‹ L'empereur Héraclius et l'Empire Byzantin au 7. siècleChapitre 79 sur 90 · CHAPITRE VINGT -TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT -TROISIÈME

l'épée dans les reins. D'autres ajoulent qu'un terrible vent du midi aveuglait les Grecs à l'Yermouk, comme il avait aveuglé les Perses aCadésiah (1). Cent mille hommes avaient péri. C'en était fait de la domination romaine en Orient. Les laborieuses campagnes d'Héraclius étaient non avenues. Manuel , désespéré , se réfugia dans un monastère du Sinaï.

III. Prisa de Ctésiphon et de Jérusalem I pèlerinage d'Omar (ma» 637).

» Peuples, entrezdanslaterresainiequeDieu vous a destinée I » Ce verset du Koran fut bientôt dans toutes les fiimchi/s. Descendant la rive droitedu Jourdain, Ulitidal) se hù la d'investir Jérusalem. On se rappelait que « ce berceau et ce tombeau des p rupin:, le. s » avilit vu, dons une nuit miraculeuse, l'iipparilLcm du prophète de Médine. Sophrone aurait dû défendre la cité sainte contre les Sarrasins, tomme Sergi us avait défendu Conslantinople contre les Avares. Mais il n'avait ni son génie ni ses ressources. Cependant, il lutta pendant quatre mois et voulut traiteravee le kalife lui-même.

(1| Tbéophane, J, p. !H8.

PRIEE DB JÉRUSALEM. 371

Omar . déféra à ses désirs. Il déclara qu'il se rendrait en Palestine. Mais c'est en pèlerin, et non en chef d'empire, qu'il se montra aux nations conquises. ÏI était monté sur un chameau

bois. Pour tout vêlemen^, il avait, comme saint Jean-Bapliste, une toison déchirée et souillée (1). 11 s'avançait, confondu dans la foule de ses sujets qui le respectaient et le vénéraient. Il rendait une justice exacte et corrigeait le luxe et là licence, Parvenu au terme de son voyage, il s'assit sur la terre dure, et accorda audience au patriarche dans cet appareil négligé au grossier qui avait bien sa grandeur et son orgueil. Il rédigea une capitulation clémente ; le souvenir de Jésus protégeait encore ses fidèles. Mais ce fut pour les Chrétiens une humiliation bien navrante que le rôle effacé qui leur était imposé au nom de l'Islam. On ne sonnerait plus les cloches; on n'érigerait pas de croix au-dessus des églises ; on y accueillerait indistinctement Ips Chrétiens et les Musulmans, on se garderait bien d'attirer à l'Évangile les sectateurs du Koran. Seuls, ces derniers porteraient le turban,

(1) TMophsm, I, p. MO.

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iraient à cheval avec des selles et seraient vraiment des hommes libres. Les Juifs seraient traités sur le même pied que leurs persécuteurs (1). Quel nouveau sujet d'amères réflexions pour Héraclius qui avait cru, en frappant les

une suprématie incontestée dans tout ('univers ! Les portes s'ouvrirent devant le kalife devenu le souverain des sainls lieux. Il entra accompagné de Sophrotie. Il décidaque sur lesruines du temple de Salomon s'élèverait une mosquée. C'est la mosquée d'Omar, où l'on montre encore la roche sacrée sur laquelle Jacob reposa sa lêtc, et les Turcs prélendent y reconnaître l'empreinte du pied de Mahomet. L'église de la H insurrection attira la piété d'Omar. Le patriarche le conjura de dépouiller ses habits lacérés et de revêtir une tunique avant de pénétrer dans l'enceinte consacrée. Il l'obtint à grand'peine.

Quand il vil le vicaire de Mahomet devant l'autel où coulait le sang du Sauveur, il ne put s'empÈchcr de s'écrier en langue grecque et avec des larmes amères : a Voilà l'abomination de la désolation prédite par le prophète Da-

jlJAboul-taradj. Voir aussi llnnk : Psimin».

niel (1). L'auguste pèlerin voulut discrètement s'agenouiller sur les degrés du portique de Constantin : a Si je m'abstiens de prier dans vos églises, dit-il, c'est pour que les Musulmans ne vous en dépouillent pas. r> Il alla ensuite faire ses dévolions à Bethléem. Les affaires do la Syrie réglées, il revint à Médine avec la même , simplicité.

La capitale du Mogisme succombait en même temps que celle du Christianisme. Saïd affronta ce mystérieux Clésiphon soigneusement évité par Héraclius. Il écrivit bientôt à Omar : • Le palais de Chosroès est à nous; la promesse del'opfltre de Dieu est accomplie ! »Un immense pillage commença. Les trésors des mille et une ■ nuits tombèrent entre les mains des Arabes qui en ont enrichi leur littérature. La merveille la plus admirée fut un (apis de soie de soixante coudées carrées, qui représentait l'un de ces paradis visités quelque temps auparavant par l'armée romaine. Il fut partagé à Médine entre les chefs de l'Islamisme. La portion d'Ali se vendit mille drachmes. La tiare de Chosroès orna un instant la tête d'Omar qui la rejela avec mé-

(I) Twt'.. il Wi.- Iwyj-J.n; iff rû:i in:-.-, i-' ii.Mi; ri ÊJio T ji ri: tpjMinn; m piJH» Jii lniTj.Tvi i7 ; ^'"'-'-'!'liiio[ilianQ.]. [>,iWLI.

pris. Le grand roi fuyait vers le Turkcslan. Il y avait neuf ans qii : Mérat:liij3 était entré à Dastagerd, il yavait huit ans qu'il avait rapporte la croix à Jérusalem. Se voir remplacé par Mahomet, c'était bien ■ l'abomination du la désolalion - pour ce nouveau Daniel.

IV. Expédition du nouveau Constantin: Aventures du renegut Yukinna; perte d'Antiache.

Le kalifo décida que l'on achèverait la conquête de la Syrie. Obéidah et Khaled se portèrent vers le nord et mirent lesié^edevant Bercea (Alep); ils y furent rejoints par Yézid et Amrou qui n'osaient pas encore attaquer le littoral. Une résistance inattendue se préparait. Elle était organisée par l'intrépide gouverneur Yukinna(l). Sollicité de se rendre par les habitants euxmêmes, il s'y refusa avec hauteur. Une sortie inopinée et furieuse eut pour résultat la mort d'un grand nombre d'ennemis. Les citoyens ayant fait des proposi lions aux émirs, il rentra précipitamment dans la forteresse, fondit sur les récalcitrants, immola son propre frère, un

.1/ Les avonluie- J'ïiikinriii, i't toute crue guorro ont éui IJC.ntPP! avec détail pur I.cIju.iu, Histoire lia Bm-Empiri, rl'jprè» les autours origiDalis.

AVENTURE DU RENÉGAT YUK1NNA. 373

saint moine, qui osait parler de paix. A un assaut inulile il répondit par une nouvelle sorlio; il fit trancher la lèto à cinquante prisonniers musulmans en présence de Klialod exaspéré mais impuissant. I.c sincère Obciilah exprima son chagrin au vicaire de Mahomet : » Ne vous retirez pas, répondit Omar, car votre retraite exciterait les infidèles h vous harceler de tous les côtés ! » Enfin l'Islam rencontra un nouveau héros. C'était un esclave, Damés, dont le corps gigantesque renfermait une âme intrépide. Il jura d'escalader la forteresse et de surprendre l'insaisissable Yukinna. Il ordonna à l'un de ses camarades de monter sur ses épaules et de former avec six autres une échelle qui atteignait la hauteur des créneaux. Trente hommes pénélré-

rantie que celle prière Fervente : o Apôtre de Dieu 1 veille à nos succès et à notre salut t • Ils coururent aux portes et appelèrent leurs compatriotes. Yukinna célébrait la délivrance d'Alep quand il apprit le stratagème de Damés qui le mettait hors de combat. Il en fut d'abord consterné. Mais, saisi d'admiration pour des adversaires si ingénieux, incapable de renoncer à la guerre, il abjura le clu-i^i i ;■. i i i • ( l :: i : L n

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bileté et ses ruses au service de Khaled. C'est le plus remarquable des renégats : il devint un arabe et un musulman accompli.

Cependant, excïlé par le patriarche et par l'impératrice, Héraclius envoyait en Syrie le nouveau Constantin. Sergius croyait que ce nom serait d'heureux augure. Marlina, sa marâtre, espérait que sa mort livrerait le trône à Héracléonas. Ces deux calculs, si opposés, furent également déçus.

Le jeune empereur aborda à Séleucie, remonta l'Oonle et s'enferma dans Antioche, la riche et populeuse métropole de l'Orient, Le château d'Azas, sur la route d'Alep, semblait capable de défier les armées musulmanes : on comptait sans Yukinna. Celui-ci forma l'audacieux dessein de l'enlever. Il se mit en route avec cent hommes habillés ù la grecque, que devaient suivre mille autres Sarrasins. Mais un billet, confié a une colombe, avertit le commandant qui, se portant au-devant d'Yukinna, l'arrêta avec sa troupe et ie consigna dans la forteresse. De grandes clameurs s'élevèrent au milieu de la nuit. Une scène effroyable avait lieu. C'était le fils du commandant qui assassinait son père. Le renégat l'avait séduit et fas-

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