‹ L'Emphysème TraumatiqueChapitre 16 sur 17 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Le nommé Prosper L., garçon limonadier, âgé de 42 ans entre le 33 mai 188% à l'hôpital la Charité dans le service de Monsieur le Professeur Trélat où il occupe le lit n° 18 de la salle Velpeau. Ilest transporté pendant la visite du matin et examiné par Monsieur le Docteur Barette, chef de clinique.

Le père du blessé est mort à 52 ans accidentellement : sa santé habituelle était excellente. Sa mère morte tuberculeuse à l’âge de 32 ans, a toujours été malade : rhumes fréquents au moindre refroidissement, début de tubereulose à l’âge de 25 ans à la suite d’un accouchement.

De ses deux sœurs, l’une est morte à 10 ans de méningite tuberculeuse, l’autre bien portante, âgée de 33 ans, est mère de trois enfants, dont un mort en bas âge (?), les deux autres bien portants.

Un frère bien portant. Tels sont les antécédents héréditaires.

Dans les antécédents personnels, on relève que le malade a eu dans l'enfance de nombreuses manifestations de gourme; il porte au cou des cicatrices évidentes de scrofule. — Epistaxis et céphalalgie fréquentes qui ont disparu vers l’âge de ?5 ans.

Début de tuberculose pulmonaire à l'age de 21 ans. Pleurésie pendant son séjour au régiment : ponction du côté gauche faite à l'hôpital nilitaire de Nantes au mois de mars 1866; on retire une première fois un litre et demi de liquide séreux et une deuxième fois un demi litre environ. Guérison lente ; réforme militaire.

Depuis cette époque, le malade à été fréquemment sujet à des bronchites et obligé d'abandonner à l'âge de 29 ans son métier de cocher qui

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le forçcait, dit-il, à de nombreux excès alcooliques, pour celui de garçon limonadier, et de fait on ne retrouve pas chez le malade de manifestations alcooliques : ni tremblement, ni pituite, ni cauchemars, ni hypéresthésie cutanée.

Ce matin, 23 rai, le malade a été pris dans la rue entre une voiture de place et un camion et a été fortement tamponné. A son entrée à l'hôpital, on remarque les lésions suivantes : violente contusion de la cuisse gauche, ecchymoses étendues le long du tibia gauche.

En examinant le thorax, on constate que les 5e, 6e et 7e côtes sont fracturées du côté gauche, on v relève tous les signes des fractures, mais la recherche du siège des lésions est trop douloureuse pour faire un examen approfondi, Le malade en respirant immobilise la partie gauche du thorax.

On constate à ce niveau un léger degré d’emphysème sous cutané avec tous les signes qui le caractérisent.

Un pansage compressif de diachylon est immédiatement appliqué sur le thorax et assez bien toléré.

24 mai. On constate l'existence d’un emphysème sous cutané généralisé à tout le côté gauche du corps; la crépitation gazeuse est manifeste. Cet emphysème a pour limites : en haut, la clavicule ; en arrière, la crête épinière : en avant, la ligne blanche : en bas, l’arcade crurale.

Les membres inférieurs n'offrent rien d’anormal. Au membre supérieur gauche on constate un œdème diffus assez développé jusqu’au coude, à peine marqué à l’avant-bras.

Aucun signe ne permet d'affirmer l’existence d’un pneumothorax, à l’auscultation le murmure vésiculaire est affaibli du côté gauche.

Du côté droit, pas de trace d’emphysème sous cutané. La température est de 389 5 le matin, 39° 2 Le soir. j R5 mai. L'infiltration gazeuse ne semble avoir gagné ni perdu de terrain. La température se rapproche de la normale ; la dyspnée est

modérée ; depuis son entrée, le malade n’a pas eu d’hémoptysie.

Du 27 mai au 8 juin, on constate une amélioration notable dans l'état du blessé, température normale, plus de dyspnée, disparition graduelle de l'emphyséme qui n’occupe plus qu'un foyer peu étendu autour des points fracturés.

Du 8 au 15 juin, le mieux s’accentue ; le blessé reprend des forces, l’'emphysème est tout entier résorbé

16 juin. Le malade quitte l'hôpital sans autres lésions que quelques c'aquements au sommet gauche et diminution du murmure vésiculaire avec submatité à la percussion.

La guérison à donc été obtenue en vingt-quatre jours.

Il ressort de cette observation que la tuberculose préexistante a du créer chez notre malade une disposition éminemment favorable à la production de l’emphysème sous-cutané sans pneumothorax ; c'est une confirmation de la théorie des adhérences pleurales de Richet, adhérences consécutives à la pleurésie qui a atteint notre malade plusieurs années avant ses fractures des côtes. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit à ce sujet au chapitre Mécanisme, mais nous ferons simplement remarquer que ces conditions pathogéniques ne se trouvent réalisées que dans 25 pour 100 des cas d’emphysème traumatique.

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