L'ÉLIMINATION DU BROME ET DU CHLORE PAR LES FÈCES
En même temps que nous poursuivions l’étude de l’élimination normale du brome par l’urine comparativement à celle du chlore, puis celle de l'élimination du brome après ingestion d’une quantité déterminée de bromure de sodium jusqu’au retour du taux normal physiologique de brome éliminé par jour, nous avons effectué parallèlement la même étude appliquée aux fèces de nos deux sujets.
Nous avons retrouvé dans les travaux antérieurs se rapportant à cette question cette simple indication donnée par FEs- SEL [9]. « Les fèces ne renferment que de très petites quantités de brome », indication qu’il corrige en renvoi par ces mots « ceci a été trouvé inexact lors de mes nouvelles expériences. On a trouvé des quantités notables de brome dans les fèces solides ». Mais aucun chiffre n’est fourni à l’appui de cette affirmation.
Nous attachant à élucider ce problème en adaptant la méthode de M. A. DAMIENS utilisée par nous pour l’urine, nous nous sommes heurtée ici à des difficultés d’ordre pratique multiples.
Dans nos premières expériences, nous opérions sur les fèces de chaque jour dans le but de comparer les résultats quotidiens obtenus à la fois pour l’urine et les fèces. Cette mesure quotidienne n’est pas réalisable d’une façon complète, d’une part en raison de la constipation d’une de nos patientes et d’autre part parce que la quantité de fèces émises est quelquefois insuffisante pour obtenir une réaction positive (5-8 ou 10 g. à l’état sec).
Nous verrons par l’expérimentation qu’il est nécessaire d’utiliser au moins 15 grammes de matières sèches pour pouvoir doser le « brome normal ». Nous avons alors songé à procéder de la façon suivante : recueillir les fèces émises pendant un certain nombre de jours (5 ou 10), les peser à l’état frais, les sécher à l’étuve jusqu’à poids constant, triturer la masse au mortier jusqu’à l’obtention d’une poudre fine, bien mélanger les poudres, en prélever 15 grammes pour le dosage. Ce dernier
comprend la même série d'opérations que pour l'urine ; mais ici les différentes manipulations s'avèrent plus longues et délicates à la fois. Pour détruire la matière organique, il est nécessaire d'employer de grosses quantités de nitrate (75 grammes) et de carbonate de sodium (120 grammes) rigoureusement exempts de brome. La masse saline obtenue dissoute dans de l’eau distillée bouillante filtre lentement, même à la trompe à vide, en raison de la consistance colloïdale que prend presque immédiatement cette solution ; par la suite, il faut une grosse quantité d’acide nitrique pour acidifier la solution où nous opérons la précipitation argentique du chlore et du brome.
Partant de l'hypothèse que chlore et brome sont dans les fèces à l’état de sels alcalins solubles, nous avons essayé de simplifier notre méthode en les faisant passer directement en solution aqueuse : 15 grammes de poudre sont mises en contact avec 50 cm* d’eau distillée chaude, on décante, le liquide décanté est filtré, l’opération est reprise 3 fois.
La filtration de ce liquide épais, noirâtre, opérée à la trompe à vide est longue, le filtrat obtenu est toujours colloïdal, brunâtre ; à ce liquide, nous incorporons du nitrate de potassium : 30 grammes et du carbonate de sodium : 70 grammes. Nous évaporons à 100° et la masse obtenue est portée au four à mou- Île pour détruire la matière organique. La suite des manipulations est identique à notre procédé utilisé pour l’urine.
Nous avons pu diminuer la quantité des réactifs employés mais les résultats ne furent jamais concordants avec ceux obtenus selon notre première façon d’opérer, la quantité de brome dosé demeurant, pour des prises identiques effectuées sur un même mélange homogène, toujours inférieure de la moitié. Nous en avons déduit que l’épuisement de la poudre n’était pas terminé, le magma colloïdal résiduaire imparfaitement essoré retenant des quantités notables de brome. Après six essais, nous avons définitivement abandonné ce procédé.