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Le concile de Jérusalem, l'an 50 de notre ère

2. L'aiibé de Choisy (1644-1724), traducteur de Vlmitation de Jk.si;.s-Christ.

3. Segrais (1624-1701), traducteur de V Enéide et des Gcorgiijties : on le croyait alors l'auteur de Zaïdc et de la Princesse de Clives ces « romans i.\\\\ ont une fin » ; mais ils sont en réalité de M'"" de la Fayette.

latine, fait des romans qui ont une fin, en bannit le prolixe et l'incroyable, pour y substituer le vraisemblable et le naturel.

Un autre {'), plus égal que Marot et plus poète que Voilure, a le jeu, le tour et la naïveté de tous les deux ; •il instruit en badinant, persuade aux hommes la vertu par l'organe des bêtes, élève les petits sujets jusqu'au sublime : homme unique dans son genre d'écrire ; toujours original, soit qu'il invente, soit qu'il traduise; qui a été au delà de ses modèles, modèle lui-même difficile à imiter.

Celui-ci (-') passe Juvénal, atteint Horace, semble créer les pensées d'autrui et se rendre propre tout ce qu'il manie ; il a, dans ce qu'il emprunte des autres, toutes les grâces de la nouveauté et tout le mérite de l'invention. Ses vers, forts et harmonieux, faits de génie, quoique travaillés avec art, pleins de traits et de poésie, seront lus encore quand la langue aura vieilli, en seront les derniers débris : on y remarque une critique sûre, judicieuse et innocente, s'il est permis du moins de dire de ce qui est mauvais qu'il est mauvais.

Cet autre (^) vient après un homme loué, applaudi, admiré, dont les vers volent en tous lieux et passent en proverbe, qui prime, qui règne sur la scène, qui s'est emparé de tout le théâtre : il ne l'en dépossède pas, il est vrai, mais il s'y établit avec lui ; le monde s'accoutume à en voir faire la comparaison. Quelquesuns ne souffrent pas que Corneille, le grand Corneille, lui soit préféré ; quelques autres, qu'il lui soit égalé ; ils en appellent à l'autre siècle; ils attendent la fin de quelques vieillards qui, touchés indifféremment de tout ce qui rappelle leurs premières années, n'aiment peut-être dans Œdipe que le souvenir de leur jeunesse.

Que dirai-je de ce personnage (^) qui a fait parler si

I. La Fontaine (1621-1695). — 2. Hoileau Despréaux (16361711). — 3. Ji;an Racine (1639-1699). — 4. Bossuct (1627- 1704).

longtemps une envieuse critique et qui l'a fait taire ; qu'on admire malgré soi, qui accable par le grand nombre et par 1 eminence de ses talents ? Orateur, historien, théologien, philosophe, d'une rare érudition, d'une plus rare éloquence, soit dans ses entretiens, soit dans ses écrits, soit dans la chaire ; un défenseur de la religion, une lumière de l'Eglise, parlons d'av^ance le langage de la postérité :• un Père de l'Eglise ! que n'est-il point ? Nommez, Messieurs, une vertu qui ne soit pas la sienne.

Toucherai-je aussi votre dernier choix ('), si digne de vous ? Quelles choses vous furent dites dans la place où je me trouve ! Je m'en souviens ; et, après ce que vous avez entendu, comment osé-je parler ? comment daignez-vous m'entendre ? Avouons-le, on sent la force et l'ascendant de ce rare esprit, soit qu'il prêche de génie et sans préparation, soit qu'il prononce un discours étudié et oratoire, soit qu'il explique ses pensées dans la conversation : toujours maître de l'oreille et du cœur de ceux qui l'écoutent, il ne leur permet pas d'envier ni tant d'élévation, ni tant de facilité, de délicatesse, de politesse ; on est assez heureux de l'entendre, de sentir ce qu'il dit, et comme il le dit ; on doit être content de soi, si l'on emporte ses réflexions et si Ton en profite. Quelle grande acquisition avez-vous faite en cet homme illustre ! A quim'associez-vous !

Je vroudrais, Messieurs, moins pressé par le temps et par les bienséances qui mettent des bornes à ce discours, pouvoir louer chacun de ceux qui composent cette Académie, par des endroits encore plus marqués et parde plus vivesexpressions.Toutesles sortes de talents que l'on voit répandus parmi les hommes se trouvent partagés entre vous. Veut-on de diserts orateurs (^) qui aient semé dans la chaire toutes les fleursdel'éloquence, qui, avec une saine morale, aient employé tous les

1. Fénelon (1651-1715), qui avait été reçu à l'Académie le 31 mars 1693.

2. Fléchier (1632-1710). — Fr. de Ilarlay (16251695) arch. de Paris.

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tours et toutes les finesses de la langue, qui plaisent par un beau choix de paroles, qui fassent aimer les solennités, les temples, qui y fassent courir ; qu'on ne les cherche pas ailleurs, ils sont parmi vous. Admiret-on une vaste et profonde littérature qui aille fouiller dans les archives de l'antiquité pour en retirer des choses ensevelies dans l'oubli, échappées aux esprits les plus curieux, ignorées des autres hommes ; une mémoire, une méthode, une précision à ne pouvoir, dans ses recherches, s'égarer d'une seule année, quelquefois d'un seul jour sur tant de siècles : cette doctrine admirable, vous la possédez ; elle est du moins en quelques-uns de ceux qui forment cette savante assemblée ('). Si l'on est curieux du don des langues, joint au double talent de savoir avec exactitude les choses anciennes, et de narrer celles qui sont nouvelles avec autant de simplicité que de vérité, des qualités si rares ne vous manquent pas et sont réunies en un même sujet('').Sironcherchedeshommes habiles, pleins d'esprit et d'expérience, qui, par le privilège de leurs emplois, fassent parler le prince avec dignité et avec justesse (^); d'autres qui placent heureusement et avec succès, dans les négociations les plus délicates, les talents qu'ils ont de bien parler et de bien écrire (^); d'autres

1. Pierre Huet (i630i72i),év. d'Avranches, puis jésuite, érudit et philologue distingué. C'est à lui qu'on doit en partie les éditions latines ad usuni Delphini. — L'abbé Renaudot (1646- 1720), l'un des hommes les plus instruits et le premier orientaliste de son temps. — Jean Gallois (1632-1707), numismate éminent, l'un des fondateurs de l'Académie des Inscriptions, directeur àw Journal des Savants, et collaborateur de la Bibliothèque Historique.

2. L'abbé Régnier Desmarais (l632-i7i3),sccrétaire perpétuel de l'Académie, écrivait en italien, en espagnol, en latin aussi facilement qu'en français ; une de ses Catizone fut attril)uée à Pétrarque. — L'abbé de Dangeau (1643- 1723), lecteur du roi, avait beaucoup voyagé et parlait la plupart des langues de l'Europe. — Le marquis de Dangeau (1638- 1720) était aussi de l'Académie. Peut-être faut-il voir ici une allusion à son fouriial, qui ne fut publié que plus tard, il est vrai, mais qu'on connaissait sans doute dès alors. C'est en effet un document des plus précieux, écrit avec autant < de simplicité que de vérité > et relatant toutes les nouvelles de la Cour.

3. Toussaint Rose (1611-1701), successivement secrétaire du cardinal de Retz, de Mazarin et de Louis .\IV. « Il n'est pas possible, dit .Saint-Simon, de faire parler un grand roi avec plus de dignité que faisait Rose. »

4. Le cardinal d'Estrées (1628- 17 14) qui a écrit l'histoire de ses Négociations

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encore qui prêtent leurs soins et leur vigilance aux affaires publiques, après les avoir employés aux judiciaires, toujours avec une égale réputation (') : tous se trouvent au milieu de vous, et je souffre à ne pas les nommer.

Si vous aimez le savoir joint à l'éloquence, vous n attendrez pas longtemps ; réservez seulement toute votre attention pour celui qui parlera après moi (■). Que vous manque-t-il enfin.'* vous avez des écrivains habiles en l'une et en l'autre oraison ('); des poètes en tout genre de poésies, soit morales (^), soit chrétiennes(^), soit héroïques (^), soit galantes et enjouées(^); des imitateurs des anciens (^) ; des critiques austères (^); des esprits fins, délicats, subtils, ingénieux,

avec Rome. — Louis Verjus de Crécy (1629-1709) avait rempli diverses missions en Portugal et en Allemagne; il représenta la France à. la diète de Katisbonne et fut plus tard envoyé comme plénipotentiaire au congrès de Ryswick. — François de Callières (1645-1715) fut chargé d'importantes fonctions diplomatiques, il a laissé un grand nombre d'écrits judicieux sur les modes, le langage, les moeurs.

1. Jean Louis Bergeret (mort en 1694) d'abord avocat général au Parlement de Metz, puis premier commis de M. de Croissy, secrétaire d'État pour les affaires étrangères, ce qui était, comme l'a dit Racine en le recevant, « un des plus importants emplois de l'Etat ». — Nicolas Potier de Novion (1618-1693), président au Parlement, puis secrétaire des ordres du roi, et enfin premier président.

2. François Charjjentier (1620- 1702), alors directeur de l'Académie et chargé en cette qualité de répondre au récipiendaire. Malgré sa connaissance approfondie de l'antiquité, il prit parti contre elle dans la querelle des Anciens et des Modernes.

3. Paul Taliemant (1642-1 7 12), dont les Eloges acculcDiitjucs étaient goûtés à cette époejue. — Jacc|ues de Tourreil (1656-1715) lauréat du prix d'élo(|uence en 1681 et en 1683, traducteur infidèle et affecté de Démcjsthènes. Racine disait de lui : « Le bourreau; il fera tant c|u'il donnera de l'esprit à Démosthènes. »

4. Etienne Pavillon (1632- 1705), bel esprit qui entreprit de réformer les mœurs par des poésies fugitives.

5. Jacques Testa, mort en 1706, aumônier et prédicateur du roi. Il a écrit des Slaïues chrétiennes, souvent rééditées et que M"'<= de Sévigné estimait pour leur piété.

6. Thomas Corneillle (1625- 1709), poète tragique et traducteur des Métamorphoses d'Ovide. — L'abbé Claude Boyer (1618-1698), poète tragique médiocre. — Jean de La Chapelle (1655- 1723), poète tmgitiue au-dessous du médiocre.

7. Charles Perrault (1628-1703), plus connu pour ses Contes de fies et son ParallHc des Aiuiens et des Modernes <iue pour ses poésies légères.

8. Bernard de Fontenelle (1657-1757) qui, tout hostile qu'il fut aux Anciens dans la querelle suscitée par Perrault, imita Lucien dans ses Dialogues des morts, et Théocrite dans ses Pastorales.

9. Jean Barbier d'Aucourt, ses écrits, satires ou critiques, sont dirigés surtout contre les Jésuites et contre Racine. Boileau le raille fort joliment dans son Lutrin ; et sans doute, ici la Bruyère raille aussi.

propres à briller dans les conversations et dans les cercles ('). Encore une fois, à quels hommes, à quels grands sujets m'associez-vous ?

Mais avec qui daignez-vous aujourd'hui me recevoir (^)? Après qui vous fais-je ce public remercîment? Il ne doit pas néanmoins, cet homme si louable et si modeste, appréhender que je le loue: si proche de moi, il aurait autant de facilité que de disposition à m'interrompre. Je vous demanderai plus volontiers à qui me faites-vous succéder : à un homme qui avait de la

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