LES AMBASSADES ET LES MESSAGES DE MAHOMET
Ciel que mes conseils soient salutaires I La paix soit avec celui qui marche au flambeau de la vraie foi (i). »* ' #
Le roi africain prit en grande considération cette prière du prophète, ce qui témoigne une renommée déjà lointaine, a J'atteste que Ij es l'apôtre de Dieu, véritable et véridique, lui répondit-il. Je t'ai prdliî serment entre les mains de ton envoyé; j'ai professé l'Islamisme en sa présence. Je nie suis dévoué au culle du Dieu des mondes, 0 prophète 1 je t'envoie mon fils. Si tu l'ordonnes, j'irai moi-miîme rendre hommage a la divinité de ton apostolat. J'attesteque les paroles sont la vérité. ».
A peine établi en Syrie, Héraclius reçut de ■Mahomet une invitation idenliquo;« Je t'invite' à embrasser l'Islamisme. Fais-loi' musulman.
Le Ciel t' accordera une double récompense. Si tu refuses de te soumettre à ma religion, tu paraîtras, aux yeux de Dieu, coupable du crime des païens. 0 Chrétiens, terminons nos diffé. rends. N'adorons qu'un Dieul Ne lui donnons poiot d'égal. N'accordons qu'à lui seul le nom deSeigncur, Si vous rejetez celle croyance, ren-
<t) Voir Abd-Ëlbjlii.
324 CFUFITKE DIX'UBUtÂiŒ.
dez au moins témoignage que nous sommes musulmans! (1) »
L'indigna lion du vengeur de Jésus-Chrisl fut profonde; mais, habitué aux formes diplomatiques, il dissimula, déposa respectueusement la lettre sur un coussin, et renvoya l'ambassadeur avec de riches présents. Les Grecs et les Arabes ont raconté cet événement avec bien des variantes. Tandis que ceux-là affirment que Mahomet lui-même vint fléchir le genou devant le vainqueur de Ninive, les autres prétendent qu'Héroclius s'empressa de se faire musulman, mais qu'il n'osa révéler sa conversion a ses sujets.
Mahomet, moins facile à abuser que ses historiens, vil bien que son grand adversaire était désormais Héraclius. Mais il savait aussi que les Jacobîles portaient impatiemment le joug odieux des Melkhiles. Leur palriarche Benjamin s'était enTuï au désert, où il se cacha dix années. Ils avaient pour eoréligionnairo Mokawkas, récemment créé vice-roi d'ÉgypIe, et honoré par les siens du litre de prince des Copk/es. C'est à ce dernier que s'adressa l'apôtre de Dieu, afin de précipiter une crise que les aspirations
()| Voir Ahmecl-bon-Iouseph.
nationales et la querelle du monoLliélisme rendaient inévitable (1). Le prince des Cophles, qui redoutait le bras puiss;ml d'IIcraclius et qui voyait dans Mahomet un libérateur providentiel, fil une réponse à la fois évasive et encourageante. «J'ai lu la lettre par laquelle vous m'invitez à embrasser 'l'Islamisme. Celte démarche mérite îles réflexions. Je savais qu'il paraîtrait encore un prophète, mais je croyais qu'il devait sortir de Syrie. Quoi qu'il en soit, j'ai reçu avec distinction votre ambassadeur. Il vous présentera de ma part deux jeunes fdles Cophtes d'une noble extraction. J'ai joint à ce présent une mule blanche, un âne d'un gris argenté, des Imbits de lin d'Egypte, du miel et du beurre n (2).
C'étaient la les prémices de la terre sainte et du paradis, que le nouveau Moïse faisait briller aux yeux des Arabes (3).
(I) Ibn-lttrlk (Eulycbïd.).
]>!■; Mahomet raAvi':?.-oiL:sr i>'i™ii:f;i;u[>. — ri.AS d'abou-
l'Egypte. De Bosra, capitale cl résidence d'un gouverneur impérial, on surveillait la péninsule (1). On y recrutait un grand nombre de Sarrasins que le Christianisme et l'appât du gain attachaient à lu domination romaine. U convenait de les eomhler de prévenances pour ne pas les rejeté.- du côté de l'Islamisme. On devait, en outre, avoir pour alliés les Juifs, dé-
POLITIQUE d'hERACLIUS A l'ÉGAKD DES JUIFS. 327
pouilléset persécutés par Mahomet. Leur donner asile eût été un acte plein d'adresse et d'humanité. Mais l'Empereur, poussé par l'esprit d'intolérance. n'Unit rli'jù aliéné ses sujets Israélites. Il leur avait intimé l'ordre^le s'éloigner de la ville sainte (1). Plût a Dieu qu'il se fut -conlcuté de les humilier ! II ne sut pas résister aux sollicilîUioifs '.'.r~ Cliri'lii'ns que le désir
mencèrent; les environs de Jérusalem furent inondés de sang 1 . (2) AEdessc, autre centre du Judaïsme, les mêmes scènes se renouvelèrent {;!). Sur ces entrefaites, une prédiction se répandit, à savoir que l'empire serait détruit par les nations circoncises. Ig-norant d'où viendrait le fléau, le superstitieux souverain ordonna de baptiser tous les Hébreux répandus dans ses possessions. Il se emicei-ia à ce sujet avec les rois germains, et Dagobert, à son incitation, régénéra malgré eux ces infortunés (4). H «radius et Dagobert, ces deux- «Tiinds princes, devenus les plagiaires de Phoeas : que! sujet d'amÈres réflexions! Émigrcr en Arabie, le! fut le recours
(1) Thëophane, l, p. SOS. - Xunk : Pabrinu, p. 613. (ï; [bn-BulriV.
(H) Sépéc».
(4) Frtkieg^ire
m CHAPITRE VINGTIEME.
désespéré des Israélites. ° Ils tendaient les moins vers les Sarrasins, dil un évèque d'Arménie, ils leur liront connaître leur origine, attestée par les livres saints (I). » L'entraînement fut si grand que des Juifs honorèrent Mahomet du nom de Christ et délaissèrent le culte de Moïse (2): voilà le résultat des haines si graluileinent soulevées! La l'erse était digne, elle aussi, de la plus vive attention. 11 importait que ce royaume recouvrât quelque force el quelque prestige. (l'était le boulevard national ds l'empire. Mais, là encore, il y eut de fausses combinaisons et des méprises. Le parricide Siroès avait rejoint ses victimes, après un règne de sept mois (octobre G28). Il avait en pour successeur son fils, enfant débile, dont le règne menaçait dlèlre orageux. Héraclïus, persuadé que Sarbar saurait se faire respecter, encouragea son ancien adversaire dans ses vues ambitieuses : « Votre roi est mort. C'est a toi de prendre le trône. Je te le donne à loi et à tes enfants après toi. Prends chez moi aulan! de troupes que lu voudras (3). » Le Sanglier royal
(!) Théophana, I, p. BU.
(3j Voir le /auritiil aiiatiqm, lac. cil.
rOKTIQl'E d'hÉTUCUUS A L'ÉGARD DES JUIFS. 329
mit ii mort son neveu et ceignit le cimeterre des Sassnnides (juillet G29). Tout marcha d'abord heureusement. La reconnaissance de l'ancien persécuteur des Chrétiens ne laissait rien à désirer. Il envoyait a Edesse le produit des rapines de Chosroès, des présents d'un grand prix, enfin son propre fils, qu'il déposait dans les bras de l'Empereur, « comme la Vierge Marie avait remis Jésus dans ceux du vieillard Siméon {l). « Mais, en même temps, il immolait les seigneurs Persans qu'il suspectait. Ses sévérités et ses cruautés abrégèrent son règne. Revêtu des insignes royaux, il passait une revue de ses troupes. Des conjurés se précipitèrent sur lui à ['improviste et l'immolèrent (2). L'ne confusion épouvantable, pareille à celle des trente tyrans, suivit ci-l assassinat. Il y eut plusieurs princes proclamés sur dillérents points de l'empire. Héraclius ne put faire entendre sa voix au milieu du tumulte. Chosroès éfiiit mort depuis quatre ans à peine, et neuf Sassanides s'élaient assis sur ce tronc, objet jadis de l'envie universelle, maintenant véritable àége de douleur, comme l'appelait Pisidès.
(I) Nicëphorc, p. 23. 11 se trompe de nom (Hordid» nu lieu do Sarbar).
H] Début de Tan 630.
H. Première. hoMilitÉs; Bataille de Mata; l'Apte de Dieu (829;.
Mahomet venait d'arvomplir .son premier pèlerinage ù la Mecque. De retour à Médine, toujours préoccupa de son plan de conquête spirituelle el militaire, il envoya au gouverneur do Dora une ambassade chargéi' do le convertir {))'.' Mais le lieutenant d'Héraclïns, cédant au fanatisme ou à des nnlivs ri.n'i m rcux qui trahissaient les préoccupations et l'exaspn'.'Ulon de son mat- Ire, ne recula pas devant une trahison el un assassinat. A cette nouvelle, le prophète arma Irais mille Arabes et leur commanda d'exercer sur l'empire de légitimes représailles. Il donnait, à son insu, lu signal d'une guerre qui devait durer huit siècles, porter, en moins de cent années, le drapeau di> l'Islam aux rivesdu Gange el de la Loire, provoquer les croisades par une réaction nécessaire du Qinstianismc, et aboutir, après bien dus défaites, à la prise de Cons- (antinoplu, si souvent rêvée par les grands rois el par les kulifes. C'était une faible étincelle qui allait enflammer trois conlinenfs. Il désigna pour commander eelte troupe, peu nom-
0) Aboul-Féda.'
BATAILLE DE- MITA. 331
breusc mais héroïque, quatre émirs dévorés de courage et de prosélytisme. C'est par la Palestine Salutaire, et du côté de Pétra qu'eut lieu l'invasion, ou, pour mieux dire, l'incursion des Sarrasins. Les rfc.iLTls de l'IiUiméc furent franchis avec un sublime rjôtlain de la fatigue et des privations. Arrivé à Muta, sur le rivage oriental du lac Asphaltih', on téklbra, en présence des infidèles, les riis du Koran (i). Maïs le vi-
foreées. Les plus sages des néophytes conseillaient la retraite. Abdallah mil (in à ces calculs égoïstes : «Compagnons, marchons eontre les infidèles. Ouvrons-nous un passage à travers leurs bataillons. Nous obtiendrons ou le martyre ■ou la victoire. Le ehoc de celte poignée de Musulmans contre les phalanges chrétiennes fut terrible. Le général en chef Zaïd, iils adoplif de Mahomet, tomba le premier couvert de blessures. Jafar saisit l'étendard, et nouveau Cynogire, le tint dans ses bras, jusqu'à ce qu'il s'affaissât, mutilé et frappé au cœur. Abdallah le défendit à son tour et le teignit de son sang.
(I) TLéophonF, I, p. 515.
C'en était Tail des trois mille, quand survint Khaled « l'Epée de Dieu.» Il rassembla ses compagnons, iitlrontii la m ultilEnir: di.-S ititi'CL'riuivrs et les rail en fuite (1). Telle est <iu moins la version des Arabes. Les Grecs, au contraire, affirment que seule o l'Épée de Dieu resta intacte (2). » C'en était déjà trop pour eux, cur leur plus terrible ennemi, l'auteur de la chuté de l'empire Perse et de l'abaissement d'Héraclius, venait de se révéler. Chose extraordinaire! les trois mille restaient maîtres du champ de bataille, bien queglacés par la mort!
Mahomet assemble le peuple et dit d'une voix allendrie : s Les émirs oui succombé ! » Les croyants fondent en larmes. Il poursuit : " Mais Khaled a forcé la victoire à se déclarer pour Allah! (3)» Les corps des victimes sont rapportés à M^-dine. On contemple leurs glorieuses blessures, on envie leur destinée. De magnifiques funérailles leur sont décernées : « 0 Musulmans I ne pleurez plus sur Jafar ! Die« lui a donné deux ailes et il s'en sert pour parcourir l'immense élendue des cieux ouverts à
«) Al-Jaticabi.
[■:. T!,0n|.!ianc, I, p. blû.
[SSBbïklr.
J/ÉPÉE DE MHD. 333
ses désirs! (1) » Que l'on compare l'éloquence d'Héraelïus et celle de Mahomet. Dans l'une règne surtout la résignation , dans l'autre l]espérance. Ici, on voit un ascète; li, un poule.
Cet événement fut un coup de foudre pour l'Empereur. Toute-Cois n'ex agirons pas : de tristes pressentiments, mais non le désespoir, ffeniiérrnl dans son cœur.
Un autre événement prêtait à (les réflexions plus amères. Mahomet marcha enfin contre la Mecque, fit capituler les Coréischiteset les idoîâtres, gracia ses i:oiiiiiii[i , ii>k^, hnsaleursdïeux, proclama dans la Ka<iha purifiée- qu'Allah éfaït la seule Divinité el que t'Arahie ne formait plus qu'une seule nation (2).
Un instant, il pensa se mettre lia lêle de tous ses sectateurs pour tenter un effort décisif. En effet, il réunit trente mille hommes, revêtit sa
dans la. direction de Damas. Mais les Grecs n'allèrent pas au-devant des Arabes. Le prophète, attristé et malade, rentra à Médine. ° Le choix m'a été laissé entre la possession des trésors de la terre avec la vie d'ici-bas, el le para- Ci; Al-JanniM.
(21 IL janvier G30.
331 CHAPITRE VINSTIÉMB.
dis avec la vuedu Seigneur, et j'ai préféré le paradis, n
ftl. Mort de Mahomot st a^éneroont d'Yeziogerd,
Mahomet mourut a» moment d'exécuter ses
grand homme. Il ne se déroba point, à l'exemple du divin législateur des Juifs, dans les nuages du Mont Nébo; il expira' 'au milieu desexhorlations et des prières. Ce l ui pour l'Islamisme une crise redoutable (I), Le désespoir de Fa,time, les sanglots d'Aïesbha, la consternation du peuple, ont luissédes traces incffaçablcsdans los légendes arabes et dans lés chroniques grecques (2). C'était un répit que la fortune ménageait A l'Empereur. Par une heureuse eoïncidence, il établissait sur le Irûue de Perse, enfin raffermi, le jeune Ye/degerd, fds de Sarbar (3).
fans prophètes, imitateurs ambitieux de Maho-
-ki-h e^Wn.^i.ThK.i lianr, ], p. Slt:
B) 8 juin EH.
(S) 16 juin m.