ÉPILOGUE
le germe de l'avenir. » Landri en sentait toute la force, et quelle réserve d'honneur représente un véritable aristocrate, tel que celui dont la forme s'effaçait là-bas de plus en plus lointaine. Reportant sa pensée sur son pays, il se prit à songer avec bien de la mélancolie que la France ne les emploie plus, ces exemplaires d'une sélection fixée et supérieure. Elle les paralyse par la persécution. Elle les dégrade par l'oisiveté. Elle les ruine par ses lois sur les héritages. Tout son effort s'acharne à détruire les conditions où d'autres pourraient grandir... La Cambria allait quitter la Mersey. La grande houle du large ondulait en immenses plis autour de la coque puissante du vapeur. Les feux des fanaux trouaient de clartés plus dures la brume plus dense. Autour de l'exilé résonnait une langue étrangère, celle des rivaux séculaires qui ont tout su garder du passé pour mieux dominer le présent, et l'officier démissionnaire mélangeait la pitié pour cette France, qu'il n'habiterait peut-être plus jamais, à celle qu'il éprouvait pour le vieux gentilhomme envers lequel il ne cesserait pas d'avoir une tendresse de fils ; et il tendait en vain les yeux pour essayer de revoir encore une fois, à travers l'espace, la hautaine et immobile silhouette disparue, là-bas, dans la nuit, — Bans doute pour toujours I
Paris, novembre 1906-mai 1907,
Fin