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La guerre contre la ligue d'Augsbourg

3. M""' de Scvigné écrivait, le 29 décemlire 16S8 : « Jamais il ne s'est vu un jour comme celui-ci. On dit quatre choses ditïérentes du roi d'Angleterre, et toutes quatre par de bons auteurs : Il est .à Calais ; il est à. Boulogne ; il est arrêté en Angleterre; il est péri dans son vaisseau; un cinquième dit à Brest; et tout cela tellement embrouillé qu'on ne sait (|ue dire;... les laquais vont et viennent à tous moments ; jamais je n'ai vu un jour pareil. »

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fassent honneur à la nation, qui ôtent pour toujours à l'ennemi l'espérance de nous trouver par de nouvelles hostilités. Que d'autres publient, exaltent ce que ce grand roi a exécuté, ou par lui-même ou par ses capitaines, durant le cours de ces mouvements dont toute l'Europe est ébranlée ; ils ont un sujet vaste et qui les exercera longtemps. Que d'autres augurent, s'ils le peuvent, ce qu'il veut achever dans cette campagne. Je ne parle que de son cœur, que de la pureté et de la droiture de ses intentions ; elles sont connues, elles lui échappent. On le félicite sur des titres d'honneur dont il vient de gratifier quelques grands de son Etat : que dit-il ? qu'il ne peut être content quand tous ne le sont pas, et qu'il lui est impossible que tous le soient comme il le voudrait. Il sait, Messieurs, que la fortune d'un roi est de prendre des villes, de gagner des batailles, de reculer ses frontières, d'être craint de ses ennemis; mais que la gloire du souverain consiste à être aimé de ses peuples, en avoir le cœur, et par le cœur tout ce qu'ils possèdent. Provinces éloignées, provinces voisines, ce prince humain et bienfaisant, que les peintres et les statuaires nous défigurent ('), vous tend les bras, vous regarde avec des yeux tendres et pleins de douceur ; c'est là son attitude : il veut voir vos habitants, vos bergers, danser au son d'une flûte champêtre sous les saules et les peupliers, y mêler leurs voix rustiques, et chanter les louanges de celui qui, avec la paix et les fruits de la paix, leur aura rendu la joie et la sérénité.

C'est pour arriver à ce comble de ses souhaits, la félicité commune, qu'il se livre aux travaux et aux fatigues d'une guerre pénible, qu'il essuie l'inclémence du ciel et des saisons, qu'il expose sa personne, qu'il risque une vie heureuse : voilà son secret et les vues qui le font agir ; on les pénètre, on les discerne par les

I. Pcirce qu'ils le représentent toujours avec les emblèmes de la guerre et de la conauêle.

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seules qualités de ceux qui sont en place, et qui l'aident de leurs conseils. Je ménage leur modestie : qu'ils me permettent seulement de remarquer qu'on ne devine point les projets de ce sage prince ; qu'on devine au contraire, qu'on nomme les personnes qu'il va placer, et qu'il ne fait que confirmer la voix du peuple dans le choix qu'il fait de ses ministres. Il ne se décharge pas entièrement sur eux du poids de ses affaires ; luimême, si je l'ose dire, il est son principal ministre : toujours appliqué à nos besoins; il n'y a pour lui ni temps de relâche ni heures privilégiées : déjà la nuit s'avance, les gardes sont relevés aux avenues de son palais, les astres brillent au ciel 'et font leur course ; toute la nature repose, privée du jour, ensevelie dans les ombres ; nous reposons aussi, tandis que le roi, retiré dans son balustre ('), veille seul sur nous et sur tout l'État. Tel est. Messieurs, le protecteur que vous vous êtes procuré, celui de ses peuples.

Vous m'avez admis dans une Compagnie illustrée par une si haute protection. Je ne le dissimule pas, j'ai assez estimé cette distinction pour désirer de l'avoir dans toute sa fleuret dans toute son intégrité, je veux dire de la devoir à votre seul choix ; et j'ai mis votre choix à tel prix, que je n'ai pas osé en blesser, pas même en effleurer la liberté, par une importune sollicitation. J'avais d'ailleurs une justedéfiancede moi-même, je sentais de la répugnance à demander d'être préféré à d'autres qui pouvaient être choisis. J'avais cru entrevoir. Messieurs, une chose que je ne devais avoir aucune peine à croire, que vos inclinations se tournaient ailleurs, sur un sujet digne, sur un homme rempli de vertus, d'esprit et de connaissance, qui était tel avant le poste de confiance qu'il occupe,et qui serait tel encore s'il ne l'occupait plus {'). Je me sens touché, non de sa

1. Le lit des princes était entouré d'une i)alustrade, que le plus souvent l'on nommait balustre.

2. Simon de la Loubère. Il était gouverneur du lils de Ponlchartrain, secrétaire d'État. Il fut reçu à l'Académie la même année, 1Ô93.

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déférence, je sais celle que je lui dois, mais de l'amitié qu'il m'a témoignée, jusques à s'oublier en ma faveur. Un père mène son fils à un spectacle : la foule y est grande, la porte est assiégée ; il est haut et robuste, il fend la presse ; et. comme il est près d'entrer, il pousse son fils devant lui, qui, sans cette précaution, ou n'entrerait pas, ou entrerait tard. Cette démarche, d'avoir supplié quelques-uns de vous, comme il l'a fait, de détourner vers moi leurs suffrages qui pouvaient si justement aller à lui, elle est rare puisque dans ses circonstances elle est unique, et elle ne diminue rien de ma reconnaissance envers vous, puisque vos voix seules, toujours libres et arbitraires, donnent une place dans l'Académie française.

Vous me l'avez accordée. Messieurs, et de si bonne grâce, avec un consentement si unanime, que je la dois et la veux tenir de votre seule magnificence. Il n'y a ni poste, ni crédit, ni richesses, ni titres, ni autorité, ni faveur, qui aient pu vous plier à faire ce choix : je n'ai rien de toutes ces choses, tout me manque. Un ouvrage qui a eu quelque succès par sa singularité, et dont les fausses, je dis les fausses et malignes applications, pouvaient me nuire auprès de personnes moins équitables et moins éclairées que vous, a été toute la médiation que j'ai employée et que vous avez reçue. Quel moyen de me repentir jamais d'avoir écrit ?

^ I -v:^ né à Hyères, mort à Clermont (1663-1742).

OMME Bossuet et comme l'iéchier, ce n'est pas par ses oraisons funèbres que Massillon s'est acquis son juste renom d'éloquence; ce n'est pas non plus, comme Fénelon, par ses ouvrages littéraires, qu'il a mérité d'aller à la postérité. Les oraisons funèbres qu'il a laissées du Prince de Condé et de Louis XIV, n'ont pas été, quelque matière qu'il y dût avoir, des sujets propres à son genre et à ses ressources. Emule de Bourdaloue, c'est par ses sermons qu'il s'est fait un nom à côté de ce maître de la chaire chrétienne. Bourdaloue a plus de feu, plus d'énergie, plus de génie; Massillon plus de douceur, plus de grâce, plus d'élégance.

Le /V/// carême de Massillon est un chef-d'œuvre d'art oratoire ; c'est dans cet ouvrage que Massillon a le mieux et le plus complètement donné sa mesure. On a reproché à Massillon d'avoir trop prodigué dans son Petit carême les ornements et les paraphrases. C'est oublier le but pour lequel ces sermons étaient écrits ; c'est oublier également que Massillon les composa en moins de dix semaines. L'évêque de Clermont ne recherchait point la réputation qui s'attache au nom d'auteur. Il était possédé d'une plus haute ambition. Ce qui devait lui suffire, c'est Louis XIV lui disant : « Mon père, j'ai entendu plusieurs grands orateurs, et j'en ai été fort content; pour vous, toutes les fois que je vous ai entendu, j'ai été très mécontent de moi-même. »

REMERCIMENT prononcé I'AR M. MASSILLON, ÉVKQUE DE Clermont, a l'Académie française, le 23

FÉVRIER 17 19, lorsqu'il Y FUT REÇU A LA PLACE DE M. L'AUI'.É DE LOUVOLS.

Messieurs,

Il faut que l'amitié ait sur le cœur des droits plus vifs et plus intéressants que la gloire même, puisque l'honneur que vous me faites aujourd'hui me laisse encore sensible au chagrin de ne le devoir qu'à la perte

d'un ami, »'t d'nii de vos ijIus illiisircs confrères.

Vous ne me ferez pas un crime de cet aveu : la vanité est assez flattée de votre choix ; tout annonce ici ma reconnaissance, et ma douleur même la rend plus digne de vous.

Au sortir presque de l'enfance et dès que M. l'abbé de Louvois fut en état de se choisir des amis, il me fit l'honneur de me mettre de ce nombre. Dès lors il laissait déjà voir tout ce qui lui attira depuis l'estime publique et les suffrages de la Compagnie: une probité au-dessus de son âge, et digne d'un meilleur siècle ; un goût et un amour pour les lettres né avec lui, et qu'une excellente éducation avait cultivé ; des talents auxquels il n'a manqué que des places; une fidélité dans le commerce encore plus estimable que les talents ; des mœurs douces, le fruit de sa raison et de ses réflexions, et où l'on pouvait dire que le tempérament n'en avait pas tout l'honneur ; une maturité d'esprit capable de remplacer les grands hommes que sa famille avait donnés à l'État; il les vit passer devant lui comme des songes, et ne survécut à tant de pertes que pour s'assurerpar ses qualités personnelles ceségards publics qui ne survivent guère à la faveur. Sa modestie m'a élevé à une place que le choix du prince lui avait d'abord destinée (') : je ne m'attendais pas que sa mort me préparât celle que son mérite lui avait acquise depuis longtemps parmi vous. Maisje sens que je passe les bornes ; l'amitié n'en connaît point : je ne pense qu'à rendre un hommage d'estime et de tendresse à sa mémoire, et c'est un remercîment que je vous dois.

Vous m'associez aujourd'hui, Messieurs, à tout ce que notre siècle a vu et voit encore de plus illustre et de plus respectable; je disparais au milieu de tous ces grands noms. Il n'est que la reconnaissance qui puisse m'y faire remarquer, et vous souffrez que je la mette ici à la place du mérite.

Vous avez eu égard, en me choisissant, à quelques

1, U avait ctc nonunc à l'cvêçhé de Clermont, qu'il refusa,

suffrages publics que mon ministère m'avait attirés, et vous n'avez pas voulu faire attention que, cette sorte de réputation, nous la devons moins à l'éloquence de nos discours qu'à la piété de ceux qui nous écoutent.

J'augure trop favorablement des règnes futurs delà monarchie, pour soupçonner même qu'ils se refroidissent jamais sur l'utilité de votre établissement : ce tribunal élevé pour perpétuer parmi nous le goût et la politesse, est un secours qui avait manqué aux siècles les plus polis de Rome et d'Athènes : aussi ne se sauvèrent-ils pas longtemps de la fausse éloquence et du mauvais goût, et on les vit bientôt retomber presque dans la même barbarie d'où tant d'ouvrages fameux les avaient tirés.

Mais le cardinal de Richelieu, à qui il était donné de penser au-dessus des autres hommes, sut ménager à son siècle un secours si nécessaire : il comprit que l'inconstance de la nation avait besoin d'un frein, et que le goût n'aurait pas chez nous une destinée plus invariable que les usages, s'il n'établissait des juges poîjr le fixer.

Repassez sur les règnes qui précédèrent la naissance de l'Académie : la naïveté du langage suppléait, je l'avoue, dans un petit nombre d'auteurs, à la pureté du style, au choix et à l'arrangement des matières ; et toutes les beautés dont notre langue s'est depuis enrichie n'ont pu encore effacer les grâces de leur ancienne simplicité.

Mais en général quel faux goût d'éloquence ! les astres en fournissaient toujours les traits les plus hardis et les plus lumineux ; et l'orateur croyait ramper, si du premier pas il ne se perdait dans les nues. Une érudition entassée sans choix décidait de la beauté et du mérite des éloges ; et, pour louer son héros avec succès, il fallait presque avoir trouvé le secret de ne point parler de lui.

La chaire semblait disputer ou de bouffonnerie avec

le théâtre, ou de sécheresse avec l'école ; et le prédicateur croyait avoir rempli le ministère le plus sérieux de la religion, quand il avait déshonoré la majesté de la parole sainte, en y mêlant ou des termes barbares qu'on n'entendait pas, ou des plaisanteries qu'on n'au- rait pas dû entendre.

Le barreau n'était presque plus qu'un étalage de citations étrangères à la cause ; et les plaidoyers finis, les juges étaient bien plus instruits et plus en état de prononcer sur le mérite des orateurs que sur le droit des parties.

Le goût manquait partout ; la poésie elle-même, malgré ses Marot et ses Régnier, marchait encore sans règles et au hasard : les grâces de ces deux auteurs appartiennent à la nature, qui est de tous les siècles plutôt qu'au leur ; et le chaos où Ronsard, qui ne put imiter l'un ni devenir le modèle de l'autre, la replongea, montre que leurs ouvrages ne furent que comme d'heureux intervalles qui échappèrent à un siècle malade et généralement gâté.

Je ne parle pas du grand Malherbe : il avait vécu avec nos premiers fondateurs ; il vous appartenait d'avance; c'était l'aurore qui annonçait le jour.

Ce jour, cet heureux jour se leva enfin : l'Académie parut ; le chaos se débrouilla ; la nature étala toutes ses beautés, et tout prit une nouvelle forme.

La France ne vit plus rien qu'elle dût envier aux meilleurs siècles de l'antiquité : le théâtre, la satire, la poésie lyrique, la fable, l'histoire, l'éloquence, la philosophie, le style épistolaire, les traités de piété jusque-là informes, les traductions nobles et hardies eurent parmi vous leurs héros : dans tous les genres on vit sortir de votre sein des hommes uniques, dont Rome et la Grèce se seraient fait honneur.

La chaire elle-même rougit de ce comique indécent et de ces ornements bizarres et pompeux dont elle s'était jusque-là parée, et substitua l'instruction à une

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pompe vide et déplacée, la raison aux fausses lueurs, et l'Evangile à l'imagination. Partout le vrai prit la place du faux.

Notre langue, devenue plus aimable à mesure qu'elle devenait plus pure, sembla nous réconcilier avec toute l'Europe, dans le temps même que nos victoires l'armaient contre nous : un Français ne se trouvait étran-

ger nulle part, son langage était le langage de toutes les cours; et nos ennemis, ne pouvant vaincre comme nous, voulaient du moins parler comme nous.

La politesse du langage nous amena celle des mœurs: le goût, qui régnait dans les ouvrages d'esprit, entra dans les bienséances de la vie civile ; et nos manières, comme nos ouvrages, servirent de modèle aux étrangers.

Le goût est l'arbitre et la règle des bienséances et des mœurs, comme de l'éloquence : c'est un dépôt public qui vous est confié, à la garde duquel on ne peut trop veiller ; dès que le faux, le mauvais et l'indécent sont applaudis dans les ouvrages d'esprit, ils le sont bientôt dans les mœurs publiques. Tout change et se corrompt avec le goût : les bienséances de l'éloquence et celles des mœurs se donnent pour ainsi dire la main. Rome elle-même vit bientôt ses mœurs reprendre leur première barbarie et se corrompre sous les empereurs, où la pureté du langage et le goût du bon siècle commença à s'altérer ; et la France aurait san^ doute la même destinée, si l'Académie, dépositaire des bienséances et de la pureté du goût, ne nous répondait aussi de celles des mœurs pour nos neveux.

Votre gloire est donc devenue la gloire et l'intérêt public de la nation ; le destin de la France parait attaché au vôtre. Ses prospérités ont pu éprouver des revers, et en éprouveront peut-être encore ; le sort de la guerre pourra changer encore pour elle ; mais le sort des lettres ne changera plus : les âges avenir pourront la voir plus ou moins victorieuse ; mais tant que votre

tribunal sera élevé, ils la verront toujours également polie.

Ce sera à vous, et à ceux qui vous succéderont, à publier ses victoires ou à louer ses ressources et sa constance dans les adversités.

C'est par là qu'en immortalisant votre reconnaissance vous avez immortalisé le rèç^ne de Louis le Grand, ce prince magnanime qui vous reçut des mains d'un chef célèbre de justice, et qui, au comble de sa gloire, crut y ajouter un nouvel éclat en succédant, dans la protection de la Compagnie, à un de ses sujets. Ses louanges, qui firent la plus douce et la plus brillante de vos occupations, feront aussi un des plus beaux monuments de l'histoire des Français et de celle de l'Académie ; elles n'ont rien à craindre du temps : sa gloire semble croître et se rapprocher de nous à mesure que le jour fatal de sa perte s'en éloigne ; et la mort, qui efface d'ordinaire tous les éloges des princes, en mettant aux siens le sceau de la vérité, y a mis celui de l'immortalité.

C'est dans votre école que se formèrent ces hommes célèbres (') qu'il choisit pour présider à l'éducation des princes ses enfants : il vous confiait la destinée de la monarchie, en vous confiant celle de la maison royale ; persuadé que, versés comme vous l'êtes dans l'art de louer les héros, c'était à vous à les former.

Heureusement pour la France, un de vos plus illustres académiciens {') se trouve encore chargé du même soin : ce soin glorieux semble se perpétuer parmi vous ; et ce sera dans les siècles à venir une tradition bien honorable à rAcadémie,que celle de l'éducation de nos rois et de tous les princes sortis de leur sang.

Aussi l'enfance de l'auguste monarque que nous regardons comme votre protecteur et votre élève, surpasse déjà les vœux de toute la nation ; les malheurs de

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