CAIUS LICINIUS CALVUS
Le premier talent qui doive nous occuçer, c'est un contemporain, un adversaire môme de Cicéron, Caius Licinius Calvus, qui appartient à notre sujet moins par les dates que par les mentions fréquentes qu'il en est fait dans les critiques du temps. Il était fils d'un ancien préteur, Caius Licinius Macer, dont la mort fut le résultat d'un procès malheureux qui lui fut intenté. * Accusé de concussion, ij monta sur le tribunal, au moment où la sentence allait se rendre. A la vue de Cicéron, qui était juge dans l'affaire et qui déposait sa robe, il lui envoya dire qu'il se
donnait la mort, non parce qu'il était condamné, mais parce qu'il était accusé, et qu'on ne pourrait pas ainsi vendre ses biens à l'encan. Aussitôt, s'étranglant avec un mouchoir qu'il avait à la main, il devança le châtiment qui l'attendait. Cicéron ne prononça pas de jugement. Voilà comment un orateur d'un illustre mérite échappa à la ruine de son patrimoine et à une condamnation domestique ^ » Cicéron trouve dans Galvus le père l'étoffe d'un historien plus que médiocre, mais d'un orateur estimable. « Son imagination, dit-il, sans être abondante, n'était pas stérile ; son style n'était ni brillant ni dépourvu d'ornement ; sa voix, son geste, son débit manquait de grâce ; mais il apportait à l'invention des preuves et à leur distribution un soin si étonnant, qu'il serait mal aisé de citer un orateur qui sût mieux approfondir et embellir un sujet ^. » Notre Calvus naquit d'un tel père sous le consulat de C. Marins et de Cn. Carbon, le cinq des kalendes de juin 3, vers l'an 671 de Rome, d'après le calcul de Ellendt. Il était, à ce qu'il semble, d'une constitution faible, et les critiques s'accordent à dire que pour cette raison il se fit toujours remarquer par une vie des plus chastes. Sa santé n'en fut pas meilleure, puisque Pline rapporte que, pour avoir un sommeil plus tranquille et pour garder une force physique nécessaire à son travail, il se ceignait les reins de lames de plomb*. C'était une nature nerveuse, vive, emportée même, qui ne pouvait guère fournir une longue carrière ; sa fin prématurée doit se placer vers l'an 46 ou 47 ans avant J. C. au milieu même de la guerre civile. Bien qu'il ne dépassât pas l'âge de trente-six ans, sa vie n'en a pas été mohis pleine, sa place moindre parmi les personnages marquants de cette époque. Ses amitiés et ses haines firent assez de bruit. Il fut
< Valère-Max,, ix, 12. — * Brutus,67. — « Pline TAncien, vu, 49. — * Hist nat., xxxiv, 18.