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Ba^aine de procéder, avec toute la diligence possible^ au rapatriement de l'armée, en ne tenant compte que des convenances militaires et des considérations techniques dont il serait le seul juge. Il aurait à aviser, en même temps, à procurer aux intérêts français les sécurités auxquelles ils ont droit.
L'empereur Napoléon a la conscience d'avoir aidé à l'œuvre commune. C'est au Mexique désormais qu'il appartient de s'affirmer. La tutelle étrangère, en se prolongeant, est une mauvaise école et une source de dangers; au dedans, elle habitue à ne pas compter sur soi-même et paralyse l'activité nationale ; au dehors, elle suscite des ombrages, elle éveille des susceptibilités. Le moment est venu, pour le Mexique, de répondre à tous les doutes, et d'élever son patriotisme à la hauteur des circonstances difficiles qu'il traverse. Au dedans comme au dehors, les attaques dirigées contre la forme des institutions qu'il s'est données, s'affaibliront sans doute graduellement quand il sera seul à les défendre., et demeureront impuissantes contre l'union du peuple et de son souverain, cimentée par les épreuves courageusement acceptées et supportées en commun. Ce sera l'honneur de S. M. l'empereur Maximilien et de la nation mexicaine d'avoir ainsi accompli l'œuvre civilisatrice que nous serons toujours fiers d'avoir encouragée et protégée à son début.
La cour de Mexico resta frappée de stupeur, et témoigna même toute sa douleur de la conduite des Tuileries, et cela avec d'autant plus de force, que le Trésor mexicain s'était épuisé pour faire face à ses engagements vis-à-vis de la France. A l'heure où arrivait ce message de Napoléon III, il est constant que Maximilien, à quatre cent mille francs près, ne devait rien : il avait, depuis quelque temps, apporté tous ses soins, tous ses efforts, à satisfaire aux conditions du traité de Miramar, qui était désormais foulé aux pieds, et on
exigeait de lui une nouvelle convention qui devait lui enlever ses dernières ressources les plus liquides, les douanes de Tampico et de la Vera-Cruz, sur la moitié desquelles il devait consentir une délégation en faveur de la France. Si cette convention n'était pas acceptée, le maréchal avait l'ordre de se replier immédiatement et d'abandonner Maximilien à ses seules forces. Le ressentiment de la famille impériale s'exhala en plaintes amères et transpira même jusqu'à l'extérieur du palais. Les révélations de l'avenir justitieront cette phrase, qui, nous l'affirmons, fut prononcée par Maximilien en présence de son entourage : « Je suis joué : il y avait une convention formelle intervenue entre^l'empereur Napoléon et moi, sans laquelle je n'eusse jamais accepté le trône, qui me garantissait absolument le secours des troupes françaises jusqu'à la fin de l'année de 1868.» En effet, on ne l'ignore pas à Londres, ce traité secret existait.
Maximilien comprit qu'il ne lui restait plus qu'un parti, celui de l'abdication. Le 7 juillet, il prit la plume pour signer la déchéance de la monarchie : la souveraine du Mexique arrêta sa main. C'est alors que, mue par un sentiment généreux, mais irréfléchi, l'impératrice Charlotte, bravant les fatigues d'une longue traversée et les fièvres des terres chaudes, franchit les mers. Elle espérait gagner sa cause à Paris et à Rome, c'est-à-dire trancher favorablement les trois questions qui devaient décider du sort de la monarchie, le maintien et l'augmentation du corps d'occupation, un secours financier et l'obtention d'un concordat ecclésiastique. Si son entreprise n'était pas couronnée de succès, l'Empereur, après avoir remis ses pouvoirs à la nation , devait rejoindre sa courageuse et digne compagne en Europe. La cour de
Mexico s'aveuglait elle-même sur la situation; mais, de leur côté, les confidents intimes, qui ne pouvaient se faire à l'idée d'abandonner leurs grandes positions, poussèrent l'impératrice à s'embarquer. Le 8 juillet, le journal officiel de Mexico annonçait que l'impératrice partait pour l'Europe, où elle allait traiter les affaires du Mexique et régler diverses matières internationales. C'était faire allusion au voyage de Rome, pour rassurer et le clergé et les détenteurs de biens nationaux. Afin d'assurer les frais de route de l'auguste voyageuse, il fallut, le trésor se trouvant épuisé, recourir à la caisse des eaux * pour une somme de 60,000 piastres.
Un incident pénible, à tous égards, signala le passage de l'impératrice dans le port de la Vera-Cruz. Le département de la marine mexicaine, à qui avait été ouvert spontanément par le maréchal un crédit de cinq cent mille francs destiné à créer un service de gardes-côtes, en vue de la contrebande qui frustrait les douanes de leurs recettes, ne possédait pas une embarcation et n'avait même pas songé à en faire préparer une pour sa souveraine. L'impératrice Charlotte, arrivant sur le môle , ne trouva qu'un canot français à ses ordres : elle refusa nettement de naviguer à l'ombre de notre pavillon pour se rendre au bâtiment qui chauffait en rade. Le mécontentement dont Sa Majesté donna, sur le quai, des signes non équivoques, indiquait assez clairementqu'elle s'éloignait du sol mexicain le cœur ulcéré contre le gouvernement français.
Ce départ, qui fut considéré comme un suprême et dernier
" Caisse qui contenait les impôts prélevés pour les travaux consacrés à préserver Mexico des inondations.
effort du régime monarchique, fut le signal de grandes démonstrations juaristes. Les symptômes de dissolution se manifestèrent ouvertement dans l'armée des impériaux; et la légion belge, affaiblie déjà par les désertions, commença à se mutiner, en même temps que la frontière du Nord se mettait en feu. Le général Douay annonçait que tout le pays était coupé par la cavalerie républicaine. Le général Olvera se laissait enlever un convoi défendu par 25o Autrichiens et i,6oo Mexicains, dont une partie passait à Escobedo victorieux. Le général Méjia allait succomber en perdant détinitivement le port de Matamoros, et se voir forcé de rentrer presque seul par mer à la Vera-Cruz. Au Sud, les troupes de Parras faisaient défection. Le colonel Médina trahissait Tempire en soulevant la ville centrale de Tula, et les caisses vides de l'Etat ne pouvaient fournir la solde aux troupes de Lopez et de Quiroga, qui se débandaient. De plus, le Trésor français recevait l'ordre de ne plus compter une piastre aux bataillons de ca'{adores que le général en chef avait pris sur sa responsabilité de payer jusque-là. A l'annonce de tous ces désastres, le maréchal crut sage de se porter de sa personne sur la frontière du Nord, où l'orage s'amoncelait. Il fit former aussitôt une colonne légère qui, de concert avec la contre-guérilla française, reçut mission d'opérer à travers les zones de soulèvement. Avant de quitter Mexico, le général en chef s'était présenté au palais dans l'espoir de prendre les f ordres de l'empereur : il n'avait pas été reçu.
De quel œil, en effet, Maximilien pouvait-il considérer le représentant de la France? D'ailleurs, l'empereur du Mexique n'avait pas encore pris de décision quant à la nouvelle convention proposée, et il préférait se renfermer dans
le silence. A peine arrivé à San-Luis, le 20 Juillet, le maréchal envoyait au palais de Mexico un résumé de la situation du pays, et annonçait « qu'on ne pouvait plus laisser seule la légion belge dans la ville de Monterey, car elle n'était pas sûre. L'esprit d'indiscipline parmi cette troupe avait pris de telles proportions, que le général Douay n'avait pas osé exécuter l'ordre qu'il avait reçu de la licencier, par crainte de provoquer une révolte armée. » En terminant cette lettre, le maréchal, obéissant aux instructions formelles de l'empereur Napoléon, disait à Maximilien : « Je ne puis rien entreprendre avant de connaître la solution que Sa Majesté donnera à la note que la France vient de lui envoyer, et dont la dernière partie prescrit la concentration immédiate des troupes françaises, dans le cas où l'Empereur n'acquiescerait pas à la substitution d'une convention nouvelle au traité de Miramar.»
Quinze jours après, un courrier de Maximilien arrivait à Peotillos, où se trouvait notre quartier général, et remettait au maréchal une lettre plus funeste encore que le triste décret du 3 octobre, qui avait dû être arrachée à la faiblesse du souverain par un ministère affolé de peur, au bruit de l'insurrection qui gagnait le cœur même de l'empire. Il faut, de plus, affirmer que, sans certaines insistances des plus vives, l'empereur ne consultait même pas le général en chef, et appliquait immédiatement l'état de siège à tout le territoire.
Mexico, 7 août 1866.
Mon cher maréchal,
Par deux décrets en date du i'^'" août, j'ai déclaré l'état de siège dans les départements qui m'ont paru le plus agités en ce
moment. Ce sont, d'une part, les départements de Michoacan et de Tancitaro; de l'autre, les départements de Tuxpan, de Tulancingo et le district de Zacatlan (département de Tlaxcala).
Je dois vous faire part, à ce sujet, que plusieurs membres de mon ministère m'invitent à déclarer l'état de siège dans tout l'empire. Ils prétendent que le seul moyen d'arriver à la pacification du pays, et même d'obtenir de l'ordre dans l'administration et dans les finances, c'est de mettre le pouvoir entre les mains des commandants supérieurs militaires qu'on choisirait, partout où ce serait possible, parmi les officiers français. Cette mesure ne peut avoir son effet légal que si les départements sont déclarés en état de siège.
La question est très importante : elle touche aux plus sérieux intérêts, et je n'ai pas voulu prendre de décision avant de connaître votre opinion. Vous venez de parcourir une grande partie de l'empire ; vous avez vu de très près la situation dans laquelle se trouvent les divers départements, et, mieux que personne, vous êtes en mesure de m'éclairer de vos lumières et des observations que vous avez faites par vous-même.
Il me serait donc agréable de savoir si vous croyez nécessaire de déclarer l'état de siège dans tout l'empire, s'il convient particulièrement de le déclarer dans certains départements et quels seraient ces départements; enfin, si vous êtes disposé à me désigner les officiers français qui pourraient être nommés commandants supérieurs dans les départements mis en état de siège. Je ne doute pas que vous ne consentiez à venir encore, dans cette circonstance, en aide à mon gouvernement.
Votre très affectionné,
Maximu.ien.
Le maréchal, à qui on a prêté si complaisamtnent des rêves d'ambition personnelle, que pouvait certes favoriser l'offre
d'une pareille dictature militaire, à une époque aussi critique pour la couronne, répondit de son bivouac à l'empereur :
Peotillos, 10 août 1866.
Sire,
J'ai l'honneur d'accuser réception à Votre Majesté de sa lettre du 2 août courant, par laquelle Elle veut bien me demander mon avis sur l'opportunité de la mise en état de siège de tout ou partie du territoire de l'empire mexicain, en m'invitant à lui faire connaître les officiers français qui pourraient être nommes commandants supérieurs dans les départements ou districts mis en état de siège.
Ainsi que le fait remarquer 'Votre Majesté, la question est très importante et touche aux plus sérieux intérêts.
L'état de siège, en effet, constitue un état transitoire par lequel tous les pouvoirs sont réunis entre les mains de l'autorité militaire, état qui modifie singulièrement le système des rouages administratifs et judiciaires et qui place les citoyens dans une situation anormale et tendue.
C'est également dans l'intérêt d'une mesure générale et dans un moment de grande crise imprévue, que l'autorité souveraine a recours à ce moyen extrême pour indiquer que la force est le seul argument qui lui reste à employer.
Est-ce le cas aujourd'hui d'appliquer cette mesure à l'empire mexicain ? Je ne le crois pas, et je demande à l'empereur la permission de lui démontrer que la mesure est inutile.
L'état de guerre, qui est pour ainsi dire l'état normal de ce pays depuis cinquante ans, et qui ne se modifiera qu'à la longue, ne donne-t-il pas toutes les facilités désirables pour obtenir par la force ce que ni la persuasion, ni les efforts d'une administration normale n'ont pu créer ?
La substitution d'une seule autorité à toutes les autres, d'un
seul pouvoir à tous ceux qui régissent la société, ne saurait donner plus d'unité à la marche du gouvernement, qu'autant que les autorités, momentanément suspendues (car l'état de siège, je le répète, ne peut être que transitoire), seraient, en même temps et partout, remplacées par d'autres sur la valeur et la foi desquelles on pût compter.
N'est-il pas plus naturel d'agir que d'édicter, et, dans l'état de guerre incontestable où se trouve le pays, la transition pour arriver à l'état de siège n'est-elle pas simple et facile? Les généraux, les commandants supérieurs existent partout ou à proximité des points sur lesquels leur action pourrait devenir indispensable.
Les cours martiales fonctionnent dans toute l'étendue de l'empire. L'état de siège donnera-t il plus de force, plus d'action, plus de prestige à l'autorité militaire? Non, Sire, il supprimera tout simplement l'action directe des autorités civiles.
On peut arriver au même but sans effrayer personne, en restant dans l'état de guerre, sans sortir de la légalité et en remaniant les personnels administratif, judiciaire et financier.
Dois-je maintenant, comme corollaire du sentiment qui me pousse à rejeter la mise en état de siège, sauf dans des cas urgents et dans des localités données, mais toujours très transitoirement, ajouter aux considérations générales que je viens d'avoir l'honneur d'exposer à Votre Majesté les considérations tirées de la situation propre de l'armée française au Mexique, dans les circonstances actuelles, alors qu'elle a remis depuis deux ans ù l'autorité mexicaine tous les pouvoirs qu'elle exerçait avant l'arrivée du souverain ?
Quel que soit mon désir de mettre à la disposition de Votre Majesté tous les officiers dont elle aurait à me faire la demande, il est des limites que je ne saurais dépasser.
Je ne pourrais, en etlc't, au moment ou une portion de l'armée
française se dispose à quitter le sol mexicain, désorganiser ses cadres et la priver de ses officiers supérieurs, les sevils qui puissent avoir assez d'autorité pour exercer des fonctions de commandants supérieurs de départements en état de siège.
Je puis encore moins songer à éloigner de leurs troupes les officiers supérieurs appartenant à des corps destinés à rester au Mexique.
Et, enfin, serait-il prudent, lorsque déjà deux fonctionnaires de l'armée française remplissent deux des plus importantes charges dans le gouvernement mexicain, serait-il prudent, oserai-je dire à Votre Majesté, d'augmenter la dose de responsabilité qui nous incombe, en absorbant tous les pouvoirs dans l'intérieur, en annihilant tous les éléments nationaux sur lesquels Votre Majesté s'est appuyée jusqu'à ce jour et qui peuvent être encore utilisés?
En un mot, l'état de siège de\ iendrait la source d'un vif mécontentement, il donnerait le prétexte à une désaffection générale, qui s'étendrait du souverain du Mexique, paraissant désespérer de son peuple, à la puissance alliée dont l'action ne se ferait plus sentir que par des rigueurs ordonnées uniquement par des officiers français; il imputerait à vos alliés tout l'odieux des mesures exceptionnelles. L'état de siège, dans ces conditions, augmenterait le nombre des ennemis de l'empire et pourrait donner créance à la calomnie, employée par les dissidents pour surexciter l'esprit national : à savoir que la France est venue au Mexique dans un but de conquête.
Obliger les préfets, les sous-préfets à adresser aux généraux et aux commandants supérieurs, quelle que soit leur nationalité, des rapports politiques sur l'état du pays et sur ses besoins, leur retirer la disposition d'aucune troupe sans l'assentiment de l'autorité militaire, à laquelle ils devront adresser une réquisition par écrit, créer enfin une sorte de solidarité entre les deux pou-
voirs au lieu de les poser en antagonistes, pousser activement l'organisation d'une bonne gendarmerie, tels sont les moyens qui me paraîtraient d'abord devoir être essayés.
Votre Majesté me pardonnera cette longue exposition, qui m'est dictée par le désir sincère que j'ai de lui être utile en toutes choses, et par la crainte que j'aurais de voir engager la question dans une voie qui serait plus nuisible qu'utile.
C'est avec le plus profond respect. Sire, etc.
Bazaine.
Sans ce langage, digne du peuple français, les rigueurs de l'état de siège désolaient le Mexique entier, et les Américains, déjà prêts à franchir pour la seconde fois * la frontière du Rio- Bravo, venaient provoquer le drapeau tricolore, que notre armée, moins patiente que notre politique, n'eût certes pas laissé humilier.
* Les Américains noirs s'étaient déjà emparés, quelques mois auparavant, de Bagdad, occupée par les impérialistes^ et l'avaient évacuée après y avoir exercé le pillage. Bagdad avait été aussitôt réoccupée par les Français.
Au moment même où le maréchal Bazaine, opérant dans le nord du Mexique pour relever la cause impérialiste, répondait à l'empereur Maximilien qu'il ne pouvait approuver la mise en état de siège de tout le territoire, le bateau de la Compagnie transatlantique. Impératrice Eugénie^ battant pavillon impérial, débarquait soudainement la souveraine du Mexique au port de Saint-Nazaire, le 8 août 1866 au matin. La surprise des autorités locales, qui s'empressèrent de signaler cet événement à Paris, fut moins vive encore que celle de la cour des Tuileries. Notre gouvernement était loin de s'attendre à une visite, dont l'annonce, on se le rappelle, provoqua une grande émotion dans notre capitale. Car l'opinion publique pressentait déjà de mystérieux incidents dans ce drame mexicain, dont les situations se nouaient de plus en plus. La veille encore de ce débarquement, le Mémorial, diplomatique et certaines feuilles qu'on savait puiser leurs inspirations dans les régions officielles, venaient de protester, « se disant autorisés à dénoncer comme une insigne
calomnie la seule supposition que l'impératrice Charlotte pût être en route pour l'Europe. »
Pendant que le petit vapeur annexe de la Compagnie, le Belle-Ile, portant l'impératrice Charlotte à son bord, traversait la rade , l'estacade se couvrit de curieux et de fonctionnaires accourus à la hâte. La foule était d'autant plus compacte, qu'au même moment le paquebot nenî ^Nouveau - Monde, prenait la mer en destination d'Aspinwall, La jeune souveraine était l'objet de tous les regards : elle semblait triste, et son costume de deuil faisait ressortir davantage son attitude rêveuse. A ses côtés se pressaient le général Almonte accouru au devant de la fille du roi Léopold, M. Martin Castillo, son ministre des affaires étrangères, quelques dames d'honneur, ses grands chambellans, le comte de Bombelles et plusieurs officiers de sa maison. Aucun préparatif n'avait été fait pour la recevoir. Une voiture de place l'entraîna à l'hôtel Bely. Ses domestiques mexicains, aux larges sombreros à coquilles d'or et aux vestes chamarrées d'argent, tirent sensation à Saint-Nazaire à leur débarquement.
A peine eut-elle touché terre, que l'impératrice signifia son intention de voyager incognito, et son refus de demander l'hospitalité à la cour des Tuileries. En attendant l'heure du départ , qui eut lieu vers quatre heures du soir, l'auguste voyageuse visita le port. Sa démarche était ferme : les saints qu'elle envoyait à la foule respectueuse étaient saccadés. Son visage portait l'empreinte de cruelles préoccupations doublées d'une fatigue extrême; ses yeux brillaient déjà du feu de la fièvre. La traversée avait fortement éprouvé la jeune impératrice, qui, installée sur l'arrière du navire, d'après son propre désir, pour rester plus isolée, n'avait pu trouver de repos
dans le sommeil, à cause de la trépidation continue de la machine. Le lendemain, elle arrivait à Paris et descendait au Grand-Hôtel. A mesure que le terme du voyage se rapprochait, son exaltation se développait. La famille impériale se trouvant alors au palais de Saint-Cloud , la souveraine , en demandant qu'on mît à sa disposition un carrosse de la cour, réclama une entrevue immédiate de Napoléon III. Sur ces entrefaites, elle reçut la visite de M. Drouyn de Lhuys, et passa une partie de la journée à converser avec ce ministre. Quoique l'Empereur eût répondu qu'il était indisposé et qu'il regrettait de ne pouvoir l'entretenir, Timpératrice Charlotte, n'acceptant pas d'ajournement, se rendit le lendemain au palais.
Ses instances furent tellement vives, que Napoléon consentit enfin à la recevoir. Alors, elle exposa les demandes de Maximilien, qui réclamait encore de la France de nouveaux secours financiers et militaires. L'entretien fut long et violent, plein, de part et d'autre, de récriminations qui finirent par altérer le caractère des explications échangées. L'impératrice, voyant peu à peu s'écrouler tout l'échafaudage d'espérances que son imagination pleine d'ardeur s'était plue à élever depuis son départ de Chapultepec jusqu'au seuil de Saint-Cloud, sentant son sceptre se briser sous sa main, céda même à tout son emportement. Après avoir énuméré ses griefs, la fille du roi Léopold crut reconnaître, mais trop tard, qu'elle avait eu le tort d'oublier, en acceptant un trône de la munificence de l'empereur des Français, qu'elle était issue du sang des Orléans *. De la scène du palais de Saint-Cloud peut
* .\près l'entrevue de Saint-Cloud, Timpératrice Charlotte a dicté elle-même la relation de son entretien avec remp;;rcur Napoléon.
dater réellement la folie de cette intéressante princesse, dont le courage allait bientôt s'évanouir avec la raison. A peine conserva-t-elle la force de se traîner de Paris jusqu'au Vatican, pour tomber délirante aux genoux du Saint-Père, dont elle venait réclamer l'appui et les consolations *.
Les Etats-Unis n'avaient perdu de vue un seul instant, ni le voyage de l'impératrice Charlotte, ni les actes de la politique française, à laquelle M. Seward, le sous secrétaire d'Etat américain, ne cessait d'imprimer de Washington une impulsion capable à la fois de satisfaire les tendances républicaines du congrès, et de désarmer les ennemis du président Johnson, taxé de mollesse à l'égard de la France. M. John Hay, chargé d'affaires ad intérim à Paris, écrivait à M. Seward :
Paris, 10 août 1866.
Monsieur,
Il a paru récemment dans les journaux de Paris des entrefilets annonçant le départ prochain de Mexico de la femme de l'archiduc Maximilien. Ces nouvelles ont naturellement donné lieu à des appréciations en général défavorables à la cause impériale au Mexique. Pour mettre un terme à ces réflexions injurieuses, le Mémorial et le Pays ont publié des démentis de ces bruits.
Hier, à la grande confusion de ces amis si positifs dans leur
* Le Moniteur du 18 septembre a publié la note suivante :
* Dans un article relatif au Mexique, publié par la Revue contempo- « raine du i5 septembre, M. de Kératry raconte qu'il y aurait eu à o Saini-Cloud des conversations extrêmement vives entre l'impératrice 0 Charlotte et l'empereur.
« Ce récit est absolument contraire à la vérité. »
Voir la réponse de l'auteur aux « Pièces justificatives » à la fin du volume.
affirmation et si pleins d'indignation, la dame en question est arrivée à Paris, et est descendue au Grand-Hôtel.
Les plus fâcheuses conclusions sont déduites de cette visite, surtout par ceux qui ont le malheur d'être de forts détenteurs de l'emprunt mexicain. Elle est généralement considérée comme un suprême et dernier effort pour obtenir, à l'aide de l'influence personnelle, le secours indispensable à l'empire mexicain, qui a été refusé à ses représentants diplomatiques accrédités.
John Hay.
Les termes de cette missive diplomatique laissaient à désirer sous le rapport de la courtoisie. Le 17 août, M. Hay rendait ainsi compte à son gouvernement de la visite de l'impératrice Charlotte au palais de Saint-Cloud :
Paris, 17 août 1866.
Monsieur,
Sur le conseil de M. Bigelow, qui est pour quelques jours avec sa famille à Ems, je me suis rendu hier au ministère des affaires étrangères. J'ai parlé à Son Excellence des nouvelles émises généralement dans les journaux de Paris, au sujet de la princesse Charlotte en France. Ces nouvelles annonçaient que le séjour de Maximilien au Mexique dépendait d'une modification aux résolutions adoptées par le gouvernement français, et annoncées dans les récentes communications de Son Excellence au marquis de Montholon et à M. Bigelow. Quelques journaux donnaient même à entendre que la princesse avait réussi à obtenir un changement dans ce programme. Je demandai au ministre si quelque modification de ce genre avait été faite ou devait être faite à la politique du gouvernement impérial, à l'égard du
Mexique. M. Drouyn de Lhuys m'a répondu qu'il n'y a eu aucune modification de notre politique à cet égard, et qu'il n'y en aura pas. Ce que nous avons dit être notre intention de faire, nous le ferons. Naturellement (a-t-il ajouté) nous avons reçu l'impératrice avec courtoisie et cordialité, mais le plan arrêté précédemment par le gouvernement et l'empereur sera exécuté comme il a été dit. »
John Hay.
A l'heure où le désespoir et la folie de Timpératrice Charlotte attristaient l'Europe entière, émue d'avance du coup qui allait atteindre Maximilien, les événements se précipitaient au Mexique. L'empereur, frappé d'aveuglement, déchaînait de ses propres mains la révolution en opérant un vrai coup d'Etat. Il renversait son propre ministère, et au lieu d'essayer de recruter les conseillers de la couronne parmi tous les partis, dans le but de s'appuyer habilement sur le pays et sur l'opinion publique à l'approche de l'évacuation française, il se jetait à corps perdu dans les bras de la faction ultramontaine, qui l'avait circonvenu par ses intrigues et ses promesses. Les réactionnaires Lares, Marin, Campos et Tavera entraient dans le nouveau conseil. L'abbé Fischer devenait chef du cabinet impérial, et MM.Osmontet Priant, l'un chef d'état-major général, l'autre intendant en chef du corps expéditionnaire (dont le maréchal avait cru devoir prêter le concours passager à Maximilien durant un moment de crise), étaient chargés définitivement des portefeuilles de la guerre et des finances. La nouvelle de ce coup d'Etat, qui s'était accompli à Mexico le 26 juillet, parvenait tardivement au quartier général français, où l'étonnement égala les regrets. Car le choix fait par l'Empereur d'un parti aussi
extrême se changeait en déclaration de guerre à la grande majorité de la nation. De plus, l'immixtion solennelle de deux officiers français dans les affaires publiques était en contradiction formelle avec les ordres de notre gouvernement, qui prescrivait de n'intervenir en rien dans la direction politique du pays. Il était difficile, d'autre part, dans l'intérêt même de notre armée, que ces deux hauts fonctionnaires pussent cumuler leurs portefeuilles avec leurs emplois de chef d'état-major et d'intendant. Il n'était pas moins regrettable que pareille décision eût été prise et déjà exécutée à Mexico sans l'aveu du général en chef, surtout en présence du nouveau pavillon dont le trône venait de se couvrir.
La confiance accordée par Maximilien au père Fischer, qui a joué plus tard un si funeste rôle, était déplorable à tous égards, et à coup sûr la religion du souverain n'eût pas été surprise, s'il eût connu la biographie de cet ancien luthérien, devenu catholique. Augustin Fischer, d'origine allemande, s'était enrôlé vers 1845 dans une troupe de colons partant pour le Texas. Après s'être fait, sans succès, clerc de notaire, il était allé chercher de l'or en Californie. L'ancien colon abjurait bientôt sa foi de protestant, recevait les ordres au Mexique et obtenait le poste de secrétaire de l'évêque de Durango. Banni bientôt du palais épiscopal pour cause de mœurs dissolues, il avait été recueilli à Parras, chezM.Sanchez Navarro, qui, séduit par les apparences, l'avait présenté à Maximilien. Le père Fischer, qui est doué d'une rare intelligence, ne tardait pas à se voir confier une mission diplomatique auprès du Saint-Père : cependant, il revenait au Mexique après avoir échoué à Rome. Malgré tout, son crédit grandissait, et, à cette heure, l'ambition du secrétaire
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impérial, qui n'avait plus de bornes, convoitait l'évêché de Durango, un des bénéfices ecclésiastiques les plus opulents du Mexique. La faveur directe du souverain était un moyen certain de succès. Mais le choix de ce prêtre n'était pas fait pour apaiser les esprits et rallier les dissidents.
Maximilien espéra-t-il ainsi donner des gages au Saint- Siège, et se concilier ses bonnes grâces par l'appel d'un ministère réactionnaire, à cette seule fin de faciliter les démar-. ches de l'impératrice Charlotte ? Cela est croyable, surtout si on évoque le souvenir de son récent voyage à Rome et les engagements qu'il y contracta envers le Saint-Père, comme les aspirations de sa jeunesse, prises sur le fait dans les Tableaux de sa Vie qui viennent d'être publiés à Leipzig par ordre personnel de son frère, l'empereur François- Joseph. L'archiduc était d'humeur profondément catholique, autant par instinct que par éducation. Les tendances de sa dévotion de prince du sang l'entraînaient vers le mysticisme, de même que sa fierté d'être issu du grand Charles- Quint lui faisait dire que rien n'était supérieur au droit divin. Devant ce seul droit, le prince enfant courbait la tête en attendant qu'il acceptât d'un prétendu suffrage populaire la couronne entrevue sans cesse dans ses rêves. Car Maximilien se croyait prédestiné ; c'est là le secret de son aventure mexicaine qui, dans sa pensée, on le verra plus tard, n'était pas le terme de ses espérances. En présence de ses aspirations religieuses qu'avait dû surexciter sa visite au Saint-Siège, on eût compris, quoique c'eût été impolitique à notre avis, que, dès sa prise de possession du trône, Maximilien eût radicalement embrassé la cause cléricale, luttant franchement du premier coup contre le mouvement libéral.
On peut croire toutefois qu'il s'en fût suivi une guerre à outrance, aussi désastreuse pour la dignité du trône qu'inconciliable avec notre propre drapeau : car si le clergé français est le pre nier à donner de grands exemples aux deux mondes, celui du Mexique, à peu d'exceptions, est corrompu par l'abus et le désir des jouissances, que toute absence de discipline n'a fait qu'accroître en ces temps de longues révolutions. Ce n'est pas dans son sein que le nouveau souverain pouvait puiser les forces vives ; de ce côté, il n'y avait ni sincérité ni désintéressement à attendre. Nous n'avons pu oublier que la première parole prononcée par Mgr La Bastida, archevêque de Mexico, rentrant dans la capitale d'une patrie désolée qu'il n'avait pas revue depuis des années, avait été pour s'enquérir, avant tout, si les oliviers de son domaine épiscopal de Tacubaya avaient été respectés parla guerre. La question de l'Église et des fidèles s'était effacée devant celle des revenus. Maximilien venait donc de commettre une seconde faute capitale. Dès l'origine, il avait assumé legrave tort, quand il aurait pu mieux s'entourer, de s'appuyer sur des individualités hostiles au nom français. A cette heure, il se laissait emporter par le plein flot d'une réaction contre lequel devaient lutter les vrais conservateurs et la plus grande partie d'une génération, élevée dans les principes républicains. Ces principes ne pouvaient pas tarder, en s'insurgeant contre le nouveau programme du trône, à reprendre le dessus dans tous les centres que l'armée française, en marche d'évacuation, remettait militairement à la défense des troupes impérialistes.
Pourtant, toute la première période de 1866 avait été consacrée par nos soldats à améliorer ainsi qu'à compléter
les forlifications et l'armement des places de l'intérieur, telles que Monterey, San-Luis, Durango, Zacatecas, Guadalajara et Matehuala. Nos artilleurs étaient parvenus à mettre en batterie, sur les ouvrages de ces villes, plus de six cents pièces en bon état et largement approvisionnées. Mais ces travaux de défense, confiés successivement aux armes mexicaines, devaient rester désormais impuissants contre le soulèvement du pays, irrité du choix des nouveaux ministres, qui détruisait tout espoir de renaissance libérale. Après ce coup d'Etat, le gouvernement mexicain, désespéré, adhérait, le 3o juillet, à la nouvelle convention réclamée par le gouvernement français. Par ce contrat, exécutoire à partir du I*''' décembre 1866, et substitué au traité de Miramar, la. moitié du produit des douanes de la Vera-Cruz et de Tampico était affectée au paiement de la dette française. Maximilien avait signé là un funeste engagement qu'il savait bien ne pas pouvoir tenir, sans marcher à la banqueroute nationale. Il eût été plus digne pour l'empereur de briser luimême sa couronne et de se retirer, laissant au gouvernement français l'énorme responsabilité delà situation. Mais ce souverain ne savait pas résister aux séductions de la royauté. Peut-être espérait-il encore le succès de la mission de l'impératrice auprès des cours de Paris et de Rome. Là est sa seule excuse.
Pendant ce temps, l'armée française, conformément au plan d'évacuation résolu en trois termes successifs, se repliait sur elle-même. Pour faciliter son mouvement rétrograde, le maréchal restait à cheval sur les routes du nord, prêt à donner la main à celui de ses deux gros corps d'opération qui serait menacé. Sur la gauche, la division de Castagny,
abandonnant peu à peu les immensités de la Sonora, les plaines du Zacatecas et du Durango, se rabattait sur la ville de Léon, son nouveau quartier général. Sur la droite, le général Douay quittait toutes les positions du nord, voisines de la frontière américaine, et ses troupes , après s'être concentrées à Saltiilo, venaient planter leur tentes sous les murs de San-Luis, faisant face aux contingents de Zébéda , de Pedro Martinez et d'Aureliano Rivera. La contre-guerilla française, qui opérait aux environs de Matehuala, se préparait à redescendre dans les terres chaudes de l'Etat de Vera- Cruz. Ce vaste mouvement en arrière découvrait la zone des Etats excentriques tels que le Tamaulipas , le Nuevo- Léon, le Cohahuila, le Sinaloa et la Sonora. Outre qu'elle était imposée par les ordres de Napoléon 111, cette concentration eût été sage dès l'origine. Maximilien avait rêvé l'impossible en voulant conserver sous son sceptre d'immenses solitudes, et le quartier général eût prudemment fait, ù notre avis, en résistant d'une façon plus complète encore aux entraînements delà couronne : car nos troupes sillonnaient le Mexique comme le navire qui fend l'eau, laissant à peine derrière lui la trace de son sillage. Ce mouvement concentrique était d'autant plus urgent que des révélations, adressées à Maximilien lui-même par le préfet de Zacatecas, constataient que les libéraux étaient sur le point d'obtenir la garan:;ie d'un emprunt de 5o millions de piastres des Etats-Unis. Pour négocier cet emprunt, les juaristes offraient de leur vendre la Basse-Californie. Grâce à ces secours américains, Gonzales Ortega, avec dix mille flibustiers, cent mille fusils, quarante pièces de canon et des munitions considérables, devait entrer par Piedras-Negras, pour se diriger sur Zaca-
tecas. Cortina se préparait à attaquer Monterey et Saltillo : Negrete avait promis de débarquer dans le Tamaulipas et de s'engager dans le Huasteca, pendant que Corona descendrait sur Culiacan. A l'appui de ce pian bien concerté, notre consul à San-Francisco nous avisait que le général Miller, collecteur des douanes dans celte ville, venait d'autoriser le transit et l'embarquement des armes et des munitions, envoyées aux dissidents mexicains par les agents officiels de Juarez, pendant que le général Vega engageait clandestinement, sur une grande échelle, les soldats licenciés américains, pour les diriger par petits détachements sur la Sonora. De plus, les provinces de l'intérieur avaient besoin d'être fermement contenues dans le devoir. Presque tous les régiments mexicains étaient travaillés par les libéraux : leurs généraux eux-mêmes recevaient de secrètes propositions de l'ennemi. Certains y prêtaient l'oreille : le général Quiroga, il faut le reconnaître à son honneur, dénonçait ces manœuvres au commandement français. La désertion, d'ailleurs, était à l'ordre du jour. Ainsi, le général Lopez, dont le commandement s'exerçait à Matehuala, comptait un effectif de 5oo hommes; la solde manquait depuis plusieurs Jours : la contre-guerilla française, émue du dénûment de soldats privés de vivres et de vêtements, leur consentit des avances sur sa propre caisse. A peine habillés et payés, trois cents de ces Mexicains firent défection en huit jours.
11 fallait s'attendre à voir bientôt se manifester l'influence du nouveau ministère , jaloux de se venger des mesures libérales inaugurées avant l'arrivée de Maximilien à Mexico, à l'époque où le général en chef avait déclaré valables les ventes des biens de mainmorte, sauf pour les cas d'acquisition
frauduleuse. Notre quartier général, de son côté, ne pouvait s'associer qu'avec déplaisir à la politique d'une réaction aussi marquée et totalement contraire aux aspirations de la cour des Tuileries, qui s'était déclarée pour le triomphe des idées libérales, et cela, depuis la prise de commandement par le maréchal Bazaine. Nous en trouvons la preuve dans une lettre particulière , adressée par l'empereur Napoléon au général Almonte , lorsque ce dernier présidait la régence à Mexico. Almonte avait subi un instant l'influence réactionnaire de Mgr La Bastida, qui, de son côté, s'était prétendu, en réclamant les biens du clergé, autorisé par les encouragements personnels de Napoléon 111 et de l'impératrice Eugénie : l'empereur des Français s'était plaint confidentiellement à Almonte lui-même de cette attitude.
Au général Almonte, président de la Régence.
Compiègne, i6 décembre i863.
Mon cher général ,
Je n'ai pas répondu depuis longtemps aux lettres que vous m'avez écrites, parce que, je l'avoue, je n'étais pas très satisfait de la marche des affaires au Mexique et que je préférais que mon mécontentement ne vous arrivât pas directement.
En effet, tant que mon armée sera au Mexique, je ne permettrai pas qu'il s'établisse une réaction aveugle qui compromettrait l'avenir de ce beau pavs et qui, aux yeux de l'Europe, déshonorerait notre drapeau.
Je vous écris aujourd'hui pour vous remercier du magnifique album que vous m'avez envoyé. C'est un souvenir précieux pour moi et le beau travail de la reliure fait honneur à l'industrie de votre pays.
Je vous prie de remercier aussi, de ma part, M. José Salazar Illaregui, ministre del Fomento, de la dédicace qui accompagnait cet album et qui m'a vivement touché.
J'espère que dans ce moment M"»« Almonte vous aura rejoint. Je vous prie de me rappeler à son souvenir.
Recevez, mon cher général, l'assurance de mon amitié ,