ANNÉE
Page 12. 11 n’est pas sans intérêt de reproduire cette lettre du général Prim: elle n’a pas d’ailleurs besoin d’être commentée.
A M. José Gonzalez Echavarria: à Mexico.
- Madrid, 11 mai 1863.
Mon très estimable oncle et ami. Je reçois votre lettre de Janvier, et je me rends compte de la situation des choses de ce pays, état déplorable certainement, mais qui fait connaître au monde que le Mexique est une nation et que ses enfants ne sont pas une race objecte et dégradée, comme on a eu la prétention de le faire croire. Mais vous êtes bien les dignes fils de ceux qui ont étonné l’univers de leurs exploits. Que dira ce blagueur de M. Billaut* pour justifier ces paroles: «Le Gouvernement parjuré de Juarez va tomber au souffle de la France. » En France, il y a une inquiétude et un malaise indicibles causés par la guerre de Mexique, et à ceux qui m’interrogent, j’ajoute que la guerre du Mexique peut devenir une catastrophe pour la France; et c’est la vérité. Figurons nous que les forces de Forey viennent
* Textuel, ces mots ont été écrits en français par le général Prim. . . .
se briser contre Puebla. Ave Maria Santissima! Dieu seul sait ce qu’il pourrait arriver en pareil cas.
Nous attendons les courriers avec impatience pour savoir de vos nouvelles et de celles du pays. Je vois que M. Wyke (le ministre Anglais) est parti pour l’Europe, et je crains qu’il n’ait effectué son départ, avant d’avoir reçu le courier dans lequel, par son entremise, je vous écrivais ainsi qu’à l’oncle Michel, et je vous envoyais, ainsi qu’à d’autres des exemplaires de mon discours au Sénat. Ce discours aura sans nul doute été goûté, non seulement dans ce pays, mais encore dans tout le continent Américain.
Ici, il y a eu changement de cabinet. O’Donell est tombé, et nous avons été sur le point de voir arriver les progressistes. En fin de cause, sont entrés au pouvoir Miraflores et Concha, tous les deux français dans la question du Mexique. Mais partout où vous entendrez dire que les Espagnols vont revenir au Mexique pour y appuyer les Français, niez le bien vite. Car ce qui a été fait est bien fait, et personne ne pourra le défaire.
Pkim.
La dépêche suivante, datée du mois de Juillet, et adressée au président Juarez par le Mexicain Ramon Diaz, agent de son gouvernement à la Havane, peut jeter un certain jour sur la lettre du général Prim.
Dépêche de V Agent Ramon Diaz à Benito Juarez , Président de la République à Mexico.
Havane, 19 juillet 1863.
Très cher Monsieur et Ami,
Encore impressionné par les échecs que nous venons de souffrir, quand nous nous y attendions le moins, alors que
nos succès ne pouvaient plus se mettre en doute, je vous écris ces lignes pour vous informer que je forme une souscription dans cette île, souscription qui donne des résultats satisfaisants, pour l’acquisition d’une partie de l’armement dont je vous parlai dans ma precedente. Car je suppose que vous ne pourrez, pour le moment, me faire passer les fonds nécessaires à cet achat.
Je travaille avec une grande activité, et il est probable que vers la moitié du mois prochain, j’aurai conclu l’affaire qui me préoccupe tant. Par conséquent j’espère seulement que vous me donnerez vos ordres, pour vous expedier cet envoi le plus tôt possible. Il m’est facile de le diriger sur Tunpan et par vapeur avec assez de sécurité. Dites moi donc s’il vous convient qu’il aille sur ce point, ou indiquez moi un lieu sûr de désembarquement. Comme cette affaire est assez délicate , je ne m’en remettrai à personne et moi-même j’irai accompagner l’armement en question. Si vous ne prenez pas d’autres dispositions, j’espère que vous m’enverrez la licence nécessaire pour passer à la République.
Il est probable que Napoléon retirera ses troupes aussitôt que se sera formé un gouvernement de carton dans la capitale de la République. D’ailleurs les événements de Pologne se compliquent et de plus les confédérés viennent de recevoir un coup terrible.
En Espagne, les choses sont dans le même état. Aujourd’hui on dit que O’Donell va rentrer au Ministère; mais cela n’est pas croyable. Rien de nouveau dans cette Ile.
Sans rien de plus pour aujourd’hui, je me repète Votre ami bien dévoué
Ramon S. Diaz.
L’agent Juariste jouait son rôle. Mais comment apprécier l’attitude des autorités de la Havane, colonie Espagnole, en présence de cette souscription Juariste destinée
à l’armement des troupes républicaines. Quel brusque contraste! De ce même port de la Havane, quelques mois auparavant, l’escadre Espagnole avait fait voile pour Vera-Cruz, où elle allait fièrement planter le drapeau de Sa Majesté Catholique à côté des couleurs de la France. L’ambition déçue du général Prim, qui avait peut-être rêvé une couronne Mexicaine, expliquerait-elle cette violation de neutralité à la quelle le capitaine général de la colonie prêtait les mains: nous étions pourtant des alliés de la veille!
Page 29. En présence du document suivant, qui emprunte sa gravité au nom du signataire, on ne peut plus douter de la part active que le cabinet des Tuileries a prise à la création du trône Mexicain. Cette entreprise tentée au delà de l’Océan avait même pour but de dégager la politique Européenne, puisqu’on voit figurer dans cette lettre adressée à un membre du parlement Anglais la question de la Vénétie, dont on se préoccupait à Paris comme à Vienne.
A un membre du Parlament anglais.
Paris, Je 30 décembre 1863.
Mon cher monsieur,
L’archiduc quoiqu’on en dise
n’a rien changé à ses dispositions, ni rien révoqué. Loin de là, vous pouvez tenir pour certain qu’il partira dans le courant du mois de mars prochain, époque à laquelle on pourra connaître en Europe le résultat du vote général (mais non universel) de la Nation, seule condition qu’il mette aujourd’hui à son départ et dont l'accomplissement est pour nous un fait complètement assuré.
Il est à remarquer, en effet, et ceci nous tranquillise entièrement, que la question du Mexique est tout à fait en dehors du mouvement politique général de l’Europe. C’est une affaire suivie exclusivement entre l'Empereur Napoléon et l'archiduc , avec l'approbation de l'Empereur son frère , comme chef de la famille, mais sans la moindre immixtion du Gouvernement Autrichien.
Cette situation favorable à l’Autriche, en tant qu’elle met la Vénitie ou toute autre compensation hors de cause, a aussi un résultat favorable à la question Mexicaine en la laissant isolée et sur son terrain spécial; la France se trouvant au Mexique déjà, et n’ayant devant elle, d’autre solution que le trône de l’archiduc, qu’il y ait en Europe guerre ou non.
Le batiment autrichien qui portera ce Prince au Mexique, ne sera arrêté ni par l’Angleterre qui sera vraisemblablement l’alliée de l’Autriche dans les complications prevues, ni par la France qui l’y conduit.
Il me semble que les illusions n’ont aucune part à ces appréciations toutes pratiques.
Je vous prie de me croire toujours Votre affectueux dévoué
J. M. Gutierbez de Estrada.
Page 84. Il nous avait paru peu généreux de donner de la publicité au document suivant, émané du Cabinet militaire de l’Empereur, et qui a trait au décret du 3 octobre 1865. Nous n’hésitons plus à le faire, en présence de l’absolue nécessité de restituer à l’historié son véritable caractère. Cet ordre impérial, remmolé au maréchal Bazaine, prouve clairement que le décret du 3 octobre n’avait pas été arraché par le commandement français à l’Empereur Maximilien, qui, nous le répétons, généreux de
sa nature et fort clément d’ordinarie, n’avait en vue que le châtiment des bandits.
Cabinet Militaire de l'Empereur.
Mexico, 16 novembre 1865.
Monsieur le maréchal,
Sa Majesté me charge de faire connaître à Votre Excellence que dans le cas où on viendrait à s’emparer de Vieente Riva Palacios, Elle veut qu’il soit amené à Mexico. C'est la seule exception que , pour des motifs spèciaux, l'Empereur entend faire au décret du 3 octobre, et Elle désire que Votre Excellence donne des instructions précises, pour que, le cas échéant, Riva Palacios ne soit pas passé par les armes.
Le chef du cabinet militaire de Sa Majesté.
Lettre de M. Éloin, conseiller belge, à l'empereur Maximilien.
(Voir page 218.)
Sire,
L’article du Moniteur français désavouant l’entrée aux ministères de la guerre et des finances des généraux français Osmont et Friant, prouve que désormais, et sans pudeur, le masque est jeté. La mission du général Castelnau, aide de camp et homme de confiance de l’Empereur, bien que secrète, ne peut avoir d’autre but, selon moi, que de chercher à provoquer au plus tôt une solution. Pour chercher à expliquer sa conduite que l’histoire jugera, le gouvernement français voudrait qu’une abdication précédât le retour de l’armée, et qu’ainsi il lui fût possible de procéder seul à réorganiser un nouvel état de choses capable d’assurer ses intérêts et ceux de ses nationaux. J’ai l’intime conviction que
Votre Majesté ne voudra pas donner eette satisfaction à une politique qui doit répondre tôt ou tard de l'odieux do ses actes et des conséquences fatales qui en seront la suite.
Le discours de M. Seward, le toast à Romero, l’attitude du président, résultat de la couardise du cabinet français, sont des faits graves, destinés à accroître les difficultés et à décourager les plus braves. Cependant, "j’ai l’intime conviction, que l’abandon de la partie avant le retour de l’armée française serait interprété comme un acte de faiblesse et l’Empereur tenant son mandat d’un vote populaire c’est au peuple mexicain, dégagé de la pression d'une intervention étrangère, qu’il doit faire un nouvel appel, et c’est à lui qu’il faut demander l’appui matériel et financier indispensable pour subsister et grandir!
Si cet appel n’est pas entendu, alors Votre Majesté ayant accompli sa noble mission jusqu’à la fin, reviendra en Europe avec tout le prestige qui l’accompagnait au départ, et au milieu des événements importants qui ne manqueront de surgir, Elle pourra jouer le rôle qui lui appartient à tous égards.
Parti de Miramar le 4 de ce mois avec la résolution de m’embarquer à Saint-Nazaire, après avoir pris les ordres de Sa Majesté l’impératrice, j’ai été entrainé à ajourner de nouveau mon départ. Il fallait cette haute influence pour changer une détermination que mon dévouement me conseillait comme l’accomplissement d’un devoir.
J’ai été vivement désappointé en apprenant que mes nombreuses dépêches de juin et de juillet ne sont pas parvenues à votre Majesté en temps opportun. Mises sous le couvert de Bombelles et accompagnées de longues lettres écrites à cet ami dévoué, pour être communiquées à Votre Majesté, j’étais loin de prévoir son départ pour Mexico. Elles ont perdu aujourd’hui tout l’intérêt qu’elles empruntaient aux événements si imprévus qui se succédaient si rapidement alors.
Maximilien. I. 21
Je regrette surtout ce fâcheux incident, s’il a pu un instant éveiller dans l’esprit de Votre Majesté des doutes sur mon incessant désir de remplir fidèlement mon devoir.
En traversant l’Autriche, j’ai pu constater le mécontentement général qui y règne. Rien ne se fait 'encore. L’Empereur est découragé ; le peuple s’impatiente et demande publiquement son abdication. Les sympathies pour Votre Majesté se communiquent ostensiblement à tout le territoire de l’Empire. En Vénétie, tout un parti veut acclamer son ancien gouverneur; mais quand un gouvernement dispose des élections sous le régime du suffrage universel, il est facile de prévoir le résultat.
D’après les derniers ordres de Votre Majesté, j’expédie par ce courrier un télégramme chiffré à Roccas, pour avertir Votre Majesté de l’arrivée du général Castelnau et du désaveu donné à Osmont et Friant.
Éloin.
Bruxelles, le 17 septembre 18G6.
Lettre de M. Lanes à M. Marais Otterbourg à Mexico. (Voir page 250.)
Confidentielle.
Vera-Gruz, 1 er décembre.
Heureux d’apprendre que vous êtes arrivé, tout allant bien. J’ai passé la nuit à bord de la Susquehanah, attendant avec patience de vos nouvelles. Si ce n’est tout de suite, aller à Tampico, ne voulant pas aller à Mexico sans être invités. Mais vous savez tout ce qui concerne la chose et écrirez promptement.
Lanes.
Fin de la réponse de Maximilien.
(Voir page 252.) t
Mon unique devoir consiste à nommer une régence provisoire en attendant que la nation soit appelée', et de faire les démarches convonables pour la convoquer; enfin, de chercher protection pour les impérialistes, mais sans me mêler en rien quant au reste.
Maximilien.
Impuimehie de F. A. BhockhaI'S a Leipzig.