ACTE I, SCÈNE M
MADAME CORDELIER
Ma belle-fille pourra peut-être vous indiquer où le joindre. (Une pause.) Savez-vous, monsieur, que votre nom m'est familier?
LOUIS
En vérité, madame ?
MADAME CORDELIEH.
Jadis, j'ai lu vos livres.
LOUIS
Mes livres !
Avec beaucoup de plaisir. N'êtes-vous pas fauteur d'un volume de vers et aussi d'un volume d'impressions d'Indo-Chine qui a pour titre... attendez!... Le.y Couleurs de la Colonie'^.
(Édilh est rentrée. Silencieuse et flottante, elle vient prendre place entre les deux autres.)
LOUIS
avoue! J'ai commis ces deux mauvais petits bouquins...
MADAME CORDELIER
Ils ne sont pas mauvais !
LOUIS
Il y a huit ans, après un séjour à Saigon de trois années. En ce temps-là, je me croyais un poète... Loti! C'est bien fini! Mais, madame, de grâce, expliquez-moi par quel hasard prodigieux vous...
MADAME CORDELIER
Vos œuvres m'ont été prêtées autrefois par une de mes élèves, une jeune saïgonnaise précisément. Je me suis vouée depuis bientôt quarante ans à l'instruction et à l'éducation des jeunes filles.
C'est vrai, madame, vous dirigez, je crois, un. . . une grande institution...
MADAME CORDELIER
L'Institution d'Auteuil, oui, monsieur. J'ai gardé la haute main sur celte maison que j'ai fondée. Je lui consacre le reste de mes forces. (Un silence.) Il faut d'ailleurs que j'y retourne'