‹ L'Émirat des TrarzasChapitre 16 sur 47 · III. — Ahmed Saloum III · texte numérisé non relu

III. — Ahmed Saloum III

Au commenceipent de io, 10, l'autorité française « se pro: « posant de reconnaître d'une façon éclatante ou plus exaç- « tement de souligner la différence de traitement entre les « gens qui nous sont restés fidèles et ceux qui nous ont « combattus jusqu'à la dernière extrémité », résolut de restaurer la dignité dJEmir et de la conférer à Ahrned Saloum oûld Çrahim.

Ep réalité, il s'agissait moins de récompenser ce chef

que de tenter l'application d'un nouveau principe politique : suppression de 1" administration directe et instauration du protectorat des pays maures. Il ne faut pas entendre cette appellation de protectorat au sens diplomatique du mot. Il s'agissait en l'occurence de constituer tin grand commandement indigène sur les guerriers trarzas assez difficiles à manier, et d'y affecter comme titulaire un des représentants héréditaires de la famille émirale du Trarza. Quant aux tribus maraboutiques, beaucoup plus commodes à diriger, elles restaient dans Ja main de leurs chefs politico-religieux respectifs, mais à la suite de rivalités intestines, une forte décentralisation leur était consentie. Pour elles, l'Emir du Trarza devait être surtout un chef honorifique, puisqu'il n'avait à s'immiscer; en rien dans leur administration.

Ce retour ( au passé s'imposait en quelque sorte en 1910, L'Administration directe amenait la disparition des privilèges politiques et, par conséquent, fiscaux des guerriers. C'était pour les Hassanes, beaucoup plus qu'une défaite militaire et un abaissement politique ; c'était la ruine matérielle et la famine inévitable et prochaine. Dans ces conditions, toute soumission réelle, même offerte avec la meilleure foi du monde, était impossible du côté des Trarzas. Malgré ses goûts personnels et le désir d'être agréable aux marabouts auxiliaires de sa politique, malgré la justice même qui, de toute évidence, était du côté des Zouaïa, faisant remarquer judicieusement que les guerriers n'avaient plus droit à la perception de redevances politiques, puisqu'ils restaient sans utilité sociale et que c'était l'autorité française qui assurait la sécurité générale dans le pa3^s, Coppolani avait été obligé de maintenir l'état de choses antérieur, c'est-à-dire d'assurer la domination de la France en pays maure sous la forme du Protectorat. L'expérience, qui avait d'ailleurs donné d'excellents résultats pour les Marabouts, mais qui ne pouvait se prolonger pour les

guerriers, sous peine devoir à renoncer aux moyens pacifiques, ramenait le commandement à la conception Coppolani mise au point.

Les Djemaas consultées firent un accueil favorable aux propositions du Gouvernement, et toutes les tribus hassanes du Trarza Occidental (Résidence de Méderdra) , qui sont d'ailleurs de beaucoup les plus nombreuses, acclamèrent leur Emir Ahmed Saloum, troisième du nom. Il fut solennellement reconnu par l'autorité française à Méderdra, en mai 19 10, et une convention fut signée entre les deux parties.

La situation de l'Emir, telle qu'elle résulte de cette convention, et telle que le cours des événements Ta modifiée et consacrée depuis 19 10, sera exposée plus loin. Il suffit de retenir qu'une limite territoriale : ligne Lemleïga, Souet el-Ma, et prolongement, était fixée au commandement du nouvel Emir et que seules les tribus, comprises entre cette ligne et l'Océan, étaient placées sous son autorité. Il s'agissait en l'occurrence de l'ancien parti d'Amar Saloum, passé à son neveu, et qui lui restait toujours fidèle. Les quelques campements irréductibles étaient autorisés à venir s'établir dans la Résidence de Bou Tilimit.

Il était une raison qui poussait le Gouvernement français à délimiter aussi nettement, ratione personarum et ratione loci, l'autorité de l'Emir ; c'était le fait de la soumission d'Ahmed ould Deïd, frère de Sidi, et la nécessité de lui réserver une situation. Ahmed ould Deïd, en effet, travaillé depuis longtemps par Cheikh Sidïa, venait de faire sa soumission sans conditions, dans les premiers jours de janvier 19 10. Il était suivi dans cette voie par ses deux principaux lieutenants et chefs de bandes : Isselmou et Ahmed Salem ould Mokhtar Oumou.

Il importait au plus haut point pour la tranquillité du pays de séparer nettement les zones d'influence des deux anciens adversaires et de leur assurer à chacun des moyens d'existence suffisants, sans toutefois que le dissident fût,

malgré ses prétentions, placé sur le même pied que l'Emir, qui nous avait servis avec dévouement, pendant plusieurs années.

Au point de vue politique, les fractions guerrières sises à Test de la ligne Lemleïga, Souet el-Ma, Jerarïa et prolongements, c'et-à-dire les Hassanes du Trarza Oriental furent partagés entre les trois dissidents venus à résipiscence, Ahmed ould Deïd reçut le commandement des petits groupements Oulad Daman et Oulad Ahmed ben Dâmân : Oulad Bou Bakar Ciré, Oulad Reguïeg, Ahel Abella, Ahel Ag Mouttar qui lui étaient fidèles et entendaient rester dans la région orientale, tous très partiellement, ainsi que celui de quelques Euleb, Oulad El-Lab, et de ses haratines Dokhon. Il devenait le Cheikh indépendant de ce groupement, comme Ahmed Salem Oumou devenait le Cheikh de la fraction Ahel Atam, des Oulad Dâmân, comme Isselmou celui des Rehahla de l'Est. Celui-ci était, en outre, envoyé en possession d'une partie de l'héritage de son oncle Othman ould Khalil, et se voyait confier la tutelle profitable de ses deux cousins fils d'Othman.

Cette situation était inférieure à celle de l'Emir, mais elle était parallèle et indépendante, les nouveaux chefs relevant directement du Résident français de Bou Tilimit. Il était alors formellement défendu aux Hassanes de l'Emir, comme .à ceux des trois Cheikhs du Trarza Oriental, de passer réciproquement dans la zone du voisin, autrement que pour un but bien déterminé et avec l'autorisation du Commandant de cercle. Quant aux moyens de subsistance réclamés par les guerriers, ils consistaient en horma, taxe personnelle coutumière payée par les tributaires Zenaga et en bakh, redevance locative sur les terrains du Chamana, perçue sur les Zenaga haratines, captifs et noirs libres qui mettent en valeur ces terrains. Il s'agissait d'opérer une juste répartition de tous ces droits plus ou moins indivis. La solution pressait d'autant plus que les dissidents ren-

très, les mains vides, du nord, mouraient littéralement de faim.

Les quatre principales fractions qui payaient la vhorma étaient : les Rehalha, les Aroueijat, les Oulad El-Faghi et les Oulad Aïd. Les traditions anciennes étaient respectées en ce qui concerne le paiement des hormas individuelles, sur lesquelles- il n'y avait pas de litiges, et c'est encore cette disposition qui règle la matière à l'heure actuelle. Pour les horma indivises, comme pour les bakh (ceux-ci surtout payés par les Zenaga Oulad Aïd, ils provenaient en grande partie de la succession des Ahel Ali ould Khamlich qui avaient été assassinés par l'Emir Sidi ould Mohammed Ai- Habib' dont eux-mêmes venaient d'assassiner le père (1S61). Les biens avaient été séquestrés à ce moment par Sidi et Habib qui détenant la force, s'emparaient des richesses de leurs prédécesseurs. De longues discussions s'élevèrent à ce moment entre les lettrés maures sur la modalité du partage de ces droits coutumiers, les uns arguant pour la répartition conformément au droit naturel, puisque la horma n'est pas d'origine coranique, les autres déclarant qu'à l'aide cje l'analogie, c'était aux règles ordinaires de la succession juridique (ju'on devait s'en rapporter. La nécessité politique d'assurer à tous les moyens de vivre conduisit à un partage moins académique, mais plus équitable. Les revenus, tirés des Oulad Aïd et s 'élevant annuellement à dix tonnes de mil environ, furent divisés en deux parties égales : l'une réservée à l'Emir et à son jeune cousin Mohammed Ai-Habib, fils de l'Emir Ahmed Saloum II, l'autre donnée à Ahmed ould Deïd et aux siens. Pour éviter tout conflit, ces perceptions furent effectuées par l'autorité française, en même temps que. l'impôt achour, et en dehors de toute ingérence des intéressés : c'est d'elle qu'ils recevaient leur part.

Par la même occasion, au point de vue politique, les Oulad Aïd étaient rendus autonomes et placés sous le com-

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mandement de l'un des leurs. En compensation, l'Emir grossissait ses revenus, de hormas plus considérables, se montant à la jouissance de trente-cinq chamelles et à la perception de trente-trois pièces de guinée, Ould Deïd n'ayant droit qu'à la horma de douze chamelles.

Ce premier point de politique alimentaire réglé, il convenait de définir le plus exactement possible, la situation d'Ould Deïd, autant pour afltter sa vanité ombrageuse que pour reconnaître les services rendus et surtout que pour le tenir en main et tenir par lui les guerriers, ses partisans. On lui donna, en fin 1912, dans la région de Bou Tilimit un commandement à allure militaire sur ceux des Oulad Daman et Oulad Ahmed ben Daman et sur leurs haratines et tributaires, qui lui avaient toujours été fidèles et dont le sort était lié au sien. Dans la dernière partie de cette étude, où l'organisation actuelle de l'émirat, est traitée en détail, on analysera d'une façon plus précise la situation politique d'Ould Deïd. Il suffit de constater ici que, chef de goum et partiellement satisfait de ses attributions, Ould Deïd se tient tranquille et a même eu l'occasion de rendre des services dans les diverses colonnes où il a été utilisé.

Depuis le jour où cette organisation de l'émirat a été instaurée avec le sens politique le plus avisé par le capitaine Gerhardt, Commandant le cercle, ou sur ses propositions, la situation s'est maintenue, excellente dans le Trarza. Avec le temps et à l'user quelques modifications de détail ont été apportées et des précisions se sont imposées sur certains points. Il est inutile de faire l'historique de cette cuisine administrative. L'exposé de la situation actuelle de l'Emir, de ses attributions, de ses prérogatives, comme des coutumes politiques des tribus, se trouve fait dans le tableau d'ensemble qui constitue la dernière partie de ce mémoire,

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