ACTE II, SCÈNE XI
derniers mois. Ainsi, je vous aurai fait tout le mal que l'on peut faire... J'en suis épouvantée! Je vais à Rennes, André, parce qu'il faut que j'y aille! Vous ne connaissez pas le caractère de monsieur de Génois : ce télégramme est terrible ! Ici, je ne vis plus. Non, vraiment, ce n'est pas vivre! Ma vie se .i.oue, là-bas, près de ce lit...
(Les larmes venant:) Peut-être... peut-être tOUt est-il
déjà terminé...
ANDRÉ
Edith, il faut vous calmer. (L'ayant conduite à un fauteuil.) MettcZ-VOUS là.
EDITH
Oui. (Elle s'assied.) Je m'étais promis de me bien tenir... mais je n'ai plus de force. Excusez-moi! Cela fait bien des jours que j'attendais des nouvelles... Je n'ai pas dormi une minute.
ANDRÉ
Calmez-vous.
EDITH
Oui!... fî/ne pause. j André, il faut que je vous dise une chose!... Je le dois. Oui, je dois abso-
lument vous dire cette chose, avant que nous nous séparions pour toujours. (F&isunt effort:) André... vous avez du mépris pour l'homme que j'aime. (Unepaase.) Eh bien! c'est injuste, horriblement injuste!
Edith, je crois...
EDITH
Oh! ne m'arrêtez pas! Celui que je défends n'est plus, à cette heure, qu'un pauvre blessé! Je ne peux pas m'éloigner sans répondre, oh ! très posément, cette fois, à votre prédiction si pénible, si dure ! Comprenez-moi ! Je l'aime et je me moque des jugements ! Je braverais l'opinion de la terre entière ! Mais il m'est intolérable que vous, André, vous puissiez croire que j'ai brisé une grande vie comme la vôtre, pour me dégrader!... Cela n'est pas, ne sera pas!... Jamais, je ne me rendrai indigne de la douleur que j'ai vue dans vos yeux ! . . . Je vous jure que vous vous trompez sur monsieur de Génois ! On vous a renseigné faussement. Tout le monde doit le méconnaître : il se méconnaît lui-même! Mais la guerre a fait paraître son àme. Tout à l'heure, dans la colère, je vous ai crié la vérité : il a cherché toute la