‹ L'Elvire de Lamartine;Chapitre 8 sur 15 · LETTRES DE M™' CHARLES · texte numérisé non relu

LETTRES DE M™' CHARLES

Nous donnons ici les cinq lettres de notre dossier qui n ont pas trouvé place dans le texte.

Je vous remercie mille fois, monsieur, de votre aimable intérêt. Je me suis trouvée un peu lasse hier, mais je suis restée chez moi le reste du jour à penser avec plaisir à cette promenade. — Je vais à quatre heures chez M. de Poix (V) avec

( ' ) Artur-Jean-Tristan Charles-Languedoc de Noailles, prince de Poix, duc de Mouchy,député de 1815 à 181G,ctpair

M. Cou M. de Landrieve. Si je n'ai pas la jouissance de vous voir avant, seriez-vous libre après dîner et vous conviendrait-il daller à neuf heures chez M"»^ Suard ? Je m'y rendrai de mon côté si je ne vous vois pas auparavant.

Je vais lire tout de suite l'ouvrage que vous avez la bonté de me prêter. Adieu, monsieur.

Mercredi, 10 heures.

J'étais sortie quand vous avez bien voulu envoyer chez moi. J'ai fait l'effort d'aller chez une femme de ma connaissance que je croyais malade : je rentre accablée. Il faut que j'aille chez M^^eg, (i|

de France, né à Paris en 1771, mort en ,183i. Servait dans les armées du roi à l'époque de la Révolution; il ne prit aucune part aux événements politiques; et à la deuxième Restauration, fut promu maréclial de camp en 1815, et lieutenant-général le 17 mai 1816.

Le 22 août 1815, élu député du grand collège de la Meurthe, il siégea dans la majorité de la Chambre introuvable.

Capitaine des gardes du corps du roi, chevalier de Saint- Louis et de la Toison-d'Or, il fut admis à siéger à la Chambre des pairs le 20 mars 1819.

(') Probablement M"* Suard.

que je n'ai pas vue depuis quinze jours. Mais, je vous eu prie, revenons chez moi avant le thé, afin que je puissejouir sans contrainte de l'heure que vous me destiniez. Le monde m'est insupportable.

Voici les livres que vous avez eu la bonté de me prêter. Vous me pardonnerez d'avoir oublié de vous les renvoyer depuis quatre jours quïls sont lus. Je ne sais plus de quoi je me souviens.

Mercredi, 3 heures.

Donnez-moi. je vous prie, monsieur, de vos nouvelles ce matin. J'irais en chercher moi-même sans un long courrier et un peu de fatigue. J'espère que votre aimable femme n'en aura pas ressenti de notre course d'hier dans laquelle elle a été si bonne pour moi! Dites-lui, je vous en prie, combien je l'aime, et recevez pour vousmême l'expression d'un attachement que la réflexion, le tems et les comparaisons fortifient tous les jours.

Mercredi 11.

Je suis bien triste, monsieur, d'avoir perdu hier les momens que vous et M™^ Mounier vouliez bien m'accorder. Veuillez le lui dire et être assez bon pour me dédommager bientôt de cette privation. J'étais allée pour mes péchés chez M-^e S., où je me suis ennuyée mortellement. Je suis bien décidée à n'y plus retourner.

Je ne saurais trop vous remercier de l'accueil aimable que M. de Barante a fait à M. de L landrieve). Dès qu'il lui a prononcé votre nom, il l'a comblé. Il lui a dit qu'il n'avait rien à refuser à une personne à laquelle vous vous intéressiez; que vous étiez son ami le plus cher; qu'il ferait tout ce qu'il pourrait pour vous être agréable, etc. — M. de Landrieve est sorti de chez lui pénétré, et il n'oubliera jamais non plus que moi la bienveillance qu'il faut que vous lui ayez accordée pour lui valoir une réception aussi parfaitement obligeante.

Ces Messieurs sont convenus que M. de L (andrieve) adresserait un nouveau mémoire à M. de Barante, plus explicatif que le premier. J'ai l'hon-

ueur de vous l'envoyer pour que vous veuillez bien l'appuyer par un mot. M. de L (audrieve) est convaincu que la grande affaire de la Direction tient au billet que vous ne refuserez pas d'écrire. Je vous le demande avec la confiance que je dois à votre intérêt.

M. de Landrieve me prie de vous dire qu'il serait heureux de vous voir; mais qu'il sait tous vos momens si occupés que la discrétion le retient. Je vous le mènerai cependant un jour pour avoir le plaisir de vous dire avec lui combien je suis reconnaissante et touchée.

Recevez, je vous prie, monsieur, et veuillez offrir à M'^^ Meunier l'expression de mon attachement.

Jeudi IG novembre.

J'ai déjà refusé, monsieur, d'aller avec M'^ede Tilly voir ce joli ballet. Je l'ai fait sans effort; le spectacle m'inspire toujours le même éloignement. Mais qu'il est loin d'en être de même de la

perspective de passer quatre heures avec vous et votre aimable femme ! C'est une jouissance que je sens vivement, quelque part que je la goûte, et je m'étonne moi-même d'avoir le courage de m'en imposer la privation. Il le faut cependant. Il faut tenir à quelque chose dans le monde et ne pas plus oublier, je crois, les promesses qu'on se fait à soi-même que celles que l'on fait aux autres. — Remerciez mille fois M^e Mounier de sa bonté. J'irai la voir demain matin pour me consoler de ne pas lavoir ce soir. Pour vous, monsieur, je ne vous vois plus; c'est un parti pris. Je suis tentée de dire comme M^^ Suard : J'espère que vous croyez à mes regrets.

Point de réponse encore de M. de Maleteste- Nous avons cependant une bonne lettre de M. de Vaudreuil, mais je ne sais qu'espérer quand je vois que rien ne marche et qu'on parle pourtant de l'organisation pour la fin du mois. Je suis assez triste de tous ces mécomptes dont je me prends au sort et non point à vous, vous le croyez bien. Je crois que vous m'avez servie comme l'eût fait mon frère si j avais le bonheur d'en avoir un. Mais je suis habituée à ne réussir à rien. Je ne sais absolument que faire de mon pauvre Loménie. Je vous assure que j'ai souvent de la vie plus que je n'en peux porter.

Pardon de vous écrire sur ce ton. Je me reproche de rembrunir vos idées à vous à qui le bonheur sourit. Mille choses bien affectueuses, je vous* prie, autour de vous et pour vous-même si vous voulez les agréer.

Mardi.

De janvier à avril 1817.

Mille et mille remerciemens à l'aimable ménage qui veut bien s'occuper de moi. Je suis mieux ce matin et il faudrait que je souffrisse davantage pour ne pas aller demain soir jouir du seul plaisir que je trouve à Paris.

M. de Saint-Morys demeure hôtel de Valois, rue de Richelieu.

M. de Landrieve suivra tous les conseils que vous voudrez bien lui donner. Vous êtes pour lui, monsieur, d'une bienveillance que je sens jusqu'au fond de l'âme.

Je vous prie de recevoir et de partager avec M°»e Meunier les expressions de la plus affectueuse amitié.

Julie.

SEBASTIEN RAIMOXD BOUCHAUD DES HERETTES; PROPRIÉTAIRE A SAIXT-DOMIXGUE.

Le 13 décembre 1815, Sébastien-Raimond Bouchaud des Herettes adressa au ministre de la marine, qui était alors le comte Beugnot , une demande à l'effet d'obtenir, comme propriétaire de Saint- Domingue, un secours dont il avait été privé depuis 1801 (').

(') Cette pièce et les suivantes sont conservées aux archives coloniales. — Personnel individuel. Dossier Bouchaud des Herettes.

^'oici cette pièce :

.4 SonExcellence le Ministre Secrétaire cV État au département de la Marine,

Monseigneur ,

Propriétaire d'une habitation située au Portde-Paix (Isle Saint-Domingue), j'avais été admis à partager les secours accordés par le gouvernement aux mallieureux colons.

Privé de ces secours en l'an 1801, je suis forcé aujourd'hui de supplier Votre Excellence de vouloir bien me faire rétablir sur la liste des colons. Mon grand âge, le dénuement absolu où je me trouve ne me donnent que trop de droits à cette faveur que-je sollicite.

J'ose espérer de votre justice. Monseigneur, que cette faveur ne me sera pas refusée.

J ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect.

Monseigneur, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur,

BOUGHAUD DeSHERETTES.

A Nantes, le 13 décembre 1815.

Le Comité des colons est prié de vouloir bien adresser la réponse à M. Charles, membre de l'Institut, au palais de l'Institut, à Paris (').

Les deux attestations qui suivent furent jointes à la demande de Sébastien-Rai mond Bouchaud des Herettes.

Nous, soussignés, habitans de cette ville de Nantes, colons propriétaires à Saint-Domingue et admis à recevoir les secours donnés par le gouvernement aux propriétaires dans les colonies, certifions à tous qu'il appartiendra que Monsieur Sébaslien-Raimoud des Herettes, demeurant à Nantes, est propriétaire à Saint-Domingue.

En foi de quoi nous lui avons donné le présent.

A Nantes, le 13 décembre 1815.

Le comte de Berlaymont, Maréchal des camps et armées du Roy.

Delinée.

(') Cet avis est de la main de M™* Charles.

ELVIRE. lUO

Vu par nous, officier de la Légion d'honneur, maire de la ville de Nantes, pour légalisation de la signature Delinée apposée ci-dessus.

En mairie, à Nantes, le 11 décembre 1815.

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