II. — Zenaga Tributaires
Les Zenaga de la résidence de Bou Tilimit constituent, en dehors des tentes isolées qui vivent avec les tribus hassanes ou maraboutiques, trois fractions spéciales ayant leur autonomie et une vie administrative propre. Ce sont les Rehahla, les Oulad Al-Faghi et les Aroueïjat. Deux de ces deux fractions d'ailleurs : les Rehahla et les Aroueïjat ne sont pas tout entières à Bou Tilimit. Elles se sont partagées entre résidence et la résidence de Méderdra.
Rehahla.
Les Rehahla sont d'origine arabe. La chose est hors de doute, car la tradition maure leur assigne très fermement une place au milieu des bandes hassanes de l'invasion, et Ton sait que, si les origines orientales que s'attribuent les Marabouts par delà leur ascendance Canhadja n'ont aucune valeur, les traditions arabes des hassanes sont au contraire authentiques et doivent être acceptées au moins comme schéma historique.
Les Rehahla sont les descendants des fils, compagnons et serviteurs de leur ancêtre éponyme Rehhal. Rehhal était fils d'Othman, fils de Maghfar, fils d'Oudeï, fils de Hassan, l'ancêtre éponyme et historique des tribus arabes, dites hassanes, des pays maures. Il était donc le frère de Yahia, l'ancêtre des Oulad Yahia ben Othman (Adrar), d'Antar, ancêtre des Oulad Nacer (Hodh), et d'Amran, l'ancêtre des Trarza, Brakna etc.. (cf. les différents tableaux généalogiques de la première partie).
Les Rehahla n'ont jamais exercé de prépondérance politique ou guerrière en pays maure. Ils ont marché d'aborH à la suite des Oulad Rizg (xve siècle), puis des Oulad Mbarek
(xvie siècle) et enfin des Trarzas (xvne siècle jusqu'à nos jours). Ils sont guerriers actuellement, mais de deuxième catégorie. Ils ne sont pas hassanes nobles, ils sont zenaga, c'est-à-dire tributaires. Nous trouvons ici un exemple de cette déformation du sens original de Zenaga. Les Rehahla sont des Zenaga (tributaires) sans être des Zenaga (d'origine, id est çanhadja). Les tribus maraboutiques au contraire repoussent toute appellation de Zenega (tributaires) alors que ce sont elles qui sont les véritables Zenega d'origine.
Fractionnement des Rehahla.
Rehahla de Bou Tïlimit :
Loubboïrat 26 tentes
Oulad Obeid 43 —
Ahel Bou Zid . . ... , 3Î —
Rehahla de Méderdra :
Lehsaïnat :
Ahel Mbarek' :
Adnounat 21 —
Ahel Chioukh 22 — .
Ahel Kouiri ould Mahmat . . 41 —
Ahel Ahmed Meska 16 —
Ahel Heddar 12 —
Ahel M'haïmed 5 —
Ahel Maham 61 —
Ahel Nagued 10 —
Leghiounat :
Oulad Amran :
Ahel Feïjah 16 —
Ahel Sidi Ahmed ould Moissé. 25 —
Ahel Himer 15 —
Ces trois derniers campements, Ahel Feïjah, Ahel Leronizi et Ahel Himer ne jouissent pas de la tradition des ori-
L ÉMIRAT DES ÏRARZAS 169
gines arabes. Ils sont d'origine çanhadja, ayant fait partie de la méhalla-almoravide d'Abou Bakr ben Omar.
Les Rekahla sont inféodés anx Oulad Ahmed ben Daman. Chaque fraction vassale a sa fraction suzeraine :
Les Loubboïrat, les Ahel Tounsi.
Les Oulad Obeïd ould Naga; les Lereïta dont la tente principale
est les Ahel Brahim Achcha.
Les Ahel Bon Zid : les Ahel Alïa ould Arnar ould Kouinba. Les Lahsaïnat : les Ahel Tounsi.
Les Leghiounat : les Ahel Ahmed ould Al-Kouri.
Leur contribution, horma, consistait dans le lait d'une chamelle ou d'une vache, par tente. A défaut de bête laitière, la tente Rehahla est imposée pour trois pièces de guinée.
Les tentes Rehahla sont aussi grevées d'une hekka, ou don gracieux envers les tentes de leurs suzerains. Cette hekka consiste en la remise annuelle de deux brebis : l'une est laitière, le suzerain doit la rendre quand le lait est épuisé; l'autre est destinée à être mangée.
Les Rehahla, étant guerriers à la suite des Ould Ahmed ben Daman, étaient tenus de suivre leurs suzerains dans toutes leurs expéditions. Cette obligation toutefois ne s'étendait pas aux luttes qu'ils soutenaient contre leurs cousins Oulad Daman, et, à plus forte raison, aux luttes intestines entre campements Oulad Ahmed ben Daman, car c'eût été contraindre les campements vassaux à se partager à la suite de leurs maîtres et à se battre entre eux.
Les Rehahla, comme toutes les fractions Zenaga, n'ont pas de territoire propre. Ceux de Bou Tilimit vivent chez les Ida Ou Ali et les Ida Belhasen ; en hiver, c'est-à-dire du 15 novembre au 15 février, ils nomadisent dans l'Aoukar et chez les Oulad Biri. Ils ont, en outre droit au tiers de l'eau sur les puits de l'Iguidi des Oulad Dîman. Ceux de Méderdra nomadisent chez les Oulad Dîman et boivent aux puits de Jellat. Pendant l'été, c'est-à-dire du 15 mai au
15 août, ils errent autour de Taguilelt, Tagoufit, Bouir oukl Al-Maloum, Badi, Jouïhel, Birhoum.
Comme tous les Zenaga, ils n'ont pas de marque spéciale pour les animaux, mais prennent celle des tribus maraboutiques chez lesquelles ils vivent. Les Lericunat ont donc soit
l'amama /|\ des Id Atjfagha (Oulad Dîman),soit la tclieqria
«Hp
des Ida Choqra (Ida Belhasen) ; les Lahsaïnat ont le
lam-alif des Ida Belhasen VJ .
Les Rehahla de Bou Tilimit comprenent 100 tentes, 105 hommes, 103 femmes, 180 enfants, 66 serviteurs et 89 servantes,
Oulad Al-Faghi.
La tradition maure attribue aux Oulad Al-Faghi la même origine qu'aux Tadjakant. Ils seraient donc Çanhadja au premier degré, ce qui est assurément vrai, et Himyarites, au delà, ce qui est certainement faux.
Ils comprennent deux fractions :
Torch 80 tentes
Oulad Ben Kharç 109 —
toutes deux relevant de Bou Tilimit.
Ils sont Zenaga tributaires, à la suite des Oulad Dâtnân, et marchent avec leurs suzerains en temps de guerre. Ils ont le devoir de les accompagner dans toutes expéditions, à l'extérieur, ou intestines.
Ils doivent un horma d'une chamelle ou d'une vache laitière. A défaut de ces deux animaux, ils se rachètent pour l'année par le versement fixe de ip pièces de guinée.
Ils n'ont pas de puits, mais, comme tous les guerriers, boivent aux puits d'eau des Marabouts, en l'occurence dans le Chamama et chez les Tadjakant.
Leurs terrains de parcours sont : pendant l'été, c'est-àdire du 15 mai au 1.5 août, la région comprise entre Souet el-Ma, et Tichint Al-Aïdi ; Aoulïife, et Mbarek ould Soueïdi ; en automne, c'est-à-dire du 15 août au 15 novembre, l'Aoukeïra, et de Tin Timourzin à Kendelek de l'Aftout ; pendant l'hiver, c'est-à-dire du 15 novembre au 15 février, les Lemsaïdat. Ils possèdent des lougans assez bien cultivés autour du Mari goût de Roundi. Leurs marques sont empruntées aux Tadjakant, à savoir, l'outarde v|\, l'okh
^ , et le waw y . Ils ont de grands troupeaux. Les Oulad Al-Faghi jouissent d'une assez détestable réputation. On connaît le proverbe maure, qui leur est commun d'ailleurs avec les Oulad Bou Sba :
« Si tu rencontres une vipère et un Al-Faghi, tue r Al- Faghi et laisse la vipère. »
Les Oulad Al-Faghi comprennent 189 tentes, 219 hommes, 91 femmes, 105 enfants, 73 captifs et 147 captives.
Le£ Oulad Al-Faghi possèdent sur leurs origines les légendes les plus fantaisistes.
Faghi, l'ancêtre éponyme, était un Djakani venu chercher fortune, il y a plusieurs siècles, dans le Trarza, au Sud de Nouakchot. Le campement de son fils Lemhouindat s'élevait sur le rivage de la mer, quand un jour la femme de ce dernier aperçut sur le rivage un petit enfant qui paraissait abandonné, et dont on ne peut jamais découvrir l'origine. Comme" il portait de petites boucles d'oreille (khorç), on
Tappela Bou Khorç. Ce fut l'ancêtre éponyme de la première fraction des Oulad Al-Faghi. Ses trois fils Mbeïga, Saïd et Rounbat, s'étant querellés par la suite, les gens de Rounbat, ou Irounbaten, descendirent vers le Sud, jusqu'au delà du marigot des Maringouins. On ne les compte plus aujourd'hui comme Oulad Bou Khorç.
Vers cette même époque, un autre Djakani, Torch Ouled Taleb Tinguïou, fuyant Tiniégui (Adrar) sa ville natale, dévorée par les dissensions, vint chercher asile dans le campement de Mbeïga. Il y épousa sa fille, y fit souche et ne tarda pas à être considéré comme citoyen des Oulad Al- Faghi. Ses descendants ont constitué la deuxième fraction de la tribu : les Torch.
Aroueïjat.
Les Aroueïjat se disent d'origine berbère et de la même souche que les Tadjakant, par conséquent Canhadja au premier degré, et Himyarites au delà. Ils' appartiennent au grand clan berbère mal défini des Irallen. Lors des premières invasions hassanes, ils durent se soumettre et gardèrent quelque temps le chapelet ; mais quand les fils de Daman, à la tête des Trarzas, acquirent la prépondérance sur les autres tribus, les. Aroueïjat se rangèrent résolument à leurs côtés et reprirent le fusil. Depuis ce jour, ils sont restés guerriers à la suite des Oulad Daman et des Quia 1 Ahmed ben Daman. Ils sont donc leurs Zenaga et leur paient un tribut. Cette horma consiste en une chamelle laitière que les Ahel Labiod doivent aux Ahel Agmouttar, les Ahel Aïa aux Ahel Abella, et les autres aux Euleb.
En outre, les Ahel Ali Kouri ould Ahmed Leïgat perçoivent une agnelle d'un an sur toutes les tentes des Aroueïjat, sans exception. Une même contribution d'un agneau est perçue par les Ahel Bou Bakar Sadiq sur quelques tent.es seulement.
Enfin la liekka, ou don gracieux, de deux brebis, une laitière et une de boucherie, est presque de rigueur, quand lis relations sont bonnes.
Dans la résidence de Mederdra, les Oulad Adam sont es Zenaga des Ahel Mohammed Ai-Habib ; les Ahel Samba, ceux des Oulad M'hammed, les Ahel Seïdat, ceux des Ahel Amor Agjïel, sauf quelques-uns qui sont Zenaga des Oulad Siïed ; les Ahel Çafi, ceux des Euleb et des Ahel Agmouttar.
Les Aroueïjat faisaient partie du groupement de Ternir, au commencement du siècle.
Le meurtre d'Ahmed Saloum II (1905) provoqua la scission chez eux. Un petit groupe fit sa soumission immédiate et resta fidèle, mais la plus grande partie suivit la fortune d'Ahmed ould Deïd. Ils furent employés par lui à l'entreprise dangereuse d'aller vendre des troupeaux dans les escales du Sénégal pour y acheter de la poudre. Dans ce but, ils firent appel à la ruse, offrirent leur soumission et sous ce couvert, purent se livrer à leurs achats de munitions. Mais les convois eurent un autre résultat, auquel Ould Deïd ne s'attendait aps. Les Aroueïjat comprirent, au contact des Français, et au vu de leurs forces, que la cause de leur maître était perdue. D'autre part, esprits pratiques, ils virent tous les avantages qu'il y avait à commencer avec les Français ou à leur compte. Aussi ne tardèrent-ils pas à revenir loyalement et à faire une soumission effective.
Les Aroueïjat de Bou Tilimit sont campés dans la région de Biar Tagounant et des Oglat Ida Belhassen. Ceux de Mederdra chez les Tachedbit et les Oulad Dîman qualité de guerriers, ils boivent aux puits des Marabouts, car ils n'en possèdent pas au propre. Ils se spécialisent depuis quelques années dans les convois de l'administration . ou viennent faire du commerce dans le Oualo et le Cayor. Ils sont très riches en chameaux et en petit bétail. Leurs troupeaux de bœufs sont moins nombreux.
Les Aroueïjat sont partagés entre les résidences de Méderdra et de Bou Tilimit.
De Méderdra relève la fraction Oulad Ahmed Maham.
Oulad Ahmed Maham :
Oulad Adam 54 tentes
Ahel Samba M'Baye 29 —
Ahel Seïdat 35 —
Ahel Çafi ?.. 13 —
De Bou Tilimit, les fractions
Oulad Maham :
Oulad El-Abiad 64 tentes
Ahel Aïa , 63 —
Soit une population totale de 285 tentes.
Les Aroueïjat de Bou Tilimit comprennent 127 tentes, 139 hommes, 104 femmes, 143 enfants, 36 captifs et 88 captives.
Ils ont adopté les marques des tribus maraboutiques, auprès desquelles ils vivent. Les uns, télamides de Mohammed
Al-Yadali ont la vipère / . Les autres télamides de Mo-
la khatma^y/^ ;
hammed Al-Aqel ont la khatma («\/^ ; les derniers ont le feu des Tachedbit.
L'ensemble des Zenaga de la résidence de Bou Tilimit forme une population totale de 416 tentes, 463 hommes, 298 femmes, 428 enfants* 155 serviteurs et 324 servantes.
Marabouts.
Tadjakant.
Les Tadjakant s'attribuent une origine arabe himyarite. On sait le cas qu'il faut faire de ces prétentions. Cette tribu est d'origine berbère-chleuh, comme les autres tribus maraboutiques de Mauritanie. Elle l'est d'autant plus sûrement que d'après la tradition, un lien de cousinage assez récent unissait les ancêtres de Tadjakant à ceux des Tendgha et des Ida Ou Aïch ; et qu'un lien de parenté plus lointain les unit aux Ida Ou Al-Hadj et aux Tafoulalet. On peut voir en effet par le tableau généalogique ci-après que les ancêtres de ces trois tribus, Djakan, Al-Hadj et Afolla, ont un père commun et qu'ils se rattachent au rameau Messouma de la grande famille Lemtouna.
Lemtouna ancêtre des Lemtouna
Nebtan
Yalkakir
Amsen ancêtre des Messouma
Awan
Cherouan
Djakan,
ancêtre des
Tadjakant
Al-Hadj,
ancêtre des
Ida Ou
Al-Hadj
Afolla,
ancêtre des
Tafculalet
Les campements Tadjakant vivaient jadis groupés en une nation puissante dans l'Adrar, sous le commandement de Sidi Al-Maïou. Ils s'étaient construits un qçar à Tiniégui, entre Chingueti et Ouadane. Abandonnant peu à peu la vie nomade, ils finirent par devenir sédentaires. La légende attribue à leur scission les causes suivantes : • Une femme des Kounta était venue au kçar des Tadjakant, pour y voir sa mère qui en était originaire. Elle voulut pénétrer dans une maison pour rendre visite à une amie. Or un homme était couché en travers de la porte. Elle lui demanda de la laisser passer. Comme il n'en faisait rien, elle voulut l'enjamber, mais tomba à la renverse dans une position peu décente. Le scandale fut grand ; il dégénéra bientôt en bataille, et Ton ne put recouvrer la tranquillité qu'en se séparant pour toujours.
Une fraction partit vers le Nord et s'établit sur la rive gauche du Dra. C'est celle qui nomadise de cette vallée jusqu'au Tombouctou et dont le centre est Tindouf . Une autre fraction émigra vers le Trarza ; c'est celle qui nous occupe ; de celle-ci, plusieurs individus passèrent le Sénégal et vinrent s'établir dans le Diolof et le Cayor où ils se sont fondus parmi les noirs. Ils forment aujourd'hui le clan Ouolof des Babou, dont les familles sont dispersées dans ces deux provinces. Les noirs les appellent aujourd'hui encore « Boïdanes », id est « les Maures », et les Maures eux-mêmes ne font pas trop de difficultés pour reconnaître comme des cousins. Beaucoup d'entre eux savent l'arabe. Baba Diakhoumpa, ex-cadi du Cayor, est du clan Babou. La dernière fraction enfin s'enfonça vers le Sud et le Sud-Est, vers le Tagant, le Gorgol et Tichit sous la conduite des Cheikhs Id Eïchef et Legouali. La discorde étant survenue entre ces deux chefs, Legouali émigra plus à l'Est, mais s'étant heurté aux Lorlal Sahéliens, il dut revenir sur ses pas et compenser avec son compagnon. La paix fut rétablie sur des bases solides, et depuis ce jour les Tad-
jakant ont abandonné le fusil et adopté définitivement le chapelet. Ces faits se seraient passés vers le xvne siècle.
Les Tad jakant ne paraissent pas avoir pris part à la guerre de Babbah. Ils furents néanmoins au courant des projets de l'Imam Nacer ad-Din, puisqu'un de leurs saints, Mahdjoub le Djakani, se fit sou prophète et son champion.
La fraction des Tad jakant du Trarza comprend les sousfractions suivantes :
Tadjakant du Trarza :
Ould Moussanni :
Ahel Hend Maham 116 tentes
Ahel Atjfagha Maham 117 —
Remadin 41 — •
Ahel Bouna 28 —
Ahel El-Hadj El-Qorbi 46 —
Id Arzembo 16 —
Ahel Aïdou 25 --
Tiab Oulad Daman 47 —
soit un total de 436 tentes.
Les Oulad Moussanni sont seuls de pure origine djakanïa. Moussanni, l'ancêtre éponyme, était un pieux marabout qui vivait à Tiniégui au commencement du xvne siècle, avant la scission des Tadjakant. Lors des événements relatés ci-dessus, il émigra avec les siens vers le Sud-Ouest. Il eut trois fils : Hend Maham, Atjfagha Maham et Ramdan, qui ont donné naissance aux trois sous-fractions qui composent le groupement Oulad Moussanni. Les deux premières sous-fractions, ainsi qu'une partie des Remadin, sont installés dans le Trarza. La plus grande partie des Remadin nomadise dans l'Agan et le Tagant. Le chef des Remadin du Trarza est Ahmed Lamin ould Mouloud ; leur savant xxxv. 12
178 Revue du monde musulman
national est Mohammed Lanrin ould Abder-Rahman ould Mokhtar.
Les Ahel Bouna sont la descendance du Marabout Bouna, d'origine Ida Ou Ali du Tagant, qui vivait vers le milieu du xvnf siècle, et vint s'installer auprès des Tadjakant. Marié à une femme Djakanïa, il a fait souche chez eux et s'est incorporé à la fraction (fin clu.xvm6, commencement du xixe siècle). Le membre le plus célèbre de campement est Mokhtar Ibn Bouna (commencement du xixe siècle) qui a composé plusieurs ouvrages, universellement réputés dans le Sahara maure.
Les principaux de ces ouvrages sont :
Al-Oi*assilaf long poème sur l'exégèse coranique. Il a été commenté par Abdel-Qader ould Mohammed Salem, des Ahel Mohammed Salem, le campement juridique des Regueïbat.
Ihmirâr Al-Alfiya, long poème grammatical.
Torrat Al-Alfiya, ouvrage de grammaire, etc. Ces deux ouvrages sont un commentaire de VAlfiya, de l'Imam Ibn Malik. Les vers du commentateur sont intercalés dans les vers du commenté, et de nombreuses gloses marginales y ont été ajoutées. Texte et paragraphes ont été imprimés au Caire, à la Matbaa Hosseïnïa, par les soins du commerçant sénégalais Adb Bl-Kérim Mourad.
Les Ahel El-Hadj El-Qorbi sont la descendance d'un Marabout du Nord qui s'installa chez les Tadjakant, y épousa une de leurs femmes et y a fait souche (xviii6 siècle).
Les Id Arzembo paraissent être une des plus vieilles tribus berbères de Mauritanie. Jadis puissants, ils ont souffert de l'épreuve du temps et ne sont plus guère aujourd'hui qu'une quinzaine de tentes. },ls se prétendent à la fois cousins des Medlich, ce qui serait fort possible, étant donné que les Medlich paraissent descendre des invasions almoravides, et les cousins des Kounta, ce qui est plus douteux. La légende intervient sans tarder pour donner aux Id Arzembo, Medlich et Kounta une origine ommeïade.
Etablis dans le Chemama, autour de Ras el-Kra, les là Arzembo se sont souvent mêlés aux noirs, soit libres, du fleuve voisin, soit affranchis par eux-mêmes, et sont aujourd'hui fortement colorés. Ils ont pris les mœurs de leur métissage, et mettent aujourd'hui en valeur les terrains de cette partie du Chemama. Outre le,urs propriétés personnelles, ils cultivent en location des terrains appartenant aux Oulad Abd Allah, du Brakna. Les Id Arzembo ont des haratines, inscrits à Boghé (cercle du Brakna).
Les Tiab Oulad Daman (surtout Oulad Sassi) sont des Hassanes Trarza qui ont abandonné les armes pour se faire Marabouts, les uns sous Ali Chandora ; les autres, vers le milieu du XIXe siècle, d'abord sous le règne de l'Emit Mohammed Ai-Habib et ensuite sous celui de .son fils Ali Diomhot. Ce sont les trois chefs Mokhtar ould M'hammed Ciré, Ahmed ould Ali ould Bou Khoukha, et Mohammed Fal ould Abd Allah Fal qui ont dirigé ce mouvement de conversion. Les causes en furent les vexation^ et pertes de toute sorte que leur causait leur état de guerriers.
On trouve encore chez Tadjakant trois tentes de Chorfa ; trois tentes de Zenaga Touabir, sous le commandement de Mohammed oujd Baba ould Ouaïdat, Ils descendent de Rehahla et d'Aroueïjat mélangés, et ont été très réduits par des luttes aves les Oulad Faghi ; une tente de Rehahla, et enfin deux tentes de Laghlal. (
Le territoire des Tadjakant s'étend au Sud -Ouest de l'Ogol (1) comprenant une partie de l'Atkoura, de l'Aftout et de l'Aoukeïra (2). Le lac Reqiz et une fraction du Chamama dépendent de leur autorité. Ces terrains du Chamama leur ont été vendus jadis, à leur arrivée dans le pays, par des Marabouts Tanak, alors puissants, mais qui, amoin-
(1) L'Ogol, région au nord de l'Atkoura.
(2) L'Aoukeïra ou petit Aoukar, région de petites dunes tourmentées, avec eau peu profonde, qui s'étend entre Souet el-Ma et la route Bou Tilimit-Podor.
l8o REVUE DU MONDE MUSULMAN
dris, ont émigré vers le Brakna, où leurs descendants vivent aujourd'hui.
Leurs puisards sont dans l'Ogol : Sersara, Agboussik, Ag Falit, Tin Médou, Tin Agmouttar, Tin Touajem, Oglat ould Oumata, Oglat, Ahmed, Oglat Al-Qassem, Tin Dazara, Rzaf'ïa, Loumaïla, Oglat Ahel Beïou Nilfa, Sbeilou, Ouber Ahmed, Ouber Al-Afouna.
Leurs puits sont : Gouabil, Bou Reïga, Reichat, Lemtin et Sbeïbir.
Les Tadjakant sont très industrieux. C'est la seule tribu qui se soit mise résolument à la taille du sel gemme ; les autres se contentent de le ramasser. Ils le transportent chez les Maures du Brakna et du Gorgol et dans toutes les escales du fleuve jusqu'aux confins du Soudan. Ils ont, comme on l'a vu de nombreux puits et puisards. Récemment un puits en ciment leur a été construit sur leur demande et à leurs frais, à Douguedj.
Ils ont un riche cheptel. A la date du 30 mai 1913, le recensement de leurs animaux s'établissait ainsi d'après leurs déclarations : chevaux, 2; juments, 13;, bœufs, 1.007; vaches, 4.758; chameaux, 687; moutons, 6.776; ânes, 500.
Ils avaient, en outre, récolté dans l'année 130 tonnes de riz, 750 kilos de pastèques et 2.500 kilos de gomme.
Les marques des Ahel Bouna sont pour les chameaux,
bœufs et ânes C . Celles des Ahel Rend Maham sont
poui les mêmes animaux
t= r vt*t %?
. On trouve encore d'autres marques :
Les Tadjakant du Trarza sont au nombre de 436 tentes, comprenant 473 hommes, 287 femmes, 631 enfants, 172 captifs et 143 captives. Ils possèdent 20 écoles coraniques officielles, comprenant 382 élèves.
Ils ont conservé d'excellentes relations avec leurs cousins de l'Est et du Nord. Un courant très intense de visites et de commerce règne entre ces diverses fractions.
Le chef des Tadjakant du Trarza est Oassoum ould Mokhtar ould Miloud, figure très curieuse. C'est un vieillard de 75 ans, intelligent et fin, très documenté sur toutes les affaires de la Mauritanie, fort riche. Il est un des premiers chefs de tribu qui vinrent à Coppolani, au début de l'occupation. Il offrit sans tarder la soumission des siens à Souet el-Ma, puis, commerçant avisé, comprit les avantages sérieux qu'il pourrait retirer de son contact avec les Français, gens achetant beaucoup et payant bien. Il fit faire à ses gens une grande partie des convois de l'époque et les enrichit tous.
Son fils, Mohammed Cheïn, fanfaron, fourbe et sans valeur, ne paraît pas susceptible de remplacer Qassoum.
Son beau-frère, Mohammed Abd Allah ould Mokhtar, a été, deux ans, en résidence surveillée à Dagana. Il avait été surpris à faire de la propagande anti-française dans les escales du fleuve jusqu'à Kayes.
Tagounant.
Des deux fractions qui composent actuellement la tribu des Tagounant : Id Ab Maham et Oulad El-Mouloud, la première justifie seule son origine ethnique.
L'ancêtre éponyme, Gounan, était, dit la légende, un Hartani des Hassanes des premières invasions : les Oulad Rizg, Il eut un fils, Maham, qui est l'ancêtre de la fraction
t%2 REVUE DU MONDE MUSULMAN
Id Ab Maharn, comme ses fils Yahia et Baï sont les ancêtres des sous-fractions Oulad Yahia et Otilâd Ëaï.
La femme de Mahain, s'étant remariée à un individu des Médlich, mit au monde Amrar, qui vécut avec ses frères utérins, et fut l'ancêtre des Id Ab Amrar.
Les Oulad Baï se subdivisent en Oulad Baï proprement dits, et en Nguerda, lès premiers descendants dé Soleïnïan et d'Adeïja, les seconds de Nguerda, tous trois fils de Baï,
Un individu, d'origine inconnue, et du nom de Taleb Lamin vint s'installer auprès de Maham. Il a fait souche et sa postérité forme aujourd'hui la sous-fraction des Ahel Taleb Lamin. Telle est d'après la tradition, l'ascendance de cinq sous-fractions qui composent aujourd'hui la fraction Id Ab Maham, ou Tagounant de pure origine. On peut récapituler ces origines suivant le tableau ci-après :
GOUNAN
De la femme dé Maham . iVJaham et d'un
ancêtre des Id Ab Maham père Medlich
Yahia Bai Amrar
ancêtre des ancêtre des ancêtre dés
Oulad Yahia Oulad Baï Id Ab Amrar
x Soleïnïan Adija / Nguerda
N y ancêtre
ancêtres des Oulad Baï des
proprements dits. Nguerda
Un Chérif, du nom de Mouloud, se fixa au cours de ses pérégrinations auprès de Yahïa et de Baï fils de Maham. Il épousa une de leurs filles et devint l'ancêtre des Oulad Mouloud, considérée comme la seconde fraction des Tagounant par suite des nombreux mariages qui ont uni les uns aux autres. Ces Oulad Mouloud ont toujours argué de cette ori-
>tà
gine chérifienne pour essa5^er d'échapper au paiemeût des redevances coutumières, réclamées par les Emirs.
Les Tagounant avaient jadis comme Zenaga ou Haratines les sous-fractions :
Ahél Moslim.
Ahel Atjfagha Ahmed.
Ahel Seïga.
Les Ahel Seïga descendent d'un affranchi de Yahïa, fils de Maham, du nom de Seïga, t)es difficultés étant survenues, provoquées par les fils de Yahia, qui réclamaient les trou* peaux que Seïga affranchi avait élevés, Yahia imposa à ces animaux une marque spéciale au fer rouge, de façon à met» tre son ancien esclave à l'abri de toutes revendications. Mahmoud, fils de Seïga, libéra définitivement sa famille. Grand puisatier et riche éleveur, il jouit de la considération d'un parfait homme libre.
Ces trois sous-fractions, aujourd'hui indépendantes et affranchies de tout tribut, marchent toujours dans le sillage des Tagounant.
Fractionnement des Tagounant, Tagounant :
Fraction des Tagounant :
Id Ab Maham 250 tentes
Oulad Yahia.
Oulad Bai :
Oulâd Bai proprement dits.
Oulad Amrar.
Oulad Taleb Lamin.
Oulad Mouloud 165 tentes
Fractions à la suite de Tagounant :
Ahel Moslim.
Ahel Atjfagha Ahmed, Ahel Seïga.
Pendant les années qui suivirent l'occupation française un certain flottement se fit sentir chez les Tagounant. Plusieurs tentes, notamment des Haratines Ahel Moslim et Ahel Atjfagha Ahmed s'enfuirent dans l'Adrar. La plupart vinrent faire leur soumission au Trarza par l'intermédiaire de Saad Bouh et de Mohammed ben Sliman, et furent recensés avec les groupements de ces Cheikhs. Par la suite, les notables envisagèrent la reconstitution de leurs fractions et vinrent demander l'autonomie. La chose leur fut accordée en fin 1912, et depuis ce jour, la tribu Tagounant reconstituée jouit de son indépendance. Un certain nombre d'Ahel Seïga pourtant sont restés attachés au groupement des télamides du Cheikh Sidïa et ont refusé de se joindre aux campements Tagounant.
Les fractions Tagounant, quoique d'origines si diverses, vivent en très bons termes, à conditions d'être toutes placées sur le même pied. Leur esprit démocratique, vrai cachet de la race berbère, est si vif qu'elles se sont refusées à choisir un chef de tribu ou des chefs de fractions. Les affaires sont réglées dans chaque fraction par une Djemaa, responsable vis-à-vis de l'autorité française et indépendante vis-à-vis des autres Djemaa.
Les puits et terrains de parcours des Tagounant sont sis 3 ans la région appelée Hassaïat Tagounant. Les puits sont : Lemhaïrïd, Ajreïd, Nouadibou, N'zamadi, Bou Drega.
Les marques des bœufs sont J N» ; celles des chameaux
sur la cuisse gauche
Ils comprennent un total de 415 tentes, 449 hommes, 279 femmes, 334 enfants, 58 serviteurs et 76 servantes.
l'émirat des tïurzas 185
Id Eïboussat.
Les Id Eïboussat se prétendent descendants des Ançar ou compagnons du Prophète. Ils seraient donc, à les en croire, d'origine arabe-himyarite.
Ils reconnaissent ensuite que leurs pères Qanhadja sont arrivés en Mauritanie dans la méhalla d'Abou Bekr ben Omar. Cette origine berbère est beaucoup plus vraisemblable, et on peut s'y tenir.
Les Id Eïboussat n'ont pas pris part aux guerres de Babbah (Cherr Babhah) qui mirent aux prises Arabes hassanes et Berbères çanhadja du Sahara occidental. Aussi leur situation fut-elle meilleure que celle de leurs frères Marabouts, et les contributions qu'ils eurent à payer aux Hassanes furent-elles beaucoup plus légères.
Ils s'enrichirent et crûrent rapidement. Leur cheptel se développa dans de grandes proportions ; de toutes parts, les opprimés vinrent se mettre sous leur protection, leur offrir le tribut et se constituer leurs Zenaga (xvnr9 siècle).
Au début du xixe siècle, les Id Eïboussat constituaient une des plus importantes tribus de la région Trarza. Les vexations sans nombre, dont eux-mêmes et leurs Zenaga furent alors l'objet de la part des Hassanes jaloux et cupides, déterminèrent une partie de leurs campements à émigrer. Plusieurs tentes se rendirent dans le Tagant et s'installèrent près des Tadjakant de Moudjerïa. D'autres, plus nombreuses, allèrent chercher leur vie dans le Regueïba au Sud du Tagant, et jusque dans le Hodh !
Ceux qui restaient dans le pays Trarza, surtout Oulad Moussa des environs de Khroufa, résolurent de se donner un maître, susceptible de les protéger contre lés pilleries des Arabes. Ils se mirent eux-mêmes et leurs trois grands campements Zenaga sous la protection de l'émir Mohammed Al -Habib, et s'engagèrent à lui payer un ghafer permanent.
Ce ghafer se décomposait ainsi : Chacune des fractions
Oulad Moussa : i° Ahel Lamin Al Boubak et leurs campements Zenaga Laneïssat ; 2° Ahel Abd Allah Al Moussa et leurs Zenaga Id ag Heïnd ; 30 Mahmat et leurs Zenaga Lemrakhi, donnait, chaque année en toute propriété à leur suzerain, un chameau, une vache et un âne, et d'autre part lui confiait pour l'usagé du lait seulement, deux vaches laitières.
La fraction Oulad Kl-Atj payait ses redevances aux gens du Nord et notamment aux Oulad Delim.
La fraction Oulad Maham à l'Est, payait aux Ahel Ali- Oulad Al-Lab (Oulad Dâmân) le lait de six vaches, évalué 24 pièces de guinée, et de deux chamelles, évalué 20 pièces de guinée. Ils leur donnaient en outre un chameau en toute propriété. Ils se rachetèrent de ce ghafer, dès 1898, par le paiement de la valeur de cent génisses et de cent petites chamelles, et par le versement de 1.200 pièces de guinée, de 4 captifs et d'un cheval.
Tant que vécurent Mohammed Ai-Habib et ses trois premiers successeurs, les Id Eïboussat jouirent d'une tranquillité relative. Les querelles intestines, qui divisèrent l'émir Ahmed Saloum II et les fils de Mohammed Fal, à partir de 1898, rendirent la vie impossible aux Id Eïboussat. Leurs Zenaga d'abord, eux-mêmes ensuite, furent pillés successivement par l'Emir et par les prétendants. L'exode des Id Eïboussat s'accentua vers le Nord. Quant aux Zenaga, une petite partie passait le fleuve et se réfugiait chez les noirs. Les autres recouvraient la paix en changeant simplement de maîtres et devenaient tributaires des Ahel Mohammed Ai- Habib.
Lés quelques tentes Id Eïboussat qui n'émigrèrent pas du Trarza vinrent se réfugier, dès l'occupation de Bou Tilimit, auprès du poste ; elles opposèrent la plus énergique résistance aux prétentions émises par l'Emir, et obtinrent d'abord de Coppolani, ensuite du colonel Gquraud, d'être délivrées de toute redevance.
Cheikh Sidïa et ses talibés en tournée à Dakar.
Les Id Eïboussat du Trarza comprennent aujourd'hui les quatre fractions.
Oui ad Moussa 22 tentes
Oulad Maham 58 —
Oulad Al-Atj 65 —
Id ag Ben Moussa 48 — v
et une population totale de 193 tentes, 324 hommes, 224 femmes, 408 enfants, yS captifs et 93 captives.
Les Oulad Moussa et Oulad Maham ont pour Cheikh Ahmed Brahim. L'ancienne famille dirigeante des deux fractions étaient les Ahel Taqqi, qui étaient disciples de Cheikh Sidïa Al-Kabir.
Les Oulad Al-Atj ont pour chef Cheikh Maaloum, qui a reçu î'ouerd de Cheikh Ma el-Aïnin.
Les Id ag Ben Moussa ont pour Cheikh Sidïa ould Talebna. Ils vivent enchevêtrés chez les Oulad Khadiel et les Oulad Mohammedden Allah, des Oulad Biri.
Les Id Eïboussat nomadisent dans l'Aftout : deNkettaw à Aguilal. Ils boivent aux puits et puisards de Tagoura, Al- Mimoun, Bir Allah, Melhas, *Ktouf. Pendant la saison froide,, ils vont dans l'Aoukar.
La marque de leurs troupeaux est le çad f i j
Un grand nombre d'Id Eïboussat relève de l'obédience qadrïa de Cheikh Sidïa.
Ida Belhasssen.
Les Ida Belhassen sont d'origine çanhadja. Ils sont les descendants des contingents de cette tribu, qui avaient été incorporés dans la méhalla d'Abou Baker ben Omar. Au delà de cette ascendance çanhadja, ils s'attribuent une lointaine origine arabe : ils seraient Himvarites, Certains sont
l88 REVUE DU MONDE MUSULMAN
même plus précis. Leur ancêtre Aboul-Hassen serait chérif : il ne serait autre que le fils ou le petit-fils même d'Ali, gendre du Prophète. Cette opinion n'est pas admise dans le monde lettré maure.
Une tradition particulière leur attribue un lien de parenté avec les Aït Lahsen des Tekna d'Oued Noun, ce qui confirmerait leur commune origine Zenaga.
L'usage de la langue zenaga est très répandue chez les Ida Belhassen. On l'emploie même de préférence à l'arabe dans les relations intérieures de la tribu.
Les Ida Belhassen ont fait bloc avec les autres tribus maraboutiques, au début du xviie siècle, pour résister aux dépréciations des Aroussïïn. Le biographe de Nacer ad-Din rapporte que les deux diplomates Abou Zeïd, les Yaqoulés et son cousin Baba Ahmed, joutant sur le terrain magique avec Sid Ahmed, chef des Aroussïïn, se targuèrent d'avoir une armée puissante, et, sous ce nom, ils désignaient les Oulad Amar Agdach, importante fraction des « Ida Belhassen. »
Un peu plus tard, lors de la grande guerre "de Babbah, les Ida Belhassen ont fait bande à part et ont même pris fait et cause à plusieurs reprises pour les Hassanes. On a vu qu'un de leurs cadis, le Hadj Abd Allah, ne craignit pas de rendre une fetoua, déclarant licite le meurtre et le pillage de certains Zouaïa par les Hassanes, et que ce fut sous le couvert de cette décision canonique que débutèrent les hostilités. Leur neutralité leur valut un traitement de faveur lors, du règlement final du sort des Zouaïa. Ils durent reconnaître évidemment la suzeraineté des Hassanes, mais ne furent pas soumis à la plupart des obligations qui frappèrent les tribus maraboutiques, notamment à l'hypothèque du tiers d'eau sur leurs puits. De plus, l'émir Haddi leur fit don en toute propriété de la plus grande part de l'Ogol. C'est à peu près le seul exemple qu'on voit dans les annales maures de concessions domaniales par les émirs.
Moins éprouvés que les autres tribus maraboutiques; les Ida Belhassen furent les premiers à entrer en contact avec
les Européens de Podor. Ils inaugurèrent la traite de la gomme à la limite du Brakna, comme les Ida Ou Al-Hadj le faisaient alors en bordure du Trarza (lin du xvir9 siècle). Leur chef Al-Alouiu touchait une coutume à l'escale du Coq.
Les Ida Belhassen se subdivisent aujourd'hui entre les fractions suivantes :
Ida Belhaseiî :
Ida Ou Gadchalla 316 tentes
Oulad Bon Al-Falli ' . . 46 —
Oui ad Ahmed ben Y.oussef 1 30 —
Oulad Amar Agdach 264 —
Oulad Khetcïra 160 —
Oulad Bou Amrar 192 —
Oulad Bou Al-Moktar . 61 —
Ida Choqra :
Ahel Atjfagha Ahmed J
Ikoukan V 238 —
Al-Falli Agda Maham ...... \
On voit qu'ils constituent une nombreuse et florissante tribu de 1.507 tentes. Le dernier recensement donnait 1.597 hommes, 1.271 femmes, 1.474 enfants, 383 captifs et 423 captives domestiques.
Les Ida Ou Gadchalla nomadisent et boivent à Lembeïdïa, Al-Afanïa, Nfasou, Bou Sedrat, Tin Derchin, Touaïbîssit, Oum Touaïchtïa, Logaïlat, Ben Noussourt, Lemkhaïniz, Nemoura, N'deïbirat, Touaïfidirt, Moundrich, Ogueïlat Ahel Dris, Bijdour, Al-Mimoun, Tin Hamdan, Bir Touaï Boukhcheïbia, Hasseï Ahel Issagh.
La marque de leurs animaux est & %Ja J^^
JOX) REVUE PU MONDE MUS^lMàN
Les Oulacl Bou Al-Falli nomadisejit et boivent à Tin Mehaïnen et Djebriat.
Leur marque générale est j , sauf pour les chameaux,
pour qui, elle est / Jj
Les Oulad Ahmed ben loussef nomadisent et boivent à Nbeïtia du Nord, Amzezaq, Sanad et Ag Moutidit,
Les Oulad Amar Agdach nomadisent dans l'Aftout, PAdkour et l'Ogol. Dans l'Aftout, à Touaïdima, Al-Mouaïssar, Loumeïlah, Aleïb Al-Ouahche, Berkaïzat. Dans l'Adkour, à Bir Al-Bags, Abarraz, Belhamoucha Teïb, Al-Fakroun ; dans TOgol, à Tin Bëlil, Tin Mohammed, Lembeïdïa, Nfeïri, Loufeïssid, Al-Massoumïa, Tin Darmaclieq, N'terki, Touaïja, Ogailat Habib, Choubouk, Selsebil, Tin Deijimal, Al-Aouaissïa, Bou Naga, Tin Zeïdan, Tin Soukhna. Ils possèdent en plus la partie orientale du lac Reqiz.
Leurs marques sont fil'" j£ <pT\ et toutes les coni« lunaisons du lam-alif et de routarde avec leurs sous-marques
(ohouahèd) % 4, 0/tf W ^, etc.
Les Oulacl Kheteïra boivent, nomadisent et cultivent dans l'Aftout, (puits d'Al-Mauar et de N'Karmodi) ; dans l'Adkour, (puits de Lemheïen); dans TOgol (puits de Salloumïa); ainsi qu'à N'Trafel, N'Koudou, Hassei Ahel Mahmoud, Tin Dazahar, Maglouha, Nelfali, Al-Houaïmel, Tin Yazkar et Ncheïlat. Jk
La marque générale des Oulad Kheteïra est l'outarde j La tente, du Cheikh Hassan l'appose sur le cou de ses chameaux et y ajoute la marque de Cheikh Sidïa, son maître spirituel.
Les Oulad ben Amar boivent et nomadisent à Tagroroït, Lajourïa, N'toug, Lemras, Tin Ouaïour, Tin Abehoum, Souaïguïa, Tin Amaïra, Bir Oulad Aïssa.
L EMIRAT DES TRARZAS iÇll
La marque des ânes ei des bœufs est l'outarde ; celle des
chameaux ^ .
Les Oulad Bou Al-Mokktar boivent et nomadisent à Khaira, Bijdour, Mbarek ben Souaïd, Rar Rabhoum, Zaroura, Loubeïr, Horth, Al-Aguel, Armoura, Jereraten.
Leur marque générale est // o . Us ont, en outre, une marque particulière pour les bœufs et les moutons, qui consiste à fendre l'oreille droite en haut et l'oreille gauche en Dazahar, Maglouha, Nelfali, Al-Houaïmel, Tin Tazkar et bas.
Les Ida Choqra ne sont pas d'origine hassani. Ils seraient chorfa. Depuis un demi-siècle environ, ils vivaient avec us Ida Belhassen proprement dits et en portaient même le nom, mais gardaient leur existence propre comme fraction. C'est ainsi que si un indigène des Ida Choqra était condamné pour meurtre, les fractions Ida Belhassen ne contribuaient pas au paiement de la dïa. Et réciproquement.
Toutefois de nombreuses alliances de familles et des relations amicales avaient étroitement uni les deux fractions. -
En 1902, CoproLANi, constatant cette sympathie, réunit administrativement et avec leur assentiment les Ida Choqra aux Ida Belhassen et leur donnant comme chef unique, Cheikh Hassan, Cheikh des Belhassen. Toutefois les Ida Choqra gardèrent leurs cheikhs particuliers, Yahia ould Mohammedden, et Al-Amine ould Rajah. La situation est restée telle jusqu'à nos jours.
Le Cheikh des Ida Belhassen est Cheikh Hassan, à la fois chef administratif et cheikh religieux de la tribu. C'est un vieillard impotent et cassé, qui a été consacré par Cheikh Sidïa Al-Kabir, il y a cinquante ans, et qui a joui d'une grosse réputation maraboutique. Il est remplacé pratiquement par son fils Brahim, disciple de Cheikh Sidïa Baba. Cheikh Hassan a de nombreux télamides qui n'ont pas tous
une attitude correcte. L'un d'entre eux, Abd Allah ould Habib Allah, né vers 1860, s'est signalé par une propagande déplacée au Sénégal, et par de nombreux voyages clandestins. En temps normal, il fait commerce de livres arabes. ,
Tagnet.
La tradition maure fait des Tagnit des « chebahin » , c'est-à-dire une fraction composée d'éléments divers, venus d'un peu partout, que leur vie en commun, leurs intérêts, des mariages, a cimentés peu à peu et a constitués en fraction indépendante. On rencontre quelques tribus, composées de la sorte dans les pays maures. Ces éléments constitutifs, dont l'origine n'est pas toujours connue, partout le nom de « meregga » et d' « Argoub » dans le Trarza, de « chebka » dans le Tiris, de « Kars » dans le Tagant.
La sûreté de cette tradition n'a pas empêché quelques lettrés Tagnit de se forger de toutes pièces une légende chéritienne, qui les ferait fils d'un ancêtre éponyme, dit Aguini, immigré en Mauritanie à une époque inconnue. Cette légende ne jouit d'aucun crédit chez les Maures, et même chez la plupart des lettrés Tagnit.
Les Tagnit étaient déjà constitués en tribu sous ce nom, vers le milieu du xviie siècle. Le biographe de Nacer ad-Din, rapporte, en effet, qu'une délégation d'entre eux vint faire visite , à l'Imam, et s'entendit prédire par lui en s'en allant qu'ils dîneraient le soir dans une tente de son campement. Cette prédiction les étonna fort, puisqu'ils partaient, et ils en admirent la réalisation à longue échéance. Mais une tourmente de sable les surprit en route. Ils s/égarèrent, tournèrent à travers les dunes et finalement tombèrent, sans le savoir, sur le campement de Nacer ad-Din et sur la tente qu'il leur avait indiquée, le matin.
ChKIKH SlDI MoiiAMMIil) OUI I) A HMH!)l>OU OULD SlJMAN, UJiS OULAJL) DlMAN
Les Tagnit se partagent en les fractions suivantes :
Ahel Habib 173 tente»
Ahel Sidi 91 —
M Ab Nezar 56 —
Timirigiiïoun 24 —
Ahel Mohammed Abdallah 22 —
Oulad Bou Samba 114 —
Oulad Ndama 62 —
Igounaten 67 —
Oulad Taleb Ahmed 76 —
soit au total 747 tentes, 770 hommes, 651 femmes, 773 enfants, 294 serviteurs-captifs et 260 servantes.
Les Ahel Habib et Ahel Sidi sont de même origine. Leur ancêtre commun est Atjfagha Al-Hommed dont le tombeau est à Zar. C'est son descendant, Sidi Ahmed ould Taleb, qui est aujourd'hui le cheikh de la tribu. On appelle quelquefois ces deux fractions du nom de leur ancêtre, les Atjfagha Al- Hommed. Ils jouissent d'une grande réputation de science et de piété, et sont la fraction dirigeante de la tribu.
Les Oulad Bou Samba partagent cette réputation. Leur ancêtre Abou Samba serait, disent les uns, un Canhadji ; un noir de la rive gauche disent les autres. Tout le monde est d'accord pour reconnaître en lui le premier noyau de la tribu. C'est autour de son petit campement que les immigrations successives constituèrent les autres fractions. Il portait le surnom d'Agni, id est « le noir » et c'est de lui que serait venu le nom de la tribu « Tagnit ». Chez les Oulad Bou Samba vivent deux campements de « halif », c'est-à-dire d'étrangers, venus s'installer chez eux : les Gouanit et Id ag Brahim.
xxxvi 13
Les Oulad Taleb Ahmed sont d'origine regueïba. Leur ancêtre éponyme, Taleb Ahmed, petit-fils d'Ahmed le Regueïbï, serait venu s'installer à côté des autres éléments Tagnit, il y a plusieurs siècles.
L'origine des autres fractions est inconnue, mais leur dénomination, comme la tradition, en fait des Çanhadja berbères. Il faut signaler pourtant qu'une tradition fait les Ahel Atjfagha Al-Hommed, cousins des Oulad Ndama et leur donne pour ancêtre commun Id ag Faïdenni, fils de Chebeliaiî, des Çanhadja.
Quelques tentes tagnit ont émigré depuis plusieurs générations sur les Oiilad Sidi El-Falli (Oulad Dîman) et y ont formé les campements Ahel Sidi Mohammed, et Ahei Khalef.
Les terrains de parcours des Tagnit vont de Haïtou à Nteïchot et à Zar. Ils sont enchevêtrés au milieu de ceux des Oulad Biri. Les puits sont communs.
Les Tagnit ont pour marque l'outarde *\ el le lam-alif
Ils ont de très nombreux «troupeaux. Comme ils les ont mis, dès les premiers jours de l'occupation française, à la disposition de l'administration pour faire les convois de ravitaillement , leur fortune s'est accrue rapidement. Ils sont dans une excellente situation économique. Ils se livrent aujourd'hui au trafic des caravanes.
Oulad Baba Ahmed.
Les Oulad Baba Ahmed sont une petite fraction des Oulad Dîman (Tachomcha) qui vit, autonome, sur le territoire de Bou tilimit depuis 1910. Rattachés d'abord à l'ensemble de
la tribu sous le commandement du Cheikh Sidi Mohammed ouldi Ahmeddou ould Sliman (résidence de Méderdra), ils n'ont eu de repos qu'ils n'en aient été séparés. Ils étaient soutenus dans cette, lutte sourde contre le chef de tribu par Baba Ahmed, gendre de Sid Al-Mokhtar, Cheikh des Oulad Biri.
Ce travail de dislocation du commandement de Cheikh Sidi Mohammed, c'est-à-dire des Oulad Dîman, aller amener T autonomie d'autres fractions et notamment, deux ans plus tard, celle des Oulad Ba Zeïd dont le chef était très lié avec le chef des Oulad Baba Ahmed, mais ces fractions sont restées campées sur leur territoire et relèvent toujours de Méderdra.
Les Oulad Baba Ahmed ont toujours prétendu avoir des droits à la perception de horma sur certains haratines Aheî Barik Allah. La chose n'a jamais pu être éclaircie.
Leur fraction se subdivise en
Ahel Ahmed Nalla , .... 21 tentes
Ahel Rellaoui 120 —
Ahel Cebbar 24 —
suit une proportion totale de 165 tentes, 180 hommes, 155 femmes, 215 enfants, 69 captifs et 67 captives. Leur cheikh est Mohammed Salem ould Mohammed Lamin.
ils boivent aux puits de Tm-Merkaï, Ichenkat, Nacer ad- Din, Tin Ouaïom, Berkeïzat. Ils ont des lougans dans les terrains de l'Ataïeurt de Bou Dana, au Sud du puits de Tin Chikil.
Ahël Barik Allah.
La tribu des Ahel Barik Allah forme avec les Oulad
Dîman e,t les Id Eïqoub la confédération historique des Tachomcha,
Pour ne pas scinder ce groupement, l'étude en a été faite au chapitre suivant « Résidence de Méderdra », d'où dépendent les deux tribus Oulad Dîman et Id Eïqoub.
Tendgha de l'Est et Id Armadiek
Les Tendgha de l'Est et Id Armadiek sont deux fractions de là confédération tendgha qui se sont détachées de la tribumère, campée dans la résidence de Méderdra, et vivent politiquement autonomes dans la résistance de Bou Tilimit
Leur étude n'est pas séparée de celle des Tendgha qu'on trouvera infra, au chapitre : « Résidence de Méderdra ».
Oulad Biri.
Sur les Oulad Biri, on pourra consulter Y Islam Maure : « Les confréries religieuses de la Mauritanie : « Cheikh Sidïa et sa voie » dans la Collection de la Revue du Monde Musulman.
Résidence de Méderdra.