I. La crise de l'empire Byzantin
A la fin du vi e siècle, l'existence de l'Empire fondé par Constantin fut remise en question au milieu de circonstances exceptionnelles. C'était Maurice qui régnait, homme 'Accompli tant qu'il ne fut pas empereur. Mais l'Empire enlevait à ceux-là mêmcsf| h iloliteniiicnllcgiliinement tout leur mérite. Entourés de rem mes, d'eunuques, d'histrions, mille liens apparents ou invisibles les enlaçaient. Ils perdaient leu^diberté d'action, et c'est h peine s'ils essayaient de secouer leurs entraves. La présidence des jeux du cirque, les décisions tbéolog-iques, les cérémonies officielles, les pompes religieuses, telles étaient leurs occupations ordinaires. Le reste, c'est-àdire les vraies attributions royales, la guerre, la politique, la justice, était remis au bon vduloirdes citoyens que l'atmosphère byzantine
n'avait pas encore énervés. Le vainqueur (la Nousehîrvan demeura vingt ans sur le trône sans pouvoir sortir un seul instant de la torpeur tradition nelle. Aussi bien, il arriva un jour où son armée et son peuple ie regardèrent comme un étranger. L'armée et le peuple s'élaient donné des chefs investis de leur confiance, mais sans mandat légal. Les généraux, les magistrats, dépositaires de l'autorité impériale, étaient eux-mêmes dépourvus de toute influence. Mais les démagogues, comme les appellent les chroniqueurs byzantins, les centurions, s'arrogèrent une redoutable initiative. Ignorant l'étal des choses, le prince prenait des
ques superstitieuses ou par une sordide parcimonie. Le refus de raclii/ior b- Humains captifs des Avares fil éclater les ressentiments. L'Empereur fut odieusement insulté par la populace, presque lapidé. 11 y eut, au service des plus mesquines ambitions, des oracles menaçants. Le découragement s'empara de Maurice: il eut des rêves qui lui conseillaient, dans l'intérêt de son salut, une complète résignation. Il s'habitua à l'idée d'un honteux et cruel supplice. Il parut mémo le désirer, le rechercher. Il fit ainsi la fortune
d'un soldat ignorant et brûlai, auquel ses grossières déclamations contre le souverain avaient concilié une triste popularité.
Cédrénos nous a fait du centurion Phoeas le plus sombre portrait. Une chevelure rousse, des sourcils épais et qui se rejoignaient sur le front, au visage une cirairiee y laquelle la colère donnait un horrible aspect : voilà ses disgrâces physiques (1). Il y ajoutait des vices odieux, la débauche, l'ivrognerie, la cruauté. Jamais l'Empire n'était tombé entre des mains aussi méprisables. Ce n'était ni la jusliee farouche d'unTilii'rn, ni lufolk'pei'vrrse d'un Caiigula, ni l'imagination dépravée d'un Néron.
Pbocas confinai L;l h t'il an v I li.iKiilien et aux Commode. La vue du sang élaitsa plu s'grande jouissance (2). Ce grossier Cappadocien, bien différent de Maurice, son compatriote et sa victime, amenait à sa suite, ainsi qu'Héliogabale, les supplices orientaux, ceux là mîmes qui étaient en usage en Perse depuis la plus haute antiquité. Le poète nous les retrace avec horreur dans son Héracliade. C'étaient le gibet, la rupture des membres, la mutilation des pieds et des
(I) CdJronos,!, p. 708.
(S) impitatc ntyîxffK, dit Cildrinos.
LA CUISE DE J.'SMPUÎE BTZAHTK». 33
mains [i). Pour comble de malheur, la tortura, introduite par Phocas à Constantin opte, lui survivra. On verra plusieurs empereurs défigurer ou priver de la vue leurs ennemis, puis subir la loi du talion. Voilà les tristes perspectives qu'ouvrit la domi nation du centurion. Elle présageait une ère d'infùmes veng-eances accomplies de sun^-i'i dii.l . Li; iv^nu d'IIéracliu^ en sera lui-même souillé ù deux ou trois reprises. Plusieurs Iléraclides égaleront et surpasseront on raffinement de barbarie le slupide Phocas.
C'était un capnej des Verts qui avait fait Phocas empereur : les Bleus, mécontents et maltraités, rappelèrent en sa présence «que Maurice n'était pas mort (2). "Alors le tyran lit arracher de sa retraite de Chalcédoino l'infortuné monarque, le traîna jusqu'au port do Constantinople avec ses cinq fils, et, pour redoubler l'effroi du supplice, le contraignit d'assister à leur exécution. Maurice, dont la religieuse apathie contrasté avec la sacrilège frénésie de Phocas, gardait le calme et le silence. Il philosophait sur son malheur (3). On
(I) Yolr Mfiradwife, Àcr.J, y. il.
(■!) riitopkine, I, p. 443.
!î) L'es près; io n csl (If Tiiônpliïir.i? : s.v.nçii t» JunruïrçuTt... Far uno oliscrvalion morale qui est profonde me M juste, Maorico ajout! i ton parlant tk' son u'Jvffilire : ixi Ji&b:, ■» çtviù;. ïiiNOjiliiirn', 1, p. 411.