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VI. — Les Tiab (Guerriers repentis

Parmi les guerriers, ignorants, irréligieux et en tirant vanité, il s'est trouvé quelques individualités, tentes ou petits campements, à qui cette situation de mécréants a pesé et qui en sont sortis pour se faire marabouts. On les appelle les « tiab » (au singulier « taïb ») c'est-à-dire. les « revenus à Dieu ». Ils ont abandonné leur tribu d'origine pour venir planter leur tente dans une fraction zouaïa ; et délaissant le fusil et les razzias, se sont adonnés à l'étude, à la prière et à l'élevage. *

Ces « tiab » sont en général des tentes isolées et peu nombreuses. On en rencontre aussi, sous la forme de véritables

petites fractions de plusieurs dizaines de tentes. Les principaux de ces groupements ont été énumérées plus haut, au cours de l'étude spéciale, consacrée à chaque tribu.

Les causes qui ont amené ces individualités ou groupements à changer complètement de vie et à s'exposer à la risée de leurs parents et amis sont multiples et se combinent, d'ailleurs, semble-t-il, chez les uns et les autres dans des proportions différentes.

Il y a d'abord le sentiment très religieux, très sincère et très vif. Les Hassanes vivent comme des francs païens. Leurs connaissances dogmatiques d'Islam sont presque nulles ; la prière et l'étude du Coran sont à peu près inconnues chez eux. Les obligations rituelles et morales sont complètement négligées, méprisées même ; et c'est double plaisir pour eux, entre deux luttes intestines, que de piller un marabout, homme de Dieu. Or il est avéré que cet état d'irréligion, d'areligion même, pèse à certains. C'est pourquoi, on peut le dire incidemment, la superstition et la magie ont pris, à défaut de la foi divine, une telle extension dans ces tribus, les marabouts n'étant pas étrangers d'ailleurs à ces pratiques de sorcellerie, et cherchant par ces moyens prohibés à assurer leur domination spirituelle sur les Hassanes, insensibles à l'emprise religieuse.

Or, ces Hassanes à tendance honnête entendent ne pas s'associer aux méfaits de leurs frères et éviter de s'attirer la réprobation, voire les malédictions et incantations, que les marabouts pillés lancent sur leurs oppresseurs.

C'est pourquoi, chez les guerriers, les âmes de bonne volonté et qui ont la force d'aller jusqu'au bout de leurs convictions finissent par abandonner la vie de hassani pour se mettre sous l'égide d'un marabout, qui les ramènera au bien et à la voie droite, et qui surtout instruira leurs enfants et fera d'eux de parfaits musulmans. On peut croire que ce sacrifice est aussi dur pour ces hommes que le renoncement xxxvi. 23

à la vie et à soi-même que s'imposent les hommes du monde qui, de nos jours, vont s'enfermer dans la Trappe.

Ce n'est pas seulement le travail individuel de la grâce qui ramène à Dieu les guerriers. Un souffle religieux agite parfois les collectivités maures tout entières, soit sous l'empire de prédications de missionnaires à l'âme d'apôtres, soit par le fait de circonstances politiques : invasions étrangères, rivalités ethniques, etc.

Les exemples de ces convulsions religieuses abondent dans l'histoire mauritanienne, depuis le mouvement du xie siècle jusqu'à la concentration toute récente des hommes bleus du Sahara, sous la baraka de Ma-Al-Aïnin. Ces épopées politicoreligieuses, nées de la ferveur ou du fanatisme, s'achèvent généralement par des déclassements et transplantations de tribus ; et, au point de vue qui nous occupe, un certain nombre de fractions et campements guerriers viennent se ranger définitivement parmi les télamides ou disciples du saint homme et se muent en soutiens d'Islam.

Mais des vues plus humaines, moins désintéressées, se mêlent souvent, à ces sentiments, nobles malgré tout, par sincérité et la pureté de leur but. Les avis sont unanimes à ce sujet. Plusieurs guerriers ont trouvé que cette situation de condottieri n'était pas le vrai moyen de faire fortune et de jouir des agréments de la vie. L'état des marabouts riches en puits et riches en esclaves, riches par leurs troupeaux comme par leur commerce, les a tentés. Si la profession a ses inconvénients, ils sont après tout inférieurs aux avantages ; et il vaut mieux à leur sens être un musulman honnête et considéré, possesseur d'un cheptel abondant qu'on peut développer et vendre, même s'il faut acquitter aux Hassanes des redevances horma ou ghafer, qu'un guerrier besoigneux et famélique qui ne peut décemment commercer ou faire de l'élevage et s'enrichir, et doit toujours vivre, sans indépendance et sans espérance, dans le sillage d'un chef de bande.

Les « tiab" » à la conversion de qui ces sentiments inté-

ressés ont prédominé n'étaient évidemment que des marabouts peu fervents, et c'est pourquoi la situation changeant à l'heure actuelle, on en voit plusieurs qui ont des tendances à revenir à leur état ancien. Ils peuvent aujourd'hui sous l'égide de la paix française, mener de front à la fois le métier de guerrier plus relevé et la vie de marabout plus lucrative. C'est le cas actuel de plusieurs tiab Oulad-Dâmân.

Il y aurait enfin un dernier mobile à la conversion de certains tiab. C'est tout simplement la « crainte », disent ironiquement les Hassanes. Ils assurent que plusieurs individus de leur connaissance n'ont renoncé à la profession de guerriers qu'à cause des risques qu'elle comportait. Leurs mains débiles préféraient le chapelet et le calame au fusil, et leurs cœurs, sans courage aimaient mieux la sécurité dont jouit le marabout avec les humiliations dont elle s'accompagne que la noble vie du hassani avec ses aventures et ses dangers. Les Zouaïa, qui souvent opprimés par ces convertis assez tièdes, à qui ils n'osent rien refuser, prétendent même que la peur est la principale cause du retour à Dieu des tiab. Le poète maure a résumé leur jugement dans ce proverbe méprisant :

(( Ils se sont convertis, mais leur conversion n'est pas parfaite : c'est la peur de la poudre et du plomb qui l'a provoquée.

(( Puissent-ils périr pour ce qu'ils font aux gens, isurtout dans la presse autour des puits. »

Les marabouts disent aussi que la meilleure des incantations pour s'assurer la réussite d'une affaire, le bonheur dans la journée, etc., est de répéter cent fois au début, sur son chapelet « combien peu de valeur ont les tiab » .

Toutes ces causes tendent aujourd'hui à disparaître. La présence des Français amène, même involontairement de leur part, un bouleversement considérable dans la société maure. Le rétablissement de la paix générale fait voir à tous, même aux intéressés, l'inutilité de la classe des guerriers.

Elle les contraint d'autde part à un changement complet d'existence, s'ils ne veulent pas mourir de faim, la source de leurs revenus étant, soit tarie : rezzous et expéditions guerrières, soit en voie de se tarir : contributions de toute nature sur les marabouts, les Zenaga, les commerçants. Les guerriers, sans renoncer à leur profession et à leur titre de hassanes, en arrivant donc insensiblement à faire de l'élevage, à creuser des puits, et subsidiairement à faire instruire leurs enfants. Ils n'ont plus besoin de revenir à Dieu par un acte solennel et un changement officiel et patent de vie et de campements. Ils s'adaptent peu à peu (comme d'ailleurs s'adaptent aussi les marabouts dans leur sphère), et si Ton en croit l'opinion de certains cheikhs observateurs, intelligents et de grande expérience, tels que Cheikh Sidïa, Cheikhouna, Sidi Mohammed ben Dadda, Sidi Mohammed ben Sliman, et même des guerriers ouverts, comme quelques-uns des haratines fonctionnaires de l'entourage d'Ahmed Saloum III et d'Oulad-Deïd, on peut espérer qu'ils s'adapteront encore plus complètement. Les voici qui entrent déjà dans les formations méharistes françaises et dans les goums d'auxiliaires, ou qui font des convois pour l'administration. C'est toujours le métier de guerriers, même si c'est au compte de l'ennemi. D'autres vont plus loin. Ils organisent des caravanes de commerce, ou bien s'expatrient sur le fleuve ou sur la côte sénégalaise, et là, réduits à vivre d'expédients au milieu des noirs, pressés par la vie chère, produit d'importation des Blancs, finissent par se mettre au travail.

Il y aura sans doute des résistances, surtout de la part des générations les plus âgées, mais ceux-là même qui sont les plus attachés à l'état de choses ancien seront bien obligés de se. plier à l'ambiance et s'ils ne veulent pas se mettre euxmêmes au travail, n'en feront que plus travailler leurs serviteurs, haratines et captifs. D'ailleurs ils s'élimineront d'euxmêmes par l'âge, la misère, et la déconsidération.

Telle est la transformation où tendent les guerriers. Comme

d'autre part les Zouaïa subissent une adaptation semblable et se mettent à porter les armes, à s'engager dans les unités méharistes et à prendre des allures de marabouts bottés, et que les haratines et Zenaga participent à ce double mouvement de rénovation, on peut prévoir le moment où ce fractionnement en classes de la société maure, cette hiérarchie traditionnelle de castes finira par se fondre, et où l'existence des « tiab » n'apparaîtra plus que comme un vestige du passé. Ce jour-là, la société maure ne se distinguera plus dans son égalité démocratique de la société arabo-berbère de l'Afrique du Nord.

Paul Marty.

A L'EMIRAT DES TRARZAS

Carte du Trarza.

Note Préliminaire.

// a été constitué ici, sous la rubrique (( Annexes » un répertoire des traités et conventions, passés entre les autorités françaises et anglaises au Sénégal (Directeur général de la Compagnie, Commandant pour le Roi et administrateur, Lieutenant-Gouverneur anglais, Gouverneur, Commissaire du Gouvernement général en Mauritanie) et les Emirs et chefs indigènes des tribus guerrières et maraboutiques du Trarza.

Les textes arabes ont été joints aux textes français, chaque fois qui' ils ont pu être trouvés dans les archives, c'est-à-dire presque toujours.

On remarquera dans ces textes arabes, qui sont les textes authentiques et non des fraductions, de nombreuses divergences et non-concordances avec les textes français. Il y a sans doute là, exploitée, en outre, par la mauvaise foi classique des Maures, une des principales causes des dissensions et difficultés innombrables que V interprétation de ces traités a soulevées au cours du XIX9 siècle.

Il manque au présent répertoire deux séries de traités : 1° la série des conventions anglo-trarza de 1760 à 1779. On la trouvera dans Golberry : « Fragment d'un voyage en Afrique ». M. Basset Va partiellement reproduite dans le tome III de sa « Mission au Sénégal »; 2° la série des traités franco-trarza entre 1858 et 1885. On la trouvera dans les annales sénégalaises. Il a paru inutile de reproduire ici ces quelques traités qui avaient été imprimés.

En revanche, je donne, sous le n° 2, le traité [texte arabe et texte français) passé entre Léonard Durand, Directeur de la Compagnie du Sénégal et les « marabouts d'Arman^our » (1785).

Dans son « voyage au Sénégal » Durand annonce bien, en première page, que l'ouvrage est suivi a du texte arabe de trois traités de com- (( mer ce faits par l'auteur avec les princes du pays, revus par M. Sil- « vestre de Sacy. » Mais l'édition que je possède ne les contient pas, malgré cette annonce; et au surplus si ces textes arabes se trouvent dans d'autres éditions, ce sont les textes corrigés par Silvestre de Sacy, et il sera intéressant de trouver ici le texte même qui fut donné aux Ida Ou Al-Hadj (Darmankpur).

L'ensemble de ces trois séries {Golberry — Annales sénégalaises — Présentes annexes) constitue la totalité des traités et conventions que nous savons, dans l'état actuel de nos connaissances, avoir été conclus entre la France {ou l'Angleterre) et les Trarzas.

TABLE DES ANNEXES A L'EMIRAT DES TRARZAS

N° 1. — Traité entre le Sieur Durand, Directeur général de la Compagnie et les Marabouts d'Armankour (2 mai 1785). Texte français et texte arabe.

N° 2. — Traité avec le Roi Aly Koury (26 mai 1785). Texte français et texte arabe.

N° 3. — Traité entre le Lieutenant-Gouverneur Maxwell et Amar Ouldou Boucabé, roi des Trarzas (7 juin 1810). Texte français, traduit de I anglais .

N° 4. — Traité entre le Commandant pour le Roi et administrateur du Sénégal et Mohammed Kharabat Cherns, chef des Armiankours (30 juin 1819). Texte français et texte arabe.

N° 5. — Traité entre Hamdoail Koury, fils d'Aly Koury, et les chefs du pays de Walo (15 novembre 1819). Texte français et texte arabe.

N° 6. — Lettre de l'Emir Amar Ould Mokhtar 1 Texte arabe et traduction française.

N° 7. — Traité du 6 juin 1826.

N° 8. — Traité passé entre M. Le Coupé, Commandant et Administrateur pour le Roi du Sénégal et Mohammed Falv fils d'Omar (7 juin 1821). Texte français et texte arabe.

N° 9. — Traité avec Amar Ould Mokhtar, Roê des Trarzas et avec les chefs des diverses tribus de cette nation (7 juin 1821). Texte français et texte arabe. •

N° 10. — Traité avec Mohammed el Habib, Roi des Trarzas (25 mars 1829). Texte français et texte arabe.

N° 11. — Convention additionnelle au traité avec le Roi des Trarzas (23 avril 1829). Texte français et texte arabe.

N° 12. — Traité avec Ibrahima Ould Mokhtar, chef de la tribu Maure des Dakhalifas (23 avril 1829). Texte français et texte arabe.

N° 13. — Traité entre Renault de Saint-Germain, Gouverneur du Sénégal, et Mohammed el Habib; Roi des Trarzas (24 août 1831). Texte français et texte arabe.

N° 14. — Traité conclu entre Renault de Saint-Germain, Gou-

verneur du Sénégal, et les chefs de la tribu dès Dacbaguis (22 mai 1832). Texte français et texte arabe.

N° 15. — Traité avec Mohammed el Habib, Roi des Trarzas (30 août 1835). Texte français et texte arabe.

N° 16. — Convention passée entre le Gouverneur du Sénégal et Mohammed el Habib, Roi des Trarzas (2 janvier 1836). Texte français et texte arabe.

N° 17. — Traité du 22 octobre 1842. Texte français.

N° 18. — Lettre de l'Emir Mohammed el Habib (6 mai 1848). Texte arabe et traduction française.

N° 19. — Lettre des Ida Ou Al Hadj (1848). Texte arabe et traduction française.

N° 20. — Lettre de l'Emir Sidi, fils de Mohammed el Habib (octobre 1860). Texte arabe, cachet, et traduction française.

N° 21. — La première lettre du Cheikh Saad Bouh au Gouverneur de Saint-Louis 1867). Texte arabe et traduction française.

N° 22. — Lettre d'Ahmed Saloum, premier Emir des Trarzas, au Gouverneur du Sénégal. Texte arabe, cachet et traduction française.

N° 23. — Lettre de l'Emir Ali, fils de l'Emir Mohammed el Habib. Lettre arabe, cachet et traduction française.

N° 24. — Lettre de l'Emir Mohammed Fal (1886). Lettre arabe, cachet et traduction française.

N° 25. — Convention entre Trarza et Brakna (1897). Texte français, texte arabe et fac-similé des signatures.

N° 26. — Convention entre Trarza et Brakna (1898). Texte français et texte arabe et fac-similé des signatures.

N° 27. — Convention entre Coppolani et les chefs Trarzas (7 jan~ vier 1903). Texte français, texte arabe et signatures.

N° 28. — Convention de mai 1910 entre le Colonel Patey, Commissaire du Gouvernement général en Mauritanie, et l'Emir des Trarzas, Ahmed Saloum III.

N° 29. — Statistique des écoles coraniques d'il cercle du Trarza (mai 1915). Résidence de Bou Tilimit.

N° 30. — Statistique des écoles coraniques du cercle du Trarza (avril 1915). Résidence de Méderdra.

N° 31. — Les appellations noires des tribus du Trarza.

N° 32. — Bibliographie.

Traité conclu entre le Sieur JEAN-BATISTE H. E. DURAND, Directeur général de la Compagnie, sous les auspices et la protection immédiate de M. le Comte DE REPENTIGNY, Gouûerneur du Sénégal et de ses dépendances, et les Marabouts d'Armankour, au sujet de la Gomme (2 mai 1785). — Texte français.

Au nom du Dieu puissant, créateur du ciel et de la terre, et de tous les êtres vivants :

Sous les auspices et la protection immédiate de M. le Comte de Repentigny, Gouverneur pour sa Majesté le Roi très chrétien de France et de Navarre au Sénégal et ses dépendances.

Soit notoire à tous ceux qu'il appartiendra ou peut appartenir en manière quelconque.

Les chefs de la nation des Marabouts d'Armankour, savoir : Chems, Mahammedoun, Mahambouna, Bibilou et Zeine, représentés par Bibilou, député à cet effet, chargé des pouvoirs du Chems, et de toute la tribu pour laquelle il traite, lequel promet et s'engage de rapporter les ratifications des absens ou de les faire joindre à la suite des présentes, d'une part :

Jean-Baptiste-Léonard Durand, ancien Consul de France, pensionnaire de S. M. Directeur général de la Compagnie, ayant le privilège exclusif pour la traite de la gomme dans la rivière du Sénégal et ses dépendances, d'autre part ;

Désirant toutes parties établir entre elles une parfaite union, une amitié constante et des règles positives sur tout ce qui peut les intéresser pour la traite de la gomme pendant tout le temps du privilège de la Compagnie et tout le temps encore qu'il plairait à S. M. de le prolonger ; sont convenus des articles suivants :

Article Premier.

Les Marabouts d'Armankour par une suite de l'affection particulière qu'ils ont et conserveront toujours pour les Français, et par une suite encore des conditions du présent traité, jurent et promettent de n'avoir jamais, directement ni indirectement, aucune communication avec les Anglais ; ils jurent de plus et promettent d'employer tous les moyens praticables pour intercepter et supprimer totalement le com-

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merce que les Anglais pourraient faire à Portendick soit avec les Marabouts cTArmankour eux-mêmes, soit avec toute autre nation ou particuliers qui passeraient pour cet effet dans leur pays : cette promesse des Marabouts d'Armankour portant non seulement sur la traite de la gomme, mais' encore sur toute autre traite. Dont ils entendent, veulent et promettent d'exclure les Anglais.

Article 2.

En conséquence de l'obligation portée dans le précédent article, et en retour des bonnes dispositions des Marabouts d'Armankour, le Sieur Durand, Directeur général de la Compagnie s'engage pour elle et promet de leur doriner une gratification en sus de là coutume, toutes les fois qu'ils arrêteront de la Gomme dans le chemin de Portendick et la feront conduire au désert de manière que la Compagnie puisse être asurée qu'il n'en sera point vendu à Portendick.

Article 3.

Les Marabouts d' Armankour promettent et s'engagent de faire tous leurs efforts pour procurer annuellement à la Compagnie la traite de gomme la plus abondante possible.

Article 4.

Les Marabouts d'Armankour considérés comme les arbitres du prix de la gomme et de la mesure du kantar promettent encore et s'obligent de régler annuellement le payement dudit kantar au plus bas prix possible; et de fixer sa mesure conformément au kantar dont la précédente Compagnie était en usage de se servir.

Article 5.

Dans tous les temps et dans toutes les circonstances, les marabouts d'Armankour promettent et s'obligent de favoriser en tout les opérations de la Compagnie et particulièrement la traite de gomme ; ils promettent encore de la servir de leur influence et de leurs bons offices auprès des marchands maures ou tous autres qui auraient à traiter avec elle.

Article 6.

En retour des dispositions des Marabouts d'Armankour, le Sieur Durand, au nom de la Compagnie, promet et s'engage de les traiter comme de vrais amis, et de leur accorder la plus grande faveur.

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368 revue du monde musulman

Article 7.

L'usage ayant introduit l' habitude de porter aux Marabouts d'Armankour une coutume quelconque pour traiter la gomme dans leurs ports, et cette coutume ayant varié suivant les circonstances, elle vient d'être fixée d'une manière positive et permanente par l'article suivant.

Article 8.

Lorsque les Marabouts d'Armankour viendront dans l'île Saint- Louis pour visiter le Directeur général de la Compagnie, ce qui né doit être qu'une fois l'année, le Directeur leur fera délivrer pour leurs vivres, chaque jour :

12 moules de mil, 6 bouteilles de mélasse, 2 bouteilles de vin (1), 1 mouton ou l'équivalent en bœuf, 2 chandelles, du bois à brûler, une quantité raisonnable.

Lorsqu'ils partiront de l'île de Saint-Louis pour leur part, le Directeur leur fera donner :

30 pièces de Guinée, 30 bassins de cuivre ou l'équivalent, 30 paires de ciseaux, 30 miroirs, 30 tabatières pleine de girofle, 30 jambettes, 30 peignes, 30 cadenas, 30 mains de papier, 10 barres de verroteries.

Lorsque le bâtiment sera rendu au désert, le premier kantar de gomme mesuré, on tirera un coup de canon pour saluer et annoncer la traite, et au même instant on payera aux Marabouts d'Armankour :

20 pièces de guinée, 5 fusils à 2 coups, 20 fusils fins à 1 coup, 15 aunes de drap écarlate, 10 pièces de platilie, 20 barres de fer de huit pieds, 5 ancres de mélasse, 10 barres de verroterie.

Pendant la traite de la gomme on fournira aux Marabouts d'Armankour, pour leurs vivres au désert par chaque jour que durera la traite :

40 moules de mil, 2 moutons, 6 bouteilles de mélasse.

On leur fera présent en outre, d'une pièce de guinée par chaque huitième kantar qu'on aura mesuré et conduit à bord.

A la fin de la traite, on leur procurera :

30 pièces de guinée, 5 turbans de mousselines ou dix aunes.

Finalement pour les derniers adieux on tirera un coup de canon, et on donnera :

20 pièces de guinée.

(1) Le texte arabe porte « gin » et non « vin ».

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