I. — Guerriers
Les guerriers hassanes, à la suite des dissensions intestines, qui, depuis Ahmed fils de Daman, n'ont cessé de troubler les tribus, ont fini par se partager en deux clans plus ou moins hostiles, suivant les circonstances :
Les Oulad Ahmed ben Dâmân,
Les Oulad Dâmân.
Les Oulad Dâmân vivent dans le Trarza oriental (Bou Tilimit). Les Oulad Ahmed ben Dâmân campent dans le Trarza occidental (Méderdra) avec rémir. Ce partage n'est naturellement pas absolu.
Une fraction de 59 tentes des Oulad Ahmed ben Dâmân, mécontents de leur ancien émir Ahmed Saloum II, et qui ne se sont pas ralliés à son successeur, Ternir actuel Ahmed Saloum III, sont venus rejoindre les Oulad Dâmân.
De même, plusieurs petits campements Oulad Dâmân ont lâché leurs frères, pour venir s'installer avec l'émir et les Oulad Ahmed ben Dâmân.
Les Oulad Dâmân, ressortissant à Bou Tilimit, se partagent entre les fractions suivantes :
Oulad Sassi 51 tentes
Ahel Attam 25 —
Oulad Al-Bou Alïa 33 —
Haratines Oulad Sassi 94 —
Haratines Ahel Attam 50 —
Les Oulad Sassi et les Ahel Attam sont les descendants de Sassi et d' Attam, deux des fils de Dâmân . Ils se frac-' donnent ainsi :
L'union sacrée, Mgr Jalabert, évéque du Sénégal, et Cheikh Sidia, à Bou Tilimit {\9ll)
Oulad Sassi :
Ahel Kouri-Cheikh Mokhtar Ould Mbarek efuld Mohammed.
Oulad Khalifa-Cheikh Ali ould Ali.
Oulad Fadima-Cheikh M'hammed ould Al-Lab.
Oulad AmmoueiMini-Cheikh Ahmed Salem ould Alia ould Mekhiiratt.
Ahel Attam :
AI Aliouna-Cheikh Ahmed Salem; ould Mokhtar Oummou.
Oulad Jebir-Cheikh Ahmed Salem ould Mohammed ould Bekkar.
Oulad Menfoua-Cheikh Mohammed Salem ould Baïa.
Oulad Brahim men Attam-Cheikh Mohammed Fal ould Sidi.
A signaler deux ou trois tentes Oulad Zennoun, dont le Cheikh est Mbarek Fal ould Gakkou.
Les Oulad Bou Al-Alïa sont ainsi nommés de leur ascendante, qui était une Alïa, id est, une femme des Oulad Bou , Ali, fraction des Oulad Rizg, dont les descendants sont aujourd'hui hassanes à la suite de l'émir. Les ancêtres des Oulad Bou Al-Alïa étaient Bella, Ahmed et Mhammed, tous trois fils d'Azzouz, fils de Messaoud, fils de Moussa, fils de Terrouz. Ces trois frères étaient donc les frères de Daman, mais frères consanguins seulement, car leur mère était une Alïa, tandis que la mère de Daman était une femme des Anatra, fraction des Oulad Nacer, du Hodh. Il importe de ne pas confondre Oulad Bou Al-Alïa et Oulad Bou Ali. On comprend ordinairement les Oulad Al-Bou Alïa, sous le nom d' Oulad Daman, quoiqu'il soit en réalité les descendants des frères de Daman.
Daman avait eu, outre Bella, trois autres frères Ahmed, Zennoun et M'haïmdat. Leurs descendants, réduits à quelques tentes, n'ont pas d'existence propre comme fraction et sont englobés dans les Oulad Daman.
Ces trois fractions, nobles et hassanes, sont suivies de deux gros campements haratines, affranchis et fils d' affranchis , également guerriers, djicheurs et non tributaires. Il est inutile de revenir ici sur la constitution originale
et sur les annales de ces fractions qui ont été décrites dans la première partie. Ce sont en effet les fils de Daman, l'envahisseur arabe, qui ont dirigé l'histoire générale du Trarza.
Les EulEB se sont également partagés, au gré de leurs sympathies, outre les Oulad Daman et les Oulad Ahmed ben Daman. Dans le Trarza de Bou Tilimit, vivent trois campements Euleb :
Oulad Mohammed 52 tentes
Oulad Aouïs 32 —
Adiokhokha 8 —
Ils sont de lointaine origine Trarza. Leur ancêtre éponyme est Bou Alba fils de Terrouz. Ils sont les meilleurs méharistes du Haut-Trarza, et entrent en nombre dans nos formations mobiles.
Les Euleb n'ont pas pu se reconstituer en fraction unifiée. A leur rentrée de dissidence, leur chef Ahmeddou ould Moulay mourut et fut remplacé par son oncle Bou Bakar ould Hommeïda. Il ne tarda pas à se rendre insupportable, tant aux Français par son manque de dévouement, qu'aux Euleb par la façon révoltante dont il pillait la succession de son neveu et « mangeait » les Zenaga du défunt Cheikh. Il fut destitué. Les fractions se reconstituèrent alors, en dehors des traditions ethniques, au seul point de vue de leurs affinités. C'est ainsi qu'on les trouve partagés aujourd'hui entre Bou Tilimit et Méderdra.
Le Cheikh des Euleb de Bou Tilimit est Ahmed ould Othman ould Bou Bakar Seddiq.
Les OiJtAB Al-Lab sont une tribu de l'Adrar dont l'ancêtre était Chouikh fils de Delim. C'est pourquoi on les
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désigne quelquefois avec leurs cousins Al-Gra sous le nom d' Oulad Chouikh. Tout en leur reconnaissant leur origine Oulad Delim, F habitude s'est implantée chez les Maures de n'appeler Oulad Delim que les seuls Remeïthïa, c'est-à-dire les descendants de Remeïth, frère aîné de Chouikh.
Les Oulad Al-Lab ne partagent avec les Ahel Barik Allah tant les territoires sis entre Trarza et Adrar, que les tribus zenaga : Adam et Legouidsat. On en comptait quatre tentes seulement dans le Trarza, il y a quelques années. C'étaient les descendants des gens qui accompagnaient la mère d'Ould Deïd quand elle fut épousée vers 1875 par l'émir Mohammed Fal, fils de Sidi Mbaïrika, fils aîné de Mohammed Ai- Habib. Ils sont naturellement attachés à la fortune de la branche aînée et soutiennent les prétentions de Sidi et d'Ahmed ould Deïd. Depuis quelques temps, plusieurs tentes de dissidents ont demandé en retrant à se joindre au groupement du Trarza.
Le souvenir de leur grand Cheikh Ali ould Ahmed ould Lefdil, dit Rmouga (c'est-à-dire à la mâchoire difforme) est resté vivace chez les Oulad Al-Lab. Il fut un homme juste et un chef de guerre remarquable. Attaqués par les Djaafrïa et les Oulad Reïlan de l' Adrar, et les Oulad Ahmed ben Daman du Trarza, coalisés par le pacte de Zoug, il les battit et les dispersa avec ses seuls contingents Al-Lab. Cette victoire de Glib Bakhouga, à la limite méridionale du Tiris, est restée célèbre dans les annales du siècle dernier de la Mauritanie.
Des pièces poétiques de tout genre l'ont chantée. On peut citer celle d'un zenagui des Ahel Barik Allah, nommé Bouikiri Ould Addïa qui était venu visiter le tombeau de son marabout, le saint Bokhari ould Filali, des Ahel Barik Allah, et lui ayant demandé le don de poésie, s'en alla subilement inspiré, en chantant :
« Les Béni Reïlan sont arrivés, cherchant leur vengeance..
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Ils étaient accompagnés des Khanicussa et des tribus Djaafrïa.
« Mais Rmouga s'est dressé en un jour de bataille, monté sur sa jument aux jambes bien arquées, à Y encolure dégagée, à la svelte maigreur, il déclamait :
« Nous ne pouvons pas rendre la vie à un cadavre, mais nous tuerons l'âme des corps qui vivent (i). » Rmouga accueillit assez froidement, en 1860, le capitaine d'Etat - Major Vincent qui se rendait dans l'Adrar ; mais, s'étant. radouci, il lui facilita considérablement son voyage. Vincent en fait un grand éloge.
Les guerriers de la résidence de Bou Tilimit ont une population totale de 408 tentes, 415 hommes, 401 femmes, 509 enfants, 145 captifs et 228 captives.