LIVRE QUATRIÈME m
de son temps et de son pays. Mon passé, mes opinion, ne t'engagent en rien : chaque génération est appelée à faire son œuvre par elle-même et tenue de consulter les besoins nouveaux de la société. Souviens-toi seulement qu'il ne sullit pas d'attaquer les anciennes institutions pour les détruire : il faut que la science en démontre le mensonge ou le néant. Veux-tu avoir raison de tes adversaires? Sois meilleur et plus éclairé qu'eux.
Dans les temps de décadence, les maux dont tout le monde se plaint, tels que l'engourdissement moral, l'égoïsme du laisserfaire, la soumission hébétée a la force des choses, n'est-ce point aussi de tout le monde qu'ils viennent ? Chacun ne participe-t-il point, soit par son silence, soit par son abstention volontaire, à l'universelle ruine? Ce serait toutefois l'heure pour les âmes fières de se raidir contre le courant. Que si nous ne nous sentons pas assez forts par nous-mêmes, appelons à notre secours tous les anciens martyrs du droit, les écrivains morts à la peine qui ont lutté contre l'arbitraire et contre l'aveuglement de leur siècle, les orateurs tombés sanglants de la tribune, les galériens de l'intelligence qui ont traîné à travers les âges le boulet de la servitude morale. Regardons derrière nous ; nous avons pour témoins dans le passé les cachots, les exils, les supplices qui témoignent de l'irrésistible sainteté de notre cause ! Le drapeau de la liberté ombrage sous ses plis tout ce qui a résisté, tout ce qui a souffert, tout ce qui a été brisé dans l'exercice d'un devoir ; c'est par ce
signe que nous vaincrons; c'est dans cette foi que je t'embrasse.