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LE SOCIALISME D^ÉTAT ET LA POLITIQUE COLONIALE

meDl Qty en i880, dans le but de relever les établissements en souffrance d'une compagnie de Hambourg, échoua devant Topposition du parlement. L'entreprise privée, mise en éveil, se porta alors vers l'acquisition de territoires africains, sans rencontrer de Tappui auprès du gouvernement, découragé par cet échec parlementaire.

Ce n'est qu'à partir de 1884 que le prince de Bismarck se décida à doter TEmpire de colonies, ou du moins à assurer aux établissements coloniaux des commerçants allemands la protection officielle de TEmpire. Le choix des territoires à acquérir était relativement restreint. L'Amérique et l'Asie étanten lapossession effective de maîtres européens ou indigènes, il ne restait que l'Afrique et l'archipel australien oii l'on pût trouver des territoires sans possesseurs. Le gouvernement confia à des explorateurs savants des missions dans ces contrées, afin d'y découvrir des terres avantageuses et de conclure des traités de cession avec les chefs indigènes. Les acquisitions se succédèrent bientôt les unes aux autres ; elles s'accomplirent, pour la plupart, dans la seconde moitié dq 1884, et, à la date du 30 octobre de cette année, une circulaire du gouvernement de Berlin notifia aux puissances étrangères la prise de possession de toute une série de territoires sur la côte occidentale d'Afrique.

Dans ces diverses entreprises le cabinet allemand ne pouvait éviter de se heurter à celle des grandes puissances coloniales qui, de tradition, considère comme son domaine exclusif la mer et les rivages qu'elle baigne. L'Angleterre, en effet, regardait d'un œil jaloux les efforts de celte nouvelle venue parmi les puissances maritimes et coloniales : ses agents et ses commerçants ne négligeaient aucune occasion pour lui créer des obstacles ou gêner ses mouvements.

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Le chancelier allemand ne lâcha pas pied ppur cela. Bien au contraire, il engagea aussilôl une lutte des plus tenaces contre le cabinet britannique. Ce dernier ayant conclu avec le Portugal un traité qui réglait les limites des possessions de ce pays sur le Congo et stipulait une sorle de privilège commercial en faveur des deux puissances, le gouvernement allemand protesta contre ce traité et réussit à rallier à sa cause la plupart des autres puissances maritimes. Par les mêmes raisons aussi, il prêta tout son concours aux efforts de TAssociation internationale du Congo, patronnée et subventionnée par le roi des Belges, laquelle tendait à consolider son domaine au détriment du Portugal. En même temps encore, le cabinet allemand reçut à Berlin et traita avec des honneurs royaux le président de la république du Transvaal, dont les relations avec l'Angleterre n'étaient pas des meilleures.

Voilà sous l'empire de quelles circonstances le gouvernement allemand entama, dans le courant de Tannée 1884, des négociations avec la République Française en vue de substituer l'action collective et internationale de l'Europe et de TAmérique à la puissance anglaise et portugaise sur le Congo, Il s'opéra, à cette occasion, entre Berlin et Paris un rapprochement comme il ne s'en était pas produit d'une façon aussi ostensible ni dans des termes aussi explicites depuis la guerre de 1870. Des deux côtés on s'empressa d'affirmer, ce qui était vrai au fond, que l'entente ne portait absolument que sur un seul point déterminé, où il existait une identité complète d'intérêts. Il n'y avait donc pas lieu de peser Timportance des avantages concédés de part et d'autre, c'est-à-dire d'examiner si l'Allemagne, sur le Congo, avait obtenu de la France plus que celle-ci n'avait obtenu de l'Allemagne. Quoi

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qu'il en soit, l'Europe, pour la première fois depuis un grand nombre d'annés, vit FAllemagne et la France marcher et agir de concert et prendre à elles deux Tinitiative d'une importante action diplomatique.

Dans l'automne de 1884, des entretiens suivis eurent lieu entre le prince de Bismarck et l'ambassadeur de la République Française à Berlin. Bientôt on apprit que les deux cabinets s'étaient mis d*accord sur toutes les questions relatives à l'Afrique occidentale et avaient résolu d'inviter les puissances maritimes à prendre part à une conférence, qui se réunirait à Berlin, dans le but d'élaborer une convention internationale d'après un programme dont les points principaux avaient été arrêtés d'avance par les deux gouvernements. Sans s'occuper des questions de souveraineté territoriale ni des litiges existant à ce sujet, la conférence devait proclamer la liberté du commerce dans le bassin du Congo et assurer la liberté de navigation sur le Congo et le Niger; elle devait aussi établir certaines règles, qui prévaudraient désormais dans le droit public européen, relativement aux formalités à observer pour que des ocjcupations nouvelles sur les côtes de l'Afrique soient considérées comme effectives.

Les puissances acceptèrent l'invitation. Le Portugal, tout en prévoyant la position difficile qui lui serait créée dans une conférence où il rencontrerait des éléments hostiles, acquiesça néanmoins à la proposition franco-allemande : abandonné par le cabinet anglais, le gouvernement de Lisbonne préféra un règlement international à un état de choses incertain et à la merci de tous les conflits. Le cabinet britannique accepta en dernier lieu, avec une répugnance visible, préoccupé qu'il était surtout des représailles que la chancellerie allemande pa-

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raissait résolue à exercer à propos des affaires d'Egypte, le côté sensible et faible de la politique anglaise à cette époque.

La conférence africaine siégea à Berlin pendant les deux derniers mois de 1884 et les deux premiers mois de 1885. Ses travaux marchèrent plus lentement que ne l'avait prévu le chancelier allemand. Les plénipotentiaires portugais défendirent pas à pas les droits séculaires de leur pays contre les projets d'expropriation de l'Association belge ; ils eurent gain de cause sur plusieurs points essentiels, en se rangeant d'ailleurs, pour la liberté de commerce et de navigation, du côté de l'Allemagne et de la France.

Grâce à son accord avec la France, le gouvernement allemand prit ainsi rang parmi les puissances coloniales dans l'Afrique occidentale. Il triompha de l'Angleterre sur un terrain où celle-ci n'avait jamais compté rencontrer une puissance aussi essentiellement continentale que l'Allemagne. Toutefois l'ère des conflits n'était pas close par le traité de Berlin. Le cabinet allemand en eut dans la Mer du Sud à propos de la possession d'une partie de la Nouvelle Guinée ; il en eut aussi sur la côte occidentale d'Afrique, au sujet de Cameroon. Dans ces deux questions l'Angleterre finit par s'arranger avec son adversaire. Au mois de mai 1885, l'Empereur Guillaume put proclamer son protectorat sur certaines portions de la Nouvelle Guinée. La chancellerie de Berlin ne s'était pas trompée dans sa prévision que l'Angleterre céderait pour ne pas s'aliéner l'Allemagne dans la question d'Egypte.

L'Allemagne, dans le cours de Tannée 1885, eut encore un conflit avec l'Espagne, qui se montrait de moins bonne composition que la puissante Angleterre. Le différend, comme nous l'avons exposé dans un chapitre précédent, fut aplani par le Pape.

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