I. La bataille navale de la Hogue. — 2. Boileau et Racine
LA BRUYERE (i693),
né à Paris (■), mort à Versailles (1645-1696). -^
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"EST par un livre, et un seul livre, que la Bruyère s'est placé à la hauteur de nos meilleurs écrivains. Le succès d'allusions qui devait établir la réputation de l'auteur des Caraclères, s'est changé en un succès bien plus réel et bien plus durable, aujourd'hui que ce livre ne doit plus rien qu'à son mérite.
Le discours que la Bruyère prononça pour sa réception à l'Académie française, le ii juin 1693, tranche merveilleusement sur toutes les « harangues » que nous avons vues jusqu'ici et dont la plupart sont bien faibles, il nous faut l'avouer. Dans la préface qu'il mit en tête de son discours pour l'édition des Caractères de 1694, la Bruyère se défend vigoureusement des attaques que ce discours lui suscita. On était alors en pleine guerre littéraire; l'Académie était partagée en deux camps, les partisans de la littérature moderne, et ceux de la littérature ancienne ; en prenant parti pour ceux-ci, la Bruyère s'était attiré de nombreux ennemis. Il se plaignit amèrement des procédés que l'on avait employés contre lui {^), prenant pour juge le public qu'il pensait <{ étourdi et fatigué d'entendre, depuis quelques années, de vieux corbeaux croasser autour de ceux qui, d'un vol libre et d'une plume légère, se sont élevés à quelque gloire par leurs écrits. »
Aujourd'hui la Bruyère a gagné son procès devant la postérité. C'est qu'en peignant tel ou tel caractère que la malignité pouvait alors attribuer à des individus, la Bruyère est resté vrai. Les modèles sont oubliés, si tant est qu'il en ait eu; ses peintures demeurent impérissables.
1. El non à Dourdain, ainsi qu'on a cru longtemps. Un extrait des registres de la paroisse de .Saint-Christophe, dans la Cité, publié en 1861, par M. Chatel, porte que la Bruyère fut baptisé en celte paroisse le 17 août 1645.
2. Outre les critiques dont il avait été l'objet de la part de Visé et de Thomas Corneille dans le Mercure galant, la Bruyère avait été criblé d'épigrammes. Nous n'en citerons qu'une, non qu'elle fasse honneurà son auteur, mais pour montrer à quelle injustice on en était venu :
Quand la Bruyère se présente Pourquoi donc tant crier haro?
Pour faire un chiffre de quarante Ne fallait-il pas un zéro?
La Bruyère était de mœurs douces et paisibles, « ne songeant, dit l'abbé d'Ollivet, qu'à vivre tranquille avec des amis et des livres, poli dans ses manières et sage dans ses discours, craignant toute sorte d'ambition, même celle de montrer de l'esprit ».