ACTE I, SCÈNE VI
(Elle a consulté l'heure.) Oh! OUI, j'ai d 'importants rendoz-vous, et tout un petit monde m'attend là-bas, qui doit être bien, bien e'mu ! fUn silence. A Edith :) Monsieur de Génois voulait voir le docteur...
EDITH
Mais... mon mari n'est pas là !
C'est ce que me disait...
EDITH
Il est allé au Service de Santé Militaire.
LOUIS
Ah ! ah !
EDITH, qui se tourne vers madame Cordeller.
Il doit rentrer à cinq heures !
LOUIS
A cinq heures ? Oserais-je vous demander alors la permission de l'attendre?
EDITH, d'un ton réservé.
Certainement, monsieur.
LOUIS, gaiement.
Le Professeur m'a promis de m'indiquer une drogue qui peut remplacer, en campagne, le vin, la viande... le sommeil, et... je ne sais plus... le café, je crois. C'est précieux. Et comme je dois quitter Paris ce soir même...
EDITH, i demi-voix.
Ce soir...
MADAME CORDELIER
Vous êtes mobilisé le premier jour, monsieur?
Oui, madame, je rejoins demain. Et il faut, cette nuit, que je coure à Compiègne, prendre cantine, harnachements, uniformes qui sont assez sottement restés à la campagne.
MADAME CORDELIER
Vous êtes jfficier?
^-FK I, SGÈX]E VI 33
LOUIS, avec entrain, toujours.
Oflicier de réserve! Oui, madame, je suis lieutenant.
MADAME CORDELIER
Dans quelle arme ?
LOUIS
La cavalerie. 17^^"® hussards... Verdun.
MADAME CORDELIER
La cavalerie... Verdun. Voilà bien des e'motions en perspective !
LOUIS
Cela m'amuse beaucoup.
MADAME CORDELIER
Cela VOUS amuse?
LOUIS
Je suis très content de faire la guerre. C'est une chose dont j'avais envie depuis longtemps ! Je suis fils et petit-fils et neveu de soldats. Et puis, la guerre, je crois que je ne suis rigoureu-
sèment bon qu'à cela. C'est très sérieux, madame l „
MADA>IE CORDELIER.
En tout cas, il convient d'admirer votre bonne humeur et votre sang- froid. Mais si ! (Un siUnce.j Il faut absolument que je m'en aille ! C'est ennuyeux qu'André ne rentre pas!... J'avais aussi un mot à lui dire... (Un silence. Se décidant:) Non, je ne peux plus attendre. (Tout le monde se lève.) Au
revoir, monsieur. Je vous souhaite tout ce que l'on peut souhaiter à un soldat...
LOUIS, bàUant la main de madame Cordelier.
Je vous suis très reconnaissant, madame.
MADAME CORDELIER, qui se dirige vers la porte, suivie d'Edith.
Alors, je viens dîner demain dimanche, comme à l'ordinaire. Tu diras à André combien, un jour comme celui-ci, j'aurais...
(Ellis sortent ensemble. Au bout de quelques secondes Edith reparaît.)