‹ L'empereur Héraclius et l'Empire Byzantin au 7. siècleChapitre 51 sur 90 · I. Campagne d'Assyrie 627-829; : bataille de Nlniva · texte numérisé non relu

I. Campagne d'Assyrie 627-829; : bataille de Nlniva

C'est par des paroles pleines d'espérance que Georges Pi si di> s U'rmimtil son poëme des Avares. II voyait déjà «le Danube et le Tigre ensanglantés comme autrefois le Nil ; n el, faisant allusion aux fiançailles du nouveau Constantin avec la fille de Nicélas ; i Victoire, parais, s'éeriait-il , il convient que tu prennes pour époux ce jeune homme auquel tu as accordé, comme présent de noces, l' extermination des Barbares • (1).

Il semblait, en effet, que le dénouement dût être aussi rapide que glorieux; et pourtant on l'attendit encore deux années. Le grand roi demeurait inflexible. Sarbar , qui n'avait point partagé le désastre du kliakan , campait toujours a Chalcédoine, impuissant contre Cons-

(!) La fille de Nicolas a'appolail Nid (Victoire).

2i2 CHAPITRE SEIZIÈME.

tantinople, mais ohsliné. Théodore aurait pu vpoir l'en déloger : un grave événement ie força de rejoindre l'Empereur.

Ziebïl était mort. Les quarante mille Khazars confiés pur lui à Héraclius, voyant que

ligué, de cette guerre do montagnes et d'embûches, appréhendant par dessus tout les rigueurs d'un hiver où il faudrait se battre chaque jour, déclarèrent qu'ils se reliraient dans leurs steppes et dans leurs déserts. L'Empereur ne les retint pas. 11 assembla autour de lui les soldats de su faible, muis héroïque armée , et leur dit ces simples et belles paroles : iVous le voyez, mes frères, vous n'avez plus d'alliés. N'en soyez pus étonnés. C'est Dieu el sa Mère qui veulent que nous devions tout à leur intervention ! Voilà les seuls alliés que nous ■un» Marnai.!. (1)

Le printemps venu (627), il pénétra dans les

de l'Assyrie, dont il ravagea les villes , brûla les moissons, et passa au fil de l'épée les habitants. A la teTe de ses forées, le grand roi avait placé Razalès, général impétueux et entre- Il) Théophane, 1, p. 488. - H décembre 616.

CAMPAGNE D'ASSÏRIE. 2*3

prenant, qui, pnt-lî de Tauris, suivait Héraclius Mme à la piste. Mais les Perses avaient beaucoup à souflrir, car les ennemis ne laissaient derrière eux aucune ressource. "C'est à peine, dit le chroniqueur, s'ils parvenaient à recueillir les miettes qui tombaient sur la route» (1). Les chevaux périssaient par milliers. ,

Les Romains passèrent le grand Zab, l'un des affluents du Tigre supérieur, et campèrent près des ruines de Ninivc. L'in trépide llnzatès les eut bientôt rejoints. Mais on le tint à distance aussi longtemps qu'on le jugea opportun. Un combat d'avanl-poslos lui fut défavorable. Alors on bâta l'action décisive, afin de prévenir la jonction de irois mille cavaliers qui accouraient de la Mésopotamie. (.In choisit une plaine propre aux évolutions stratégiques. Le point du jour trouva Héraclius exhortant et ordonnant les soldats. lîazatès, qui avait toujours présente celte parole du icrore Chosroès : ~Si lu ne peux vaincre, du moins lu peux mourir!» accepta ce défi avec une ardeur fébrile. Il opposa aux Romains trois corps de bataille (12 décembre 627). La lulte engagée, il se présenta au premier rang, provoquant à haute voix Hé-

(1) Tliéophaoe, I, p. 488.

radius : a Dieux, jugez entre moi et mon impitoyable maltrel "répétait- il (1). Le magnanime héritier de Trajan et de Théodose ne se fit

Phalbas, brandissant sa terrible épée", et du revers il abattit la têle de son adversaire. Un second, un troisième général Perses eurent le même sort. Il avait lui-même reçu une blessure qui dut rappeler longtemps à ses compagnons d'armes cette scène digne de l'Iliade. Ceux-ci se précipitaient à. ses côtés pour lui faire un rempart de leurs corps, et pour transpercer avec leurs flèches les assaillants, toujours plus nombreux et j)!us acharnés. C'était d'ailleurs une mêlée universelle t[ui se prolongea pendant on/e heures. Une nuit épaisse régnait quand un se sépara, et tulles étaient la stupeur et la prostration îles vaincus, qu'ils restèrent sur le champ de: rama;;'', pêle-mêle avec

flèche des vainqueurs ('■!). Ce n'est que peu de temps avant l'aurore qu'ils eurent conscience de ce qui s'était passé et qu'ils s'éloignèrent. Alors une frayeur indicible s'empara de ces

(1) l'nrolrs rnppclfîrs pur Li-s histrions orméniens (î) Tptsi ftf il fltirt.. TMnpbane, I, p. S90.

BATAILLE DE MNIVE. 24S

infortunés Ils couraient, tremblants, vers les bois et les rochers. Les Romains jugèrent à leur lour de l'importance de leur victoire. Ce n'étaient partout que glaives, casques et armes de tout g'enre, la plupart brises cl méconnaissables. On porlii à Iléraelius les dépouilles de Razatès, son bouclier formé de cent vingt lames d'or, ses bracelets ét implants, la selle de son cheval, ouvrage d'un grand prix. Beaucoup de guerriers purent montrer des épées et des

du général fut exposée à la vue de tout le camp;

piétement intaefs; on en ramassa beaucoup d'autres réduits en lambeaux et plus ehers encore à leurs possesseurs. Maïs le Prince des Ibères, pris vivant, était le plus glorieux trophée de Ninive. La veille, quelle noble émulalion animait ces guerriers, quand ils songeaient qu'Alexandre, mille ans auparavant, avait, prés des mêmes lieux, mis en fuite l'un des prédécesseurs de Chosnji/s '. Le lendemain, ils étaient fiera d'appartenir à la Grâce, en dépit de leurs noms de Romains. Mais c'est vers le Dieu d'Héraclius que leur pensée se reporta aussitôt , et c'était justice, car lui seul avait réveillé en

eux, contre toute espérance, l'héroïsme des ancêtres.

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