SCÈNE III
DROGUET, PIERRE chargé de paquets et de joujoux.
Avance donc, Pierre, avance donc.
PIERRE
Av.Tnce donc! c'est bien aisé à dire! Savez-vous, mon cher maître, que j'ai fait plus de quatre lieues depuis ce matin ? Il est bien tems que je me repose !
DROGUET
Que! blasphème! se reposer un jour d'élections! as-lu remis ma carte chez tous les électeurs .^
PIERRE
Il ne m'en reste pas une.
DROGUET
Voilà la seconde édition épuisée. Ah! que de courses! Pourquoi madame Droguet est-elle morte l'an dernier? la pauvre chère femme, elle m'aurait donné un fier coup d'épaule! c'était un vrai trésor; elle avait tant de crédit dans l'endroit!
Air : J'ons un curé patriote.
Ellf! était douce et gentille ; Connue elle aimait son prochain !
Par son pouvoir, de ma fille Un députe fut parrain.
Elle avait de l'ascendant Sur tout l'arrondissement.
Je serais [bis) Ma femme, si tu vivais , Je serais... ce que lu voudrais.
Ellocfail fort h la mode; Elle plut au président , Et sur certain point du code Il ];i consulta souvent, Elle avait de 1 ascendant Surtout l'arrondissement.
Je serais (bis) Ma femme, si tu vivais.
Je serais... ce que tu voudrais.
J'aurais eu les voix du maire.
De l'avocat-gencral , ' Du receveur, du notaire , Et du corps municipal.
Elle avait de l'asceudant Sur tout le département.
Je serais {bis) Ma femme, si tu vivais, Je serais... ce que tu voudrais.
Pauvre chère fciiiiue! lâchons de suppléer. . . Tu n'as pas vu le président;' j'irai inoi-inême, en me rendant à la séance. Tu as achelé?. . .
PIERRE
Comme vous voye? ; j'ai dévalisé le confiseur et le marchand de marionnelles.
DROGUET
Ce bon président! c'est le meilleur père de famille de l'arrondissement. Il a quatre enfans : j'arrive chez lui précédé de joujoux et de bonbons; j'embrasse l'intéressante famille; les marmots sont au comble de la joie, le tendre magistrat est ému, et il me nomme. . par amour paternel. Avec trois paquets de pistaches, je suis sûr de mon fait.
PIERRE
Le ciel vous entende! car je suis harassé de fatigue. Un jour de plus , et je suis un homme mort
DROGUET
U'Ce pauvre garçon , il a vraiment l'air malade!. . .L'apothicaire est électeur. . .il faut te purger , mon ami. . . ça ne peut pas me faire de mal ... Je vais donc être nommé !
PIERRE
Mais, monsieur, en êtes-vous bien sdr ?
UROGUET.
SI j'en suis sûr .'' et qui voudrais-lu donc que l'on nommât? nous ne sommes que deux éligibles dans le canton. Le juge de paix voulait se mettre sur les rangs, mais j'ai réclamé; il lui manque un mois et trois francs soixante centimes; reste donc , moi et M. de Vernelle, Or je t'en fais juge , M. de Vernelle peut-il prétendre ?. quels titres a-t-il, ce monsieur de Yernelle? il a fait la dernière campagne ; c'est très-mériritoire... maintenant il dirige une riche manufacture, répand ses bienfaits dans le pays, fait vivre plus de soixante
VÉUgible. a
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familles, c'esltrès !)eau... mais.., s'occupe-t-il de politique? un liomnie qui ne reçoit pas un seul journal! PIERRE.
Vous, c'est bien diffe'rcnl!
DROGUET
Mci, je me fais gloire d'être abonné à vingl-liuit journaux et écrits semi-périodiques. . . je ne les lis pas, mais c'est égal. . . Je peux montrer mes quittances ; si ça ne fait pas de bien, ça ne peut pas taire de mal. Je suis au courant de tout; je me dois à mon pays. . .
PIERRE
Comment, c'est par amour pour lui que vous vous démenez comme ça ?
Sans doute- . . Je désire être élu , parce je puis devenir utile. Le commerce a , depuis mon enfance , été mon unique occupation ; le commerce est une des branches les plus importantes de l'administration , ainsi donc. . .
PIERRE
Mais vous no l'avez jamais fait qu'en détail,
DROGUET
Raison de plus pour le mieux connaître. Mon cher, qnand, pendant vingt-cinq ans, on a vendu dos drogues à ses concitoyens , on peut bien . , . Que d'abus je vais réformer ! ah çà! où me placerai-je?.. nous verrons. — Comme on va me fêler, me caresser. . . En attendant, n'oublions rien. . . Tu verras 1 huissier Criardct.
PIERRE
Soir et matin il chante vos louanges.
DROGUET
Il doit être essoufflé , tu lui porteras six bouteilles de Champagne. Quant à Grichard , qui , je ne sais pourquoi , s'avise de critiquer mes prétentions , tu lui offriras de ma part un pâté de foie gras. . . ça ferme la bouche. Tu l'inviteras même à dîner -, nous nous arrangerons à table.
PIERRE
"Voici M. de Vernelle qui sort de sa manufacture. . .
DROGUET
C'est uu brave homme. . . mais il n'entend rien aux affaires, gouvernementales.