PART. VI. — I. CAIUS UCINIUS CALVUS
intime avec Catulle, poôte aimable entre tous, qui cultiva la muse avec plus de bonheur que lui. « Si je ne t'aimais plus que mes yeux, très-cher Calvus, lui dit Catulle à qui il avait envoyé, aux saturnales, un recueil des plus mauvais poètes du temps, je te porterais, à cause de ton présent, une haine aussi vive que celle de Vatinius. » Plus bas, il s'estime heureux de voir que les vers de Calvus ne disparaîtront pas comme ceux qu'il â eu la malice de lui faire tenir *. Dans l'épigramme 53% Tibulle le plaisante, à son tour, sur sa petite taille, en l'appelant «a/flpw/inw disertum, petit nain éloquent. Calvus épousa une certaine Quintilia, qu'il perdit de bonne heure, et au sujet de laquelle son ami lui adressa une petite pièce touchante, la 95% qui témoigne de l'amour que l'orateur avait pour cette femme. Properce s'avoue redevable de sa gloire à Catulle et à Calvus en partie, grâce, sans doute, aux emprunU; heureux qu'il leur avait faits :
Ista meis flet notissima fama libellis, Calve, tuâ venià ; pace, Catulle, tuà <.
Horace aussi se range au nombre de ses admirateurs :
Nil prêter Calvum et doctus cantare Catullum '.
Plus tard, Pline le jeune qui, comme ses contemporains, avait la manie des petits vers, déclare de son côté qu'il regarde Calvus comme son modèle. Il fallait donc que l'orateur dans Calvus n'eût point effacé le poôte. Mais, à l'exception dé quelques fragments, entre autres de l'épigramme suivante contre Pompée qu'Ovide a imitée :
Fasciolà qui crura ligat, digito caput nno Scalpit. Quid credas hune slbi velle ? Virum.
» Cat. 14. - » El. II, 19. — » Sat, i.
^06 L*ÉLOQUENCe SOCS LES CÉSARS.
le temps n*a rien épargné de ces poèmes. Pompée ne ftit, du reste, pas le seul personnage auquel il s*attaqua : César fut plus d'une fois victime de ses morsures. Mais il chercha dans la suite à se réconcilier avec lui, et le vainqueur des Gaules eut la générosité, pour mettre fin à leur querelle, de lui écrire le premier *; bien que le poète eût fait allusion à sa conduite suspecte en Bithynie dans des vers que nous a conservés Suétone :
Bithynfft qaldqaid Et pnedicâtor CesaiiB uaquam habuit*
€'est encore à Suétone que nous devons de savoir où Calvus habitait. « Auguste, dit-il, habita dans le principe auprès du Forum, au-dessus du huitième quartier, où se tenaient 1^ fabricants d*anneaux, dans une maison qui avait appartenu à Calvus '. » Tels sont à peu près les détails biographiques querhistoire nous fournit sur cet orateur aux moeurs pures, au caractère assezindépendantpour affronter les plus puissantes haines,assez antique pour blâmer l'usage ^ui s'introduisit de son temps, de se servir pour la cuisine de vases d'argent ^.
Considérons-le maintenant au point de vue spécial de nos études.
Calvus avait, dans ses vers, imité la muse grecque, celle de Tliéognis en particulier, dont le grammairien Chari- «ius, au quatrième siècle, rapporte un passage traduit par le poète latin : Tata fxéXaiva faofxai, avait dit Théognis; {juun jam fïilva cinis ero^ répéta Calvus dans une de ses
» Soét., César^ 73. — « Àug., :?. — » Pline, xxxiii. 11.