‹ L'émigration des femmes aux coloniesChapitre 5 sur 7 · ALLOCUTION Î)E M. LE COMTE DHAUSSONVILLE · texte numérisé non relu

ALLOCUTION Î)E M. LE COMTE DHAUSSONVILLE

Dans ces excellentes maisons pour les jeunes ouvrières qui existent aux États-Unis, des matrones ou des hommes graves, des pasteurs, viennent parfois faire des conférences dont le sujet est celui-ci : How to gel a hmhand? Comment se procurer un mari ? Ce n'est pas exclusivement le sujet dont va vous entretenir M. Chailley-Bert, mais il vous parlera certainement du mariage aux colonies, et il aura raison, car le mariage est bien plus encore que l'école, le télégraphe ou le téléphone, la véritable carrière de la femme. Il vous dira tout cela avec une compétence, avec un charme, avec un esprit qui m'ont intéressé, séduit, convaincu, et qui vous intéresseront, vous séduiront, vous convaincront comme moi. Aussi, me hâterais-je de lui céder la parole si je ne voulais la retenir encore un instant pour achever de marquer en quelques mots le caractère assez original de cette réunion.

Je sais. Messieurs, que dans le monde colonial l'Angleterre n'est pas très à la mode. Mais, en matière coloniale, il n'est pas mauvais de lui demander quelques leçons, et votre érudition n'a pas besoin que je lui rappelle la citation classique qui en donne le droit. 11 y a quelques années, a paru en Angleterre, sous la signature d'un de ses principaux hommes d'État, un livre dont vous avez

tous entendu parler, que beaucoup d'entre vous ont assurément lu et qui était intitulé : Greater Britain, l'Angleterre plus grande. Le titre était beau, Messieurs, et plus belle encore la pensée. Je veux la revendiquer pour nous, et disputer cela du moins aux Anglais. La France plus grande : c'est là ce que nous voulons tous, républicains, monarchistes, catholiques, protestants, esprits indifférents à toute croyance religieuse, c'est la pensée commune qui nous a réunis ce soir, c'est le but auquel nous aspirons d'une ardente espérance, et c'est, pardonnez-moi de le dire en passant, une véritable souffrance pour certains hommes de ma génération que les circonstances ne leur permettent pas d'y travailler d'une façon plus efficace. Mais j'ai tort de laisser échapper ce regret. La grandeur de la France est en effet œuvre et chose trop complexes pour qu'il soit donné seulement à quelques privilégiés de la politique d'y contribuer. Chacun de nous, si étroite que soit la sphère où se meut son action, y peut quelque chose par la volonté persévérante et par l'effort soutenu dans l'accomplissement de sa modeste part du grand devoir social.

Vous croyez. Messieurs, d'une foi que j'envie, que l'expansion coloniale peut, je ne dirai pas faire oublier à la France les pertes qu'elle a faites

ALLOCUTION DE M. LE COMTE DlIAUSSONVILLE. 9

— pas plus que moi, n'est-ce pas, vous ne voulez que la France oublie, — mais les réparer en partie, et vous y travaillez. Vous avez raison. Vous croyez que pour se développer dans des conditions normales et d'avenir, l'œuvre coloniale a besoin du concours de moralité des femmes.

Vous vous proposez d'y travailler : vous avez raison. Vous croyez enfin que ma présence ici ce soir et les quelques paroles que je viens de vous prononcer peuvent servir au succès de votre délicate entreprise. Sur ce point-là seulement, je crains que vous ne vous trompiez. Mais si vous avez encore raison, et si, par là, vous m'avez procuré l'occasion d'apporler ma toute petite pierre à l'édifice de la France plus grande, c'est moi qui suis votre obligé et je vous remercie.

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