‹ L'Eloquence académiqueChapitre 8 sur 65 · DISCOURS PRONONCÉ LE 3 SEPTEMBRE T64O, PAR · texte numérisé non relu

DISCOURS PRONONCÉ LE 3 SEPTEMBRE T64O, PAR

M. PATRU, lorsqu'il fut reçu a l'Académie a la PLACE DE M Porchères d'Ariîaud.

Messieurs,

Si je prétendais vous rendre ici des remerciments dignes de la grâce que vous me faites, je ne connaîtrais ni mes forces, ni le prix d'une si haute faveur, et qui passe de bien loin mes plus hautes espérances. A peine se pourrait-on acquitter d'un devoir si juste, avec toutes vos lumières, avec tous ces dons si précieux dont le ciel vous a tous si heureusement partagés.

Véritablement, quand je considère qu'on trouve en cette docte assemblée tout ce que Rome et Athènes ont pu produire de plus merveilleux, je comprends assez combien la place où je suis me doit être chère. Mais pour exprimer tout ce que je sens en cette rencontre, pour faire voir quel est mon cœur, il faudrait avoir vieilli dans cette école de bien parler et de bien écrire ; dans cette école que toute l'Europe regarde comme un nouvel astre qui vient éclaircir tout le cercle des sciences. Je vis sans doute avec joie la naissance et l'établissement de cette illustre Compagnie. Il me sembla qu'à ce coup nos muses françaises s'en allaient régner à leur tour, et porter dans tout l'univers la gloire et l'amour de notre langue. Mais cette joie, je le confesse, n'était point sans quelque amertume. Si j'admirais ces rares génies, ces grands ouvriers qui travaillent tous les jours à l'exaltation de la France, je désespérais en même temps d'entrer jamais dans un lieu si renommé, dans un lieu où, quelque part qu'on jette les yeux, on ne voit que des héros. J'apprends pourtant aujourd'hui qu'on peut être votre confrère sans avoir votre mérite. Et certainement, cette obligeante condescendance, si elle n'était de votre bonté, elle serait de votre sagesse. Car, Messieurs, n'espérez pas de trouver à l'avenir des hommes qui vous ressemblent. C'est bien assez, à notre siècle de s'être vu une fois

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