SCÈNE VI MADAME CORDELIER, LOUIS, puis EDITH
MADAME CORDELIER
Cette petite madame Ledru est une jeune mariée et une jeune maman. Elle était pafaitement heureuse. Hélas, hélas, que de rançons ! Que de rançons vont se payer !
LOUIS
Oui, le pauvre bonheur des hommes...
Ma belle-fille et moi, nous comptons parmi les grandes privilégié«is. (Vn temps.) Mon fils approche de la cinquantaine...
L'ÉLéVATlON
LOUIS
Mais j'espère que le Professeur Cordelier, un savant illustre, le chirurgien français le plus éminent de Theure, dirigera un de nos grands services médicaux !
MADAME CORDELIER
11 s'est préoccupé de cette question. Oui, on lui confiera sans doute un des services les plus importants.
LOUIS
Tout le monde s'en réjouira. Avec votre protection, madame, et celle de madame Cordelier, pourrai-je voir le Proiesseur, une seconde, entre deux consultations?
MADAME CORDELIER
Mais mon fils n'est pas à la maison ! II a renvoyé sa consultation à un autre jour.
LOUIS
Ah I... diable...
scèNB ri 2^
MADAME CORDELIER
Ma belle-fille pourra peut-être vous indiquer où le joindre. (Une pause. j Savez- vous, monsieur, que votre nom m'est familier?
LOUIS
En vérité, madame ?
MADAME CORDELIER
Jadis, j'ai lu vos livres.
LOUIS
Mes livres !
MADAME CORDELIER
Avec beaucoup de plaisir. N'êtes-vous pas lauteur d'un volume de vers et aussi d'un volume d'impressions d'Indo-Ghine qui a pour titre... attendez!... Les Couleurs de la Colonie 1
(Edith est rentrée. Silencieuse et flottante, elle vient prendre pUce entre les deux autres.)
LOUIS
J'avoue! J'ai commis ce» deux mauvais petits bouquins...
30 L«LévATIOÎf
MADAME CORDELIER
Ils ne sont pas mauvais !
Il y a huit ans, après un sf^jour à Saigon de trois années. En ce temps-là, je me croyais un poète... Loti! C'est bien fini! Mais, madame, de grâce, expliquez-moi par quel hasard prodigieux vous...
MADAME CORDELIER
Vos œuvres m'ont été prêtées autrefois par une de mes élèves, une jeune saïgonnaise précisément. Je me suis vouée depuis bientôt quarante ans à rinstruction et à l'éducation des jeunes filles.
LOUIS
C'est vrai, madame, vous dirigez, je crois, un... une grande institution...
ilADAME CORDELIER.
L'Institution d'Autcuil, oui, monsieur. J*ai gardé la haute main sur cette mnison que j'ai fondée. Je lui ccMsacre le reste de mes forces. (Vn silence. ) Il faut d'aiUeurs que j'y retourne!