SYMPTOMES
Ou bien l'emphysème apparaît brusquement sans que le moindre phénomène l’ait fait prévoir, ou notre attention est attirée par certains symptômes bizarres n’ayant aucun rapport avec l'affection existante; il y a de la douleur locale, sourde, profonde; thoracique, surtout antérieure, augmentée par la pression, la percussion — une dyspnée vive que l’on ne peut expliquer par les signes d’auscultation — des accès de suffocation avec cyanose, phénomènes dus sans doute à la compression du cœur et des gros vaisseaux par l’épanchement gazeux, — et parfois une sensation de déchirement intra-thoracique.
Mais cette dyspnée qui, dans certains cas, attire l’attention, peut exister avant et le diagnostic devient ainsi très délicat. |
Lorsque l'emphysème reste cantonné un certain temps dans le médiastin, l’auscultation de la région précordiale peut révéler nettement l'existence d’une crépitation à fines bulles, crépitation synchrone à la systole, produite par les battements du cœur qui imprime à l’air infiltré dans le tissu cellulaire des alternatives de compression et de relâchement. On l’entend dans toute l’étendue de la région cardiaque, et seulement dans cette région.
A la percussion on constatera que la matité cardiaque
a considérablement diminué ou même complètement
Tite
disparu et qu’elle a été remplacée par une sonorité anormale êt parfois tympanique. ;
* Dans les cas où l’emphysème est très intense il devient difficile ou même impossible de retrouver le choc de la pointe. De plus, on peut constater l’écartement, l’immobilité et l'effacement des espaces intercostaux.
Si le malade survit, l’'emphysème apparaît bientôt à la base du cou et parfois s’annonce par une douleur subite comme dans l’observation de Grancher, 1886.
En effet, l’emphysème externe débute, en général, au niveau de la joue ou de la base du cou. Au cou il est ordinairement superficiel, mais dans quelques cas il est limité aux parties profondes, par exemple dans l'observation de M. Cavasse, 1859.
Le gonflement détermine une déformation en général facilement appréciable.
Il peut être limité ou circulaire, donnant ainsi à la région un aspect absolument caractéristique, le cou semblant entouré d’une ruche de dame. d
Les conséquences de cet emphysème sont un obstacle notable aux mouvements du conduit laryngo-trachéal, la compression de l’œsophage, des vaisseaux, des nerfs. La respiration est pénible, la voix est modifiée, éteinte, rauque, sourde, quelquefois nulle; la déglutition peut être gênée. e
Cet emphysème peut rester limité au cou, au thorax ou envahir progressivement une moitié du corps, constituant ainsi une véritable hémiplégie emphysémateuse, ou encore toute la surface du corps. Dans ce dernier cas, les malades se présentent à nous sous des aspects extrêmement pénibles et nous devons rappeler que le baron Larrey nous a laissé de ces monstruosités une description magistrale.
2e doi due
Dans les cas les plus simples, qui sont aussi les plus fréquents, la quantité d’air infiltré est extrêmement restreinte. L’emphÿsème est alors caractérisé par la crépitation gazeuse, pure sensation qu'il faut avoir perçue, dit Dolbeau, et qu'on ne peut définir qu’imparfaitement. Elle a été comparée au froissement, à l’écrasement d’une poignée de neige.
Cette crépitation est due au déplacement des gaz; elle est douce, fine, sèche; les bulles sont extrêmement nombreuses. Nous ferons remarquer que, par instant, cette sensation disparaît. Enfin la crépitation de l’emphysème diffère des autres par ce fait que pour être perçue il suffit du plus léger attouchement; c’est un point essentiel pour sa recherche.
Laënnec décrivait encore comme signe d’emphysème
sous-pleural un « frottement ascendant et descendant » dû aux vésicules d’air frottant contre le feuillet pariétal de la plèvre.
L’emphysème est sonore à la percussion; les anciens auteurs mentionnaient déjà ce symptôme. Au point de vue clinique, l’emphysème sous-cutané peut se présenter sous trois formes : on peut avoir soit une simple infiltration d’air, soit un soulèvement vague, soit une tumeur ; mais la peau qui le recouvre est toujours normale, parfois transparente. Si on pratique l’incision ou la ponction on constate l’issue des gaz qui s’échappent souvent avec assez de force pour produire un bruit, un sifflement, éteindre une lumière ; par l’ouverture, peut également s’écouler un peu de sérosité.
Nous signalerons simplement, sans nous y arrêter, les phénomènes d’asphyxie, la cyanose et le symptôme suivant si bien décrit par M. Grancher : lorsque l’infiltra-
tion gazeuse a envahi la face, les paupières sont bouffies et l’on a même constaté l’infiltration du tissu sous-conjonctival, déterminée par une sorte de chémosis aérien, la hernie des conjonctives entre les paupières globuleuses et saillantes.
La distension des tissus par l’emphysème a pour résultat de gêner par pression la contracture musculaire, là circulation des réseaux capillaires et des vaisseaux sanguins, le jeu régulier de certains organes, et, par conséquent, de déterminer des troubles de nutrition des éléments anatomiques, le refroidissement et la cyanose des extrémités; les mouvements respiratoires sont gênés; les poumons, comprimés par l’emphysème médiastinal et interlobulaire, ne peuvent se déplisser convenablement et l’hématose se fait mal; le pouls devient petit, rapide, les extrémités livides, froides, marbrées, la face bleuâtre, angoissée.
Enfin pour Damesch {Deutsche med. Woch., 1891), l'hyperhémie et l’œdème du cerveau accompagnent presque forcément les cas d’emphysème sous-cutané dans lesquels la tête est envahie.