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tation qui contribue, par son apport, à expliquer le total obtenu.
Au point de vue physiologique, nous pouvons déduire les remarques suivantes :
La totalité du brome absorbé a été éliminée en 69 jours, élimination certes de longue durée, mais totale.
L’allure générale de la courbe (courbe 6, page 57) permet de conclure que l’organisme humain s’efforce de chasser aussi rapidement qu’il le peut le brome ingéré quoique le rythme de l'élimination soit lent.
Les graphiques d’élimination Ra. (petites doses et grosses doses) sont comparables, les différences en étant dues seulement aux phénomènes de l’apport successif et journalier de brome lors de l'administration des grosses doses.
Dans le sang, la bromémie est en rapport assez constant avec la bromurie, et l’on peut conclure que durant l'élimination provoquée, le taux du brome sanguin subit une évolution parallèle au taux du brome urinaire.
La chlorurie durant la période d’élimination du brome est sensiblement analogue à ce qu’elle est normalement, son taux et ses oscillations ne présentent rien de particulier.
L'opinion de FLECHSIG et LAUDENHEIMER [16], disant que pendant l’accumulation du brome dans l’organisme la quantité de chlorure de sodium éliminée dépasse de beaucoup celle qui a été absorbée, apparaît erronée.
Le chlore sanguin n’est pas ou est peu modifié par la présence de grosses quantités de brome dans le sang. Dans l’ensemble, il y a une remarquable fixité du taux du chlore sanguin, tant dans les périodes de grosse bromémie qu’en dehors d’elles.
Dans un organisme où l'équilibre halogéné n’est perturbé que par l’apport insolite de brome, il n’y a pas de modifications sensibles de la chlorémie.
2° Variation de l'équilibre halogéné de l'organisme par l’accroissement de la bromémie et déchloruration alimentaire.
La diminution du bilan du chlore de l’organisme joue un rôle important dans le processus d’élimination du brome. C’est ce que démontre le cas Ti.. absorbant seulement 2 à 3 grammes de chlore par jour du 7 août au 9 novembre.
Alors que, dans la précédente expérience, Ra.. a éliminé la totalité du brome ingéré du 8 août au 15 octobre, Ti.. n’a éli-
miné que 15 g.,792 de brome durant le même laps de temps. On est frappé du taux de cette rétention. Les chiffres de la bromurie physiologique ne sont chez Ti. observés que le 23 décembre, soit 69 jours plus tard.
Le brome sanguin, comme dans le cas précédent, croît progressivement et s’inscrit en une courbe absolument comparable à celle de la bromurie ; elle atteint des chiffres inférieurs à ceux obtenus dans l’expérience Ra.. (ce qui se conçoit en raïison de l'élimination plus rapide du brome chez Ra..).
Le chlore urinaire se maintient à un taux inférieur au chiffre d'élimination normal du sujet, avec faibles oscillations durant toute la période d’élimination du brome.
Le chlore sanguin se maintient également remarquablement constant durant la même période.
Le bilan du chlore de l’organisme n’étant plus maintenu par l'apport d’une alimentation normale, il en résulte un rythme d'élimination chloré équivalent à peu près au chlore ingéré. Le brome est retenu plus intensivement, compensant le déficit chloré de l’organisme : d’où élimination du brome plus lente et plus prolongée. Il semble qu’il y ait un équilibre normal brome-chlore et que le brome remarquablement toléré par l’organisme prenne en partie la place du chlore. Ces nouveaux équilibres ne sont maintenus que jusqu’à la limite de toxicité du brome pour l’organisme. L'organisme tend cependant toujours vers l’équilibre physiologique de ces deux halogènes. Ces notions sont commandées par les faits suivants : c’est que le chlore sous forme de chlorure de sodium est le constituant de base de nos humeurs à un taux fixe mais relativement élevé, tandis que le brome n’est un constituant physiologique qu’à dose infinitésimale et qu’il n’est toléré que jusqu’à la limite de sa toxicité.
En augmentant l’apport chloré :
1° Sur un organisme normalement chloruré et non saturé de brome, il y a généralement, en même temps qu’augmentation de l’excrétion chlorée, une augmentation du taux d'élimination du brome.
2° Sur un organisme partiellement déchloruré et en état de rétention de brome, l’administration de petites ou de grosses doses de chlore détermine transitoirement une excrétion plus considérable de bromè urinaire en même temps que de chlore.
Les rapports 1000 Br/Cl au cours de l'élimination provoquée sont en raison inverse de l’élimination de chlore.
Dans le cas Ra, le rapport s'élève au maximum de 293 le 24 août pour atteindre progressivement la normale le 15 septembre.
Dans le cas Ti., le rapport s'élève au taux de 465 le 29 août pour baisser irrégulièrement et n’atteindre la normale que le 18 décembre.
3° L'importance de la diurèse n’est pas négligeable. Nous avons utilisé comme diurétique la tisane de chiendent chez Ti. à partir du 12 décembre en même temps que nous augmentions la ration en chlorure de sodium. La diurèse a été plus abondante (la diurèse normale chez Ti.. soumise à un régime ordinaire chloruré est de l’ordre de 375 cm‘ à 700 cm*) et s'accompagne d’une chasse en chlore et en brome plus élevée les jours suivants.
L'organisme retient le brome mais s'efforce cependant de le chasser aussi rapidement qu’il le peut, avons-nous dit ; la durée de l’élimination est fonction du bilan chloré de l’organisme, elle est d'autant plus prolongée que les réserves chlorées sont plus faibles (observations Ti..). Nous ne saurions trop insister sur la prise en considération pour des phénomènes de cet ordre de l’état hydrémique et du bilan chloré du sujet d'expérience, de la nature des fonctions des glandes digestives et annexes : l’opposition de nos deux expériences est, sur ce point, on ne peut plus concluante. L’une, Ra. au régime chloruré normal et de fonctions rénale et digestive normales, élimine le brome correspondant aux 33 grammes de bromure de sodium ingérés, en 69 jours. L'autre, Ti., au régime lacté durant le temps de l'élimination total du cas précédent, ne chasse que 15 grammes 792 de brome et met 137 jours à revenir à un taux d'élimination physiologique. Nous voyons donc que certains organismes et dans certaines conditions d'échanges ont plus de peine que d’autres à se débarrasser du brome administré. Dans l'expérience Ti., nous ne sommes pas allée jusqu’à la saturation de l’organisme en brome, pourtant nous avons été dans l'obligation d’interrompre le régime lacté strict en raïison des phénomènes d’intolérance digestive traduits par un état nauséeux. La rechloruration progressive et la reprise d’une alimentation normale firent disparaître ces troubles fonctionnels.
Il résulte de nos constatations qu’en aucun cas on ne devra maintenir le régime lacté au cours d’une cure bromique, non plus qu’on ne devra traiter les accidents de bromisme par la
cure exclusivement lactée. Le lait dans cette dernière éventualité ne devra être toléré que comme un diurétique : l’augmentation de la diurèse accroissant le taux d’élimination du brome.
Les phénomènes de rétention de brome que nous venons de rapporter concernant nos expériences Ti.. sont à rapprocher de faits analogues signalés en 1894 par M. Gabriel BERTRAND dans son mémoire sur le Xylose (*) où il écrivait : « L’allure générale de l’élimination tend à établir que le xylose est retenu momentanément par quelque organe, l’abandonnant ensuite peu à peu. Si l’on songe en effet à la rapidité avec laquelle le xylose apparaît dans l’urine, on devrait le voir s’éliminer rapidement ; il n’en est pas ainsi et l’urine en contient longtemps une proportion à peu près constante jusqu’à la fin de l’excrétion ». En ce qui concerne le brome, cet élément apparaît très rapidement dans les urines, mais s’élimine comme nous l’avons vu, suivant un rythme différent de celui signalé pour le xylose. On observe, pour les deux, le même phénomène curieux de la rétention.
L’étude des variations du poids de nos patientes au cours de la médication bromée accuse les oscillations suivantes :
Ra.. 5 août : 49 kg.,5, 15 octobre : 53 kg.,6, 21 novembre 54 kg.,6.
Ti.. 5 août : 68 kg., 6 novembre : 61 kg., 10 décembre : 64 kg.
La baisse de poids du 5 août au 6 novembre pour Ti. s’explique par le régime lacté strict. La reprise de poids s’est faite très rapidement avec la rechloruration. Donc, physiologiquement, le brome ne remplace pas totalement le chlore, bien qu’il s’y substitue en partie.
L'augmentation progressive et continue du poids de Ra. n’est pas sous la dépendance de l’absorption de brome, mais tient à des conditions physiologiques de vie améliorées (alimentation plus substantielle et repos).
Notons qu’au cours de nos expériences tant chez le sujet au régime normal chloruré que chez le sujet au régime lacté, l’action neuro-sédative des sels de brome, classiquement admise, n’a pas été observée au cours de la cure des 33 grammes de bromure de sodium ingérés.
(*) G. BERTRAND. — Le xylose ou sucre de bois, Paris, 1894.