‹ L'empereur Héraclius et l'Empire Byzantin au 7. siècleChapitre 4 sur 90 · V. Analyse au caractère d-HeracIlns d'après Plaides · texte numérisé non relu

V. Analyse au caractère d-HeracIlns d'après Plaides

Envisageons Hëraclius au moment où il va paraître sur la seÈne de l'histoire. Voyons quel était le fond do cette nature qui semble se dérober aux regards dû l'observateur. Ici George Pîsidès est un guide inestimaîle. S'il nous montre son souverain, non dans le cours ordinaire de son existence, mais au milieu de circonstances exceptionnelles, quand toutes ses facultés, tout son être sont surexcités et tendus

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Epbrœmios, v. !3ifl, (S) 0-).!t«; ,.,;--,:,:,t,--.;, iiy A :a, e?!a P i t €ip.

Midïmos, v. 3666.

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vers un bul unique, par contre il met en relief les parties vraiment grandes e[ originales d'IIéraclius. Pour ne rien exagérer, pour avoir l'Héracliua de chaque jour, on atténuera, sans les effacer, les fortes saillies, et on aura ainsi un homme, qui, tout en éfant bien dialinct des autres, reste possible en dehors dos anomalies que le psychologue invnque en désespoir de cause. Si cette réduction demande beaucoup do tact, on a pour guide la nature humaine qui vaut mieux, dans ce cas, qu'une érudition subtile. D'ailleurs i'hïsloire est là qui nous préserve des pièges que la flatterie tend à notre bonne foi, et nous saisissons lacHemeut tout ce qu'il y a de factice et di.' cunviMilir.iiiucl dans un panégyrique. Cependant nous ne refusons pas de soumellre à notre analyse certains éloges où se trahit, chez le poëte, l'intelligence du personnage qu'il célèbre. Toute louange qui n'est pas une insipide lilunin, mais une truvre d'art, doit nous livrer bien des secrets. Pour prendre un exemple, n'est-il pas précieux de savoir que, parmi les vertus dont Pisidès tresse à Héraclius une couronne si fleurie, ne figure point la libéralité que tout courtisan est intéressé à célébrer la première '! Tenons donc pour

22 CHAPITRE PHEMIEK.

avéré qu'il est possible île démêler le réel à travers les ombres qui h: voilent sans le supprimer, et convaincus que nous avons entre les mains une belle matière, suivons prudemment notre poète pour atteindre l'objet non vulgaire de sas adulations.

George PisïdèB fait d'Héraclius l'homme accompli par excellence, l'idéal de l'homme (i). Selon lui, cette âme, dans laquelle Dieu a mis ses complaisances, réunit ioules les vertus, même celles qui semblent s'exclure, l'héroïsme et la prudence, etc. Héracliusest à la fois Achille, Ulysse, Nestor, et bien d'autres encore. Renouvelant une expression célèbre d'Aristote, il le compare au carré, la figure parfaite en géométrie (21. Mais combien nous sommes loin do comple ! Pourqu'une telle assertion fut vraie, il ne suffirait pas que le vice fût banni de cet harmonieux ensemble; il faudrait encore que les qualités se fissent mutuellement contrepoids, car de l'excès de l'une d'entre elles naîtrait l'imperfection. On a dit avec raison qu'Épaminondas était l'homme le plus accompli de l'his-

?■'<">■ Dr EiptilUio-Ae ferma, Acr. 1, (■>) Arislole, Morale ù iVirumoiJiK, dit n:fi;u« H.ri„-.I'UM Pcnka, Acr. I, ï. SI : ritfî^fsss.

CARACTÈltE D'IIÉIUCLIUS. 23

toirc grecque." Lo héros Ihébaïn était retenu, prudent, austère, habile à pt'uiitor des circonstances; il avait l'àmc grande et le courage indomptable; son respect pour la vérité était

snntant. D'une bonté, d'une modérai ion, d'une patience admirables, il souffrait sans se plaindre les injustices du peuple ou celles de ses amis » (1). Traduisons dans le langage philosophique cette belle appréciation d'un grand esprit: nous dirons que chez lui la volonté égalait la sensibilité et l'intelligence. Un pareil phénomène est rare même aux époques et dans le.i nations les plus favorisées ; il s'est pourtant renouvelé plusieurs fois en Grèce, alors que la ville d'Athènes était l'institutrice de l'humanité. Aristide, Soerate, Démosthène, ces âmes exemptes de défaillance, méritent une place à côté d'Epaminondas.

11 serait singulier que le Bas-Empire eût ajouté u cette liste, malheureusement si courte, un nouveau nom. Seul, en effet, nous pouvons l'affirmer, un grand siècle est en état de donner un rival à ces glorieux citoyens. Une société mal organisée, ou mi'ino légèrement atteinte,

(I) Cornélius Nd pus. Vit iTKyra inonda), 3.

ne saurait jamuii engendrer qu'un Pliilopœmen, mélange d'énergie d de faiblesse, d'enthousiasme et de d licou rarement. L'héroïsme

que parce que l'ûi [ujlibi'o est rompu : une chute profonde suit de prés l'irrésistible essor.

C'est la sensibilité qui domina chez Héraclius, comme chez Pîsîdès et tous ses compatriotes.

N'en soyons pas surpris. Cette faculté s'exerce sans effort : on n'a besoin que de s'abandonner aux mobiles impressions que nous apportent les objets extérieurs. Sous leur empire, l'âme se transforme, s'oublie et se fuit, pour ainsi dire, elle-même. Celte série d'émotions constitue une existence a la fois oisive et accidentée. Supposez un peuple composé d'hommes spirituels et efféminés : nul doute qu'il ne se livre a celte douce impulsion de la nature el qu'il ne se laisse vivre, suivant l'expression consacrée, au sein d'une voluptueuse insouciance.

Comme la Km^uc du diucrv d'r Sainte-Sophie nous éclaire sur ce puioll 11 est une qualité qu'il ne cesse d'attribuer à. son mailre, la sympathie, qui n'est autre cTloso que la faculté de mellrc'son urne il l'unisson des autres, de manière à passer par les mêmes alternatives de

CARACTÈRE d'hÉPÀCLTOS. Î5

joie el de douleur. Nulle part ce phénomène ne pourra Être observé plus complètement qu'ici même. Diverses expressions marquent les nuances de la sympathie, liv/ruitine : c'est une naturelle inclination pour l'humanité tout entière, filavBjiuiria; c'est In tendresse, pWompj^ fJciç; c'est le désir, itfflat; c'est l'amour, ipu;; c'est la piété, t!niSn%. On dirait une harmonie préétablie entre Iléraclius, Dieu, les hommes, et en g'énéral tous les êtres.

Cette sensibilité qu'on ne trouverait dans aucun prince ou politique, plus raffinée et plus exquise, s'adresse' de préférence à la Divinité el à la famille.

Le terme de pirnj- revient à chaque inslant, comme celui de t-ympiiihiqur^ et on ne saurait attribuer d'autres surnoms au personnage dont nous nous occupons. Il fait tout pieusement et tympalhiquemen t : son grand mobile, son grand moyen, son but suprême, c'est la piété.

En vain on voudrait découvrir une tendresse filiale on paternelle comparable. Les Perses, /es Avares, rHérur.liiule, rom posés à de longs intervalles, nous rappellent ce fait avec une indubitable authenticité (t). m

(1)V. De Erpedilione Piniea, Acr. III, T. 1*6.— Bdhm Araritum, y. SS5. — Himdiaàoi Acr. I, v,t65.

SB CHAPITRE PREÏIIER.

Quand la sensibilité, au lieu de s'exercer, comme presque toujours à Bymnce, sans secousse, est soumise à une. forto épreuve, il en résulte une crise intérieure qui peut avoir deux résultats bien opposés : un enthousiasme aussi puissant que ta plus indomptable volonté, ou un énervement qui confine à ia léthargie et a la mort.

Or, tout cela est indiqué comme le propre d'Héraelius, aussi bien avant qu'après ses célèbres expéditions. Chez lui l'amour est uns flamme qui dévore, une force à laquelle il ne peut résister, un essor qui le ravit jusqu'au ciel (1). Un instant après, il n'est plus reconnaissante : tout ce beau zrlr. s'évanouit.

C'est en marquant les causes et les phases diverse; de celle exaltation et do celte prostration qu'on expliquera toute son histoire. Posons désormais en lait qu'il suffira d'un léger mécontentement public, d'une inquiétude de famille, d'une appréhension de péché, pour que toute son intelligence et sa volonté soient paralysées.

Son intelligence est bien vaste pourtant. Une pénétration singulière J2), une merveilleuse

(!) De Kx/nHlùmi Persiea, Alt. J, V. 931, (i) Id., Acr. III, v. 130.

application au travail (i), un désir Lien marqué de se perfectionner sans cesse et de profiter de l'expérience, le distinguent de ses contemporains qui ont beaucoup moins de ressort et d'entraînement généreux. Il a d'ailleurs une grande justesse d'esprit (2). Son enthousiasme, qui parfois nous effraie, n'exclut pas le sens pratique (3). Héraclius va si droit au but (4), parmi ses élévations religieuses, que nous croyons avoir devant nous un voyani. Il est sage, prudent (5). Quoi qu'en dise Pisidés, c'est jûlulôt d'Ulysse qu'il se rapproche que d'Achille, il n'accorde rien à la vaine gloire. Ses connaissances sont varias an moment ou il se révèle ; pîus tard elles seront approfondies. Platon l'aurait avoué pour disciple, car il n'avait négligé ni la musique, ni la gymnastique, ni la dialectique. Ii y avuii ;ijoiilr probablement la médecine. L'éloquence lui élaît naturelle comme l'émotion. Parler éliiiL d'uilluurs pour un Grec, quel qu'il fût, une nécessité. Héraclius aimait

(1) BdlamAowKnm, v- 246.

(I) Pour ces qualité», voir les (rois poèmes, pajjim,

Di Eipeiilioni tmiia, Acr. II, \. 184.

(4] H., ibid., v. 3,6.

:$) itfi. iUmnb, — i«f*i htikfu». !&., iliid, v.

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