‹ L'Emile du dix-neuvième siècleChapitre 171 sur 188 · ÉMILE A SON PÈRE · texte numérisé non relu

ÉMILE A SON PÈRE

Bonn, 10 juillet 180..

Tu me demandes de te tenir au courant de mes études. Les salles de l'université, un bàtimenttout moderne, sont ouvertes l'été de sept heures du matin à une heure de l'après-midi, et de trois heures à six heures. Les cours des professeurs se divisent eu cours publics et privés; les premiers sont naturellement gratuits; pour suivre les seconds, les étudiants paient deux frédérichs d'or par semestre

(50 francs). Comme toutes les universités de l'Allemagne, celle de Bonn se partage en quatre facultés — droit, philosophie, médecine, théologie, et à chacune de ces facultés se rattachent diverses branches de connaissances qui sont enseignées par des hommes spéciaux.

On nous laisse libres deperdreou d'utiliser notre temps; car nul ne surveille ni ne contrôle notre conduite. Je crois d'ailleurs que, comme tu me l'as souvent dit, la seule discipline efficace est celle qu'on s'impose à soi-même.

Les professeurs de notre université sont à coup sûr des hommes très-instruits; mais j'ai souvent beaucoup de peine à suivre le fil de leurs idées. D'abord ces idées, il me semble, ne sont pas toujours claires par elles-mêmes, et ensuite n'ayant point encore l'habitude de penser en allemand, j'éprouve plus de difficulté qu'un autre à les comprendre. Ce qui m'étonne, c'est que ces illustres savants sont mal payés, si j'en juge par leur modeste extérieur, leur sobre manière de vivre, leurs habits râpés, je dirais presque crasseux. Cette pauvreté me touche, et ajoute au respect que m'inspirent leurs lumières. Voilà donc des hommes qui aiment la science, non pour les richesses ni les jouissances matérielles, mais pour les nobles satisfactions de l'esprit qu'elle procure. Les uns parlent d'abondance; d'autres, en plus grand nombre, lisent leurs leçons écrites. Les étudiants écoutent et prennent des notes. Je me suis fait un système de sténographie qui est sans doute très-rudimentaire;

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