‹ L'émigration [microforme]Chapitre 8 sur 10 · ER, PU · texte numérisé non relu

ER, PU

en Angleterre, Ce Monsieur me demanda si je voulais bien me charger de donner des renseignements sur le Canada aux émigrants de langue néerlandaise qui m'écriraient. Je le lui promis, mon nom figura dans 100,000 brochures hollandaises et me voilà exposé à recevoir des milliers de demandes semblables à celle dont je viens de parler,

Je ne saurais le répéter assez : à moins que de pouvoir compter sur un ami sincère, établi depuis longtemps au Nouvoau-Monde, le cultivateur belge aurait grandement tort de se mettre en route s'il ne possède assez d'argent pour acheter une ferme avec tout ce qu'il faut pour son exploitation et s’il n’a en outre des ressources suffisantes pour vivre pendant plusieurs mois sans devoir absolument compter sur ses bénéfices,

Je l'ai dit dans ma dernière brochure: beaucoup de gens comprennent de travers tout ce qu’on leur dit et tout ce qu'ils lisent, Vons leur parlez des avantages que présente une contrée et du bien-être qu'ils peuvent y acquérir, mais vous leur montrez aussi les obstacles à surmonter et les privations à subir... Ils ne retiennent de tout cela qu’une seule chose: le bien que vous leur promettez, Préparez-vous à entendre des critiques et des murmures si tout ne marche pas à leur gré. Ils ne seraient pas surpris si la fortune leur arrivait dès les premiers jours et ils jettent les hauts cris à la moindre difficulté qu’ils rencontrent,.

Ouvriers, buralistes, ingénieurs, hommes de lettres, artistes, ne venez pas au Canada, si vous n’y êtes appelés par des personnes en qui vous avez pleine confiance. Ne m'écrivez pas pour me demander des renseignements, car je ne saurais que vous dire et vous répéter : ‘“ votre place n’est pas ici.” Peut-être bien si vous avez quelques centaines de francs à dépenser pourriez-vous venir en touristes ; peut-être, en venant ainsi, rouverez-vous l’occasion de vous établir. Mais, n’y comptez pas trop.

Il y a ici trop d'avocats, trop d'employés aux écritures, trop d’ingénieurs, trop d'hommes à plans et à combinaisons ; les vieux pays ne doient pas nous en envoyer d’autres.

Les bras ne manquent pas plus pour l’industrie que pour les travaux des champs. Pour occuper de nouveaux travailleurs, il faut nécessairement que de nouvelles terres soient défrichées ; il faut qu’on

est

bâtisse de nou*elles usines, On demande ici plutôt des capitaux que des hommes.

Voilà pour le moins la centième fois que je dis la même chose dans mes brochures et dans mes correspondances aux journaux belges, flamands et français. Me comprendra-t-on cette fois-ci, et verrai-je encore arriver des gens qui ont pu à peine, en vendant meubles et hardes, réunir la somme nécossairs pour leur voyage ?... S'imaginera-t ou toujours qu'il suffit de débarquer au Nouv:au-Monde pour faire fortune ? On ne demande ici qu: ‘dl: cultivateurs avec de l'argent et de bons bras, ou des industriels, toujours avec de l'argent. Est-ce compris ?.…. Ceux qui n° se trouvent pas dans ce cas, peuvent certainement entreprendre le voyage, à leurs risques et périls, mais ils pourraient bien s'abstenir d’ennuyer leur moude lorsqu'ils ne réussissent pas.

Et vous, cultivateurs, méditez les lignes suivantes et profitez du bon conseil que je vais vous donner.

J'ai reçu d’un seul cantoa belge, en moins de six semaines, cent quarante-trois lettres. Toutes me demandaient des renseignements sur le Canada. Sur plus de quarante lettres venant d’un même village, la moitié au moins étaient écrites par la même personne, les unes au nom d'un seul cultivateur, les autres au nom de deux, trois, quatre et plus.

Cela prouve, me semble-t-il, que ceux qui songent à l'émigration n’en font plus un mystère. Les aspirants-colons se connaissent, se parlent, se rencontrent souvent, se confient mutuellement leurs projets, leurs craintes et leurs espérances.

Eh biea! pourquoi ne trouverait-on pas dans chaque canton belge, un homme énergique qui se m:ttrait à la tête du mouvement, provoquerait des réunions auxquelles seraient invités tous les cultivateurs et formeraient ce que je me permettrai d'appeler des Sociétés d'Emigration. Les membres de ces sociétés se réuniraient tous les deux mois, tous les mois, tous les quinze jours, chaque semaine si possible, et dans ces réu nions, après avoir pris Connaissance des documents relatifs à l'émigration, ils verseraient une petite somme, ne.fütce que cinquante centitaes, Quand on aurait en caisse. une somme de mille à deux mille francs, on la remettrait & un délégué qui partirait pour le Nouveau- Monde. Il pourrait, par exemple, débarquer à Québec et visiter le

fanada. Libre à la société de l'envoyer ailleurs. Quand il aurait vu

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et comparé, il serait à même de renseigne. ses amis et alors on ne pourrait plus lancer à la tête de ceux qui prêchent l’émigration : “ Vous êtes payés pour nous dire cela.”

Je crois que j: viens de donner un bon conseil, et surtout un conseil désintéressé, aux cultivateurs européens. C'est pour cela que beaucoup s’empresseront de ne pas m'écouter,

Le monde est ainsi fait; les choses simples et d'exécution facile plaisent rarement, L4 32 A à : à £ 2 4 Quoiqu'il en soit, cultivatours belges, vous êtes condamnés à l’émigration, Beaucoup parmi vous refusent de se rendre à l'évidence, mais tôt ou tard ils devront s'exécuter, Je le sais, le voyage vous effraie et vous n'aimez pas de quitter le village natal... où vous avez tant souffert. Mais pourquoi n'iriez-vous pas fonder ailleurs un autre village D»

qui serait pour vos descendants la patrie, 14 vraie patrie? Celle-là au moins aurait sur celle que vous quitteriez l'avantage de vous fournir autre chose que le stricte nécessaire,

Après tout, si vous voulez attendre plus longtemps, libre à vous. La terre appartient à qui la prend et s’il vous suffit de végéter misérablement, vous trouverez toujours plus tard, ici ou ailleurs, quelque petit coin à côté des boanes places prises par ceux qui seront arrivés avant vous.

Mais, encore une fois, ne me croyez pas, ne croyez aucun étranger, examinez par vous-mêmes, formez des Sociétés d'Emigration, avant de quitter votre foyer, votre village natal, votre patrie,

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