‹ L'empereur Héraclius et l'Empire Byzantin au 7. siècleChapitre 65 sur 90 · IV. Réveil des disputes theologiqnei · texte numérisé non relu

IV. Réveil des disputes theologiqnei

La conduite do Sergius et de Pisidès était dangereuse. On sait les troubios provoqués dans l'empire d'Orient par les innovations d'Apollinaire, de Nestorius et d'Eutychès. Témoin des stériles t<\ fastidieuses discussions de son siècle, Procope avait pu dire «que les controverses religieuses sont le fruit de l'arrogance et de lasottise; que la véritable piété se montre par le silence et la soumission , d'une manière plus digne d'éloge; que l'homme ne doit point

qu'il nous suffit de savoir que la puissance et la bonté sont ses attributs.» Gibbon constate que, par uneforluiic bien rare et bien précieuse, les règnes deJustin, de l'ibère, de Maurice etdo Pbocas, n'occupent aucuneplncedans l'histoire ecclésiastique de l'Orient (1). Mais l'esprit grec subsistait toujours , arec son penchant inné pour toutes les subtilités. Proposer ou résoudre d'une manière arbitraire de nouvelles questions théologiques , n'était réveiller le dialecticien téméraire ot incorrigible qui sommeillait (1) Voir Gibbon, | îm xil, chap. 17.

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chez la plupart des sujets de l'empereur Héraclius. Imprimer de nouveau aux esprits cette direction, c'était substituer à l'enthousiasme ardent, presque naïf, qui avait fait des miracles, une dévotion mesquine el tracassière. Il était facile de prévoir, qu'une fois engagé dans des raisonnements équivoques, on ne s'arrêterait pas, dût la patrie mille fois périr. On s'abandonnerait d'ailleurs d'autant plus volontiers à la nature, que le vulgaire était malheureusement bien persuadé que, l'Empereur vivant et la Croix restant à Jérusalem , on n'avait rien à redouter. Les matières combustibles étaient depuis longtemps préparées, quand on alluma la torche incendiaire. Chaque province avait, pour ainsi dire, son hérésie, toute prûlo à prendre feu, el qu'une paix trop longue irritait. La secte nestorienne, qui soutenait l'existence de deux personnes en Jésus-Christ, et qui repoussait les expressions « d'IIomme-Dieu » et de « Mère de Dieu,» dominait en Mésopotainio et jusqu'en Perse. La secte monophysite , qui voulait que l'humanité de Jésus-Christ eût été créée d'une substance divine et incorruptible, régnait sans partage en Arménie. La secle des Jacobitcs était plus répandue et plus redoutable encore.

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Fondée par Sévère, patriarche d'Alexandrie, reconnaissant lu réalité du corps de Jésus Christ, mais se rapprochant -i n gui iiTomenld'Eutycliès, «ce menteur qui dit la vérité (i), ■ elle avait momentané aient disparu dans les soliludes de l'Egypte. Mais un moine, Jacques Baradée ou Zaïuale , avait relevé le drapeau. Proclamé évâque d'Edesse par les fidèles qui "avaient échappé à la persécution de Justinïen, il organisa une vaste propagande, recruta des millions d'adhérents, ordonna 80,000 prêtres ou diacres, et affilia îi sa doctrine l'Ethiopie, l'Egypte et lo Syrie. C'était un é yéncny ni d'une importance capitale. En effrl, sou;! cos tendances religieuses, se cachaient df.i lemlum es politiques très-accusées. Les Cophtes et les Syriens, qui, depuis l'invasion d'Alexandre, n'avaient plus d'existence légale, dépouillés de leurs meilleures terres, de leurs villes ot im gv mirai des rivages de la mer, se déclarèrent Jacobilcs, comme pour protester contre la servitude où leurs maîtres les tenaienl. Cou:;- tri étaient désignés sous le notK.de Melkhih'.-uu Impét'ialisfes. Ils recevaient le concile de Chalcédoïne , qui proclamait une

(I) Tijfii.nH:, rajirwJion de Théodore dons son Traité de ('incarna lion.

l'empereur et LES ÉVOQUES SÏRIENS. 301

seule personne, mais deux natures "en Jésus- Christ. « Mais, dit très-bien Gibbon, l'aveu équivoque qu'il était composa de ou' d'après deux natures, pouvait supposer leur existence antérieure, ou leur confusion subséquente, ou un intervalle dangereux entre la conception de l'homme et l'assomption de Dieu. »

Ainsi, Melkhites, Nestoriens, Monophysites, Jacobites, allaient en venir aux mains, excités par l'amour de la controverse et par des antipathies nationales. k.

V. L'Emparenr, les évoques Sjwiens et le projet concernant 1» Jaceblte*.

Sergius voulait faire prévaloir, à propos de l'incarnation , une doctrine qui, placée a é^ale distance de la doctrine d'Apollinaire ^le Verbe tenant lieu d'ûme et d'entendement dans Jésus- Christ), de celle de Nestorius (deux natures avec une opération et une volonté), et de celle d'Eulychès (une nature), concilierait des sectes que de légères nuances et surtout des querelles

(I) Conlrn inpiiun Suiriin, v. !5.

302 CHAPITRE DII-HTirnÈMK.

de mots séparaient depuis deux siècles. Peutêtre caressait-il cette idéeptutûtà titre d'homme d'État, qu'à titre de patriarche : il l'effrayait justement, au point de vue de la domination romaino, du schisme Jacohite. II communiqua son plan à Théodore, évÈque de Pharan, à Cyrus, évSque de Phase, et a Pyrrhus, moine de Chrysopolis, tous ses amis, tous appartenant comme lui u celte province de Syrie, célèbre au tempsde Juvénal et au temps deThéophane, par l'habité intrigante et captieuse de ses habitants (1). De leurs élucubrations ftïéologiques sortit le monolhélisme, qui n'admettait en Jésus-Christ, qu'une seule volonté en deux natures, comme s'iile de l'unité du personne. Cela fait, on songea à se mettre en rapport aven un autre Syrien, Alhanase, chef des Jacobites, chose qui parut aisée, puisque Sergîus était né de parents affiliés à sa secte. Il fallait aussi, pour mener à bonne fin la grande entreprise, disposer des quatre patriarcats de Constantinople, d'Antioche, de Jérusalem ci d'Alexandrie (2). Dès lors l'affaire était remise entre les

(1] T?T.y Him infini mt^sfii. TliitopUaiie, 506.

(S) Voir Flourv, Histoire eediwst.ifue, t. Ylll, p. 34! cl =ui-

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