LES TESTAMENTS
Le père dit au notaire : ‘“ Je lègue toute ma fortune à mon fils Jacques, mais écrivez mes autres volontés.
Lorsque Pierre jugera à propos de quitter la maison paternelle pour aller s'établir ailleuxs, Jacques lui donnera cent piastres en argent, un cheval, une vache, un cochon, six moutons, un lit garni, un poêle, une demi-douzaine de chaises, une table, six couteaux, six fourchettes, six as ‘ttes, un chaudron, une marmite, etc.
Le notaire écrit cette longue énumé-
ration.
Charles, mon troisième garçon, recevra autant que Pierre.
Philippe, mon quatrième fils, même chose.
. Le notaire demande si c’est tout. —Non, répond le père. J’ai encore mon petit Louis. Ce cher enfant est. trop délicat pour se livrer aux rudes labeurs du cultivateur, Mettez pour celui-l} un cours
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complet d’études, et si, le cours terminé, il ne fait pas un prêtre, Jacques lui fera étudier une profession libérale à ses dépens.
Le notaire rédige de sa plus belle main les dernières volontés du testateur.
Comme on le voit, héritier a déjà les
épaules passablement chargées ; maïs ce
- n’est pas encore tout. La mère intervient et dit à son bonhomme :
Mais dis donc, mon vieux, tu as oublié mes filles. Tu n’as pas envie de les mettre dans le chemin après notre mort, et puis moi, si je vis plus longtemps que toi, quel sera mon 8ort ?
—Tu as raison, je vais réparer cet oubli TE "2 tout de suite. Ecrivez, notaire.
Jacques donnera à m2 fille aînée, Joséphine, lorsqu'elle se mariera, vingt-cinq piastres en argent, six moutons,une vache, un lit garhi, ne commode, etc. Si elle ne se marie pas, elle restera at{achée sur le bien,
miné, 1i fera épens.
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+ LES TESTAMENTS II9 et Jacques lui fournira la nourriture et l’habillement.
Je fais le même legs à mes deux autres filles, Clarisse et Marie.
Quant à ma femme, elle recevra, après ma mort, la moitié de la rente viagère que Jacques nous paie aujourd’hui.
Jacques signe ce testament à deux mains. Avec la terre paternelle, il hérite
d’une dette de $2,500 x $3,000. Parvien-
dra-t-il jamais à se libérer de ce lourd fardeau ? Non, la chose lui sera impossible ; il sera forcé d’emprunter pour remplir les conditions qui lui sont imposées par son testament, et, après avoir travaillé comme un mercenaire pendant huit à dix ans, son patrimoine sera criblé d’hypothèques.
Que fera-t-il pour se tirer d’embarras ?
Il vendra son bien par morceaux, afin de satisfaire ses créanciers les plus exigeants; et, finalement, il abandonnera le toit paternelet ira gagner sa vie et celle de: ses enfants dans une manufacture américaine,
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