‹ L'empereur Soulouque et son empireChapitre 8 sur 8 · CE TEX © SE SET · texte numérisé non relu

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partis sur le terrain neutre de la candidature de Guerrier, Haïti serait probablement partagé, à l'heure qu’il est, en

. quatre États distincts, deux monarchies et deux républi-

ques. Les faïtiens ont montré en outre, de tout temps, une répugnance invincible à aller tenir garnison à Santo- Domingo, et les levées en masse dont la guerre de l’est était et est encore le prétexte devaient leur déplaire à plus forte raison. Ajoutons que cette guerre a souvent menacé de famine la partie française, qui s’approvisionnait de bestiaux dans la partie espagnole et y laissait en échange son café. Si enfin la peur des blancs faisait désirer la soumission d’un pays qui appelait l'immigration blanche, ces mêmes défiances contribuaient aussi par contre-coup à rendre odieuse une guerre qui, en se prolongeant, pouvait substituer à cette immigration pacifique une intervention armée. 7

Guerrier et Riché semblaient partager sous ce rapport l’impression générale, et leur passage au pouvoir fut marqué par une trêve tacite entre l’est et l’ouest. Soulouque semblait lui-même disposé, dans le principe, à laisser les Dominicains en repos; mais M. Dupuy et Similien devinrent, l’un ministre, l’autre conseiller intime, et M. Dupuy, Jui était intéressé dans les fournitures militaires, Simien, qui visait à la présidence, s’entendirent à leur insu Jour le pousser dans une guerre qui assurait à l’un d’asiez jolis profits, et qui donnait à l’autre les balles domiricaines pour complices. Soulouque céda avec d'autant noins de ‘défiance à ces suggestions qu’elles partaient à la ois de deux .côtés opposés, de deux influences rivales, de leux ennemis jurés. Dès 4847, l’asservissement de l’est | 16

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était devenu l’idée fixe du futur empereur, et depuis, parmi ceux-là même qui déploraient cette manie, ce fut à qui la flatterait pour ne pas être fusillé. L’illusion favorite de Soulouque, celle que ses courtisans caressaient le plus, consista longtemps à croire que les Dominicains soupiraient après la domination haïtienne, et que la crainte du châtiment qu’ils avaient encouru par leur révolte comprimaîit seule cet élan de soumission. Aussi ne cessait-il de leur offrir un pardon magnanime. Un des ministres, plus honnète homme que ses collègues, essaya de donner un autre cours aux idées du président, et prononça le mot de fédération. — « Qu’est-ce que c’est que fédération ? dit Soulouque en fronçant le sourcil à ce mot entièrement Aouveau pour son esprit et ses oreilles. — Président, c’est. c’est ce que vous voulez, balbutia le ministre. — Alors, ça bon, dit Soulouque tranquillisé. Je ne m'en dédis pas : je promets la fédération; je consentirai même à reconnaître les grades créés par les insurgés. » Amnistie et fédération étaient, en un mot, synonymes pour Soulouque, et ce quiproquo dura plusieurs mois.

J'ai dit quels mécomptes Soulouque rapporta de son expédition de 4849, mécomptes d’autant plus cruels qu’après ces assurances répétées d’amnistie, il s’attendait à être recu dans l'est à bras ouverts. Les haines de peau s’ajoutaient à l’exaspération du vaincu pour envenimer la blessure dont saignait ce sauvage orgueil. Les vainqueurs étaient non-seulement des rebelles, mais encore des mulâtres, ainsi qu’il les nomme, et son idée fixe de conquête se transforma en idée fixe d’extermination. La soif de l’or, qui est venu égaler chez Soulouque la soif du

sang, a aussi sa part dans les préparatifs de destruction qu’il ne cesse de faire contre les «-Espagnols » ; car l’idée . d’Espagnols ne se sépare pas encore dans cette partie du monde de l'idée de quadruples, de reliquaires précieux, de vierges en or massif. C’est là l’appât qui de loin fasoinait Toussaint, qui attira Dessalines jusqu'aux portes dé Santo-Domingo, et qui, tout récemment encore, lors de la réaction africaine qui sépara la mort de Guerrier de l’avénement de Riché, avait appelé Pierrot dans l’est, où il fut aussi mal reçu que devait l’être plus tard son empereur.

Ne toucherions-nous pas décidément au secret de Soulouque ? Si le tyran nègre maïntient contre les mulâtres atterrés la compression de 1848, n’est-ce point par la crainte, d’ailleurs très-chimérique , de les voir exploiter, . lors de la tuerie générale de Dominicains qu’il projette, la solidarité de désespoir qui les unirait à la majorité sang-mêlée de cette population? Si par contre il ménage tant les piquets, c’est qu’il les juge sans doute indispen+ sables à cette œuvre d’extermination, où ils déploieraient, avec une science et un aplomb de cruauté qu'eux seuls possèdent encore dans la patrie de Biassou, ces furieuses antipathies de couleur dont ils sont les derniers dépositaires. L’invasion dé la partie espagnole, si tant est que la partie espagnole veuille se laisser envahir, n’offrirait-elle pas en outre une solution amiable du ditférend survenu entre le gouvernement et les piquets sur la question de pillage, question ajournée tant que la fabri. cation du papier-monnaie et les marchés de fournitures les aideront à patienter, mais qui se reproduira inévita-

blement le jour où ce papier ne vaudra plus rien et où les négociants étrangers refuseront de livrer leurs draps? C’es là probablement encore ce qui explique comment Sou:louque, après avoir pris si chaudement l’alarme sur l’attitude de ces dangereux créanciers au point de faire fusiller les plus pressés, n’a pas moins continué d’en peupler les administrations et les états-majors. L'heure de ré. gler venue, l’est serait là pour payer la rançon de l’ouest. N'est-ce pas enfin dans ces espérances d’un pillage dont elle s’exagère la richesse qu’il faut chercher le mot de l’effroyable imprévoyance avec laquelle Sa Majesté noire épuise et gaspille, intérêts et principal , les dernières ressources du pays? Je n’invente pas ces hypothèses; elles ont cours dans Haïti et figuraient naguères, comme nous . dirions en Europe, parmi les ; prévisions constitutionnel: les du moment.

. P.S. — La dernière campagne contre les Dominicain: vient d'apporter un nouveau et cruel démenti à ces pré visions (décembre 1855). Des deux corps d’armée haïtiens lun n’a donné que par son avant-garde, laquelle s’es débandée au premier feu sur cette réflexion, émise à haute voix par un des généraux : qu’« empereur avai moqué (trompé) le pauvre monde en assurant que les Dominicains se rendraient sans coup férir. » Ce général im. prudent n’était rien moins que S. E. le comte de l’Ile-à- Vache, c’est-à-dire l’abominable Voltaire Castor qui, véri: fication faite, a été fusillé avec beaucoup de colonels se: amis (4). C’est là encore, après tout, pour Soulouque une

- (4) Pour faire toujours de la conciliation à sa manière, Soulouqui

. manière de liquider avec les piquets (1). — Le deuxième corps n’a pas même atteint l’ennemi et a été ramené au quartier général, à la suite d’un conseil de guerre où il a été décidé que les troupes manifestaient des dispositions suspectes. Là-dessus, nouvelle enquête et nouvelle :fusillade où se sont trouvés englobés le général Dessalines, fils de l’ex-empereur, et le colonel Belliard, fils de l’ex-roi Christophe. Aucune dynastie rivale n’aura donc à se féliciter du guignon de la dynastie des Faustin. Après ces actes d’autorité, Soulouque a marché de sa personne sur Santiago ; mais il a été arrèté à quelques lieues de la frontière par les Dominicains, qui ne sont d’ailleurs restés maitres du terrain qu’après un combat acharné de six ou sept heures. Le gouverneur des päges de l’impératrice, un certain général Toussaint, qui, en dépit des pathétiques rapprochements où se sont lancés à son sujet divers journaux, n’avait de commun que le nom avec le premier des noirs, a payé les frais de ce troisième mécompte.

a envoyé à la mort avec les amis de Voltaire Castor de fort honnètes gens.

(4) D’après les dernières nouvelles, cette liquidation serait plus urgente que jamais. Les piquets, chez qui se manifestaieut déjà, depuis un an, de redoutables impatiences, viennent de se soulever (mais 4856) dans la plaine des Cayes, et, à l'heure qu’il est, la presqu'île du sud est peut-être à feu et à sang. Sa Majesté arrivera-t-elle à temps sur les lieux? Pour elle et pour le pays, toute la question “est là. Libre de choisir, la bourgeoie jaune et noire se rangerait certes lavec effroi du côté de Soulouque en voyant les piquets de l'autre côté; mais si Soulouque ne vient pas en personne rallier ces terreurs autour de lui, les villes seront inévitablement entrainées dans l'insurrection. La bourgeoisie aimera mieux hurler à la suite des coups que d’être mangée par eux. .

aux aguets, le prétexte de sauver la république domini- Caine, voici comment la question se serait posée pour Sa Majesté Impériale. Nous empruntons cette citation au Weekly Herald du 27 avril 4850:

«.... Maïs, si on ne fait en ce moment aucun mouvement en ce qui concerne l'annexion de Cuba, il en a été fait plusieurs en ce qui concerne l’île d'Haïti. Son Excellence B. B. Green a été envoyé dans ce pays pour faire un rapport sur son état actuel, sa population, son sol, son climat et autres matières; et M. Green est probablement en ce moment à Washington, préparant et exposant le résultat de ses travaux. Nous ne serions pas du tout surpris, d’après les renseignements que nous avons reçus, de voir sous peu une expédition partant (avec la sanction du gouvernement de Washington) de quelque port du sud, pour aller aider et assister la portion dominicaine ou espagnole des habitants contre les noirs et, en fin de compte, envahir toute l’île et l’'annexer aux Etats-Unis. Un projet de cette nature peut être soutenu ouvertement dans les États-Unis, et l'organisation d'une expédition danse sens n’éprouvera d'obstacles d’aucun côté. Ce serait une chose glorieuse de renverser ces horribles pirates, les pires des pirates et des bandits couleur de charbon, la population noire de ce qu’on appelle l’empire d’Haïti, et de réduire Faustin [er à la condition pour laquelle la nature l'avait fait »

D’où ilappert que la victoire aurait été pour Faustin I« un véritable malheur, et qu’en allant moissonner des lauriers à Santo-Domingo, Sa Majesté eût couru grand risque d’aller tout d’une traite couper des cannes à sucre à la Louisiane. Puisse cette illustre existence ne pas finir par où finit ce modeste livre!

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