‹ L'émigration percheronne au Canada pendant le XVIIe siècle [microforme]Chapitre 1 sur 10 · L'émigration percheronne au Canada pendant le XVIIe siècle [microforme] · texte numérisé non relu

L'émigration percheronne au Canada pendant le XVIIe siècle [microforme]

Il y à cinq ans, à pareille époque, notre Société Historique et Archéologique de l'Orne avait à Alençon sa première réunion publique. Les séances qu’elle a tenuès depuis à Argentan, à Domfront, à Mortagne, à Seès, n'ont été ni sans intérêt, ni même sans éclat. Nous avons le droit d'être fiers et le devoir d’être reconnaissants de l'accueil sympathique et empressé que nous avons reçu dans toutes ces villes, des encouragements qu'y ont obtenus nos efforts, des adhésions honorables et nombreuses qui y sont venues grossir nos rangs. Le cercle des stations que nous nous proposons de parcourir ainsi n'est pas épuisé ; mais nous ne sauriuns nous imposer à l'avance un itinéraire que beaucoup de circonstances particulières pourraient déranger. Il était temps pour nous de revenir à Alençon, notre point de départ, le foyer prin-

* cipal de nos réunions particulières et de nos études. Que ceux de

nos confrères, étrangers à la ville, qui ont bien voulu, quelques. uns de fort loin, répondre à notre appel, reçoivent nos vifs remer-

ciments. Qu'ils les partagent avec M. le Maire d'Alençon, qui a mis cette salle à notre disposition avec un courtois empressement, avec les personnes distinguées que j'aperçois ici en si grand nombre et dont vos lectures, piquantes ou savantes, sévères ou poétiques, vont tout à l'heure, mes chers confrères, justifier et récompenser l'attente.

Pourquoi faut-il qu'une note discordante, une seule, se mêle à votre satisfaction et à la mienne ? Pourquoi votre indulgence obstinée m'a-t-elle condamné à reprendre ce fauteuil de la présidence que tant d'autres parmi vous, mes chers confrères, ont tant de titres pour occuper mieux que moi, et vous condamne-t-elle vous-mêmes, vous et cet auditoire, dont ce n'est pas la faute, à subir la monotonie, je pourrais dire l'ennui, des mêmes remer:ciments, des mêmes conseils, des mêmes compliments passant toujours par la même bouche ?

Vous auriez dû songer aussi que les forces de votre président, sinon sa bonne volonté, s'épuisent ; que les nombreux sujets qu'il a dù traiter déjà devant vous, en séance publique, lui rendent de plus en plus difficile le choix de ceux qu'il doit traiter encore.

Je me propose de vous entretenir aujourd'hui de l'Emigration Percheronne au Canada, pendant le xvri° siècle.

Le sujet n’est pas spécialement Alençonnais, mais assez d'autres lectures, dans cette séance, évoqueront devant vous les souvenirs particuliers de notre ville ; Alençon, d'ailleurs, paya comme vous le verrez, son tribut à cette émigration, à laquelle prirent une si large part nos concitoyens du Perche et des contrées limitrophes, et qui est une des pages, les plus inconnues hélas ! et pourtant les plus intéressantes, les plus glorieuses, j'oserais dire les plus vivantes de notre histoire, — non pas seulement de notre histoire provinciale, mais de notre histoire nationale.

On ne sait pas assez que la France avait été jusqu'au milieu du siècle dernier une des plus grandes puissances coloniales du monde. Elle possédait la majeure partie de l'Amérique du Nord. La Nouvelle-France, comme on l'appelait, formait un immense triangle de 800 lieues à peu près de côté, de 300,000 lieues carrées environ, grand comme la moitié de l'Europe, onze fois grand

hr trim Te Doom A EX Le:

qui à ment, grand ‘es ou fier et

mêle Igence présiht tant -t-elle rute, à ‘emer- Jassant

sident, ts qu'il lent de )r'e.

ration

, d'aues sou- ‘omme prirent

ntrées

hélhs !

oserais ent de

jeu du les du Nord.

mense arrées grand

comme la France continentale, Le Canada et l'Acadie occupaient la partie de ce vaste territoire limitrophe de l'Océan Atlantique et les deux rives du fleuve Saint-Laurent : l'Acadie vers le Sud. ,.es gremières tentatives faites par les Français pour s'établir au Canada remontaient à François 1° qui craignait avec raison que l'Espagne ne prit pour elle seule le Nouveau-Monde tout entier. Il aurait voulu que la France en eût aussi sa part. En 1434 et 1435, Jacques Cartier, de Saint-Malo, un des plus illustres marins dont se glorifie celle ville, avait découvert le golfe et le fleuve Saint-Laurent D'autres voyages d'exploration et de commerce avaient suivi, mais sans amener d'installation durable. C'est seulement au commencement du xvr* siècle que de Pontgravé et Chauvin, négociants de Saint-Malo, obtinrent du Gouvernement français le privilège du commerce du Canada, à charge par eux d'y créer, au nom du, Roi, des établissements fixes avec une population sédentaire. De Monts, qui leur succéda, s'attacha surtout à l'Acadie; de Popincourt, cessionnaire de de Monts, au Canada. Samuel Champlain, armateur intelligent, eut l'idée heureuse de remonter le Saint-Laurent et de fonder à une grande distance de son embouchure, le poste de Québec, destiné à devenir ja capitale du pays. Henri IV et Sully virent ses cartes et goûtèrent ses projets. Richelieu, avec l'intuition du génie les encouragea (1) et créa même la compagnie Richelieu ou des Cent-Associés, dont le but était la colonisation de la Nouvelle-France, non pas seulement par l'extension de la chasse, de la pêche et du commerce des pelleteries, mais par l'agriculture et par l'envoi de colons agricoles (2). Nous eùmes, dès le commence-

(1) À l'appui de cette sollicitude de Richelieu pour la colonie du Canada, on peut consulter le Voyage à la Nouvelle-France, du capilaine Charles Daniel, de Dieppe, 1629, publié par M. Félix, dans la collection des Bibliophiles Normands, M.D.CCC.LXXXI,

(2) L'acte de création est du 29 avril 1627. Le maréchal d’Effiat, Ile commandeur de Razilly, Champlain et Richelieu lui-même figuraient au nombre des fondateurs ; les autres appartenaient à la noblesse, à la magistrature, à la bour geoisie et au commerce des principales villes du royaume. La compagnie devait, en 1628, envoyer au Canada 2 à 300 hommes, tous français et professant la religion catholique, ouvriers des professions les plus utiles, et ensuite 4,000 colons des deux sexes, dans l'espace de quinze ans. Mais la mise de chaque associé n'étant que de 3,000 livres, le capital de la compagnie était fort insuffisant. Les objets d'échange que l'on transportait au Canada, à cette époque, étaient principalement « des capeaux, couvertures, bonnets de nuit, chapeaux, chenises, draps, haches, fers de flèches, aleines, espées, des tranches pour rompre la glace

ment, pour alliés dans notre conquête, les Hurons, une des peuplades les plus considérables du vieux monde Américain, pour ennemis les Iroquois, rivaux acharnés des Hurons. Mais l'œuvre naissante ne tarda pas à succomber sous les efforts des Anglais que Richelieu, trop occupé des guerres intérieures, ne pouvait combattre au loin avec une suffisante énergie. Nos colons furent enlevés ou chassés (1629), Ce n'est qu'en 1632, par le traité de Saint-Germain, que la France rentra en possession de sa colonie américaine. À partir de ce moment, la protection constante de Richelieu, celle de Colbert, ce grand ministre, qui, lui aussi, savait voir de loin comme de près et lire l'avenir dans le présent, l'habileté et le dévouement de l'Intendant Talon (1667-1672) et plus que tout l'intelligente et vaillante activité des colons élevèrent progressivement la colonie à l'apogée de sa prospérité. Mais la mère patrie, ingrate envers ses enfants, ne sut ni seconder leurs efforts, ni même en profiter. Elle cessa de faire des sacrifices pour augmenter leur nombre et pour les soutenir. Elle les laissa se défendre seuts, dans des conditions d'infériorité déplorables, contre les altaques sans cesse renaissantes des Anglais et des Sauvages. En 1711, le traité d'Utrecht abandonna à l'Angleterre la souveraineté de Terre-Neuve et de l'Acadie ; mais ces contrées restaient encore francaises par le cœur, et, en 1755, la plus odieuse et la plus cruelle des spoliations, tache éternelle pour l'honneur anglais, expulsa complètement de la Pénimsule la race généreuse et vivace qui l'habitait, pour la livrer aux milices de la nouvelle Angleterre (1). Quelques années plus tard, ce fut le

tour du Canada iui-même. Après des prodiges de valeur inutile-

ment faits par Montcalm et d'autres officiers français, un nouveau traité, celui de 1763, céda à l'Angleterre tout le Nord du continent américain ; l'Espagne eut la Louisiane et les régions de l'Ouest. A la mème époque, nous perdions aux Antilles quelques unes de

en hiver, des couteaux, des chaudières, pruneaux, raisins, du bled d'Inde, des poix, du biscuit on de la galette, et du pétun ». (Mercure François, 1626, p. 22). Le commerce des spiritueux était plus avantageux, mais il entrainait des abus. La compagnie dut se dissoudre en 1663. (Gannauzt, Hisloire du Canada, Québec, 4 vol. in-8°; T, 1, p. 70; — Abbé FaizLon, Histoire de lu Colonie françuise au Canada, 1865-1866, Paris, Lecoffre, 3 vol. in 8°; T. 1, p. 227,333; T. Ill p. 58 ; — Abbé Brasseur DE BounBourG, Hisloire du Canadu, de son Eglise et de ss Missions, Paris, Sagnier et Bray, 1852, 2 vol: in 8°; T. 1. p. 39. (1) ..... Veteres migrate coloni, Nune victi, tristes, :,., VIRG

s peu-

pour œuvre nglais ouvait furent uté de sa COstante aussi, résent, 672) et élevè- , Mais r leurs critices s laissa rables, et des Angleais ces 755, la le pour la race ices de

fut le

iutile- .

Duveau tinent JDuest.

nes de

1de, des p. 22).

s abus.

Québec, ruise au T. Ill se et de

nos plus riches possessions et en Asie l'empire de l'Inde. Dégagée de soucis de ces divers côtés, la Cour put retourner plus librement à ses plaisirs, et Voltaire estima que « nous obtenions la paix à bien bon compte, au prix de quelques arpents de neige au Canada ! » Hélas ! la ruine était consommée, la ruine définitive de l'œuvre de Richelieu et de Colbert, de la puissance coloniale de la France ! (1). | Va

Revenons à l'émigration au Canada et particulièrement à celle qui sortit du Perche, aux conditions véritablement remarquables dans lesquelles elle se fit.

Les premiers émigrants étaient originaires de la Saintonge et de l'Aunis, ce qui s'explique naturellement par les relations et les intérêts maritimes de ces deux provinces.

D'autres avaient suivi, partis des environs de Rouen et de Dieppe, sous des influences analogues.

Bien différente était la condition du Perche. Il est très éloigné de la mer. L'agriculture a toujours été la principale occupation de ses Ifabitants. Leur tempérament même, leur amour du sol natal*répugnent aux aventures lointaines. C'est un historien Percheron, Courtin, qui traçait,en 1611, ce portrait, assez piquant, de ses compatriotes :

« Il faut recognoistre que la plupart des Percherons sont parresseux et appesantis sur leurs cendres et à la douceur et commodité du pays auquel ils s'attachent, faisant valoir et mesnageant sa petite closerie où metayrie, sans pousser leur fortune plus outre, encore qu'ils soient de fort belle venue et qu'ils pouvoient faire quelque chose de bon, tellement qu'il est tenu en proverbe d'eux : Ce sont les poulains du Perche, ils se défont

au croître. Cela ne s'entend pas que l’âge venant rabaisse leur esprit et les rende imbécilles. L'expérience nous rend la preuve que ceux qui se sont tirés du pays et brusqué la fortune aux autres provinces, hanté la Cour ou le Palais, se sont fort avancés, chacun. en la vocation qu'il a entreprise. Mais c'est qu'ils sont chatouilleux des délices du pays et s'y amusent, non, de vérité, en

(1) La France, redevenue maitresse de la Louisiane par le traité d'Amiens (1803) ne tarda pas à la vendre aux États-Unis, achevant ainsi son suicide colonial.

oisiveté, mais en là culture et mesnagement de leur patrimoine dont ils se contentent, sans désirer autres grandeurs ny richesses qu'ils pouvoient peut-être trouver aux autres provinces » (1).

Courtin, assurément, ne prévoyait pas, en écrivant ces lignes, que, 25 ans plus tard, bon nombre de ses compatriotes iraient, loin des rives fleuries de l'Huisne ‘et de l'Avre, sur les bords | glacés du Saint Laurent, chercher et trouver la fortune.

\ Mais il faut bien le dire, rien ne ressemble moins au système | | ’ | de colonisation aujourd'hui pratiqué dans le monde entier et particulièrement en Amérique, que celui qui peupla alors le Canada. | L'émigration moderne se compose en général du trop plein de | la population européenne ; beaucoup d’aventuriers, de déclassés | b ’ ' | de gens ayant inutilement cherché à se faire une situation dans | leur pays ou l'ayant perdue ; d'autres absolument dénués de res- N d d 1 sources ; la plupart sortant des villes et mal préparés au rude | labeur des défrichements agricoles, par lesquels cependant les Le) L colonies commencent et où elles doivent revenir toujours. Au Canada, au contraire, le système des défrichements, l'organisa- ’ . ’ Le] tion, la distribution et la mise en valeur de la propriété foncière devaient tenir le premier rang.

Ainsi, dès l'origine de notre établissement, la propriété y fut a soumise au régime féodal. C'était le Roi qui octroyait les sei- J gneuries à des personnes qu'il voulait récompenser, nobles ou n non (2) soit pour services militaires, soit pour services civils ; à leur étendue variait de ? à 10 lieues carrées. Les seigneurs ne a pouvant cultiver ni mettre eux-mêmes en valeur d'aussi grandes a | concessions, (3) étaient bien forcés de les distribuer à des colons. n | | a | | (t} Counrix, Histoire du Perche, mss. dans notre bibliothèque, liv. I, ch. 4. | | La inême contradiction apparente se rencontre dans d'autres contrées où l'habi- d tant parait enraciné dans le sol. Ainsi, de Saint-Mars-la-Jaille (Loire-Inférieure), £ émigraient l'an dernier pour le Canada deux familles dont l'une, du bisaïeul âgé C | de quatrevingt-un ans, au petit enfant âgé à peine d'un an, comprenait quatre n | | générations. {Communication de MM. Hector Fabre, commissaire général du Canada, | à Paris, et de M. Foursin, secrétaire de l'Agence). fe ; (2) C'est là un point très important à noter. Plusieurs des concessionnaires de fiefs au Canada ne furent anvblis que longtemps après Jeur investiture. M. Trévedy a P red | éclairei ce point, pour la France continentale, dans une excellente dissertation fi (Revue de Brelagne el de Vendée), 1886, 2° vol, (50* de la eollection}), p. 206-220 ; 262-9802).

(3) Les demoiselles de Saint-O1rs, d'une grande famille du Dauphiné, parentes du Maréchal d'Effiat, coupèrent elles-mêmes leur blé ; leur père conduisait la charrus. (RAMEAU, p. 320). DE AE É Les domestiques étaient très rares ; aussi était-il défendu de les débaucher, sous Le des peines sévères : 50 sous d'indemnité par jour d'absence, sous préjudice de l'a- ui

mende (Abbé FaizLox, T. HI, p. 71.) Jo

EEE ue un Late tastees

PR

imoine chesses \1}.

lignes, iraient, s bords

système “et par- Janada.

plein de ‘classés, on dans de resau rude dant les urs. Au ganisa-

foncière

été y fut t les seiobles ou s Civils ; leurs ne grandes s colons.

ch. 4.

où l'habinférieure), isaieul âgé hit quatre u Canada,

res de fiefs Trévedy a issertation . 206-220 ;

parentes it la char-

cher, sous ce de l'a-

Ils se contentaient « d'établir leur fief » en bâtissant un manoir et un moulin banal, et percevaient les droits féodaux sur leurs sujets auxquels ils avaient concédé des lots; ces lots étaient ordinairement de 90 arpents, (environ 40 liectares, mesure actuelle), et la redevance de 1 ou ? sols par arpent. Le colon donnait un demi-minot de blé (le minotde 80 kilogrammes environ) pour la concession ; ilétait obligé de faire moudre au moulin seigneurial et de livrer la quatorzième partie de la farine pour droit de mouture ; il devait à son seigneur, chaque année, une journée de corvée ou 40 sols : il était tenu d'entretenir les chemins nécessaires. Le seigneur avait le droit de prendre sur les terres de ses sujets tout le bois dont il avait besoin ; enfin le colon payait à son maitre un douzième pour les lods et ventes et était soumis au droit de retrait. C'est, comme on le voit, le système féodal tel qu'il existait encore en France au xvr° siècle et tel qu'il dura jusqu'à la Révolution, mais allégé de certaines prestations ou sujétions plus humiliantes encore qu'onéreuses. En somme, il n'écrasait pas le tenancier. 11 établissait même entre lui et le seigneur une certaine solidarité d'intérêts, analogue à celle qui nait du métayage. Il se perpélua au Canada après la conquite anglaise, et n'a été aboli que dans ces dernières années (1).

C'est avec une pleine liberté, à des conditions contradictoirement et mürement débattues, que les émigrants suivirent ainsi au Canada les seigneurs qui les avaient embauchés ou leurs agents. La plupart étaient mariés et emmenaient leurs familles avec eux. Beaucoup étaient cultivateurs ; d'autres gens de métier, maçons, charpentiers, forgerons ; tous avaient des bras vigoureux, des outils, un petit capital, quelques meubles, La plupart avaient l'amour du travail, des mœurs, une piété fervente, C'est dans un personnel analogue que se sont recrutées, de nos jours, ces colonies d'Alsaciens-Lorrains, composées, suivant l'expression moderne, de « tèles choisies », qui, sur la terre d'Afrique, ont si fort honoré la patrie française et aussi les deux malheureuses provinces auxquelles, exilés volontaires, leurs fils restaient ainsi i fidèles, en s'en éloignant.

A ces colons venus de France, on essaya de mêler d'anciens

(1) Dussieux. Le Canada sous la domination française, p. 56. — Rameav, La France aux Colnnies. Les Français en Amérique. Acadiens et Canaliens. Paris, Joubv, 1859, in-8 ; °° partie p. 14 et 15.

soldats dont on récompensait les services par l'octroi de certaines terres ; c'avait été le système dés Romains; ce devait être celui du maréchal Bugeaud en Algérie. Peut-être ces soldats-laboureurs n'avaient-ils pas le mème esprit d'ordre et la mème régularité de mœurs que les émigrés proprement dits, mais ils rendaient de grands services dans les compagnies de milice et savaient défendre vaillamment leurs champs et ceux de leurs voisins.

Un contemporain justement autorisé, le Père Charlevoix (1), parle en termes excellents de ces premiers émigrés au Canada, parmi lesquels se trouvaient beaucoup de Percherons, honnûtes, forts et laborieux.

« On avait apporté une très grande attention au choix de ceux qui s'étoient présentés pour aller s'établir dans la Nouvelle France... Quant aux filles qu'on y envoyoit pour les marier avec les nouveaux habitants, on eut toujours soin de s'assurer de leur conduite avant que de les embarquer ; et celle qu'on leur a vue tenir dans le pays est une preuve qu'on y avoit réussi. On continua les années suivantes d'avoir la même attention, et l'on vit bientôt, dans ceite partie de l'Amérique, commencer une génération de véritables chrétiens, parmi lesquels régnoit la simplicité des premiers siècles de l'Eglise, et dont la postérité n'a point encore perdu de vue les grands exemples que leurs ancêtres leur avoient donnés ». Il ajoute : « On doit rendre cette justice à la colonie de la Nouvelle France, que la source de presque toutes les familles qui y subsistent encore aujourd'hui est pure, et n'a aucune de ces taches que l'opulence à bien de la peine à effacer. C'est que les premiers habitants étoient ou des ouvriers qui y ont toujours été occupés à des travaux utiles, ou des personnes de bonne famille qui s’y transportoient dans la seule vue d'y vivre plus tranquillement et d'y conserver plus sûrement leur religion qu'on ne pouvoit faire alors dans plusieurs provinces du royaume, où les religionnaires étoient fort puissants. Je crains d'autant moins d'être contredit sur cet article, que j'ai vécu avec quelquesuns de ces premiers colons, presque centenaires, de ieurs enfants

(1) Charlevoix (le P. François Xavier de), Jésuite et historien, né à Saint- Quentin, en 1582, mort à la Flèche, en 1761. Ses ouvrages sont encore recherchés. Le principal est l'Histoire el Description générale de la Nouvelle France, avec le

Journal historique d'un voyage fait par ordre du Roi dans l'Amérique Septentrionale. Paris, Giffart, 1744, 3 vol in-4° ou 6 vol. in-12.

certaines tre celui s-laboume régu-

ils rence et sas Voisins.

evoix ({}, Canada, 1onnèles,

de ceux Nouvelle rier avec r de leur ur à vue On cont l'on vit 1e génésimplil'a point tres leur ice à la ie toutes , ét n'a effacer.

ui yont bnnes de l'y vivre religion vaume, l'autant 1elquesenfants

ë à Suintcherchés.

e, avec le bptentrio-

et de leurs petits enfants, tous gens encore plus respectables pa leur probité, leur candeur et la piété solide dont ils faisoient profession, que par leur cheveux blanes, et le souvenir des services qu'ils avoient rendus à la colonie ».

Les Anglais eux-mêmes, quels que fussent leurs préjugés de nationalité ou de religion contre la population française et catholique du Canada, n'ont pu lui refuser le témoignage de leur estime et de leur respect. Dans un rapport adressé au Gouvernement britannique en 1762, par le général Murray, on trouve cet aveu remarquable : « Les habitants des campagnes forment une race forte, vigoureuse, tempérante, simple dans ses habits et vertueuse dans ses mœurs ». Un détail statistique des plus intéressants vient à l'appui : sur 674 enfants baptisés dans le gouvernement de Québec, de 1621 à 1650 inclusivement, un seul est illégitime. De 1661 à 1690, les registres baptismaux ne mentionnent qu'un autre enfant né de parents inconnus (1).

On pourrait supposer que l'ascendant de Rancé, dont l'abbaye se trouvait au centre du pays que quittèrent nos émigrés, n'aurait pas été étranger à ce grand mouvement ; ce serait une erreur, Le mouvement avait commencé bien longtemps avant la première visite de Rancé à la Frappe 11663. Les Jésuites de la Flèche y sont également étrangers, quelque fût d'ailleurs le rôle et l'influence de leur Ordre à la Nouvelle France (?).

Il n'existe non plus aucune corrélation entre l'émigration percheronne et le culte très spécial, très fervent, dont Ja Vierge de Chartres à été l'objet parmi les Hurons et les Abnaquis du Canada. On sait que le Trésor de Notre-Dame de Chartres con-

(1) Aboë FénLanp, Notes sur les acgistres de Notre-Dame de Québec, ?° édition, Québec, Desbarats, 1863, in-8°; p. 39-40.

(2) Les premiers missionnaires qui vinrent au Canada furent les lécollets : ils s'y établirent dès 1619. N'ayant pas de revenus et ne pouvant suffire aux dépenses qu'entrainaient la couversion des sauvages et surtout l'entretien des pouplades converties, 1ls durent appeler les Jésuites à leur aide.

Le rôle de ceux-ci au Ganada est une des plus belles pages de l'histoire de leur institution. (Dussieux, p. 69 ; — RAMEAU, Passim ; — Raoul Fnanv, Journal officiel, 3 octobre 1876 : « Les Missions. du Canada fournissent à l'histoire de l'Eglise catholique une de see nages les plus belles et les moins discutées, Les Jésuites notamment furent aumirables. »

« Toutes les traditions, dit l'historien américain et protestant Bancroft (Hist. of the uniled states, T. (HI), portent témoignage en faveur des Jésuites. »

C f. Brasseur DE BounsounG, T. 1, -— Pierre ManGny, Découvertes et établissements des Français duns l'Amérique septentrionale, Paris, Maisonneuve, 1879, T CHATEAUBRIAND, Genie du Christianisme, 4° p:, 1. IV, ch, 8,

il 12

serve deux ceintures offertes par ces tribus sauvages à la Vierge qui devait enfanter, cette Vierge que les Druides et les Gaulois, autres sauvages, adoraient dans les profondeurs des forèts chartraines, et dont l'image fut jusqu'à la Révolution vénérée dans la Cathédrale, sous le nom de la Vierge noire. La première envoyée par les Hurons en 1676, par l'entremise du P. Bouvart, mission- | naire chartrain, qui jouissait chez eux d'un grand crédit, est garnie de soies de pore-épic rouge ; le fond était blanc et sur toute la longueur étant disposée en grains noirs cette inscription : VIRGINI PARITVRÆ VOTVM HVRONVM. La seconde, | | présent des Abnaquis (qui habitaient l'Acadie, au Sud du fleuve Saint-Laurent), est composée de onze mille grains de porcelaine, nombre égal à celui des habitants de la tribu abnaquise. Le fond était violet foncé, avec ces mots écrits en grains blancs : MATRI VIRGINI ABNAQVÆI DD. C'est le P. Bigot, lui aussi missionnaire chartrain, qui avait servi d'intermédiaire entre ses néophytes et le chapitre de la cathédrale de Chartres (1690). Le cha- | pitre avait répondu par l'envoi de reliquaires en argent aux | avances des tribus. Des relations de prières et d'amitié s'ensuivirent, et aujourd'hui encore les deux chapitre de Montréal et de

Chartres comptent chacun un chanoine honoraire de l'autre

église, mais c'est là un incident purement religieux, étranger,

comme les missions d'où il procède, à l'émigration civile. ;

ct Il convient, toutefois, de rappeler que i'Évèché de Seës ne se e désintéressait pas des intérêts religieux des colons sortis du te diocèse. En 1646, l'Evèque de Seès, — c'était alors Camus de & Pontcarré, — était chargé par ses collègues d'appuyer auprès.de | | la Reine la demande de l'établissement au Canada d'un Évèché, " désiré par toute la colonie (?). P Cette cause trouva un autre défenseur zèlé dans Antoine Baril- L lon de Morangis, conseiller du Roi et directeur de ses finances, | pl | qui fut intendant de la Généralité d'Alençon de 1677 à 1684. Il ta 1! « . re Le | s'intéressa également à l'établissement hospitalier de Ville- tt We | Marie (3). | | h.

| 1 (1) Mencer, Histoire des relations des Hurons et des Abnaquis du Canada avec \ | | Notre-Dume de Chartres, Chartres, 1858, ia-8°; — Abbé Bucreau, Monographie | | de lu cathédrale de Chartres, Chartres, 1887, t. I, p. 188. | 12) Abbé FaiLLon, t. II, p. 51. l'é | (3) Abbé FaizLon, t. 11, p. 270; — O. Desnos, Mémoires historiques sur la ville m

d'Alençon et sur ses Seigneurs, t. Il, p. 453.

NES SSSR

à la Vierge les Gaulois, forèts charrée dans la ère envoyée rt, mission- 1 crédit, est lanc et sur inscription :

a seconde, d du fleuve porcelaine, ise. Le fond :s : MATRI issi missionre ses néo- 30). Le chaargent aux itié s'ensuintréal et de : de l’autre x, étranger, vile. ï Seès ne se s sortis du

Camus de r auprès de un EÉvèêché,

toine Bariles finances, 7 à 1684. Il * de Ville-

u Canada avec Monographie

es sur La ville

Le promoteur de l'émigration percheronne parait avoir été Robert Giffard, médecin, originaire des environs de Mortagne. Sa femme s'appelait Marie Renouard Il était un des associés de la compagnie Richelieu. Ilavait fait un premier voyage au Canada, en 1627, avait pénétré dans l'intérieur et s'était construit une cabane sur le bord de la rivière de Beauport, pour jouir du plaisir de la chasse et de la pêche. IL était tombé prisonnier des Anglais en 1628, mais il avait promptement recouvré la liberté, et en récompense de ses services, il avait obtenu la seigneurie de Beauport et une grande étendue de terrain sur la rivière Saint-Laurent. Il lui fallait des colons; il eut l’idée d'aller les chercher dans son pays natal.

Le 14 mars 1634, par acte devant Roussel, notaire à Mortagne (1), il traitait avec Jean Guyon, maçon, et avec Zacharie Cloustier, aux conditions suivantes : ils viendraient s'installer au Canada avec toute leur famille, s'obligeant à aider Giffard à cultiver sa terre et à lui fournir du bois de chauffage jusqu'en 1637. En retour, il promettait à chacun d'eux mille arpents de terre en bois et une partie des récoltes. Les deux familles devaient construire pour leur logement une maison en maçonnerie ou charpente, de 35 pieds de long sur 16 de large et 6 pieds de hauteur sous poutres, à un seul étage : débuts bien modestes d’une émigration qui devait devenir riche et populeuse.

Guyon, quoique simple maçon, ne manquait pas d'instruction: un contrat de mariage entre Robert Drouin, de la paroisse du: Pin-la-Garenne, et Anne Cloustier, minuté de sa main le 16 juillet 1636, est bien écrit et passablement rédigé. C'est le plus ancien probablement des actes de ce genre qu'ait conservés la colonie et comme un de ses titres de noblesse (2). Parmi les marques apposées au pied par de nombreux témoins, prime la hache de Zacharie Cloustier.

Ces deux censitaires de Giffard eurent de nombreuses contes-

(1) Cet acte doit avoir été passé en brevet ; toutes les recherches faites dans l'étude de M° Delaunay, successeur de M* Roussel, n'ont pu en faire retrouver la u minute.

(2) Abbé F&RLAND, p. 22.

tations avec leur suzerain, (six dans l'espace de huit ans), au sujet des droits seigneuriaux qu'il revendiquait et des limites de leurs terres. Les colons emportaient dans leur patrie nouvelle, sur ce sol vierge aux horizons indéfinis, au milieu de leurs luttes héroïques contre les éléments, contre les sauvages et contre les Anglais, quelque chose des préjugés féodaux et des habitudes processives de la mère patrie.

Guyon perdit. Un procès-verbal du 30 juillet 1646 nous en donne la preuve curieuse :

« Le dit Guyon s'est transporté en la maison seigneuriale de Beauport, et à la principale porte et entrée de la dite maison, où estant le dit Guyon auroit frappé et seroit survenu François Boullé, fermier du dit seigneur de Beauport, auquel le dit Guyon auroit demandé si le dit seigneur de Beauport estoit en sa dite maison seigneuriale de Beauport ou personne pour luy ayant charge de recevoir les vassaulx à foy et hommage, à quoy le dit Boullé auroit faict réponse que le dit seigneur n'y estoit pas, et qu'il avoit charge de luy pour recevoir les vassaulx à foy et hommage. Après laquelle response et à la principale porte, le dit Guyon s'est mis à genouil en terre, nud teste, sans epée ni esperons, et a dit par trois fois ces mots : « Monsieur de Beauport, « monsieur de Beauport, monsieur de Beauport, je vous fais « et porte la foy et hommage que je suis tenu de vous faire et « porter, à cause de mon fief du Buisson, duquel je suis homme « de foy relevant de votre seigneurie de Beauport, lequel m'ap- « partient au moyen du contract que nous avons passé ensemble « par devant Roussel à Mortagne, le quatorzième jour de mars « mil six cent trente quatre, vous déclarant que je vous offre « payer les droicts seigneuriaux ct féodaux quand deubs seront, « vous requérant me recevoir à la dite foy et hommage ».

Jean Guyon du Buisson avait conservé quelques biens à Mortagne. En 1653, il donne, à la charge de prières, à la charite de l'église Saint-Jean de Mortagne, une maison située dans cette ville, rue Saint-Jean.

IFlaissa plusieurs enfants. Letir nom de Guyon s'est insensiblement transformé en celui de Dion, (1).

Un fils de Zacharie Cloustier et de Xainte Dupont épousa, en

{1) Abbé FerLanD, p. 64 et suiv.; — RAMEAU, p. 307.

(1) (2) Gi à Be (3) (4) en 1.

# Le un 0

Lans), au limites de nouvelle, urs luttes contre les habitudes

5 nous en

euriale de naison, OÙ 1 François dit Guyon en sa dite r luy ayant quoy le dit toit pas, et oy et homorte, le dit 6e ni espe- Beauport, » vous fais us faire et is homme quel m'ap- 6 ensemble ur de mars vous offre 1bs seront, pn », ns à Morcharite de dans cette

st insensi-

épousa, en

1648, Marie Martin, et la même année Louise, sa fille, Jean Mignot, dit Chastillon, de Bagneux près Paris, (1).

‘Quant au seigneur de Beauport, Robert Giffard, il maria deux de ses filles avec deux fils de Jean Juchereau, sieur de More, savoir l’ainée avec Jean, sieur de la Ferté, en 1645, et Marie avec Nicolas, sieur de Saint-Denis, en 1649 ; la seigneurie de Beauport passa ainsi au Juchereau. La troisième s'allia, en 1648, à l'honorable famille des Le Gardeur de Tilly /2).

Ce nom de Juchereau estconsidérable dans l'histoire du Canada.

Jean, sieur de More, était de la Ferté-Vidame. Il était déjà à Québec, avec sa famille, en 1634, et il y avait éié précédé par son frère Noël Juchereau des Châtelets qui jouissait d'un grand crédit comme administrateur et comme financier. Un de ses neveux, Claude de Berment de la Martinière épousa à Québec, Anne Desprez, veuve du sieur de Lauzon.

Nicolas, sieur de Saint-Denis, se distingua au siège de Québec en 1680 ; il y fut blessé et reçut à cette occasion des lettres de noblesse. ,

Son fils se distingua également dans les guerres de la Louisiane ; il refusa, avec un patriotique désintéressement, toutes les offres des Anglais voulaient l'attacher à leur service (3).

La famille J .-reau est encore aujourd'hui représentée très honorablement, non seulement au Canada, mais en France et même, croyons-nous, dans la contrée d'où elle était originaire (4).

L'ébranlement une fois donné se propagea par la parenté, le

{1} Abbé FerLanv, p. 78, 79,

(2) Abbé FerLanD, p. 22; — RAMEAU, p. 307.

Giffard eut aussi un fils, Joseph, qui mourut sans enfants. Il mourut lui-même à Beauport, le 14 avril 1668. (Lettre de M. Rameau, du 19 décembre 1887).

(3) Abbé FerLanv, p. 22, 23, 26, 70, 79, 82, 83.

(4) Un ingénieur de ce nom, fort distingué, est mort à Alençon, jeune encore, en 1851. Sa sœur a épousé M. Leprètre, avoué dans cette ville. Le colonel Juchereau de Saint-Denis, ambassadeur à Constantinople, a laissé un ouvrage important sur Les Révolulions de Constantinople en 1807 et 1808,

La sœur Juchereau de Saint Ignace est l'auteur d'une Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec, 1752.

Une demoiselle Juchereau, mariée au sieur d'Auteuil, a été la trisaïeule de MM. Pol, Alfred et Henri de Courcy qui portent un nom si honorable dans la littérature. (Abbé FERLAND, p. 23-24.)

De nombreux Juchereau ont habité Mortagne, La Ferté-Bernard, etc.

voisinage, l'exemple, les appels, que les Percherons d'Outre-Mer, satisfaits de leur situation nouvelle, ne manquèrent pas d'adresser à leurs compatriotes de France.

On a supposé que les disettes affreuses qui désolèrent la France : en divers temps, et notamment en 1662, auraient été une des causes de l'émigration percheronne au Canada ; nous croyons qu'elles n'y jouèrent, au contraire, qu'un rôle fort secondaire, cette émigration étant bien antérieure à 1662 et étant déjà fort ralentie à cette dernière époque.

Voici la liste, malheureusement incomplète, des paroisses qui fournirent ainsi un contingent à l'Emigration au Canada, et des familles qui y prirent part, dans chaque paroisse.

Paroisses dépendant du’ Grand-Perche.

ORNE APPENAI-SOUS-BELLÈME. — Roberte Gadois, mariée en 4 1644, à César Léger, de Morhac en Saintonge (1). CHamps. — Louis Guimont, marié en 1653 (2).

FeixGs. — Nicolas Gaudry, marié en 1655 (3). , IGé. — Julien Trottier, parti en 1646, avec Marie Loiscl, sa pe

femme, qui accoucha sur mer. Il parait s'être occupé de la traite; sa nombreuse postérité est répandue dans tout le Canada (4). — Jean Normand, marié en 1650, avec Jacquette Rivoire (5). —

: A à 4 , 11" » ém

Jacques Beauvais, marié à Jeanne Soldé, de la Flèche (6). je Lax&is (SAINT). -- Marin Boucher et Perrine Mallet, sa vs femme, originaires de cette commune selon toute apparence ; cts leurs enfants François, Louis, Marin, Jean, Pierre, Galerop, ass sont la tige de nombreuses familles du nom de Boucher qui Le habitent le district de Québec (7). — Gaspard Boucher, cousin « des précédents, fit partie de l'un des groupes qui, en 1634 et 1636, (2 sers

{1} Abbé FERLAND, p. 62. lers (2) RAMEAU, p. 308. fort (3) Rameau, p. 508. x mâl «4) Rameau, p. 308; — Abbé FERLAND, p. 70. à sa (5) Abbé FERLAND, p. 86. : (4 (6) Abbé FaiLLon, t. Il. (E (7) Rameau, p. 308; — Abbé FERLAND, p. 69. (6

À nm che cu em and tenace mien an mov A6 dm da as hd re A dr EEE NT PART RE va

l'Outre-Mer, as d'adresser

ent la France été une des nous croyons t secondaire, ant déjà fort

paroisses qui anada, et des

mariée en

rie Loisel, sa é de la traite; » Canada (4.

ivoire (5). — ‘he (6).

e Mallet, sa > apparence ; re, Galerop, 3oucher qui ither, cousin 1634 et 1636,

se dirigèrent du Perche sur le Canada (1). — François Boucher, fils de Marin, marié en 1641. — Pierre Boucher, fils de Gaspard, marié en 1649, avec Chrestienne, fille d'un chef sauvage et élevée par les Ursulines de Québec qui lui avaient donné une bonne éducation, comme le prouve sa signature ferme et nette sur son contrat de mariage ; en secondes noces, avec Jeanne Crevier, en 1652. Pierre devint à deux reprises gouverneur des Trois-Rivières et fut annobli le 17 juin 1707. Les lettres du Roi portent que cette grâce lui a été accordée « en retouïi des services distingués qu'il a rendus dès l'année 1639. » (2) — Madeleine Boucher, sa sœur, épousa Urbain Baudry dit Lamarche (3).

MARTIN DU VIEUX-BELLÈME (SAINT) — Marguerite Golin (Colin ?}, mariée en 1654. — Françoise Golin, en 1657 ; — Pierre Normand, en 1665 (4).

MORTAGNE. — François Bellanger, marié en 1637, à Marie Guyon. — François Drouin, marié en 1638, à Perrine Godin. — Noël Morin, marié avant 1640. — Mathurine Poisson, mariée en

1647, à Jacques Aubuchon, de Dieppe. — Pierre Parent, marié en 1654. — René Maheust, en 1657. — Claire Morin, en 1662. — Barbe Boyer, en 1672. — Marin Boucher, époux de

Perrine Mallet, tige de nombreuses familles habitant entore aujourd'hui le district de Québec (5). — Jean Giroux (6). — Les Turgeon , très honorable famille qui à donné un évèque à Mont-

(t} I eut mème avec Toussaint Giroust (ou Giroux}, de Mortagne, lui aussi émigré, un singulier procès au sujet de certains objets qu'il iui avait confiés pour les faire conduire à Dieppe, port d'embarquement, et que Giroust ne pouvait ou ne voulait lui rendre,

Voici le curieux inventaire de ces objets : « deux grosses salières à pans, ? gros violliers à mettre fleurs, ? grandes tasses, 8 escuelles, le tout d'estain fin ; 8 à 10 assiettes, 3 petites escuelles à oreilles, ! d'estaing fin et une d'estaing commun; une bouteille de terre contenant deux pots pleine d'eau rose; ? boisseaux de poires cuites, un boisseau de prunes aussi cuites. » (Abbé FERLAND, p. 59.)

(2) Rameau, p. 308 ; — Abbé FerLaN», p. 59 et suiv.

(2) Elle lui apportait en mariage « 200 fr. en argent; 4 draps; 2? nappes; 6 serviettes de toile et de chanvre ; un matelas et une couverture ; ? plats ; 6 cuillers et 6 assiettes d'étain : une marmite et une chaudière; une table et deux formes ; une huche à boulanger; un coffre fermant à clé; une vache; 2 cochons mâle et femelle ». Ses parents lui donnèrent un habit, selon sa qualité et du linge à sa discrétion. (Abbé FERLAND, p. 73). et

(4) RAMEAU, p. 908.

(5) Rameau, p. 9308; — Abbé FERLAND, p. 27, 59, 60, 73.

(6) Abbé TRuDELLE, Charlesbourg, p. 280.

RE ne ee

réal, un archevêque à Québec, et dont le nom est encore si bien porté de nos jours, à Mortagne (1).

PARFONDEVAL. — Jean Trudelle (ou TrudePl, fils de Jean et de Marguerite Nouier (Noyer ?), tisserand, né en 1629, marié le 14 novembre 1655, à Québec, dans la maison du médecin Giffard, à Marguerite Thomas, d'origine belge : mort en 1677. Sa postérité, très honorable, existe encore au Canada (2).

PIN-LA-GARENNE (LE). — Robert Drouin, marié en 1637, à Anne Cloustier. — Francois Drouin, marié en 1638. — Nicolas Drouin (à).

RANDONNAI. — Marie Tavernier, mariée en 1646. Pierre Tremblay, marié en 1657 (4).

TouroUvRE. 5). — Claude Poulain, marié à Jeanne Mercier, en 1639; — Cruillaume Bigot et N. Pinguet, mariés vers 1640. — Fran-

(1) Charles Turgeon et sa femme, née Lefèvre, habitaient la paroisse Saint-Jean de Mortagne: Ils émigrèrent à la fin de 1662, ou au commencement de 1663, et peut-être la misère du temps n'y fut elle pas étrangère. Ils avaient déjà six en fants, l'aîné, né le 10 juillet 1650, le dernier, le 3 septembre 1682; un septième, Zacharie, naquit au Canada, en 1664. Son petit-fils, Louis Turgeon, s'allia à la famille Cousture, d'édifiante mémoire an Canada, (Abbé FERLAND, p. 83). C'est de lui que descendaient Mgr Bourget, évèque de Montréal, mort il y a quelques années, aprèsavoir fait plusieurs voyages en France et visité la Trappe, Mortagne, bercéau de sa famille, ses parents français, et Mor Turgeon, archevèque de Québec, aussi décédé. La famille Turgeon est très nombreuse au Canada. (Abbé FERLAND, p. 86; — Notes du même et de M. TuUnGEoN, de Mortagne.)

M. Turgeon descend directement de Florimond, frère de Charles.

(2) Notes sur la famulle Trudelle, par l'abbé Charles Trudelle, curé de Saint- François, Rivière du Sad, (aujourd'hui aun#nier du Sacré-Cœur à Québec), 1875, in-32: communication due à l'obligeance de M. l'æbbé Boulay, du clergé de Québec, et de notre collègue M. de Courtilloles.

M. l'abbé Trudelle est poëte aussi à ses heures. Nous trouvons dans le Foyer canadien, ?° année, 1864, Québec, p. 343, des vers de lui qui se terminent par ce patriotique élan :

Ma seule devise et mon plus beau partage, Ma gloire et mon bonheur, en tout temps, à tout âge, Sera toujours d'aimer, de défendre à la fois , Nos INSTITUTIONS, NOTRE LANGUE ET NOS LOIS ! .

On lui doit encore une intéressante monographie de l4 Paroisse de Charlesbourg. Québec, 1887, in-12

(3) RaMeaw, p. 908 ; — Abbé FERLAND, p. 65; — Abbé Trudelle, Charlesbourg p. 279.

(4) Ramgau, p. 308 ; — Abbé FERLaND, p. 72.

(5) M. Reclus, Nouvelle Géographie universelle, France, p. 663, parle de « 80 famil-

les de Tourouvrains » aujourd'hui représentées par 300,000 descendants directs. I] semble attribuer à Tourouvre l'émigration qui appartient au Perche entier.

ore si bien

le Jean et 9, marié le in Giffard, . Sa posté-

en 1637, à — Nicolas

Pierre

Mercier, en 0,— Fran-

isse Saint-Jean nt de 1663, et nt déjà six en : un septième, , s'allia à la fa- 83). C'est de y a quelques ppe, Mortagne, que de Québec, Abbé FERLAND,

uré de Saint- Québec), 1875, rgé de Québec,

lans le Foyer minent par ce

Charlesbourg.

Charlesbourg.

de « 80 familts directs. Il entier.

coise Bigot, en 1647, avec Charles Guillebould (Guibout) du même lieu (1). — Madeleine Roussin, en 1651. — Robert Gignière, en 1652. — Julien: Mercier, en 1654, — Jean Crest, en 1654 2,.— Mathurin Brunet, en 1667. — Gilles Bourré dit Lépine. — Pierre Paradis, coutelier-armurier dans la colonie de Giffard, parent certainement d'un coutelier dû mème nom qui travaillait à Mortagne en 1637 (3. — Tourouvre envoie encore un émigrant vers 1730 ; c'est le dernier de l'émigration Percheronne (4).

VENTROUSE (LA). — Jean Gangnon (Gagnon où Gaignoni, marié à Marguerite Cochon, en 1640. — Pierre Gangnon, marié à Vincente Desvarieux, de Saint-Vincent, pays de Caux, en 1642, — Mathurin Gangnon, marié à Francoise Boudeau {ou Rondeau, de Normandie, en 1647, Ces trois Gangnon étaient frères ; ils s'établirent auprès de la petite rivière qui sépare Sainte-Anne du Châàteau-Richer ; leur postérité s'est tellement multipliée qu'iln'y a pas aujourd'hui une paroisse ‘dans la partie française du Canada où ne se trouve une famille de ce nom (5). — Robert Gangnon, marié en 1657, — Marie Mesange, mariée en 1661 (6,

Page 1