LIVRE TROISIÈME
10 septembre 18G. .
Le vaisseau qui nous avait amenés de Londres au Gallao est reparti depuis trois semaines, et Dieu sait quand il reviendra. Au lieu donc, cette fois, de doubler le cap Horn, nous remonterons la rivière des Amazones dans un bateau à vapeur pour gagner les côtes du Brésil où nous trouverons un navire allant en Angleterre. Cette route est plus courte que l'autre d'une vingtaine de jours.
Lola tient à revenir avec nous : son pays qu'elle a si peu connu ne lui inspire nullement le désir d'y demeurer, et elle sait bien d'ailleurs que nous l'aimons.
A aucun point de vue, je ne regrette ce voyage. Emile a passé ici son temps à se faire des yeux pour la science. Il rapporte des collections d'histoire naturelle et, ce qui vaut encore mieux, beaucoup d'impressions, beaucoup de souvenirs. Son caractère s'est formé à l'école de l'expérience et de la vie ; c'est la seule qui fasse des hommes.
Certes je ne veux point dire que tous les adolescents doivent aller aussi loin que lui pour s'instruire; mais je maintiens qu'ils gagneraient plus qu'on ne croit à sortir un peu de leur coquille et à voir la nature dans la nature, avant de l'étudier dans les livres.