III. Le Christianisme jugé par Mahomet
Mahomet est moins sévère il l'égard des Chrétiens, que les Chrétiens ne l'ont' été envers lui. Ce n'est pas qu'il se montre fort tolérant et
(i) Tt.fi; Si isuiai-.uj «ni X^imiiù; ni *u f x Cé-
drdnos.
(il Tpwnmipicttt, dit CédrddM,
LE CHRiSTJÂKlÉME JDOÉ PAU MAHOMET. 31S
fort instruit (I). « Les Juifs disent qu'Ozaï est fils de Dieu, lesChrélietïs disent la même chose du Messie. Ils parlent comme les infidèles qui les ont précédés. LeTliel punira" leurs blasphèmes, lis appellentseiçneurs leurs pontifes, leurs moines, et le Messie fds de Marie, et ils leur ont commandé de servir un seul Dieu. Il n'y en a point d'autres. Anafhème sur ceux qu'ils associent ft son culte! > « Ne dites pas qu'il y a une Trinité en Dieu. Il est un. Cette croyance vous sera plus avantageuse. Loin qu'il ail un fds, il gouverne le ciel et la terre. Il so suffit à lui-même [2). n Mais si, parmi tant de cûnlradictions, on s'efforce de saisir fa pensée ondoyante du fondateur de l'Islamisme , on se convainc qu'il a pour les peuples du Livre une profonde sympathie. Ce n'est pas a eux qu'es! adressée cette terrible imprécation : » Les idolâtres sont immondes I (3) » 11 s'exprime très nellement h oc sujet. » Combat lez ceux qui ne croient point en Dieu et au jour dernier, qui ne défendent point ce que Dieu et le prophète ont interdit, et qui ne professent point la religion
(1) Korm, cliap. a.
{i) IA, chip. iv.
(3) M,, diap. ji.
véritable des Juifs et des Chrétiens (1) •>. Il est impitoyable pour " les prêtres et les moines, qui dévorent inutilemcn lies biens d'au truie (écartent les hommes.de la voie «lu salut (2).» Mais il rend dommage à Jésus-Christ. «Jésus est le fils de Marie, l'envoyé du Très-Haut et son Verbe. Il l'a fait descendre dans Marie. Il est son souffle (3). . La Vierge est honorée d'une ma-' niêre digne d'elle et du Seigneur qui l'a choisie (4). « A l'infidélité on a joint la calomnie contre Marie! ■ dif-i! avec une noble émotion (3).
Les erreurs dogmatiques abondent dans le Koran. L'hérésie des Phantasiastes, si odieuse à Pisidèa, y est professée hardiment : * Ils ont dïl : nous avons fait mourir Jésus , le Messie, fils de Marie, envoyé de Dieu. Ils ne l'ont point mis à mort. Ils ne l'ont point crucifié. Un corps fantastique a trompé leur barbarie. Ceux qui disputent à ce sujet n'ont que des doutes. La vraie science ne les éclaire point I C'est une opinion qu'ils suivent. Ils n'ont pas fait mourir Jésus. Dieu l'a élevé à lui parce qu'il est puiâ-
(I) A'oi-m, chip. il.
U) H., an.
(3) H., rliap. IV.
(tjH, chjp. trt.
(3J fit, cba|). iï.
KÉRACLHJS ET MAHOMET. ■ -317
sant et sage. Tous les Juifs et les Chrétiens croiront en lui avant leur mort. Au jour de la résurrection, il sera témoin contre eux (1). »
Héraclius et Muhomet, le parfait Byzantin et le parfait Arabe, ne se seraient pas mieux compris qu'ils ne comprenaient la religion l'un de l'autre. Le premier vénérait tout ce que lo second poursuivait : les ponlifes, les moines, les images, la croix. Quelles durent êlre la terreur et l'indignation de l'Empereur, quand on lui dit qu'il existait un prophète qui traïiait de vanité l'instrument de ln rédemption et de ses victoiresl Et pourtant Héraclius et Mahomet ont plus d'un trait de ressemblance.
Tons deux se livrent aux méditations spirituelles et aux extases. Tous deux passent de l'enthousiasme a l'abattement, de la dévotion à la politique, de la prédication à la guerre. Tous deux sont regardés par leurs compatriotes comme inspirés du Très-Haut. Allons, comme toujours, au delà des apparences; erî réalité, ils n'ont do ressemblance que celle que com-
{I) i'oran. ebap. :v.
318 cijapjthe dix- neuvième.
portent un Byzantin et'un Arabe. Chez Héraclius, il y a plus de scrupules; chez Mahomet, plus de spontanéité. On s'aperçoit que pour l'un l'inspiratioD vient surtout du dehors, que pour l'autre elle est tout intérieure. Ici quelle fragilité, là quelle mobilité! Mahomet passe par une série d'idées et de sentiments bien définie, mais inépuisable, liéraelius risque de no pas se retrouver lui-même et (le s'affaisser.
Voici deux hommes contemporains, qui président aux destinées des deux mondes qui tout à l'heure vont s'entre choquer. On se demande quelles sont leurs grandes dates, les événements principaux de leur existence. Or, da curieux rapprochements, tout Fortuits, s'offrent à nous. L'année où Héraclius renversa Phocas, est celle où Mahomet eut sa première révélation sur le mont Hirn et prêcha l'Islamisme (610). De 610 à 622, Héraclius est en proie aux remords et à l'infortune; Mahomet subit la persécution des Coréischiles. L'Iliijire de Mahomet est la première journée rl'l S ^ '■ r l l j ■ ! i i ! ^ : ils eeigncn tic glaive en môme temps (3 avril, 2 juillet 622). Lorsque
Sarbar et des généraux persans, Mahomet, avec ses trois cent quatorze musulmans, mettait en
■ LES . IDÉES POLITIQUES DE MiSOMET. 319
fuite mille infidèles» Béder (624). Bientôt après, Héraclius manquait périr sur les bords du Snrus; Mahomet était blessé et vaincu au mont- Ohud (625). Au siège rie Constantinople répondait celui de Médina (626). En 628, lapaix était imposée aux Perses et aux Juifs de Khaïbar. Puis c'étaient io pèlerinage de l'Empereur ii Jérusalem et celui du prophète à la Mecque (629); et alors seulement Héraclius apprenait d'une manière positive l'existence do on Mahomet qui devait lui porter des coups si terribles.
Mahomet était domino par deux idées: la première essentiellement rrliu/M'use, la seconde toute nationale. « Que la religion sainte triomphe universellement (l),n tel était son vœu, son exhortation incessante. Il n'apercevait pas les limites imposées par ia nature elle-même à l'Islamisme, car sa loi dans Allah l'aveuglait. Le vrai Dieu devait rallier à ses sacrés étendards tous les hommes sans exception. En outre, le descendant d'Ismaël avait toujours présente & la pen-
(I) tontn, chnp. Ml.
320 CHAPLTBB UX-HGUVlkl(t;. i
sée la déchéance de ses ancêtres. Les Arabes, pendant vingt siècles, avaient été réduits à une contrée aride et stérile. 11 était temps, d'après lui, de faire cesser nette longue injustice et de conduire ses compatriotes dans des contrées heureuses. La soifdes jouissances était d'autant plus éveillée dans cette nation qu'elle en avait été sevrée jusqu'alors, lin jour qu'il faisait creuser autour d'Yalreb le célèbre fossé,il saisit une pioche, etfiljaillir du rocdesélincelles. o Lapremière deces étincelles, dit-il, m'apprend la soumission de l'Yémen, la seconde, la conquête de la Syrie et de l'Occident, la troisième, celle de rOriénll «C'est peut-être à ce moment qu'il formula ce vaste programme, dont l'exécution, maigre sa prodigieuse rapidité, demanda un siècle. Quelques mois après, Abou-Becker et Omar plantaient le drapeau de l'Islam sur les ruines de Khaïbar. Un grand obstacle était supprimé : les Arabes pouvaient désormais s'avancer vers le Nord.
Nul doute que la lutte engagée entre Héraclius et Chosroès ne la préoccupât vivement,
Us ont été défaits sur la frontière. Ils rachèteront leur défaite par la victoire dans l'espace de
LES AMBASSADES ET LES SIESSAUES EE SIAEIOJÏEr. 321
dix années. » Ainsi débutait le trentième chapitre duKoran.
« Le jour où ils triompheront sera un jour de joie pour les fidèles. Ils devront leurs succès aux bras du Très-Haut qui protège ceux qu'il veut, a Ainsi continuait Mahomet. Sa joie anticipée tenait îi deux raisons : il désirait que la religion du Christ l'emportât sur celle de Zoroastre moins parfaite; il lui plaisait aussi de voir l'empire perse et l'empire grec s'affaiblir et s'entre-délruire.
VI. Les ambassades et les messages de Mahomet bu souverains; ea manière de voir a l'égard d'Hera-
La chute de Khaïbar et le long duel des deux grandes monarchies orientales lui semblèrent favorables à une immixtion dans la politique extérieure. II monta en chaire, et dit d'une voix solennelle : <■ Musulmans, j'ai dessein de choisir parmi vous des ambassadeurs pour les envoyer aux rois étrangers. Ne vous opposez pointa mes volontés. N'imitez pas les enfants d'Israël qui furent rebelles a la voix de Jésus! » Les Mohageriens s'écrièrent unanimement : a Apôtre deDieu, nous prouons luciol fi témoin que nous
t'obéirona jusqu'à la mort. Ordonne, nous sommes prêts ÎLparlir. » C'est âChosroès que Tut adressé le premier message. Quand l'orgueilleux souverain delà Perse eut lu ces mots : «Mahomet, apôtre de Dieu, au roi Chosroès, » il ne put contenir sa colire. Il déchira la lettre en disant : • Est-ce ainsi qu'un esclave ose écrire à son maître ! » 11 ordonna au gouverneur do l'Yémen de le lui envoyer chargé de chaînes. Mahomet reçut impassible eelle nouvelle : « Dieu, dit-il, mettra en pièces son royaume, comme il a misen pièces mon mespag'C ! « ["ne révélation lui ayant appris la mort de Chosroès, il l'annonça aux officiers du gouvtjt n (.[[r. « Sachez que ma religion et mon empire parviendront au faîte de grandeur où s'élève le royaume de Perse. Allez, dites à votre" maître d'embrasser l'Islamisme 1 » Cette ingénieuse supercherie amena la conversion de l'Yémen (t).
Un autre amha^Kh'iir di-pcsa entre les mains du roi d'Abyssinie une missive ainsi conçue : «Je t'appelle au eulle d'un Dieu unique... Crois à ma mission... Suis- moi.,. Sois au nombre de mes disciples... Dépose l'orgueil du trône,,, Mon ministère est rempli... J'ai exhorté. Fasse le
(t) VoirÀbDiil-f.dda.