‹ L'empereur Héraclius et l'Empire Byzantin au 7. siècleChapitre 66 sur 90 · PROJET CONCERNANT LES JACOBITES · texte numérisé non relu

PROJET CONCERNANT LES JACOBITES

mains de l'Empereur. Ce dernier, gagné à la croyance et h la politique de son pieux et adroit conseiller, trouva moyen de consaorer aux intérêts de la religion et de l'Etat quelques heures dérobées à son devoir de général. Ses préoocupations se trahirent dans une conversation qu'il eut en Arménie aveo le chef des Sévériens (623). Chez les Lazes, il rencontra Cyrus, l'engagea à se concerter avec Sergius, pour prévoir et réfuter les objections et notamment celles que l'on pouvait tirer des écrits de Saint- Léon le Grand [626]. A peine eut-il quitté Jérusalem, qu'il vit venir à lui, dans sa résidence d'Hiérapolïs (629), Alhanase, dont l'alliance lui élait si nécessaire pour la pacification de l'Orient. • Recevez le concile de Chalcédoine, et vous êtes patriarche d'Anlioche,» lui dit l'Empereur, oj'y consens I s répondit le Jacobile, sachant bien qu'il ne remplissait qu'une simple formalité, puisque le monothélisme, par l'admission d'une seule volonté et d'une seule opération, semblait se soucier médiocrement des deux natures.

Ainsi, le siège d'Antioche élait rendu aux Jacobites, qui, depuis un siècle, n'avaient cessé d'y prétendre, et Cyrus, qui avait garanti la foi d'Athanase, élait installé a son tour dans le

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diocèse d'Alexandrie devenu vacant (629-630).

Dés lors, l'intrigue syrienne se développa.

Le patriarche d'Alexandrie se mit en rapport avec les nombreux sociale urs d'Eutychès, qui peuplaient l'Egypte. Il les gagna eu leur disant que c'est le même Clirist et le même fils qui produit les opérations divines et les opérations humaines par une seule opération fhénndrique. La distinction n'était donc plus que dans noire entendement. Les hérétiques adhérèrent à une orthodoxie si accommodante. » Certes ce n'est pas nous, répétaient- il s, qui avons reçu le concile de Chalcédoine; c'est ce concile qui a Iran-

Le moine Sophrono , qui avait été jadis l'ami do saint Jean l'Aumônier, protesta contre celle innovation, adjura Cyrus de se rétracter, et, en désespoir de cause, se rendit auprès de Sergius, qui n'eutgarde de l'écouler. «Toute opération divine et humaine vient d'un seul et même Verbe incarné, dit l'ami de Pisïdès, formulant enfin, d'une manière expresse, le monothélisme; il faut enseigner une nature du Verbe incarné, une hyposlase composée et distinguer seulement par la pensée les parties qui

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entrent dans l'union. . Sophrone, découragé, retourna en Orient.

Par malheur, l'adversaire du monothélisme fut presque aussitôt élu patriarche de Jérusalem (633). ïliraclius , en ratifiant maladroitement ce choix, d'ailleurs si honorable, fut l'artisan de sa propre ruine. L'orthodoxie méconnue eut dès lors un défenseur éloquent et énergique, auquel les malheurs de la patrie ne purent imposer silence.

L'alarme fut vive à Sainte -Sophie. Sergius songea à se donner pour appui, dans la crise qu'il prévoyait, le pape Honorius. Il lui écrivit une longue lettre, où il faisait l'historique complet du monofhéhsme. Il insistait sur les avantages d'une décision qui rendait au diocèse

tait en honneur, dansées loînlai nés contrées, non-seulement le nom, jusqu'alors odieux, de saint Léon le Grand , mais l'Eglise romaine elle-même. Il annonçait une résolution qui, prise dès le principe, eût été salutaire, mois qui avait surtout pour but de tranquilliser la conscience incerlaine et timorée du pontife : • Voyant que celle dispute commençait à s'échauffer et sachant que tels sont ordinairement

les commencements des hérésies, nous avons écrit au pal ri arche d'Alexandrie que la réunion des schismatiqius ù.\ud •'sik-.niO.c, il ne permît plus à personne de parler d'une ou de deux opérations en Jésus-Christ. Nous lui avons recommandé de dire plutôt, comme les conciles œcuméniques, qu'un seul Jésus-Christ opère les choses divines et les choses humaines, et que toutes ses opérations procèdent indivisîblement du Verbe incarné et se rapportent à lui, car il est impossible que le même sujet ait Lout ensemble, à l'égard d'un même objet, deux volontés contraires. Gomme notre corps est gouverné et réglé par l'âme raisonnable , le composé de l'humanité de Jésus-Christ était toujours el en lout soumis à la divinité du Verbe el conduit de Dieu. ° Enfin, il lerminait par une assertion loute gratuite ; « Sophrone nous a promis de déférer a nos conseils et d'enseigner ce que nous enseignons, p

L'historien de l'Église (1) considère celte missive eomme remplie d'artifice et de déguisement, et en effet, elle dissimule bien des choses dans un but excellent, mais tout politique.

(1) Fleury, i. VIII, p. 3Ï4.

Le pape Honorius se laissa surprendre. Il répugnait d'ailleurs à an La Un de s'engager dans les subtilités des Grecs. Il fit donc une réponse favorable, parla très -légère men l s d'un certain Sophrone, naguère moine et maintenant évéquedeJérusalem.ouNous laissons aux grammairiens de décider si on doit entendre une ou deux, opérations. Mais nous confessons une seule volonté en Jésus-Christ, parce que la divinité a pris, non pasnolre péché, mais notre nature telle qu'elle a été créée, avant que notre péché l'eût corrompue. Enseignez ceci avec nous, comme nous l'enseignons unanimement

La ligue des trois grands évêques de la chrétienté n'imposa pas à Sophrone, bien résolu de no pactiser, ni avec Nestorius, ni avec Eulychès. Il s'empressa d'assembler un concile à Jérusalem et d'adresser à Sergius une lettre synodale où il précise sa croyance touchant l'incarnation (635). Gonfre le premier' hérésiarque ( il soutient l'unité de la personne, contre le second la distinction des natures, t En Jésus-Christ) dit-il, chaque nature conserve sa propriété et opère ce qui lui est propre. Gardons-nous de dire qu'elles aient une seule opération réelle,

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naturelle et indislincle, cap nous les réduirions ainsi à une seule substance el à une seule na> turc, ce qui serait une erreur, p Le saint prélat était effrayé, quand il pensait que l'incarnation pouvait ne paraître qu'une imagination et un vain spectacle, si la doctrine monophysite continuait ses ravages. En réalité, rien n'était plus éloigné dei'espril de Cyrus, d'Honorius et de Sergiusque cette prévention. Mais la logique subtile et impitoyable de Sophrone conduisait ses adversaires bien au delà du but qu'ils s'étaient proposé.

Les trois Fauteurs d'hérésie, comme les appelait Sophrone, échangèrent de nouveaux messages pour consolider leur alliance. Alors il entraîna au Calvaire Élienne, évêque de Dore, et l'adjura d'aller dessiller les yeux du pontife de Ronie.

Le mal que ces disputes théologiques ont fait à l'empire est incalculable, el voilà pourquoi nous n'avons pas reculé devant une exposition sommaire, d'après l'abbé Fleury. Héracliua, que le poêle, dans ses invectives contre l'impie Sévère, félicitait d'avoir exterminé les barbares, et encourageait û exterminer les hérésies, voyait avec effroi les uns el les autres sévir de nouveau aux frontières et au cœur de la domination

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