ALLOCUTION DE M. LE COMTE DHAUSSONVILLE
que rinstruclion menait à tout et qu'il suffisait d'un certificat ou d'un brevet pour se tirer d'alTaire dans la vie. Elles se sont ruées aux examens; les unes y ont échoué, les autres y ont réussi, mais n*en sont pas beaucoup plus avancées pour cela. Vous n'ignorez pas en effet qu'il existe, en France, à l'heure qu'il est, un grand nombre d'institutrices sans élèves, d'employées sans emploi, de télégraphistes sans télégraphe, de téléphonistes sans téléphone, qui végètent sans gagne-pain et qui sont condamnées à d'autant plus dures misères que leurs rêves avaient été plus ambitieux. Ce ne sont pas des déclasséesy le mot serait injuste et dur. Ce sont des non-classées; mais les femmes non classées sont toujours en péril de devenir des déclassées.
Or, ceux qui connaissent, comme M. Chailley- Bert, la situation de nos colonies, affirment que tandis qu'il y a chez nous, dans certaines professions, pléthore de femmes, il y a au contraire disette de femmes là-bas. Ils affirment que beaucoup d'entre elles pourraient rencontrer, en Tunisie, à la Nouvelle-Calédonie, au Tonkin, les occasions de s'employer qui leur font défaut en France, et surtout qu'elles auraient la presque certitude de s'y établir honorablement, c'est-àdire, pour parler clair, de se marier. En effet.
d'après ce qui m'a été rapporté, sauf quelques exceptions très honorables, mais trop peu nombreuses, il n'existe quant à présent aux colonies que deux catégories de femmes bien distinctes : les femmes de fonctionnaires, épouses dévouées, admirables, mais qui généralement auraient souhaité de voir leurs maris nommés partout ailleurs, et les divettes de café-concert qui, après avoir échoué d'abord à Paris, puis en province, ont avec trop de succès exporté leur répertoire là-bas. La catégorie intermédiaire, et en particulier celle des jeunes filles à marier, ferait presque totalement défaut.
Il y a bien aussi les congrégations. Il y a ces saintes filles qui vont partout où il y a quelque bien à faire, quelques misères i\ soulager, et dont la cornette, si bien portée, ne fait pas moins d'honneur à la France par delà les mers que le képi de nos petits soldats. Dieu sait si elles sont utiles là-bas! Mais si, lorsqu'il s'agit du soin des malades ou de l'éducation des enfants, les sœurs sont admirables, et peut-être irremplaçables, lorsqu'il s'agit du mariage ce n'est plus la même chose, et c'est décidément à des laïques qu'il faut s'adresser. Or, point de mariages, point de familles, et point de familles, point non plus de colonies d'avenir.