SCENE III
Les Même?, GERMAINE LEDRU, que Blanche introduit.
Germaine porte un chapeau et un costume tailleur dès simples. Échange de petits saluls. Germaine s'assied.)
ODETTE, plaintive.
J'ai un essayage à trois heures et demie !
Sabine, à Germaine.
Madame, n'êtes- vous pas l'amie de pension d'Edith ?
Mais oui, madame.
SABINE
Je suis sa cousine. Sabine Boutard. Nous nous sommes rencontrées ici avant la guerre.
1 I 4 l'élévatioîï
GERMAINE
Ah ! mais oui, je me rappelle 1
(La main.)
SABINE, qui présente.
Mon amie, madame Hamon, — madame.
GERMAINE
Madame Ledrii.
ODETTE
Bonjour, madame...
(La, main.)
SABINE
Votre mari n'était-il pas officier?
GERMAINE
11 est capitaine d'artillerie.
SABINK.
VA VOUS avez de bonnes nouvelles ?
J'ai reçu quatre lettres ce matin.
XCTK II, SCÈNB III 115
SABINE
Quatre à la fois?
GERMAINE
Mon mari est aux Dardanelles. Les courriers n'arrivent pas régulièrement.
SABINE
Aux Dardanelles !... Oh ! je vous plains vraiment, C'est si loin ! N'est-ce pas Odette?
ODETTE
Ah I oui, c'est loin.
GERMAINE
Je suis très contente : il a reçu la photographie de son petit garçon. Comme il ne le connaissait pas...
SABINE
Vous avez eu un béhé depuis la guerre ?
GERMAINE
II y a cinq mois.
IIG l.Kl.hVATION
SABINE
uli :... Et son père ne l'a jamais vu 1 Tu en-î tends, Odette ?
ODETTE
Oui...
GERMAINE
Et VOUS, madame, vous n'êtes pas... trop inquiète ?
SABINE
Moi?... Non ! Je ne suis pas inquiète du tout. Mon mari est mobilisé à son usine.
GERMAINE
Ah ! oui...
SABINE
Grands dieux, ce n'est pas pour son plaisir : N'est-ce pas, Odette ?
UDETTE.
Non, sûrement !
SABINE
Ce pauvre gros, du matin au soir, il ne fait
ACTM if, SCÈMB Ifi ii7
que répéter la même phrase ; « J'ai vingt-neuf ans, je suis fort comme un turc, qu'est-ce que je fous ici? y> Je vous demande pardon, chère ma dame, ce sont ses propres expressions! Et hien, ce qu'il f... c'est des robinets pour l'Armée. Il fabrique des robinets. Ça paraît étrange, mais les services de l'Armée ont besoin de robinets !
Naturellement ! Je sais que ces questions de matériel ont une importance capitale. Mon mari m'en parle souvent dans ses lettres.
SABINE, entraînée.
Et mettez l'usine entre les mains d'un sousordre, d'un directeur quelconque, au bout de six semaines, vous pouvez fermer.
GERMAINE
Je le crois sans peine. D'abord, monsieur Boutard possédait son expérience, il connaissait l'entreprise à fond...
SABINE
Ah ! non, parce que... Non, non!... Non, il a
tout appris depuis la guerre ! Voilà le plus fort I Avant, il était dans la maison de son père 1
UËBMAINE.
Ahl
SABINE
Il fabriquait du chypre... Vous connaissez le Chypre Boutard ! Une horreur, entre nous !... Ou, plus exactement, il ne faisait rien que dépenser bêtement son argent. Au fond, c'est encore un de ces désœuvrés que la guerre a rendus sérieux ! 11 travaille à présent. 11 se donne même un mal de chien ! D'ailleurs, il est éreinté I N'est-ce pas, Odette ?
ODETTE
Oh ! oui, 1 autre soir, aux Ambassadeurs, il avait une mine 1