PRÉCAUTIONS À PRENDRE AVANT DE QUITTER SON PAYS
Tout ce qui se fait au hasard, se fait le plus souvent très-mal } j'en dirai autant de tout ce qui se fait avec trop de précipitation.
Les cultivateurs belges n’ont pas, il est vrai, le défaut d'agir à la légère et de se décider sans réfléchir mûrement, surtout lorsqu'il s'agit d’une grande entreprise.
Comment se fait-il cependant, que j'aie rencontré des émigrants sur le point de s’embarquer sans avoir pris les mesures nécessaires en pareilles circonstances ? ..., Eux si circonspects, si méfiants d’ordinaire, s'étaient mis en route sans savoir où aller, ignorant quel accueil leur serait fait. En les questionnant, je marchais de surprise en surprise.
—Où allez-vous ?
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—Je ne le sais pas encore au juste; je verrai quand je serai làbas, de l’autre côté de la grande pièce d’eau. En tout cas, je vais au Nouveau-Monde.
—Très-bien! Mais le Nouveau-Monde est grand, et vous avez au moins choisi une contrée ?......
—Non.
—Cela n'est pas très-prudent, Mais enfin, où débarquez-vous ?
—J'ai mon coupon jusqu'à Hslifax, Québec, New-York, Boston.
—Et puis ?
—C'est tout.”
Eh bien! non, ce n’est pas tout, Quand on agit ainsi, on s’expose à beaucoup de mécomptes.
Voiei ce qui arrive encore bien fréquemment: Un cultivateur reçoit, sans savoir par qui elle est expédiée, une brochure ou une circulaire qui parle de l’une ou de l’autre contrée du Nouveau-Monde. Il la parcourt à la hâte, il y trouve des détails qui lui plaisent et le voilà parti sans autres informations.
J'en ai rencontré qui étaient plus naïfs encore. Ils s’imaginaient qu'ici on éprouve un si pressant besoin de voir arriver des Européens, que toute la population se met en route pour aller à leur rencontre.
Dernièrement un brave Hollandais que je ne connaissais ni de loin ni de près, m'écrivait : “ Mon cher Monsieur, j'ai lu avec plaisir votre brochure sur le Canada et c’est unc grande joie pour moi d’apprendre qu'on peut vivre là-bas dans la plus grande abondance, Avant six semaines je serai Chez vous. Préparez une maison, des meubles, des vivres et tout ce qu’il faut pour la culture. Nous serons douze personnes en tout: ma femme, mes huit enfants, deux voisins et moi. Nous n’avons pas d'argent, mais nous comptons sur vous.”
Vous riez, lecteur, et vous croyez que je plaisante, Eh bien ! j'euverrai cette brochure à plus d’un correspondant qui ne rira pas, car il reconnaîtra que ses lettres ont eu quelque ressemblance avec celle de mon ami inconnu, le naïf Hollandais. Qu'est-ce qui avait poussé ce brave homme à m'écrire ainsi ? L'an dernier, me trouvant à Liverpool, j'allai saluer M. John Dycke, le sympathique agent général du Canada
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