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(|ij(' loul jiijtic. Tout il AtliriKîs est cajii'icioux. tufiiulliM'iix: |i(»iril (ri[ii|)ijlsi(»n (iï'cidéo, de conseils suivis. |t()iiii (riiiilorih' iiiii(|ij(*. Tout s'y fait par passion intorinitlcnlc. par soubresauts et tiraillements. Quelle dilTéi(Mi('.e avec le despote envahisseur ! Ses finances sont inainlenues en bon état, ses soldats aguerris toujours sous les armes, (le (ju'il juge à propos de faire, il le fait aussitôt sans délibération publi(pje ni proclamation de décrets. Il n'est ni calomnié devant les tribunaux, ni accusé comme infracteur des lois, ni justiciable de personne, partout arbitre universel et maître absolu. En face d'un tel adversaire, que voyons-nous? un peuple aggravant par le gaspillage du temps un des vices attachés à la constitution démocratique, une multitude « aveuglée, ce semble, par un mauvais génie, » un « vieillard en délire ; » le mot est d'Eschine. Chez Aristophane, les orateurs favoris du Peujile le cajolent et le dupent; au temps de Philippe, ils le llattent et le trahissent. L'esprit de vengeance avait l)Oussé Alcibiade à la désertion de sa patrie: l'ambitieux transfuge avait voulu la punir de sa prétendue ingratitude, en employant contre elle les talents dont il s'estimait mal payé. A Tépoque macédonienne, les forfaitures contre la patrie naissaient d'une source plus impure que les blessures de l'orgueil, la vénalité. « Une contagion, mal terrible et cruel, est venue s'abattre sur la Grèce. » Magistrats et particuliers, tous à l'envi appellent l'or du Macédonien et la servitude. L'épidémie a d'abord atteint laThessalie, pénétré dans le Péloponèse, « provoqué les massacres de l'Elide, et enivré d'une folie furieuse des misérables qui. pour s'élever les uns sur les autres, et de là tendre la main à Philippe, se sont souillés du sang de leurs proches et de leurs concitoyens. » Loin de s'arrêter là, le lléau
a gagné l'Arcadie, l'Argolide : le voici qui s'est glissé dans Athènes : « Tandis qu'il n'a pas éclaté, veillez sur vous. Athéniens, flétrissez ceux qui l'ont importé. Sinon craignez de reconnaître l'utilité de mes avis le jour où le remède sera devenu impossible (Ambassade) \ » La lèpre vainement signalée par Démosthène, en 342, continua de sévir; l'orateur du discours de la Couronne (330) devait en rappeler les tristes elïets. Le Spartiate Pausanias avait sacrifié les intérêts de Lacédémone à la faveur de Xerxès. Convaincu par les éphores, il se réfugie dans le temple de Minerve; sa mère vient placer la première pierre pour en murer la porte. Athènes ne prenait pas les choses si au sérieux. Les amis de Philippe sont-ils bien des traîtres ? Quelques-uns les appellent « amis de la paix; conservateurs, champions des véritables intérêts de l'État, » comme le furent Fouché et les auxiliaires des Alliés en 1815. Les Athéniens oublient de distinguer le citoyen sincère qui se trompe de l'égoïste qui se préfère à la Uépubli(}ue. Autrefois, gardiens jaloux de la dignité et du salut de la Grèce, ils gravaient sur l'airain l'infamie des corrupteurs. Que les temps sont changés ! « Jalousie contre celui que l'or a séduit: rire badin, s'il l'avoue; pardon, s'il est convaincu; haine contre son accusateur; » tels sont les sentiments
• Le plus illustre de ces mercenaires fut Eschine. Gagné par le prince, ce député infidèle difTéra trois mois à Pella de recevoir les serments qui devaient obliger Philippe à respecter la paix jurée (347). Au retour de cette ambassade prévaricatrice, Démosthône se disposait, de concert avec Timarque, à accuser Eschine (346). Eschine prévint l'attaque en faisant condamner Timarque comme indigne. Démosthène reprit l'accusation en 342 ; Eschine fut acquitté ii la majorité de trente voix seulement.
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(';v(m11(''s par le trafic (le la patrie. Faut-il sVitonner apn\s cola (pio los Macédoniens du Pirée piilliilenl et étalent, à l'abn du mépris, une simonie effrontée? Votes, décrets, administration, {[ucrn'. finances, ils vendent tout ^< comme en plein marché; » surtout, ils prêchent la paix à deniers comptants. Ils rivalisent d'émulation à se faire acheter. « Philippe ne suffisait pas à écouter les propositions des traîtres, et ne savait quelle proie saisir d'abord. Il prit d'un coup rinq cents cavaliers avec leurs armes, livrés par les chefs mêmes, capture jusqu'alors sans exemple. Lumière du jour, sol de la patrie que leurs pieds touchaient, temples, tombeaux, les coupables ne révéraient rien, pas même la renommée (jui allait verser l'infamie sur de telles actions; tant la vénalité. Athéniens, frappe les hommes d'égarement et de délire ! (Ambassade). »
Philippe, il est vrai, ne négligeait aucune occasion, comme il fit à Dium, après la prise d'Olynthe, d'étaler une magnificence libérale dont la pauvreté avide des Grecs était éblouie, alléchée. Athénée, dans le Banrjuet des sophistes.^ nous a transmis la description d'un repas de noces macédonien, plantureux et splendide à rendre jaloux Trimalcion. Les convives de Karanos reviennent du banquet non seulement repus délicieusement, mais comblés de coupes, de vaisselle d'or et d'argent, enrichis pour la vie. Qu'un Athénien vienne maintement leur parler de la maigre chère de la fête des Marmites ! ils le renverront, en raillant, à sa roquette et à ses oignons. Nous ignorons le menu des repas offerts par Philippe à ses hôtes d'Athènes; ses libéralités nous sont connues. Tel rapporte de Macédoine des bois de construction dont il couvrira sa maison; tel des brebis, des chevaux; aux ouvriers les plus utiles, les plus riches salaires : Philocrate, principal auteur de
la paix funeste appelée de son nom (347). a reçn des terres d'un talent de revenu, sans compter le blé et l'or dont il fait ouvertement commerce sur la table des banquiers de l'agora. Il a ramené d'Olyntbe des femmes libres, captives destinées h ses plaisirs; et avec cela, on le voit faire le tour du marclié, et, fin connaisseur, « acbeter filles et poissons. » Démostliène a nommé plusieurs de ces trafiquants de la famille bellénique, dont l'éloquence avait un tarif connu : « Le jour ne me suffirait pas «à dire leurs noms. » Il peint les moins éhontés réalisant leur fortune immobilière et se retirant en Macédoine: il montre en Macédoine même ces impurs, (|ui ont mutilé leurs patries, assis à la table de Pliilippe, et, la coupe en main, buvant la liberté publique.
De telles mœurs justifiaient les mépris insultants du I)rince acheteur de la Grèce. Voyez de quel ton il parle des rares orateurs restés fidèles : « Il me serait facile en jetant un peu d'or, d'arrêter leurs injures, de les convertir en éloges. Mais je rougirais (ju'on me vît acheter l'amitié de pareils hommes. » De même elles justilient ce cri de Démostliène : « C'est nous qui avons aguerri un ennemi formidable contre nous-mêmes. Quiconque le nie , (pi'il paraisse et me dise où il a puisé sa force, si ce n'est au sein d'Athènes, ce Philippe ! » En effet, n'est-ce pas Athènes qui lui envoyait des députés empressés à dénigrer leur patrie auprès de lui : « Le peuple, remuante multitude, est de toutes choses la moins stable, la plus ondoyante. C'est le fiot qu'un souille capricieux agite sur la mer. L'un vient, l'autre s'en va ; nul n'a souci ni mémoire des affaires publiques. Il te faut donc avoir à Athènes des amis qui feront, régleront tout à ton gré. Ménage-toi cet appui, et parmi les Athéniens tu feras tout plier sous
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i(tii lioM |>lîiisir (Ambassade). » Les m(^me.s bouches cal()Fniii<'Fit Atliônes ;iii|)rrs de lui et l'exaltent lui-rrK'Tnc au|»n''s (les Aili(';riiens. Non. jamais on ne vit rriionirru' « si gracieux, si aimable ;^> il est beau, il est élofju<'nt. il est « le plus (irec » de ceux qui ne le sont pas. et (piel buveur! Ils n'ajoutent pas que ce prince accompli paie très bien, mais les Athéniens, avisés, le devinent. Au sein d'Athènes, Philippe trouvait des complices, toujours prêts <à se faire l'écho de ses fallacieuses promesses, quehjuefois mOjne à les dépasser. On le vit bien, après le traité de paix de 347, d'où Philocrate, Eschine et leurs pareils avaient perfidement laissé exclure les Phocidiens, contre la volonté d'Athènes. Oui, disait Eschine, Philippe a franchi les Thermopyles, qu'importe? ne vous alarmez pas; tout ira selon nos vœux; dans deux ou trois jours, vous apprendrez qu'il est devenu l'ennemi de ceux dont il paraissait l'ami, et l'ami de ceux dont il se disait l'ennemi. — Athènes fut souvent abusée par ces fantasmagories de ses orateurs; mais souvent aussi elle fut victime de ses propres illusions, et de fautes imputables à elle seule. Elle avait raison de crier à la trahison: mais, tout le premier, le peuple entier, par ses faiblesses et ses folies, ne se trahissait-il pas lui-même? « 0 dieux! nous avons souffert toutes ces rapines; nous y avons, si j'ose dire, travaillé avec lui, et nous chercherons les auteurs de nos maux ! car, je le sais trop, nous n'aurons garde de nous avouer coupables. Dans les périls de la guerre, nul fuyard ne s'accuse, mais bien son général, son camarade; il accuse tout, plutôt que lui-même. Cependant tous les fuyards ont fait la déroute. Cet accusateur d'autrui pouvait tenir ferme, et si chacun avait tenu ferme, on aurait vaincu (3^ Olynthienne). »
DÉMOSTHÈ.NE. — LHOMME. o9
Jamais du moins Athènes n'accusa Démosthène : c'était justice. Nul ne s'était dévoué plus passionnément à l'œuvre difficile du salut commun. Au temps de Philippe, Athènes comptait autant de citoyens (vingt mille environ) qu'aux jours où elle repoussait les Barbares et disputait l'empire à Lacédémone. Elle avait conservé ses forces numériques, non sa vertu. Voyons de quelles ressources usa Démosthène citoyen, politique et orateur, pour essayer de la lui rendre et de sauver ainsi sa liberté.