‹ L'Emphysème Sous-Cutané Dans Les Pneumonies De L'EnfantChapitre 13 sur 21 · ARS · texte numérisé non relu

ARS

de fièvre, ni aucun signe d'invasion de rougeole, on la garde à l'isolement.

Le 10, apparaissent en même temps que la fièvre, des symptômes d’invasion de rougeole. On diagnostique la rougeole, et on donne des bains sinapisés.

Malgré ces derniers, le 12, apparaît une assez forte dyspnée et un souffle intense à la base droite.

L'éruption sort le 14, très discrète et pâle.

Les signes de broncho-pneumonie augmentent.

La température est aux environs de 39,°,5, la dyspnée est forte (80 respirations), la toux assez intense.

Le 15, on s'aperçoit d'une tuméfaction gazeuse en avant du cou, ayant déjà envahi les deux côtés, sans qu’on puisse savoir si elle a commencé par le côté droit.

Tympanisme et crépitation caractéristiques.

A l’auscultation, pas de signes d'emphysème du médiastin ; rien au cœur, la dyspnée n’a pas augmenté d'une façon notable. Pas de pneumo-thorax ou de signes de pleurésie.

Le 16 au matin, l'emphysème a gagné la région pré-sternale, formant une tuméfaction bien limitée, assez volumineuse, non réductible, ne semblant pas présenter d'expansion au moment des efforts de toux.

La dyspnée est toujours intense, le pouls très fréquent, la température de 399,5.

Le soir, l'emphysème gagne toute la face antérieure du thorax.

Le 17, il envahit le dos, mais à droite seulement. IL est strictement limité sur la ligne médiane par les adhérences celluleuses qui-unissent la peau au ligament inter-épineux.

En cette région, l’auscultation permet d'entendre à la fois les râles, le souffle pulmonaire, et les crépitations très fines qui se passent dans le tissu cellulaire sous-cutané.

Les 18, 19, 20, l'emphysème devient plus étendu, mais moins saillant ; au lieu d’une grosse tuméfaction déformant l’enfant, on a une couche d'air uniforme sous la peau; néanmoins, le cou et le thorax restent comme boursouflés.

Toute la face antérieure du thorax est prise; en arrière, l'emphysème s'étend jusqu'aux fesses ; à la face, les joues sont prises, mais non les paupières.

Les membres sont indemnes. Cependant, les signes de broncho-pneumonie diminuent; le souffle est. moins étendu,

ee Vote

la dyspnée moins forte et la température descend à 38°, L'éruption de rougeole est effacée depuis trois jours.

Les jours suivants, l'emphysème, tout en restant aussi étendu, diminue d'intensité; il n’y a plus qu'une mince couche d'air qu'on sent en appliquant la main sur la peau.

Il persiste encore un peu de souffle jusqu'au 28, où souffle, emphysème et fièvre ont complètement disparu.

L'enfant sort le 5 juin complètement guérie.

L'emphysème a donc duré treize jours.

L'enfant est rentrée ultérieurement dans le service pour tuberculose pulmonaire chronique.

L'emphysème n'a pas reparu, il n’y a plus trace de la broncho-pneumonie, pas de fièvre.

Elle est actuellement en traitement dans le service (20 juin 1902).

Malgré l'existence de cette tuberculose actuelle, nous voyons que c'est bien à la broncho-pneumonie qu'il faut attribuer l’emphysème, et que cette broncho-pneumonie n'avait rien de tuberculeux.

OBSERVATION V (personnelle).

Le G... Laure, âgée de 16 mois, entre le 29 avril 1903 à l'hôpital Bretonneau, salle Jules Simon, lit 12.

Au point de vue des antécédents héréditaires, rien à noter de particulier ; pas de tuberculose dans la famille, L'enfant a été nourrie au sein, elle était d’une bonne santé habituelle.

Elle tousse depuis une quinzaine de jours ; elle a de l’oppression et de la fièvre depuis quelques jours, sans qu’on puisse préciser un début bruyant de ces symptômes.

Examinée le 30 avril : l'enfant est bien développée, de corpulence moyenne. Sa température est 38,4 Elle a de la dyspnée, du battement des ailes du nez, une inspiration bruyante et courte, suivie d’une expiration prolongée. Nous notons 50 respirations et 130 pulsations à la minute.

Elle ne s’assied pas d'elle-même sur son lit, mais lorsqu'on l'a placée dans cette position, elle s'y maintient sans trop de peine.

La toux est peu fréquente et d'intensité modérée.

À la base du thorax, à gauche et en arrière, on découvre

GT pet ie dc D TT a td ne à 2 ie EE

a bind eV Par ;

les traces d’un vésicatoire récemment appliqué. En ce point la matité est nette. Nous y constatons une respiration soufflante accompagnée de ràles sous-crépitants.

Dans le reste du poumon, ainsi qu'à droite, nous trouvons de gros râles ronfilants,

Le lendemain 1* mai, rien d’anormal, les signes sont les mêmes.

Le ?, on remarque dans le creux sus-claviculaire gauche une tuméfaction molle, partiellement réductible, sonore et crépitant finement sous le doigt (emphysème sous-cutané), quelques troubles digestifs.

La température a baissé brusquement au-dessous de la normale, elle est de 36°,5. Les autres symptômes sont restés stationnaires.

Le 3, l'état est le même, toutefois la température est remontée à 38°,6; la tuméfaction sus-claviculaire n’a pas augmenté.

Le 4; la malade est un peu plus abattue ; la dyspnée est plus intense, la tempéraure est à 39°.

Mort à 9 heures du soir.

Le 6 mai, autopsie.

Les plèvres sont saines et n'adhèrent en aucun point, pas de gaz dans leur cavité.

A la base du poumon gauche : masse hépatisée d'un rouge foncé, ne crépitant pas à la pression, et tombant au fond de l'eau. Le reste du poumon est sain.

La base du poumon droit est de couleur rouge brique, sa surface de section est spumeuse, cette région crépite encore et, plongée dans l’eau, surnage. À la partie externe du lobe moyen du poumon droit, se voient en deux points différents deux bulles translucides gazeuses, du volume d’un pois, une troisième siège sur le bord antérieur du lobe, Le tissu cellulaire médiastinal est infiltré de gaz, mais peu distendu.

En aucun point, il n’a été possible de trouver de perforation pleurale.

L'examen histologique de l'une des bulles d’emphysème situées à la surface du poumon, montre que du côté pleural la cavité est limitée par une membrane conjonctive élastique très mince, représentant la plèvre viscérale ; le reste de la cavité est comme enkysté par du tissu conjonctif.

Discussion, — Les caractères anatomiques du poumon étant

2 op

ceux d’une pneumonie franche, l'enfant aurait succombé pendant ia période subaiguë d'une pneumonie terminée par résolution lente, peut-être sous l'influence de l’emphysème.

On pourrait encore faire le diagnostic de broncho-pneumonie, admettre que le foyer de la base gauche était ancien et contemporain de lésions cicatrisées dans le reste du poumon, et que l'enfant aurait succombé à une poussée aiguë de bronchite capillairé au déclin d’une pneumonie.

Page 1