et empêcher le mécontentement que ressentirait le peuple de mon pays, j'en étais persuadé, s'il recevait cette nouvelle sans aucune explication.

Je fis allusion à la prochaine réunion du congrès, moment où tout changement dans nos relations, soit avec la France, soit avec le Mexique, serait probablement l'objet de discussions ; j'exprimais aussi la crainte que les raisons de Sa Majesté, pour ajourner le rapatriement du premier détachement de ses troupes, ne fussent attribuées à des motifs que notre peuple serait disposé à ressentir.

L'Empereur me dit qu'il était vrai qu'il avait résolu d'ajourner tout rappel de troupes jusqu'au printemps, mais, qu'en agissant ainsi, il avait été exclusivement intiuencé par des considérations militaires

Cette dépêche, a ajouté Sa Majesté, n'a pas été envoyée en chiffres, afin qu'aucun secret ne fût fait de sa teneur pour les Etats-Unis

Sa Majesté continua en disant qu'elle avait envoyé à peu près en même temps au Mexique le général Castelnau, chargé d'informer Maximilien que la France ne pourrait lui donner ni un sou ni un homme de plus. S'il pensait qu'il pouvait se soutenir seiil^ la France ne retirerait pas ses troupes pïïis vite que ne l'avait stipulé M. Drouyn de Lhuys, si tel était son désir ; mais si, d'autre part, il était disposé à abdiquer, ce qui était la conduite que Sa Majesté lui conseillait de tenir, le général Castelnau était chargé de trouver un gouvernement avec qui traiter pour la protection des intérêts français et pour rapatrier toute l'armée au printemps.

Je demandai à l'Empereur si le président des États-Unis avait été avisé de tout cela et si on avait fait quelque chose pour préparer son esprit à ce changement de politique de Sa Majesté.

Il répondit qu'il n'en savait rien ; que M. de Moustier devait l'avoir fait

Il n'y a qu'un sentiment ici sur la détermination de la France, de se laver les mains du Mexique aussitôt que possible. Je ne doute pas non plus que l'Empereur n'agisse de bonne foi envers nous; mais je n'ai pas été sûr que le changement dans ses plans, que j'ai commenté, reçût une interprétation aussi favorable aux aux Etats-Unis.

En raison des derniers succès des impérialistes au Mexique et de la situation quelque peu troublée de nos affaires politiques à l'intérieur, j'ai craint que la conduite de l'Empereur n'éveillât peut-être aux États-Unis des soupçons qui pourraient être sérieusement préjudiciables aux rapports des deux pays.

Pour prévenir une pareille calamité, s'il était possible, j'ai cru de mon devoir de prendre les précautions dont je viens de vous rendre compte. Le fait que l'Empereur a admis dans cette conversation, qu'il avait conseillé à Maximilien d'abdiquer, m'a préparé à attendre chaque jour la nouvelle de cette abdication; car un pareil conseil, dans la position dépendante de Maximilien, équivaut presque à un ordre.

L'Empereur a dit qu'il espérait connaître le résultat final de la mission de Castelnau vers la fin de ce mois.

Il a paru dans le Star et dans le Post de Londres un télégramme reproduisant le bruit en circulation à New-York le 6 courant, que Maximilien avait abdiqué. Comme nous avons reçu des dépêches du 7, qui ne font aucune allusion à cette nouvelle, je présume qu'elle était au moins prématurée.

John Bigelow.

En résumé pourtant, le général Castelnau avait été moins dur pour Maximilien que la cour des Tuileries elle-même, puisque tandis qu'il se bornait à signifier le rappel des troupes à court délai, Napoléon III redoublant de rigueur donnait l'ordre de rapatrier la légion étrangère. Une pareille attitude de la part des Tuileries ne peut s'expliquer que par la profonde irritation qpa'avaient causée : d'abord, la nonabdication de Maximilien qui retenait notre politique, notre drapeau et surtout notre responsabilité à son égard, encore engagés au Mexique ; en second lieu, l'échec de la mission

Shermaii dont le succès eût dû étouffer, par la restauration de la république mexicaine, tous les germes de mésintelligence avec les États-^Unis ; et enfin, la communication récente faite à l'empereur Napoléon d'une dépêche de M. Seward, démentie par notre gouvernement, qui faisait dire au Moniteur dans son bulletin du 24 décembre i865 : « La presse américaine nous apporte des extraits fort incom- « plets de la correspondance diplomatique, qui vient d'être « soumise au congrès. On y voit figurer une dépêche en date « du 2 3 novembre adressée par M. Seward à M. Bigelow. « Le gouvernement français na jamais eu connaissance de « ce document. Les journaux des États-Unis confirment du « reste le bon accord qui existe entre le gouvernement fé- « déral et celui de l'empereur. «

Notre patriotisme a pourtant peine à comprendre ce bon accord, dont la constatation révélait vraiment trop de complaisance de la part du journal officiel, en présence de ce nouveau document comminatoire '^.

Dépêche de M. Seward à 3/. Bigelow,

sur le retour des troupes françaises du Mexique, en date

du 2 3 novembre 1866.

Monsieur, Votre dépêche du S novembre (n" 384)', relative au Mexique, a été reçue. Votre conduite dans votre entrevue avec M. de Moustier et votre conduite aussi dans votre entrevue avec 1" Empereur sont complètement approuvées.

* On voit, par ce démenti infligé au sujet d'une pièce officielle, quel fonds les esprits non prévenus peuvent faire sur les démentis du Moniteur.

Dites à M. de Moustier que notre gouvernement est étonné et affligé d'apprendre par l'annonce faite, pour la première fois maintenant, que le rapatriement promis d'un détachement des troupes françaises qui devait s'effectuer du Mexique en ce mois de novembre, a été différé par l'Empereur. L'embarras qui en résulte est accru considérablement par la circonstance que cette résolution de l'Empereur a été prise, sans en avoir conféré avec les États-Unis, et même sans leur avoir donné avis. Notre gouvernement n'a en aucune façon fourni des renforts aux Mexicains, ainsi que l'Empereur semble le présumer, et il n'a rien su du tout de son contre-ordre au maréchal Bazaine, dont parle l'Empereur.

Nous consultons seulement les communications officielles, quand il s'agit de connaître le but et les résolutions de la France, attendu que nous faisons connaître par cette même voie nos intentions et résolutions, alors qu'il s'agit de la France. Je ne suis pas en mesure de dire, et il serait superflu, quant à présent, d'entamer la question à cet égard, si le Président aurait pu, ou non, acquiescer au retard projeté par l'Empereur dans le cas où il aurait été opportunément consulté, si cette proposition avait été appuyée, comme on l'appuie maintenant, sur des considérations purement militaires, et si elle avait été caractérisée par les manifestations ordinaires de déférence pour les intérêts et les sentiments des Etats-Unis.

Mais la décision prise par l'Empereur de modifier l'arrangement actuel sans entente préalable avec les Etats-Unis, de laisser, quant à présent, l'armée française tout entière au Mexique, au lieu de retirer un détachement en novembre, ainsi qu'il avait été promis, paraît aujourd'hui, sous tous les rapports, regrettable.

Nous ne pouvons y adhérer : premièremeRt, parce que le terme « au printemps prochain » tel qu'il a été fixé pour la complète évacuation, est indéfini et vague ; secondement, parce que

rien ne nous autorise à déclarer au congrès et au peuple américain que nous avons maintenant une garantie meilleure pour le rappel de l'armée expéditionnaire tout entière au printemps, que nous n'en avons eu jusqu'ici pour le rappel d'une portion en novembre ; troisièmement, comptant parfaitement sur l'exécution au moins littérale de l'accord fait alors par l'Empereur, nous avons pris des mesures en prévision de l'évacuation des troupes françaises, pour concourir avec le gouvernement républicain du Mexique à la pacification de ce pays, ainsi qu'au prompt et complet rétablissement de la véritable autorité constitutionnelle de ce gouvernement.

Comme faisant partie de ces mesures, M. Campbell, notre ministre nouvellement nommé, accompagné du lieutenant général Sherman, a été envoyé au Mexique, afin de conférer avec le président Juarez sur les questions qui intéressent au plus haut point les États-Unis, et sont d'une vitale importance pour le Mexique. Notre politique et les mesures ainsi adoptées dans la ferme conviction que l'évacuation du Mexique allait commencer, ont été portées ici à la connaissance de la légation française, et vous avez déjà sans nul doute exécuté vos instructions en les faisant connaître au gouvernement de l'Empereur à Paris.

L'Empereur verra que nous ne pouvons maintenant rappeler M. Campbell, ni modifier les instructions conformément auxquelles on s'attend qu'il traitera, et d'après lesquelles il peut même traiter avec le gouvernement républicain du Mexique : ce gouvernement désire certes bien vivement, et il espère avec confiance voir discontinuer au plus tôt et définitivement une occupation étrangère.

Vous direz donc au gouvernement de l'Empereur que le président désire et qu'il espère sincèrement que l'évacuation du Mexique s'accomplira en conformité de l'arrangement actuel,

autant que le permettra la complication inopportune qui nécessite cette dépêche. Sur ce point, M. Campbell recevra des instructions. Des instructions seront aussi envoyées aux forces militaires des États-Unis, placées en observation, et qui attendent du président des ordres spéciaux. C'est ce qui sera fait avec la confiance que le télégraphe ou le courrier nous apporteront une satisfaisante résolution de l'Empereur, en réponse à cette note. Vous assurerez au gouvernement français, qu'en voulant affranchir le Mexique, les Etats-Unis n'ont rien tant à cœur que de conserver paix et amitié avec la France.

Le Président n'a pas le plus léger doute que cq qui a été résolu en France a été décidé sans qu'on ait pleinement réfléchi à l'embarras que cela doit produire ici, et sans aucune arrièrepensée de laisser les troupes de l'expédition française au Mexique au delà de la période intégrale de dix-huit mois, primitivement stipulée pour l'évacuation complète.

W. H. Seward.

Ce document prouve que M. Bigelow avait mission d'exprimer au gouvernement de l'empereur des Français les désirs du président Johnson. Les diplomates américains n'ont pas l'habitude, que nous sachions, d'altérer par simple courtoisie la portée de leurs instructions : il est donc hors de doute que la communication de ce document a eu lieu effectivement. La dépêche télégraphique émanée le i3 décembre de Compiègne, après que les Tuileries eurent été informées du contenu de la dépêche américaine, indique qu'on brisait désormais toutes les relations avec le Mexique sans ménagement aucun.

D'autre part, on comprend à merveille qu'en présence du redoublement des rigueurs françaises. le gouvernement mexi-

cain prît une attitude des plus hostiles. Après avoir quitté la Jalapilla. le jeune empereur était remonté à petites journées vers Puebla : il voyageait lentement, car, sous l'action du mauvais régime qu'il suivait, sa santé s'était encore davantage altérée. Les tristes nouvelles de France et de Miramar n'apportaient aucun soulagement à sa douleur. D'un autre côté, il se souciait peu, jusqu'à ce que l'évacuation se fût bien prononcée, de se rencontrer à Mexico avec les autorités françaises. Il vint s'arrêter dans la maison de campagne de l'archevêque de Puebla, située au bord de la vallée qui descend d'Amozoc. Le général Castelnau et le ministre de France, sans prévenir le maréchal, descendirent de Mexico et obtinrent une entrevue du souverain. Cet entretien, qui fut assez curieux pour que l'empereur du Mexique ait écrit qu'il se proposait d'en publier le récit en Europe, nefitqu'accentuer davantage les résolutions de la couronne. Maximilien rentra à Mexico, et renonçant au palais de Chapultepec, il vint prendre ses quartiers dans une modeste hacienda voisine de la capitale, nommée la Teja, où nos escadrons de chasseurs d'Afrique avaient campé, le jour de l'entrée des Français à Mexico.

Comme on peut le penser, le gouvernement mexicain se sentait peu disposé à épuiser son trésor, pauvre d'ailleurs, pour satisfaire aux exigences de la convention du 3o juillet. Le rappel de la légion avait détinitivement déchiré toutes les conventions qui liaient les deux partis ; et, à notre avis, Maximilien avait raison de chercher à s'atîVanchir des réclamations françaises. Le soir même où Maximilien était arrivé à Orizaba, le quartier général l'avait prié de donner des ordres à la direction des douanes de la Vera-Cruz, la cour de Mexico ayant laissé sans réponse, avant son départ de la capitale, une notification faite à ce sujet par M. Dano. L'empereur avait répondu par le télégraphe qu'il s'occuperait de cette question sans retard. Le i" novembre, jour où la convention devenait exécutoire, aucune mesure n'avait été encore prise : le ministère cherchait à gagner du temps ; il exigea que la convention déjà approuvée fût ratifiée. M. Dano prescrivit aux agents financiers d'entrer en fonctions a la Vera-Cruz et d'établir le procès- verbal d'arrêté des

comptes de douanes. Le 20 novembre, la situation s'empira par suite du refus des fonctionnaires mexicains de laisser opérer les prélèvements stipulés. L'agent français, en vertu des ordres venus de Paris, menaça d'employer la force pour obtenir satisfaction. L'empereur, prévenu à la Jalapilla, avait envoyé au maréchal Bazaine une dépêche pour l'engager à faire suspendre de pareilles mesures.

Orizaba, 21 novembre 1866.

L Empereur au maréchal Bazaine.

D'aucune manière, je ne puis consentir au procédé de M. X... envers l'administration de la douane de Vera-Cru^^ pour lequel il s'est servi de votre nom, et moins encore quand il s'agit des fonds dont a disposé le ministre de l'Hacienda^ avec mon autorisation, depuis le mois de septembre et d'octobre. Je vous informe que M. X... menace d'empêcher, par la force, le fonctionnement de la douane. J'espère que vous empêcherez cette illégalité.

MAXI.^^LIEN.

N'était-il pas vraiment triste d'assister au spectacle d'un souverain se plaignant de voir protester sa propre parole? Aux termes de la convention, nous étions rigoureusement dans notre droit, d'après l'enquête qui fut faite sans retard par un inspecteur des finances. Mais, sans tenir compte de la mauvaise volonté évidente du ministère, était-il généreux d'enlever ainsi au monarque ses dernières ressources, quand notre gouvernement avait oublié lui-même ses engagements formels? Après l'enquête achevée, le maréchal adressa à Maximilien la réponse de M. Maintenant qui s'appuyait textuellement sur les dispositions de la convention du 3o juillet.

Mexico, 29 novembre 1866.

Sire, J'ai l'honneur de transmettre à Votre Majesté une copie de la réponse que m'a faite M. l'inspecteur général des finances en mission, aux explications que je m'étais empressé de lui demander. Il ne m'appartient pas de discuter les arguments que fait valoir M. de Maintenant. Votre Majesté ne saurait ignorer que mon action dans les questions qui concernent spécialement la mission financière est très bornée. Les instructions qui la dirigent émanent directement du ministre des finances de France. C'est avec le plus profond respect, sire, etc.

Bazaine.

Le même scandale qui s'était produit au port de Véra- Cruz déterminait aussi à Mexico des mesures de violence. Le gouvernement mexicain refusait de délivrer aux négociants de la capitale les marchandises qui arrivaient à la douane de Mexico, quoique ces objets d'importation eussent acquitté les droits au port de débarquement. Cet état de choses causait le plus grand dommage au commerce, surtout à la veille du i'*'" janvier 1867. A l'issue d'une conférence dont faisaient partie le maréchal, le ministre de France, le général Castelnau, et l'inspecteur général de Maintenant, il fut décidé que, de gré ou de force, les marchandises retenues seraient délivrées aux intéressés. Malgré les résistances de M. de Péreda, sous-secrétaire des affaires étrangères, on passa outre, et un avis officiel fut inséré dans ÏÈre nouvelle pour prévenir les négociants des dispositions prises. Ces actes inspirèrent à M. de Péreda une protestation solennelle. *

* Puisque notre gouvernement se montrait si rigoureux dans ces derniers temps, où l'arrêt de sommes minimes améliorait peu le sort

Mexico, G janvier 1867.

Monsieur le ministre,

J'ai eu l'honneur de recevoir la note de V. Exe. datée d'hier, en réponse à la mienne du 2 courant, relative à la publication d'un avis de M. de Maintenant, inséré dans VEre nouvelle, et avec elle la copie d'un nouveau communiqué convenu entre V. Exe. et M. le maréchal Bazaine, le général Castelnau et l'inspecteur général des finances, insistant sur la remise des marchandises retenues à la douarie de cette capitale, malgré les ordres contraires du gouvernement, jusqu'au point d'annoncer qu'il sera placé un agent à la dite douane pour assurer l'exécution de ce qui a été convenu.

J'ai rendu compte de tout à l'Empereur, et Sa Majesté m'ordonne de dire à V. Exe, comme réponse, qu'elle voit avec un profond mécontentement et avec affliction la conduite observée, dans cette affaire, parles autorités françaises à Mexico; quand bien même la convention du 3o juillet serait légalement en vigueur, prise à la lettre ou dans l'esprit, elle n'autorise pas d'exercer des actes de juridiction dans l'empire ni d'attaquer la souveraineté de son gouvernement.

En conséquence. Sa Majesté a disposé que je proteste une fois de plus, comme je proteste solennellement et formellement en son nom, contre les procédés aussi irréguliers qu'attentatoires aux droits de la nation et à la majorité du souverain, rendant responsables dès à présent les représentants de la France à Mexico, devant la France même, devant son propre gouvernement et devant toutes les nations civilisées, du conflit produit par de tels procédés et de toutes les conséquences.

de nos nationaux et de notre tre'sor, pourquoi avait-on permis de compter douze millions au seul suisse Jecker, naturalisé Français d'hier? Pourquoi laissait-on primer les intérêts de nos vrais compatriotes par cette créance d'origine si douteuse?

La nouvelle disposition des représentants de la France a mis le gouvernement impérial dans la nécessité de produire une autre publication pour la juste défense des droits de l'empire, dans les termes que verra V. Exe. dans la copie ci-jointe.

Le sous-secrétaire d'État, DE Péreda.

L'avis au commerce publié officiellement est ainsi conçu:

Avis au commerce.

Nous sommes autorisés à faire savoir aux commerçants qui ont des marchandises à la douane de cette capitale, provenant de la "Vera-Cruz et expédiées avec des documents qui ne sont pas conformes aux lois de l'empire, que les représentants de la France manquent d'autorité pour placer des agents à cette douane pour favoriser la sortie desdites marchandises ; car, même en supposant dans toute la rigueur la convention du 3o juillet, l'action desdits représentants resterait limitée aux administrations du port, sans jamais s'étendre aux douanes intérieures; d'un autre côté, si lesdites marchandises étaient extraites sans un règlement préalable avec l'administration respective des rentes mexicaines, les propriétaires resteraient sujets à ce qu'il y aurait lieu de faire, conformément aux lois fiscales en vigueur.

On ne s'étonnera pas, si nous disons que l'harmonie ne régnait pas entière dans le camp des autorités françaises ; et si nous en croyons les indiscrétions calculées ou involontaires qui suivaient les conférences secrètes du quartier général du Buenavista, on ne peut douter du désaccord qui, sur certains points, éclatait entre nos représentants et dont l'écho retentissait jusqu'à Washington. Or, dans cette ville de l'Union toujours si bien renseignée par Roméro, le ministre de Juarez,.

on savait très bien que le séjour prolongé de Maximilien irritait l'aide de camp impérial ainsi que M. Dano. On parlait même de mesures énergiques dictées par les circonstances. C'est alors que le maréchal éprouva combien difficile et pénible était la tâche qu'il avait consenti à mener à bonne fin. Il a dû plus d'une fois, nous le défions de nous démentir, regretter amèrement de ne pas avoir exigé son rappel du Mexique. De quel œil pouvait-il contempler la dislocation journalière d'une monarchie qu'il se rappelait avoir prise au berceau et que depuis trois ans il avait essayé de faire vivre?

Somme toute, on ne pouvait en vérité forcer Maximilien, qui avait déclaré ne pas vouloir rentrer en Europe dans les fourgons de notre année^ à prendre un parti que le cabinet français, dans une heure de franchise, avait été tenté lui-même de flétrir. « Il n'est pas aisé à Maximilien, écri- « vaitil à la date du 3i décembre 1866, défaire une retraite « qui ne soit pas une tache pour sa vie politique, et il serait « à désirer pour tous qu'il en pût être autrement. Mais « aura-t-il l'énergie nécessaire pour entamer la campagne? » Maximilien avait, à ses risques, usé de son plein droit personnel, en se rejetant dans la mêlée. Mais il oubliait que son ambition était coupable, car il continuait la guerre civile. Quand il entra dans la carrière ouverte par Eloin, il avait dû entrevoir à l'horizon un champ de bataille où il pourrait trouver une mort méritée que garde le sort aux conquérants trahis par les armes.

Toujours est-il qu'il répugnait au maréchal de précipiter de ses mains la chute de Maximilien par des négociations avec les chefs libéraux, négociations inopportunes, puisque le corps expéditionnaire allait se retirer, laissant derrière lui

le souverain qui ne voulait pas abdiquer. Aussi, la conduite militaire et politique des représentants français devait paraître à bon droit suspecte, parce qu'elle s'inspirait des instructions des Tuileries toujours vagues, mal définies, ouvrant la porte à tous les compromis. En dehors du quartier général, les intrigues avec les dissidents continuaient. Quant au maréchal, fidèle à son rôle et à son mandat écrit, il taisait prévenir les chefs libéraux que, s'il lui était interdit par son gouvernement d'entreprendre de nouvelles expéditions, du moins il ordonnait de les canonner s'ils s'approchaient des places occupées par nos armes, à une distance moindre de deux journées de marche. Tel était le langage tenu à Porfirio Diaz, à Ruis, et à Riva Palacios.

Après mûr examen de toutes les pièces contradictoires, nous conservons la persuasion que le gouvernement français avait à tort espéré trouver dans le général en chef un instrument docile de sa politique, prompt à comprendre de simples désirs et à en assurer de lui-même le succès. C'est dans cette voie équivoque, autorisée par la diplomatie moderne, que l'honneur militaire courait risque de s'égarer. La situation était fausse à n'en pas douter : mais le maréchal a été préservé précisément par sa loyauté de soldat, se mettant toujours à couvert derrière des instructions écrites : et si nous voulons nous en convaincre davantage, il suffit d'interroger la dépêche de Napoléon III, arrivée par voie américaine à Mexico et adressée au général Castelnau. L'Empereur ne communiquait plus directement avec le maréchal depuis l'arrivée de son aide de camp au Mexique; et le général en chef, de son côté, interrompit momentanément l'envoi des rapports qu'il adressait directement à son souverain.

Paris, 10 janvier 18G7. L Empereur au général Castelnau.

Reçu dépèche du 7 décembre. Ne forcez pas l'Empereur à abdiquer; mais ne retardez pas le départ des troupes. Rapatriez tous ceux qui ne veulent pas rester.

Quel événement avait pu provoquer cette dépêche explicite ? à coup sûr le refus du général en chef de s'associer à des mesures violentes contre le souverain qu'il avait toujours mission officielle de défendre. Le général Castelnau était, il est vrai , armé de pleins pouvoirs : mais cette dépêche semble prouver qu'il ne devait pas être porteur d'instructions écrites, trop compromettantes pour la politique française. On avait dû compter sur la complaisance du maréchal à un moment donné. Mais, à l'heure où le refus d'abdication de Maximilien avait forcé le général Castelnau à prendre une attitude hostile prévue tacitement à Paris, il avait dû se heurter, ne pouvant se prévaloir que d'instructions verbales, contre la résistance du quartier général résolu à ne pas laisser dénaturer son véritable mandat sans ordres formels de son gouvernement. De ce conflit évidemment a dû sortir une demande d'ordres adressée au palais des Tuileries. De là, la dépêche impériale du 10 janvier : le gouvernement français avait reculé au dernier moment. Si le maréchal eût été assez homme de cour pour se faire tenir au courant, de Paris même, de la vraie politique dont s'inspirait depuis une année déjà le cabinet des Tuileries par rapport au Mexique dont on voulait se laver les mains à tout prix, il eût été éclairé d'avance sur la conduite que les événements allaient

lui imposer, et il se fût retiré à -temps. A deux mille lieues de distance, il ne pouvait deviner le vent qui soufflait dans les hautes régions d'une cour aussi mobile que la cour de France ; il y avait donc intérêt pour lui à toujours s'orienter, comme le pilote qui interroge l'horizon pour ne pas se laisser surprendre.

Depuis son retour à Mexico, Maximilien commençait à s'apercevoir des difficultés inextricables dans lesquelles il s'était jeté à corps perdu, poussé par le père Fischer. L'espoir de les surmonter s'évanouissait de jour en jour. Le rappel inattendu de la légion étrangère avait désorganisé les contingents auxiliaires de l'armée mexicaine^ dans les rangs de laquelle les volontaires français hésitaient à rester après le départ des Européens. L'Empereur du Mexique, à qui on ne peut reprocher un défaut de générosité, avait résolu définitivement de ne plus associer ses compatri<otes aux chances de sa fortune, et les a\ait déliés de leurs engagements. Cet acte honore la mémoire du souverain. Le maréchal avait attendu ce mouvement spontané de la couronne pour lui demander sa décision relative à nos compatriotes. Maximilien répondit cette fois lui-même qu'il leur rendait aussi la liberté : ce fut sa dernière lettre au quartier-général français.

Hacienda de la Teja, 7 janvier 18G7.

Mon cher maréchal,

J'ai reçu la lettre par laquelle vous me demandez si je ne mets aucun obstacle à ce que les militaires d'origine française, qui servent actuellement dans notre armée, puissent retourner dans leur patrie (ceux du moins qui le désirent;, selon les instructions que vous avez reçues de votre gouvernement. Je m'empresse de vous faire savoir que notre ministre de la guerre a reçu l'ordre d'accorder aux militaires de nationalité française, qui ont pris du service au Mexique, les mêmes avantages qu'aux Autrichiens et aux Belges.

Recevez les assurances de toute l'amitié de votre affectionné

Maximilien.

Maximilien, abusé sur l'opinion publique en France, et se reprenant sans cesse au souvenir des anciennes promesses reçues de Paris, avait longtemps conservé une secrète espérance que la cour des Tuileries se relâcherait de ses rigueurs. Une lettre particulière même de l'impératrice Eugénie, pour le caractère de laquelle il professait une sympathique admiration, n'avait pas peu contribué à entretenir ces illusions dans l'esprit du jeune empereur. Il se plaisait à dire que cette missive qui avait eu pour but de guérir la plaie ouverte par les mesures du gouvernement français, l'avait bien l'éconforté. Mais la dernière dépêche de Compiègne avait apporté une déception suprême. A toutes ces causes de découragement vint s'ajouter la question intérieure.

Le clergé tenait mal ses promesses de concours : Miramon se préparait bien à la campagne du nord ; mais les vides opérés par les défections dans les rangs de l'armée mexicaine

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ne se comblaient pas plus que ceux du trésor. Le spectre de la banqueroute était toujours la menaçant. Chaque jour les rebelles gagnaient du terrain. Au fur et à mesure que les capitales d'Etat étaient évacuées par le corps expéditionnaire, la cession de chaque place s'accomplissait aussi régulièrement qu'en Europe par les soins de notre artillerie et du génie entre les mains des généraux impérialistes. La remise régulière des procès-verbaux, dûment signés, atteste que pas une ville mexicaine n'a été livrée par les Français aux dissidents, et que les troupes de Maximilien sont restées en possession de toutes les places fortes mises en excellent état de défense. Il est vrai que quelques jours après, souvent même le lendemain, les commissaires impériaux en ordonnaient l'abandon par écrit, sans même brûler une cartouche.

Le programme tracé par M. Eloin avait donc eu pour résultat immédiat de placer Maximilien dans une nouvelle impasse dont sa dignité lui rendait déjà l'issue plus difficile. Comment le souverain avait-il pu se flatter un seul instant de réunir un congrès ? L'insurection, toujours grandissante, n'était-elle pas une barrière infranchissable pour les notables des provinces éloignées, qui auraient consenti à se risquer à travers les routes coupées par l'ennemi, dans le but de venir délibérer à Mexico: Cette immense levée de boucliers n'affirmait-elle pas que cet appel au peuple était condamné d'avance à la stérilité? Car les citoyens qui se levaient en masse sous le drapeau républicain, soit par conviction, soit par nécessitépolitique, exprimaient clairement leur vote. Le sort de la monarchie était décidé en dernier ressort. Mais alors les Mexicains prenaient-ils les armes pour élire président de la République un archiduc autrichien de préférence

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à un libéral, enfant de la nation ? Cette idée de congrès était une malheureuse utopie que Maximilien poursuivait opiniâtrement, circonvenu qu'il était par les passions de ses partisans. Cette chimère a conduit le prince à la chapelle ardente de Queretaro.

La réalité s'accusait trop évidente pour toujours échapper aux yeux de Maximilien. Sous l'influence de ses sombres pensées, il fit mander le maréchal à l'hacienda de la Teja. Cette entrevue intime piqua au plus haut point la curiosité de bien des personnages, et entre autres des gens de cour. On était jaloux de deviner le sens des propos échangés entre le souverain et le général en chef, qui depuis longtemps déjà n'avait pas revu Maximilien. Parmi les cavaliers qui circulaient sur la route autour de l'hacienda de la Teja, et qui, debout sur leurs étriers, cherchaient à plonger du regard dans le jardin impérial à travers les haies d'arbustes, on reconnaissait de grands personnages. Grand fut leur étonnement, mêlé d'inquiétude, d'apercevoir l'Empereur se promenant dans l'allée principale, appuyé familièrement sur le bras du maréchal. Cette attitude amicale n'avait rien de rassurant pour l'influence des conseillers de la couronne, dont tous les efforts tendaient à isoler le monarque, pour le mieux dominer. L'entretien fut long, comme l'atteste une lettre de Maximilien au digne général Mejia : on parla d'abord de la santé de l'impératrice Charlotte, puis de la campagne de Miramon, enfin de la visite sous Puebla de MM. Castelnau et Dano dont l'empereur avait conservé le souvenir. Le maréchal, interrogé sur la situation et l'avenir de la monarchie, répondit qu'après le rappel de la légion étrangère , qui enlevait toute chance de retraite en cas de revers, il n'y avait plus

vu le départ de nos soldats, que des périls sans gloire à courir. « Du jour où les Etats-Unis , ajouta-t-il, ont opposé hautement leur veto au système impérial , le trône n'était plus qu'éphémère, Votre Majesté eût-elle obtenu cent mille Français. En supposant même la neutralité américaine durant le séjour de l'intervention, la monarchie n'était plus viable. La combinaison fédérale eût été le seul système à tenter en face de l'Union, qui y eût sans doute accédé si le Sud eût été reconnu à temps par la France. Mon avis aujourd'hui est que Sa Majesté se retire spontanément. » Au moment de se séparer , Maximilien répondit au maréchal: J'ai la plus grande confiance en vous, vous êtes mon véritable ami, et je vous prie d'assister à une Junt a que Je vais convoquer pour lundi 14 janvier, au palais de Mexico; j'y serai présent; là, vous répéterez ce que vous pensez. Si la majorité se range à votre avis, Je partirai. S'ils veulent que Je reste, tout sera dit; Je resterai parce que je ne veux pas ressembler au soldat qui jette son fusil pour fuir plus vite du champ de bataille. »

Ce mâle langage était vraiment digne de la race de Hapsbourg ; mais il révélait plutôt le courage du soldat que le sens clairvovant du politique. Le lendemain , le maréchal recevait une invitation que lui adressait le président du conseil des ministres.

Mexico, le 11 janvier iSSy.

Maréchal,

S. M. l'Empereur, désirant entendre confidentiellement et amicalement l'opinion de Votre Excellence et celle d'autres personnes sur une affaire de grave importance, m'ordonne de

m'adresser à Votre Excellence comme j'en ai l'honneur, en la priant de vouloir bien assister à la réunion qui aura lieu au palais du Gouvernement lundi prochain, 14 du courant, à deux heures de l'après-midi.

Le président du conseil des ministres, Lares.

Maximilien ne savait pas vouloir Jusqu'au bout ce qu'il avait résolu. Quand le maréchal se rendit au palais de Mexico, à l'heure de la convocation, il fut reçu par une assemblée de quarante personnages. Mais on lui apprit que l'empereur avait renoncé à se rendre à la réunion. Sans nul doute , ses conseillers . effrayés de la décision que la déclaration publique, du général en chef, déjà pressentie, pouvait entraîner de la part de la couronne, s'étaient opposés à la présence du souverain à \aj tinta. Le maréchal, étonné, fut sur le point de se retirer à son tour; mais il réfléchit qu'il convenait mieux d'accuser hautement sa façon de juger la situation, au moment surtout où le pavillon français était sur le point d'abandonner Mexico.

Déclaration du maréchal Ba^aîne à la junte.

Mexico, 14 janvier 1867.

L'évacuation des garnisons impériales mexicaines, sans tirer un coup de fusil, des principales places fortes et suffisamment armées, par suite des démonstrations d'un ennemi plus faible que ces garnisons, avait laissé voir le peu de confiance qu'inspire la protection militaire que l'empire peut promettre aux populations. Ces dernières se sont prononcées à cette date. Chaque État a recouvré son rang dans la fédération. Les élections, faites

suivant les bases de la constitution de iSSj, ont renforcé la majeure partie des autorités fédérales établies de fait depuis le départ des employés impériaux. Le système fédéral s'est aussi rétabli dans la plus grande partie du territoire.

Que gagnera-t-on à faire des efforts militaires et de grandes dépenses pour retourner conquérir le territoire perdu? Rien!

Avec l'expérience de ces deux dernières années, les populations ont peu de disposition en faveur du soutien de l'empire ; et seul, pourrait-il se soutenir avec des colonnes dirigées vers l'intérieur, que celles-ci, recevant peu à peu cette influence, se prononceraient, et, d'autre part, se débiliteraient par les garnisons qu'on serait obligé de laisser dans de grands centres. L'ennemi, comme nous le voyons en ce moment, les harcèlerait, les tiendrait bloquées et leur couperait toutes relations avec le gouvernement central. Comme conséquence immédiate, le commerce complètement paralysé, ainsi que les travaux agricoles et industriels, produirait un mécontentement profond parmi les populations et un manque absolu de ressources pour contenir les troupes dans leur devoir.

L'organisation fédérale semble devoir placer le pays à l'abri de toute tentative d'hostilité de la part des États-Unis, et cette dernière considération paraît exercer une grande influence sur l'esprit des populations, qui, avec raison, craignent que quelqu'autre forme de gouvernement ne pousse les voisins du nord à se poser en conquérants.

1° Au point de vue militaire, je ne crois pas que les forces impériales puissent maintenir le pays dans un état de pacification tel que le gouvernement de l'empereur puisse s'exercer avec toute sa plénitude. Les opérations militaires seront des combats isolés, sans résultats définitifs, qui maintiendront la guerre civile par des mesvires arbitraires, que ces opérations entraîneraient forcément avec elles; et, comme une conséquence infaillible, en sortiraient la démoralisation et la ruine du pays.

2° Au point de vue des finances, le pays ne pouvant s'administrer régulièrement, ne produira plus les moyens nécessaires au maintien du gouvernement unitaire impérial, et ses agents seront obligés d'imposer de forts impôts, en augmentant ainsi le mécontentement des populations.

3° Au point de vue politique, l'opinion de la majorité de la nation paraît dès aujourd'hui bien plus républicaine fédérale qu'impérialiste ; il est permis de douter qu'un appel à la nation soit favorable au système actuel, et peut-être même n'obéira-telle pas à la sommation qui lui sera adressée.

En résumé, il me paraît impossible que Sa Majesté puisse

continuer de gouverner le pays dans des conditions normales et

honorables pour sa souveraineté, sans descendre au rang d'un

chef de partisans, et il est préférable pour sa gloire et sa sauve-

arde que Sa Majesté fasse la remise du pouvoir à la nation.

Cette déclaration loyale devait parvenir aux marches du trône. Le maréchal en envoya immédiatement la copie à l'empereur.

Sire , Par l'intermédiaire de M. le président du conseil des ministres, Votre Majesté m'a invité à lui exposer d'une façon franche et amicale mon opinion sur la situation.

J"ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté l'exposé que j'ai lu à la réunion de ce jour, et qui est la sincère expression de m^ manière de voir.

C'est avec le plus profond respect, Sire...

Bazaine.

Après avoir entendu le général en chel et plusieurs autres orateurs , la jiinta procéda au scrutin. L'archevêque de

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Mexico déclara que son ministère ne lui permettait pas d'émettre un avis. Depuis trois ans pourtant, Mgr La Bastida avait donné au clergé le signal des violentes résolutions. A l'unanimité, moins cinq voix, il fut décidé que la monarchie devait lutter: le sort en était jeté. Ce vote, qui fermait la porte à toutes les combinaisons de restauration républicaine par les mains de la France, et qui enlevait sans retour la garantie des créances et des emprunts qu'on aurait pu stipuler avec un nouveau président de la République, rendait définitif l'échec de la mission Castelnau et des tentatives essayées par notre diplomatie auprès des chefs dissidents. La junta déclara d'ailleurs « que tout autre appel était inutile, malgré le désir formel de l'empereur d'en référer au congrès national. » Les ministres de la guerre et des finances assurèrent posséder, l'un 2 5o,ooo piastres en caisse, le second 11,000,000 de piastres, dont 8 (c'est-à-dire 40 millions) à sa disposition immédiate.

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