‹ L'Emile du dix-neuvième siècleChapitre 140 sur 188 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

chand, surtout quand elle ne se prolonge point au delà de quelques mois, est saine et fortifiante pour l'esprit. Etre libre, c'est sur les mers n'obéir qu'au devoir. 11 entre, en effet, de la volonté dans l'obéissance du marin et tel est le trait qui le distingue surtout du soldat.

L'homme qui, ignorant par lui-même certaines lois de la nature, se montre assez moralement fort pour se soumettre à l'ordre du capitaine qui les lui explique d'un mot, fait acte d'indépendance en même temps que de sagesse.

Je ne m'exagère aucunement les bons effets de cet apprentissage. Émile ne sera point un marin pour avoir exécuté quelques manœuvres parmi les cordages durant une traversée. Et pourtant cette épreuve ne peut manquer de lui tHre utile. 11 apprendra un peu de la mer, étudiera les principaux organes d'un vaisseau et les noms qui les désignent. Combien de garçons de son âge auxquels ce monde flottant est absolument inconnu !

Je tiens surtout à ce qu'Emile se fasse par expérience une idée des gigantesques forces de la nature et de ce qu'il faut à l'homme de présence d'esprit pour leur résister ou les vaincre. Ce sera la grande leçon de son voyage. En vérité, je ne puis m'empecher de sourire , quand j'entends des maîtres raconter à de petits fainéants, déjà tout bouffis d'orgueil, qu'ils sont les rois de la création. Que n'ajoute-t-on que leurs mains blanches et délicates ont été faites pour conduire dans le ciel le char du soleil? Mettez ces rois de la création en

face de la mer, et comme ils auront peur que les grosses vagues ne leur crachent au visage !

Emile, lui, doit apprendre de bonne heure à quel prix l'homme est le maître des éléments et par quels constants exploits se maintient notre empire à la surface des eaux.

Le capitaine avec lequel je me suis expliqué et qui est un homme intelligent a très bien compris la leçon que je voulais donner à mon fils. Le travail de l'esprit devrait utre considéré par la jeunesse comme la récompense du travail des mains.

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